‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 7 sur 422 · DE FÉNELON A M. DE SÈVE , ÉVÉQUE D'ARRAS · texte numérisé non relu

DE FÉNELON A M. DE SÈVE , ÉVÉQUE D'ARRAS

Il lui exprime de nouveau sa parfaite soumission au Bref du Pape. •

A Caml)rai, 28 avril (1699).

Je ressens , monseigneur, comme je le dois, le zèle avec lequel vous me faites part de ce que vous avez appris *. Peut-être que je me flatte ; mais je m'imagine qu'une discussion , qui est imposible dans une lettre , vous auroit contenté dans une conversation , si j'eusse pu avoir l'honneur de vous v. ir , comme je l'avois souhaité , avant la publication de mou Mandement. En vérité , je n'ai rieu tant à cœur que d'aller droit jusqu'au dernier soupir de ma vie. On peut compter que je serai aussi sincère dans ma soumission , que je l'ai toujours été dans l'explication de mes véritables sentimens ; et que je serai aussi ferme contre mou livre , que j'ai été ferme, jusqu'au dernier moment de la controverse , pour soutenir ce qui me paroissoit le devoir justifier. Ma soumission sera , moyennant la grâce de Dieu , aussi constante qu'elle est absohie , et accompagnée de la plus sincère docilité pour le saint siège. Non-seulement je ne veux ni écrire ni parler, pour éluder d'aucune manière indirecte le jugement du

' Pour iiiicuv onleuilrc iiîlle lellre , il faut la rapprocher de celles qui précèdent, et surtout de quelques-unes de Bossuet écrites vers la même époque. On a vu (t. ix , p. 726) la lettre de Fénelon a l'éviHiuc (l'Arras, ou il lui annonce sa soumission. Ce prélat en ayant fait passer une copie à Bossuet, celui-ci l'envoya a son neveu, et il lui niarquoit peu de jours après : « Celte lellre est prise divcrsemeni; la cabale l'exalle, » et les gens désintéressés y trouvent beaucoup d'ambiguités » et de faste. » Il ne paroll pas plus satisfait 'lu Mandement «le l'ardievéque de Cambrai : il n'y voit point qu'il avoue suit erreur, ul le malheur qu'il a eu de la répandre. Il dit ([u'on le trouve ./'w/ see , et d'uu houiiue qui n'a songé qu'à se mettre à inuvvrl de llniue, et qui joue, quoique assez sèclieineiit , le personnage d'un liinunir soumis (Lettres des 6, 12, 19 avril et 2 mai; t. xi.ii, p. 413 et suiv.). Fenelon, dans i:elte seconde lettre a l'evèque d'Arras , répond j)récisémenl a toutes ces alléijalions : il miuilre la sincérité de sa soumission, et justilie son Maiulcnicnt de la serliercs.se qu'on lui reprochoit. Ce qu'il dit encore a VahU' de Chai^erac (ci-dessus, |i. iU), (|u'(in lui fait éerire des lettres pre.isante.t , pour tirer de lui l'aveu de son erreur, montre (jue l'evèque d'Arrns étoit un de ceux qui lui écrivuient en ce sens, et qu'il éloit vraisemblablement le canal dont Bossuet s'étoit servi pour faire arriver jus«iu'ii Fénelon les inquiétudes qu'il avoit sur sa soumission. Voyez aussi VHisl. de Fénelon, \\\. m, n.110 et suiv. ; la lettre de l'abbé Bossuet à son oncle, du 28 avril, p. 722; el celle de Fénelon à l'abbé de Clianterac, du 8 mai, ci-après.

CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME

Pape, mais encore je hlàmeiois el je condamnerois publiquement (juiconquo voudroil , à mon insu el conlie mes inlenlions , parler ou écrire pour l'ébranler. Il est vrai, monseigneur, que mon Mandement est court : mais la brièveté est bien dill'érenle de la sécheresse. Tous les termes expriment , c' me semble , un cœur ouvert, et qui ne dit rien à regret. Je n'ai voulu supprimer que les cboses qui auroient pu servir à m'excnser vers mou troupeau. Il m'a paru (jue celte brièveté reiidoit mon acte [)lus simple , [)lus humble , plus précis et plus décisif. Si je m'y fusse étendu davantage , quelle critique n'eùl-on pas faite de mes paroles les plus innocentes et les plus soumises! Vous en pouvez juger par l'interprétation que vous use mandez qu'on donne à un endroit, où l'on prétend que je ne demande qu'une soumission extérieure et apparente. On pourroit remarquer que c'est après avoir adhéré au Href , et condamné moi-même mon WwQubuilumfnt et sims restriction , que je demande dans cet endroit-là à mes diocésains une disposition très-intérieure, savoir une soumission sinci^re , une docilité sans réserve ei une simplicité d'obéissance , où ils ne se permettent pas même de raisonner , afin qu'on écarte les fameuses distinctions par lesquelles on seroil peul-èire tenté d'éluder l'autorité du Bref. Cette expérience de la critique montre combien j'ai dû éviter tous les longs discours, où l'auteur le plus droit et le plus précaulionné s'expose toujours à des gloses subtiles. Mais voici, monseigneur, ce qui m'a confirmé dans la pensée que mon Mandetnent ne pouvoit être trop simple el trop court : c'est que les personnes les plus sages et les plus éclairées que j'ai pu considter en ce pays ont pensé de même , sans se parler les unes aux autres, el sans savoir mon sentiment. Au reste , il me revient de tous côtés que toutes les personnes neutres sont fort contentes de cet acte. J'ai déjà reçu des lettres de divers pays éloignés où tout est uniforme. J'appiends même qu'on a réimprimé cet acte à Louvain , et qu'on y fait sonner bien haut cet exemple d'une soumission absolue et sans restriclion, M. l'évêque de Chartres m'a écrit une lettre , pour m'assurer qu'il en est très-édifié, et je lui ai fait la réponse la plus honnête qu'il m'a été possible. .Je voudrois que les deux autres prélats pensassent comme lui là-dessus ; car Uieu m'est témoin que je veux être toute ma vie pour eux dans tous les sentimens que l'union fraternelle demande entre des évêques, et que je les respecte sincèrement.

FÉNELON. TOME X

Après une soumission si entière au jugement du Pape , il ne me reste , ce me semble , qu'à tâcher de montrer , par toute ma conduite , combien j'ai toujours été opposé à tout ce qui m'a paru pouvoir favoriser l'illusion. Divers besoins pressans de ce diocèse m'engagent à partir au plus tôt , pour aller faire quelques visites. Cette occu|iation , convenable au profond silence où je veux vivre , sera aussi consolante pour moi , que j'ai eu de répugnance à écrire pour me défendre. Priez Dieu pour moi, monseigneur , afin que je sois doux et humble de cœur, pour trouver la véritable paix. Conservez-moi toujoiu-s l'honjieur de votre amitié , et souvenez-vous , s'il vous plaît , que je la mérite par un attachement et par im respec au -dessus de tout compliment.

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