DE L'ABBÉ DE CRANTERAC A FÉNELON
Portrait de plusifiirs canliiidiix, qui pniivoient aspirer an pontificat.
(Avril tC90.)
Lf. cardinal Casanata a toujours paru trèsopposé à la France. Il s'est déclaré ouvertement le protecteur des Anti-Régalistes , aussi bien que des Jansénistes. Il est le chef de toutes leurs délibérations; c'est chez lui que se font leurs assecnblées. Il entre même dans le détail de leur subsistance à Rome, et emploie loute son autorité et sa faveur pour leur faire donner des emplois dans la Sapicnce et dans la Propagande. L'opposition qu'il avoit témoignée pour la France dans l'aflàire des franchises , lui avoir acquis la réputation d'être fort zélé pour les intérêts du saint siège. Il s'en faisoit un grand mérite, et ses amis le donnoienl parla au public pour un homme fort désintéressé, et sans aucune vue pour le pontificat. Mais dans ces derniers temps , où la vieillesse du Pape fait regarder de bien près le conclave prochain , ces mêmes amis, si prévenus d'estime pour lui, ont remarqué qu'il cherchoit avec soin , et par des voies fort secrètes , à se remettre bien avec la France , et surtout à persuader au Roi , et aux persoimes qu'il honore de sa faveur et de sa confiance , qu'il n'avoit aucun entêtement de parti , ni même aucune liaison trop forte avec les personnes que Sa Majesté pourroit soupçonner d'en avoir été autrefois , ou avec celles qui
CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISMF
paroissoient le favoriser encore trop à pi'éseiit ; et que l'aversion publique qu'il lénioigne pour les Jésuites, depuis quarante ans, n'avoit point d'autre fondement que la contrariété de leur doctrine avec celle de saint Thomas , dans laquelle il avoit été nourri. C'est pour le mieux persuader qu'il donne sa bibliothèque aux Dominicains de la Minerve. Ils l'ont encore surpris à leur manquer de fidélité, jusqu'à leur donner des conseils trompeurs dans des affaires les plus impoitantes à la gloire et au soutien du parti ; et ce défaut si visible de sincérité leur a fait perdre la vénération qu'ils avoient pour lui , et les a fortement persuadés qu'il cherchoit plus que nul à faire sou chemin , mais qu'il prenoit pour cela des voies détournées ou souterraines.
i\l. le cardinal Noris passe à Rome pour être très-ambitieux , et pour aspirer au pontificat avec une ardeur extraordinaire. On n'a pas une idée avantageuse de sa piété. Il paroît occupé et amusé de tout ce qui regarde la beauté et la magnificence des meubles , et tout le reste des choses qui ont rapport à la vie commode, d'une manière que le public juge fort opposée à la U'odcstie de l'état religieux dans lequel il a vécu , aussi bien qu'à la sévérité de la doctrine de saint Augustin , dont il se déclare si hautement le zélé défenseur. En parlant de lui , on suppose 'toujours qu'il aime les présens et qu'il en est fort louché. Comme il est Vénitien , on lui attribue avec plus de liberté, et sans aucim ménagement, tous les défauts les plus essentiels contre la probité et contre la sincérité.
M. le cardinal Panciatici est regardé de tons ceux qui le pratiquent, comme un lionmie terriblement attaché à ses propres sentimens. Il ne démord jamais , dit-on, de ce qu'il a résolu. Il est vrai qu'on l'a vu en plusieurs rencontres , où l'humeur scmbloit avoir beaucoup |)lus de part que l'intérêt de la religion, résister avec une opiniâtreté inflexible à la recommandation de plusieurs cardinaux , et même aux ordres du Pape, plusieurs fois réitérés.
M. le cardinal Nerli a des manières un peu singulières. On ne le croit ni savant ni habile , et tout le monde , en parlant de; lui , se domic la liberté de dire sans façon : Il a de l'csiiril, mais il est fou.
M. le cardinal Carpegna est regaidé connue un des plus instruits dans la juris[)rudencc (!t dans la discipline ecclésiastique, il a du génie pour les affaires ; mais surtout il est en i'é|)ulalion de savoir, mieux que nul autre, leur donner nu tour aisé pom* l(!s faire réussir connue il 11' juge à propos, (;t d'être iV'conil en expédions
dans celles qui paroissent les plus embarrassantes , et où tous les autres ne voient point de sortie. Il s'est répandu deux ou trois fois quelque bruit que le Pape n'étoit pas content de son administration dans q\ielqu'un de ses emplois , parce qu'elle avoit paru trop intéressée ; mais ces plaintes n'eurent pas de suite , ou bien on les fit tomber sur quelqu'un de ses domestiques. Quoiqu'il soit un des plus savans , on ne le croit point entêté pour aucune doctrine. Ses manières, aussi bien que ses paroles, paroissent franches et sincères. Tout ce qu'on voit en lui persuade qu'il n'est pas méchant, et que son fonds le porteroil à rendre service et à faire plaisir.
M. le cardinal Marescolti paroît raisonnablement instruit, et témoigne même de la facilité et de l'ouverture pour les choses de science aussi bien que pour les affaires. Lorsqu'on lui en parle , il écoute avec une tranquillité et une application qui fait plaisir. I^a vérité le touche vivement, lors même qu'il s'observe pour ne se laisser pas pénétrer. Il a de la noblesse dans ses manières ; et si on le compare à tout le reste , on doit sans doute le mettre parmi ce qu'il y a de mieux.
Le cardinal Spada est tout occupé des affaires d'Etat et de politique. 11 se mêle peu de la doctrine, et l'on voit bien que ses nonciatures ne lui ont pas laissé le loisir de s'appliquer à une étude fort profonde. Son emploi de premier ministre porte , dit-on , une espèce d'exclusion pour le jjontificat. Bien des gens ne veulent pas dans cette place un cardinal trop accoutumé à gouverner les affaires par lui-môme : on le croit honnête homme.
M. le cardinal iMorigia est en réputation d'être grand théologien. On le croit aussi d'une piété très-sincère ; il paroît rempli et pénétré des plus saintes maximes de la religion. Il ne les propose pas seulement dans la conveisation comme hîs seules règles de conduite que l'on doit suivre; mais l'on croit que son cœur en est encore plus occupé que son esprit , (pi'il les goùle et qu'il les aime. Quoi(pril paroisse doux , simple , aisé, (!t (ju'il donne lieancoup de liberté avec lui par ses manières honnêtes et caressantes, néanmoins il s'attire le respect et la vénération de tous ceux qui ra[>prochent. Tout ce qu'il dit lait remarquer qu'il a beaucoup de |)énélralion dans les affaires, et des lumières foi't étendues ])our les regarder d'un coup-d'(eil dans tontes leurs circonstances; il en raisonne sin' des n»a\iines très-sn|)érienre ; à celles qui règlent la rniidiiilc de la plupart des honnncs.
CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME
Le cardinal Ferraii , ou de Saint-ClémenI , est regardé comme le fliéologien du sacré collège. Il suit en toul la doctrine de saint Thomas; mais on ne voit point qu'il prenne aucun parti dans toutes ces disputes qui divisent nos écoles à présent , et paroît même op|)osé à tout esprit d'entêtement et de cabale. Sa piélé édifie : il conserve ton le l'austérité de la réforme des Dominicains dans sa lable , dans ses liahils , dans ses meubles ; il paroît en tout un simple l'eligieux. On ne le croit point malfaisant ; mais l'on n'a pas une grande idée de son génie naturel , et les Dominicains mêmes ont ce mal de cœur contre le Pape, de ce que , voulant choisir un cardinal de leur ordre , il ait préféré Ferrari à plusieurs autres qui auroient mieux souteiui , disent-ils, cette dignité : mais il est certain que sa vertu le distinguoit de tout le reste.
Le cardinal Albano a toute la science et l'érudilion nécessaire dans une personne qui remplit de grandes places. Il soutient dignement la charge de secrétaire des Brefs , avec une grande facilité à écrire et à parler latin. On voit (|u'il est né pour les affaires ; la multitude et la diversité de celles dont il est chargé ne l'embarrassent point ; il les traite et les décide d'un air aisé , et néanmoins avec une exacte application , sans qu'on puisse remarquer que la prévention ou l'humeur aient jamais aucune part dans ses réponses. On le voit toujours porté à soutenir la justice et à défendre l'innocence. Il se conserve libre entre tous les partis. Ce n'est pas qu'il ne connoisse le bon , et qu'il ne l'aime; mais quelque paît où il trouve le mérite, il est prêt à le favoriser. Le Pape a remarqué que tout le monde lui demande ce cardinal pour traiter avec lui leurs affaires particulières. Il contente et se fait aimer. Son caractère est d'avoir un grand sens, et de conduire les affaires avec beaucoup de prudence et de douceur. Il semble qu'à mesure qu'elles sont plus importantes, il les traite aussi avec plus d'habileté et pins de profondeur. C'est là-dessus que (pielques-nns ont dit qu'il étoil fiu et politique.
DCXXVIII. (DCXXVIL)
DE FÉNELON A L'AHBÉ DE CHANTERAC.
Il lo prie de rester à Rome jusqu'à rtiilière rnncliision de l'affaire, et lui annonce la tenue des assemblées provinciales de France.
A Caïubnii, \ niyi 1C99.
Jr viens de recevoir, mon très-cher abbé, votre lettre du il d'avril. Comme elle ne marque rien de nouveau sur le gros de notre affaire, je n'ai aussi rien à ajouter d'important à mes précédentes dépêches. Ce qui m'afflige le plus, c'est de voir que je ne puis éviter d'allonger voti-e purgatoire , et de vous conjurer de demeurera Rome jusqu'à ce que l'affaire soit nettement finie. Puisque vous avez eu tant de patience dans des conjonctures si amères , vous aurez bien encore celle de demeurer, comme vous le dites , au pied de ma croix jusquesà la fin. Il faut lâcher d'éviter les surprises dans une cour où tout est si incertain , et où la cabale ennemie est si puissante. Vous aurez reçu mon Mandement, mes lettres au Pape, etc. Je vous ai déjà mandé de ne mendier et de n'attendre point à Rome un Bref de louanges vagues sur ma soumission. En effet, je ne veux ni acheter ni chercher ces louanges : mais après y avoir bien pensé , je compte un Bref pour quelque chose, non pour me faire un bien, mais pour me délivrer d'un mal. Au moins ce seroit une acceptation de ma soumission, et un engagenientdu Pape pour une fin assurée.
.le reçus avant-hier au soir une lettre du Roi, qui me mande qu'après avoir vu mon Mandement que je lui ai envoyé , il souhaite que j'assemble les évêques de notre province , et que je fasse dans l'assemblée avec eux ce que j'ai déjà fait en particulier par ce Mandement, pour recevoir le Bref du Pape. Il ajoute que, quand la même chose aura été faite dans toutes les provinces , il donnera ses lettres-patentes pour l'exécution du Bref dans tout son royaume, etc. I" Il paroîtroit par là qu'on n'espère point de faire changer la chose à Rome. 2" Il paroîtqu'on va faire des assemblées dans toutes les provinces , pour accepter le Bref. 3° Le Roi paroît vouloir quelque chose d'uniforme dans tout le royaume pour son exécution ; ce qui peut signifier un formulaire. Vous voyez que la passion de mes parties fait pousser l'affaire contre
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toutes les maximes du royaume , et quon ne cherche qu'à prolonger pour me flétrir de pins en plus. Pour moi , je vais tenir notre assemblée; mais je n'y ferai que ce que j'ai déjà fait , suivant en cela précisément les ordres portés dans la lettre du Roi. A l'égard d'un formulaire , pourvu qu'il ne dise pas plus que mon Mandement, je n'aurai nulle peine à faire faire par notre clergé ce que j'ai fait moi-même; mais je n'admettrai rien d'ambigu ni sur la pureté de mes opinions en tout temps, ni sur l'orthodoxie de la doctrine que j'ai soutenue. Pour mon livre , je me soumets sans bornes et avec une sincère docilité au jugement du Pape. F^endant tous ces mouvemens, il me paroît nécessaire que vous demeuriez encore à Rome , non pour nous faire du bien , mais pour nous garantir du mal. Je ne perdrai pas un seul moment pour fiin'r notre assemblée, et pour vous délivrer.
Vous ne sauriez vous imaginer à quel point le jansénisme triomphe en France par mes parties et combien ils font souffrir aux autres l'oppression donl ils se plaignoient tant autrefois. Vous en pourrez juger par l'écrit que je vous envoie. Le silence de M. de Paris est la plus scandaleuse déclaration en leur faveur : mais il est tout-puissant, et ne garde plus aucune mesure. Si les gens de bien ne se réveillent à Rome , la foi est en grand péril.
L'affaire de M. de La Tuilière me touche plus que la mienne : je vousconjure de lui faire savoir que j'en ai le cœur percé. Offrez-lui tout ce qui dépend de moi. Si le séjour de Cambrai étoit convenable pour lui , je lui offrirois un logement avec tout ce qui dépend de moi , de la manière la plus effective . une telle société adouciroit mes peines.
Quand aurai-je la vôtre? Atteudons patiemment les momens de Dieu. Il sait combien vous m'êtes cher, et à quel point je ressens tout ce que vous faites.
DCXXIX. (DCXWIIL)
DE L'AHBÉ DE CHANTERAC A FlvNELON.
Il lui rend conipti.' dp sos ronversiitinns avec pliisicnis cardinaux, el de r,iiidifn(e qu'il a i;\\e du l'apo.
J'ai reçu, monseigneui', votre lettre du .'{ avril avec voire Mandement sur le JSref du Pape, et la lettre que vous écrivez à Sa Sainteté. Le
doute dans lequel vous paroissez être d'abord s'il étoit mieux de la donner avec le Mandement, ou de présenter le Mandement tout seul, m'auroil fait souhaiter de savoir le sentiment de quelques personnes de contlanre, avant que de me déterminer là-dessus ; mais elles n'étoient pas à portée que je pusse savoir leur pensée de plus de huit jours , et je voyois , d'un autre côté, des raisons qui me paroissoient ne laisser aucun prétexte à nos parties d'insinuer le moindre doute sur votre conduite à la cour de Rome. Je pris donc le parti d'aller chez un des trois cardinaux du palais, et de lui faire voir en confiance la lettre et le Mandement. Il loua et admira l'une et l'autre , et m'assura qu'il étoit mieux de les donner ensemble , et qu'il n'étoit pas possible que cela ne produisît un très-bon effet. Je pris occasion, dans cette audience, de lui dire ce que j'avois déjà su . 1" que le Roi avoit écrit au Pape pour lui demander que Sa Sainteté changeât son Bref en Bulle , afin d'ôler les embarras du prop/io motii, etc. ; :2° que le Pape avoit indiqué une congrégation extraordinaire lundi à la Minerve, avec tant de précipitation, qu'à midi les cardinaux n'en savoient encore rien ; 3° que \otre lettre au Pape, par laquelle vous lui promettiez de publier votre Mandement d'abord que vous en auriez la permission du Roi, avoit été louée dans cette congrégation , el fort approuvée ; V que le cardinal Albano avoit porté à la congrégation son registre des Brefs , dans lequel registre il faisoit voir un senddable Bref qui avoit été donné dans l'affaire des Jansénistes , et accepté en France. Ce cardinal me lit entendre. 1' qu'il n'y auroil point de Bulle; 2° qu'il avoit été résolu que le Pape vous écriroit; 3" que les termes de cette lettre paroissoient assez favorables , non-seulement à votre réputation , mais encore à la doctrine de vos réponses; 4" que votre Mandement, si respectueux pour le saint siège , devroit encore y faire ajouter quelque chose , el qu'il l'espéroit ainsi. Sur cette réponse , je me déterminai à présenter votre Mandement el votre lettre au Pape, el j'avois pris des mesures afin qu'une personu(; , qui le voyoit souvent en secrel , le {iréparàl là-dessus avant que je me présentasse à l'audience ; mais une lièvre qui le prit la nuit l'empêcha d'y aller le matin, comme \\ avoit été convenu , el l'après-dînée , je remarquai bien , par la surprise du Pape , qu'il navoil pas été informé. Il ne savoit d'abord ce que pouvoit demander ceili! seconde lettre; il fallut lui redire Irois on ipiatre fois ce que céloil que votre Mandement. Enfin , après
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qu'il eut été mis au fait, il me dit, on maiiièic d'excuse, (ju il avoil été impossible, par la multitude des allaiies présentes, de vous écrire cette semaine, n)ais qu'assurément on vous écriroit mardi (c'est le jour de la [)Oste de France) ; et en me disant qu'un \ous écriroit, il vouloil bien me faire entendre que vous seriez content. Il nie dit même là-dessus deux ou trois fois : Oue veut-il, que demande-f-il? Gomme j'avois la tête toute remplie de votre lettre, ^s'iliil ipteror, nikil postidij ; ]Q lui répondis dans ce même esprit : la première fois, que vous vous abandonniez entièrement à l'estime et à la bienveillance particulière qu'il m'avoit assuré si souvent avoir pour vous , et aux soins du Père commun pour les intérêts de l'Eglise et la gloire de ses ministres. La seconde fois, je lui répondis : Saint Père, cette affaire à présent vous regarde vous seul. M. de Cambrai se soumet entièrement à votre décret; il a donc fait tout ce qui dépendoil de lui : mais à votre égard , il reste encore deux choses dans cette affaire : la pretnière, de conserver la réputation d'un grand archevêque, qui se trouve flétrie par la condamnation de son livre sans aucun ménagement pour sa personne; la seconde, c'est de mettre la doctrine des saints en sûreté , en faisant voir que celle des explications de M. de Cambrai n'a point été condamnée avec son livre. Dans cet embarras , ne voulant pas s'expliquer davantage, il n)e dit d'aller voirie cardinal Albano. Lors je lui demandai : Saint Père, que lui dirai-je de votre part? Mais il ne voulut me rien dire de précis, et se contenta de me répéter encore d'aller voir le cardinal Albano, et il ajouta, pour changer de discours , qu'assurément on écriroit mardi.
M. le cardinal Spada, dans une audience que j'eus de lui , après avoir rendu votre première lettre au Pape qui piomettoit votre .Mandement, médit mille grandes choses : qu'on ne sauroit trop louer ni trop admirer votre mérite extraordinaire , votre esprit, votre piété, votre doctrine ; que Rome devoit être touchée de votre soumission ; que toute votre conduite dans celle affaire vous attiroit plus de gloire et vous faisoit une plus grande réj)ulation que si elle n'étoitjiunais arrivée. Je pris lù-dt'ssus l'air et les manières d'un homme qui ne coujprend pas comment cela pouvoit s'accorder avec la condamnation du Bref, et je me contentai pottrlant de lui dire : !\hiisconmient votre Eminence veut-elle que nous estimions sa doctrine? Comment , me répondit-il avec vivacité , savezvous , monsieur, que l'on n'a rien dit contre sa
doctrine? Ses i-éponses et ses explications sont arlmirables : tout le monde les estime , et l'on voit bien (|ue c'est là sa véritable doctrine : mais pour son livre, que voulez-vous? on n'a j!U s'empêcher de le condamner. Que cela ne vous fasse point de peine, je vous assure que vous serezcontent; et me prenant le bras en personne, qui me dit un secfet dont je d(^js être bien convaincu : Assurez-vôus que v(^is serez content. C'est à Rome présentement à avoir soin de M. de Cand)rai, Rome doit avoir soin de sa réputation. Accompagnez ces expressions de mille gestes qui disent encore plus que tout cela : voilà conmie on me [)arle. Dans une seconde audience , après avoir présenté votre Mandement au Pape , il parut encore plus touché de votre soumission, et sembloit me faire souvenir par tousses gestes ; de ce qu'il m'avoit dit dans a première.
J'ai vu aussi M. le cardinal Albano : il me disoit que le Pape vous écriroit un Bref plein de beaucoup de marques d'estime. Après quelques autres réflexions, je lui répondis là-dessus , que, si ce Bref ne contenoit que des louanges vagues et générales , son Eminence me permettroit bien de lui dire que vous deviez y être peu sensible depuis la publication du Bref; et pour exprimer toute ma pensée , je lui demandai permission d'employer les paroles de saint Paul . Oie cunfitentur, f'actis negant. Je crois qu'il enconvenoit dans son cœur.
Je saurai donc mardi si le Pape vous écrit; si c'est par moi qu'il veut que vous receviez son Bref, ou s'il veut vous l'envoyer par son nonce de France ; si l'on fait de nouvelles instances pour le changement du Bref en Bulle, et si je ne dois pas regarder cette affaire comme entièrement tinie pour vous en ce pays. On me l'a déjà assuré bien précisément et bien constamment plusieurs fois; mais entre-ci et mardi , je jjourrai en être encore plus certain : après quoi, si en effet on ne voit pas qu'il en soit [)lus fait mention, j'irai au Pape [)our lui demander sa bénédiction en prenant congé, et je réglerai avec nos amis si je dois aller rendre mes devoirs à tous les cardinaux du Sainl-Oflice a\ant que de p'artii". Quand nsême tout cela seroit fait avant samedi prochain , je ne laisserai pas de \ous en rendre compte avant que de sortir de Rome, par une lettre que je confierai à un ami qui aura soin de la mettre à la poste le jour du courrier. Duiant ma route d'Italie, j'auraiencore diverses occasions de aous marquer plus exactement tous nos projets pour le voyage.
Je ne puis parler que mercredi du dessein des
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Espagnols pour le suffragant ou vicaire général de ÎMoDS , à cause de l'abscence de ceux qui en doivent cire les premiers informés.
Votre Mandement n'est pas encore bien répandu. Ceux qui l'ont vu l'admirent, et pour la soumission et pour la noblesse des sentimens. Tout ce que l'on dit à Pans et en Flandre làdessus , se dit ici tout de même, et encore plus baul et avec moins de ménagement. Votie silence donne une plus belle idée de la religion, et augmente , s'il se peut, mon respect pour vous.
DCXXX. (DCXXLX.)