V. — Demande
Je n'ai jamais compris que la comparaison de la statue dût s'étendre à un autre temps que celui de l'oraison.
RÉP. — Tant mieux ; et encore faut-il ajouter qu'il est rare qu'elle convienne à tout ce temps.
De
Suffit-il , monseigneur, d'être disposée à faire des actes d'espérance , de demande , etc. quand Dieu y excitera , connue il paroît par cet endroit de saint François de Sales: « Il n'est » pas besoin que vous fassiez d'actes , s'ils ne » nous viennent au cœur; fermons-nous en la » simple vue du tout de Dieu , et de notre » néant ; accoisons-nous dans les elfets de cette » sainte volonté , sans nous remuer pour pro- » duire des actes de l'entendement et de la vo- » lonté ? »
RÉP. — Je tiendrois une oraison fort sus-^ peclc , où des actes si précieux ne viendroient jamais.
Ils viennent de deux manières, ou par une espèce de saint emportement dont on n'est jras maître , on par une inclination ou impulsion qui veut être aidée i)ar un simple et doux elVort du libre arbitre coopérant. On peut et on doit aussi les exciter, quaud Dieu laisse l'ame à ellemême; et il faut entendi'c sainement cette exclusion des actes de l'entcndenient et de la volonté dont parle le saint, car, à la rigueur, c'est chose impossible ; il n'y a d'actes qu'on puisse exclure sans crainte, que les inquiets et turbulens qui toui-menteni lame.
' Traite de l'awo liv. H, ép. 51 el .">;
\\ , diai). XI. l'^pitr.
LETTRES DE BOSSLET A MADAME DE LA MALSONFORT
VIL — De.mande.
VIIL — Demande.
Quand Dieu retire son opération , n'est-ce pas s'exciter que de ramener son esprit à Dieu?
Réf. — Sans doute, c'est une manière de s'exciter, que de ramener doucement son esprit à Dieu. Quand Dieu retire son opération , je crois que c'est le cas de se recueillir comme les autres tidèles, mais avec douceur, et surtout sans anxiété ni inquiétude , car c'est la ruine de l'oraisou '.
* * 11 Psl hion lorlaiii que M. ili- \l.'au\ ii.- (l.'maïuhiil » ics âmes que des exiilaliiiiis fort simples; et il convenoit, après saint Franrois de Sale», el me l'a dit , qu'une heure d'oraison seroit bien employc^e quand on la passeroit à ne faire autre chose, j>eiidaiil loul ce temps, que ramener son esprit à Dieu chaque fois qu'on s'apereoH de son r!;aremi>nl. \\{ me parlant sur les sécheressrs et les disiratlions , il me disoil (jue c'étoit alors qu'il falloit faire l'oraison de paliemi- : tl lui objeetant qu'on dit conimun«'inenl qu'il en faut re\enir a la méditation, quand un ne sent plus d'attrait, il me répondit que le bienheureux Jean de la Croix et les autres spirituels donnoient cette règle, de rrcourir i» la méditation; mais (ju'il n'étoil pas de cet avis, el ne froyoil point que, parce ([ue l'attrait cesse •, il fallut revenir a la méditation. El lui disant, au mois de mai 1702, que je ne sentois jdus celle onction que je goùtois aulrefois; et que je crai|;nois ([ue Dieu ne m'eut ôté cet attrait, pour me punir de tcrtaiues mauvaises dispositions où j'avois élé, il me répondit que cela pouvoit être, mais qu'il falloil lâcher de revenir a cette onction par la simplicité, il me la recommamlnii mium'oI. Mi- plai(;nanl, en une autre occasion, de mi-s sécheresses, il me dil , el me l'a rép.'lé bien des lois, de ne in'i'o pninl ciidian asser ; qu'il falloit tout perdre, cl les bcll, s dis|insili.>iis comme tout le reste; qu'il sufllsoitdc i Mci- pur la foi le fon.l de ces dispositions. 11 m'a écrit d dii ;i,se/ snnveiil.dc ne poinl douter de mon oraison, de ne la inijnl cliaii;;er; iiu'il falbiit se i)résenler devant Dieu dans la di-lerminali(in de consentir à tout ce qui sera bon, se li\rera lui, et ne point faire d'acte pour s'assurer. En me parlant >ur .lésus-CInisI , il est vrai qu'il me disoit qu'il n'approuvoit pas (|n'(in le plaçât dans les intervalles ou la pure conlenqilalion cesse , comme si c'eloit un objet indigne de celle pure eonlemplalion , ni qu'on abandonnât a l'instinct de la grâce les (d)jels (|ue se propose la eonlemplalion. Ce n'est pas ,disoil-i|, (|iie je ne veuille qu'on suive l'attrait; assurément, (|uanil il delermin.", il n'y a (|u'a se laisser aller à cet allrail : mais on n'est jias toujours dé terminé; et pourquoi, m'aj.mloit-il , ne l'étant pas, exclura-ton Jésus-Christ? El vous verre/, ci-apri's, p. I2.T, (ju'il eon- Yient que dans l'oraisou on peut sui\re l'allrail, n'occupàt-il toujours que du même obj.d ; (|u'il snllll de ne point exclure. Et lui disant qu'il me sembloil (|U(r je n'éti)is point occupée de Jésus-Christ dans mon oraison, il me répondit : Vous ne l'excluez point, ce n'est que l'exclusion que je blâme; vous y pensez sans songer que vous y i)eiise/.. On en est même occupé, disoit-il , dans ce qu'on appelle simple présence de Dieu, Dieu n'étant pas séparé de Jésus-Clirisl. Il ajonidll que, comme saint Fiançois de Sales le mandoit a inadanie dé Chantai, chacun doit .s'.)ccui>er des mystères en la manière d'oraison que Dieu lui a donnée; que la vue de Jésus Christ opère plus d'ordinaln- pour la pratique, que la vue abstraite de Dieu; que je lisse l'oraison a l'ordinaire, (|ne je m'y occupasse de Jésus-Christ ; qu'il l'enlendoit d'un aniere
simpltf, s'unir à l'esprit de saerilice de Jésus-Christ ; (|u'il n'éloit point contraire au recueillement de s'unir a Jésus- Christ par des actes simples. Je lui disois de temps en temps que mon recueillement n'étoil presque rien; j'ai toujours mieux aime exagérer dans ce sens ; il u\>'. répnndoil .|u'il
* Voyez p. 8;i , 105 et 120.
On m'a conseillé , lorsque je suis dans la sécheresse , et que je ne sens jilus rien dans mon fond , de me servir de quelques petits actes d'amour ou autres.
RÉF. — Le conseil est bon.
L\. — Demande.
Je ue me contente pas de quelques-uns , je les multiplie , et je me jette par là dans l'agitation et le dessèchement.
RÉF. — Tout ce qui cause cette agitation doit être évité. Je n'entends pas bien ce que vous appelez dessèchement ; je ne crois pas qu'on y tombe , ni dans l'agitation , par ces actes courts et simples , et qu'ils puissent troubler l'ame qui n'est point occupée de Dieu et sous son actuelle opération.