LETTRE VI
Sur la conduite qu'elle doit tenir à l'égaid de in;idame de Maintenon.
A Versailles. 16 février 1697.
Pour M""^ de Maintenon , vous voyez
une grande marque de sa charité , iiou-seulement dans le soin qu'elle prend de ni'envoyer vos lettres , mais encore d'en solliciter ellemême les réponses. Mais avec tout cela , ma lille , sacrifiez à Dieu tout le goût de son amitié. Ne faites rien qui vous la puisse taire perdre. Dites-lui naturellement ce que vous croirez utile ; faites si bien, que votre conduite se justifie elle-même , quand il faudra en venir à quelque éclaircissement. Dites , en simplicité et humilité . ce qui sera convenable ; et demeurez en repos , soit qu'on vous blâme , ou qu'on vous approuve , ou qu'on vous excuse. Mon livre sur l'oraison ne peut paroître que dans quelque temps ; vous y verrez que la vérité y règne seule.
LETTRES DE BOSSUET A MADAME DE LA MAISONFORT
un bonheur que vous vous trouviez en correspondance avec elle sous qui on vous a remise ; mais quand cela changeroil , croyez que les fruits de l'obéissance qui nous sont les plus salutaires, sont souvent les plus amers.
Je crois vous avoir dit la conduite que vous devez tenir avec M""" de Maintenon. Elle consiste à savoir ce qu'il faut conserver, et ce qu'il faut sacrifier sur ce sujet ; heureuse d'avoir à sacrifier quelque chose d'aussi considérable selon le inonde !
Ce n'est point par effort et violence qu'on fait cesser les actes inqinels. Les saints nous apprennent qu'en faisant de certains efforts pour les éviter, on retombe dans une autre sorte d'inquiétude. 11 faut , sans s'opposer à ce torrent , en laisser tranquillement écouler les eaux , comme celles qui tombent sur les toits , et qui font , pendant la pluie , des ruisseaux dans la campagne.
Pour ainsi laisser écouler ces eaux, auxquelles je compare vos activités , il faut avoir un fondement ferme , qui est l'appui en la pure bonté de Dieu. Il n'y a guère de moyens humains , pour en venir à ce grand et unique appui. Ce ne sont pas des pénitences que des hommes imposeront , ni aucun de leurs coinmandemens qui apaiseront cette tempête intérieure. Ce sera un n)ot que Jésus dira au dedans pour commander aux fiots et à la mer .- Taisez-vous , soyez en silence. Puisse Jésus prononcer en vous cette parole ! Mais quand il l'aura prononcé une fois , ne croyez pas que ce soit pour toujours. Le trouble reviendra de temps en temps ; et la pratique constante doit être celle de se retirer au dedans, et de retrouver, si l'on peut , ce fond où Jésus habile , et où il dort quelquefois , pendant que nous sommes agités.
Mes soins ne vous manqueront jamais. Je suis de votre avis , et c'est un assez grand dessein de Dieu sur les âmes , (pie de les faire |)our lui-même : cela suffit pour déterminer les pasteurs à le seconder, sans qu'ils aient besoin d'autre chose.
Il faut s'attacher aux choses que Dieu demande de nous par sa volonté déclarée , c'està-dire , par sa loi , par nos règles , par les ordres des supérieurs. Pour celles que nous croyons que Dieu nous demande par des instincts pai'ticuliers , elles sont sujettes à grand e\am(!n ; et je vous donne pour lègle certaine , (pie , pour peu qu'elles vous excitent de Iroublf . il n'y a , sans hésiter, qu'à les laisser là.
Il \ a plus d'uruHril que d'il ililé dans ces