‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 114 sur 271 · I'k. — Voilà une belle naï\eté! Un cliieii · texte numérisé non relu

I'k. — Voilà une belle naï\eté! Un cliieii

DIALOGUES DES MORTS

a donc clc'oiJé de Ion aulovlU'' . de toR lionufiir , de la vie, et du sorl de Iniite l' AiiLiletenc ! Alm-s que (is-tu ?

Ricii. — Je priai le comte de me mcltii' eu sûreté contre la l'iirenr de ce pi'ii[)le,

I.K Pu. — Hélas! il ne le manqnoil plus(|ue de demander làclienuMil la vie à l'iisiirpalenr. Te la doinia-t-il au moins?

Ricii. — Oui . d'ahord. Il me l'enferma dans la tour, oii j am'ois vécu encore assez dmice— ment . mais mes amis me lii'enl [»lus de mal que mes ennemis ; ils voulurent se rallier pour me tirer de captivité et pour renverser l'usurpateur. Alors il se défit de moi malgré lui ; car il n'avoit pas envie de se rendre coupable de ma mort.

Lk l'u. — ^(>iià \u\ malheur ciunplet. Mou fils est tbible et inégal : sa vertu mal soutenue le rend niéprisable : il s'allie avec ses ennemis, et soulève ses sujets; il ne prévoit point l'orage; il se décourage dès qu'il éclate ; il perd les occasions de punir l'usurpateur ; il demande lâchement la vie . et il ne l'obtient pas. 0 ciel . vous vous jouez de la gloire des princes et de la prospérité des Etats! Voilà le petit-fils d'Edouard qui a vaincu Phili|)pe et ravagé son royaume! Voilà mon iils, de moi qui ai pris Jean, et fait trembler la F'rance et l'Espagne.

LVÏ.

CHARLES Vil ET JE.\N DEC DE BOURGOGNE.

La cruauté el la perfidie augmentont les périls, loin de le? dimimior.

Le Duc. — Maintenant que toutes nos affaires sont finies , et que nous n'avons plus d'intérêt parmi les vivans , parlons , je vous prie , sans passion. Pourquoi me faire assassiner? Un Dauphin faire cette trahison à son pro[)re sang , à son cousin , qui

Charl. — A son cousin qui vouloit tout brouiller, et qui pensa ruiner la France. Vous prétendiez me gouverner comme vous aviez gouverné les deux Daupinns mes frères qui étoient avant moi.

Lf. Dfc. — Mais quoi! assassiner! Cela est infâme.

Charl. — Assassiner est le plus sur.

Le Dl'c. — Quoi! dans un lieu oii vous m'aviez attiré par les promesses les plus solennelles ! J'entre dans la barrière ( il me semble que

j'y suis encore) avec Noailles frère du captai de Ruch : ce |)erlide Tannegui du Chàtel me massacre iidmmainement avec ce pauvre iNoaille.

r.iiAiiL. — Vous déclamerez tant qu'il vous plaira; mou cousin, je m'en tiens à ma première maxime : (piand on a all'aire à uu homme aussi violent (^l aussi brouillon cpie vous l'éliez, assassiner esl le jilus sur.

Le Oi c. — Le [tlus sur! vous n'y songez pas.

("-IIV1U,. — J'y songe; (fesl le plus sur, vous dis-je.

Le Dec. — ]<>st-ce le plus siu- de se jeter dans tous les périls où vous vous êtes précipité en me faisant périr? Vous vous êtes fait plus de mal en me faisant assassiner . que je n'aurois pu vous en faire.

Chari,. — Il y a bien à dire. Si vous ne fussiez mort , j'élois perdu , et la i'rance avec moi.

Le Duc. — Avois-je intérêt de laiiner la France? Je voulois la gouverner, et point la détruire ni l'abattre; il auroit mieux valu souffrir quelque chose d(^ ma jalousie et de mon and)ition. Après tout, j'étois de votre sang, assez près de succéder à la couronne; j'avois un trèsgrand intérêt d'en conserver la grandeur. Jamais je n'aurois pu me résoudre à me liguer contre la France avec les Anglais ses ennemis; mais voire trahison et mon massacre mirent mon 111s. quoiqu'il fût bon homme, dans une espèce de nécessité de venger ma mort, et de s'unir aux Anglais. Voilà le fruit de votre perfidie; c'étoit de former une ligue de la maison de Bourgogne avec la reine votre mère el avec les Anglais poui" renverser la monarchie française. La cruauté et la perfidie, bien loin de diminuer les périls, les augmentent sans mesure. Jugez-en par votre propre expérience : ma mort, en vous délivrant d'un ennemi, vous en fit de bien plus terribles, et mit la France dans un état cent fois plus déplorable. Toutes les provinces furent en feu ; toute la campagne étoit au pillage ; et il a fallu des miracles pour vous firer de l'abîme où cet exécrable assassinat vous avoit jeté. Après cela, venez encore me dire d'un ton décisif : Assassiner est le plus sur.

Charl. — J'avoue que vous m'embarrassez par le raisonnement, et je vois que vous êtes bien subtil en politique; mais j'aurai ma revanche par les faits. Pourquoi croyez-vous qu'il n'est pas bon d'assassiner? n'avez-vous pas fait assassiner mon oncle le duc d'Orléans? Alors vous pensiez sans doute comme moi , el vous n'étiez pas encore si philosophe.

Le Duc. — II est vrai , et je m'en suis mal trouvé, comme vous voyez. Une bonne preuve

DIALOOfES DKS MORT.^.

que rassassiiial osl nu mauvais oxpéilicnl . osl d«' voir oouiliiou il m'a n'-UiJsi mal. Si j'eusse Uiisst^'' vi\rc le (lue iTOrléaus . vous n'auiiey: jamais son^é à m'ùtor la vie , et je m'eu serois Tort l)ien trouvé. Celui qui eomuicnce tlo telles alFairos doit prévoir qu'elles liuiront par lui ; dos (ju'il entreprend sur la \ic dos autres, la sienne n'a plus un cpiarl d'iieurc irassnré.

(liivuL. — Hc bien! mon cousin, nous avons tous deux tort. Je n'ai [las été assassiné à mou tour connue vous, mais j'ai soufVerl d'étranges malheurs.

LVH.

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