L. XI. — (liimmeiit as-tu gouverné mon lovaume
L. Xil. — Tout autremeiil (pie toi. Tu te l.iisois craindre; je me suis l'ail aimer. Tu as commeui'é par charger les |ieuples: je les ai soulagés, cl j'ai prel'én'- leur cptis h la gloire de vaincre mes ennemis.
L. XL — 'lu savois donc hien mal l'art de i('guer. ('. Csl moi ipii ai mis mes successeurs dau.-> nue autorilé sans bornes; c'est moi ipii ai ilissipé les ligues des princes el des seigneurs; c'esl moi (jui ai levé des sonnnes immenses. J'ai
DIALOGUES DES MORTS
découvert les secrets des autres; j'ai su cacher les miens. La llnesse, la hauteur cl la scvérilé sont les vraies maximes du gouvernement. J'ai grand' peur que tu auras tout pitc , et que ta mollesse aura détruit tout mou (nivraijo.
L. XII. — J'ai montré, par le succès démos maximes, (pio les tiemies éldieiit fausses et pernicieuses, .le me suis lait aimer; j'ai vécu en paix sans manquer de parole, sans répandre de sang, sans miner mon peuple. Ta mémoire est odieuse; la mienne est respectée. Pendant ma vie on m'a été tidéle: après ma mort on me pleure, et on craint de ne retrouver jamais un aussi bon roi. Quand on se trouve si bien de la générosité et de la bonne foi, on doit bien mépriser la cruauté et la finesse.
L. XL — Voilà une belle philosophie , que fu auras sans doute apprise dans cette longue prison où l'on m'a dit que lu as langui avant que de monter sur le tronc.
L. XIl. — Cette prison a été moins honteuse que la tienne de Péronne. Voilà à quoi sert la finesse et la tromperie ; on se fait prendre par son ennemi. La bonne foi n'exposeroit pas à de si grands périls.
L. XL — Mais j'ai su par adresse me tirer des mains du duc de Bourgogne.
L. XIL — Oui, à force d'argent, dont tu corrompis ses domestiques, et en le suivant honteusement à la ruine de tes alliés les Liégeois, qu'il te fallut aller voir périr.
L. XL — As-tu étendu le royaume comme je l'ai fait ? J'ai réuni à la couronne le dnché de Bourgogne , le comté de Provence et la Guieune même.
L. XII. — Je t'entends : tu savois l'art de te défaire d'un frère pour avoir son partage; tu as profité du malheur du duc de Bourgogne, qui courut à sa perte; tu gagnas le conseiller du comte de Provence pour attraper sa succession. Pour moi , je me suis contenté d'avoir la Bretagne par une alliance légitime avec l'héritière de cette maison, que j'aimois, et que j'épousai après la mort de ton fils. D'ailleurs j'ai moins songé à avoir de nouveaux sujets, qu'à rendre fidèles et heureux ceux que j'avois déjà. J'ai éprouvé même, par les guerres de Naples et de Milan , combien les conquéles éloignées nuisent à un État.