‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 121 sur 271 · L. XL — Tu parles trop · texte numérisé non relu

L. XL — Tu parles trop

L. XIL — C'esl toi qui as souvent trop parlé. As-tu oublié le marchand de Bordeaux établi en Angleterre . et le roi lùlouard que tu convias à venir à Paiis? Adieu,

LE CONNÉTÂIiLF, DF, lîOIiURON ET PAYARD. Il n'est j;ini;ii? iiorniis do piciulic 1rs lU'mes contre sa patrie.

BoruB. — N'est-ce point le pauvre Hayard que je vois, au [)ied de cet arbre, étendu sur l'herbe et percé d'un grand cou|)? Oui, c'est lui-même. Hélas ! je le plains. En voilà deux qui périssent aujourd'hui par nos armes, \^andenesse et lui. Ces deux Français éloient deux ornemens de leur nation par leur courage. Je sens que mon cœur est encore touché pour sa patrie. Mais avançons pour lui parler. Ah ! mou pauvre Bavard, c'est avec douleur que je te vois en cet état.

Bay. — C'est avec douleur que je vous vois aussi.

BouRB. — Je comprends bien que tu es fâché de te voir dans mes mains par le sort de la guerre. Mais je ne veux point te traiter en prisonnier 3 je te veux garder comme un bon ami, et prendre soin de ta guérison comme si tu étois mon propre frère : ainsi tu ne dois pas être fâché de me voir.

Bay. — Hé ! croyez-vous que je ne sois pas fâché d'avoir obligation au plus grand ennemi de la France? Ce n'est point de ma captivité ni de ma blessure dont je suis en peine. Je meurs : dans un moment la mort va me délivrer de vos mains.

BouRB. — Non , mon cher Bayard , j'espère que nos soins réussiront pour te guérir.

Bay. — Ce n'est point là ce que je cherche, et je suis content de mourir.

BouRB. — Qu"as-tu donc? Est-ce que tu ne saurois te consoler d'avoir été vaincu et fait prisonnier dans la retraite de Bonnivet? Ce n'est pas ta faute; c'est la sienne : les armes sont journalières. Ta gloire est assez bien établie par tant de belles actions. Les Impériaux ne pourront jamais oublier celte vigoureuse défense de Mézières contre eux.

Bay. — Pour moi , je ne puis jamais oublier (pie vous êtes ce grand connétable, ce prince du plus noble sang qu'il y ait dans le moude, et

DIALUC^KS l)E< .Mdfirs.

qui travaille à dciliirer de ses propres i»iains sa patrie et le royanine île ses ancêtres.

BoiHB. — HiK.i! Hayaril. je te Imie, et lu nii' conilanmesl je te |)laiii> . ri lu m'insiilU-s!

Bay. — Si vous me [ilaiirue/.. je vous plains aussi; et je vous trouve bien plus à plaindre que moi. Je sors de la vie sans tache; j'ai sacrilié la mienne à mon devoir; je meurs pour mou pays, pour mon roi , estimé des enneuus de la France , et reu-retlé de tous les bons Français. Mon rlat esl ditrne demie.

HiH lin. — Kt moi je suis victorieux d'un ennemi (jui m'a outragé; je me venge de lui; je léchasse (Ui Milanez; je fais sentir à toute la France condiien elle est malheureuse de m'avoir perdu en me |toussant à hniit : appelles-tu cela ètie à jilaindre?

IVw. — Oui, on est tonjours à plaindre quand on agit contre son devoir ; il vaut mieux périr en combattant pour la patrie, que la vaincre et trionqther d'elle. Ah ! quelle horrible gloire que celle de détruire son propre pays!

HoiRB. — Mais ma patrie a été ingrate après tant de services que je lui avois rendus. Madame m'a fait traiter imlignement par un dépit d'amour. Le roi, par foiblesse pour elle , m'a fait nue injustice énorme, en me déponillant de mon bien. On a détaché de moi jusqu'à mes domestiques. Matignon et d'Argouges. J'ai été contraint, pour sauver ma vie, de m'enfuir presque seul : que voulois-tu que je fisse?

Bav. — Que vous sotiflVissiez toutes sortes de maux, jilutôt que de manquer à la France cl à la grandeur de votre maison. Si la persécution étoit trop violente, vous pouviez vous retirer ; mais il valoit mieux être pauvre , obscur, inutile à tout , que de |)rendre les armes contre nous. Votre gloire eût été an comble dans la pauvreté et dans le plus misérable exil.

BoiuB. — Mais ne vois-tu pas que la vengeance s'est jointe à l'ambition pour me jeter dans cette extrémité? J'ai voidu que le Boi se repentit de m'avoir traité si mal.

Bav. — 11 l'alluit l'en Caire re|ientir |)ar une patience à toute é|»reu\e. qui ji'est pas ninius la vertu d'un héros (jue le courage.

BurnB. — -Mais le Boi étant si inju.>lc et >i aveuglé par sa mère , méritoit-il que j'eusse de si grands égards pour lui ?

JJav. — Si le i{oi ne le nH-ril.iit pas. la France entière le méritoit. La dignité même de la couronne, dont vous éles un des héritiers, le méritoit. Vous vous deviez à vous-même d'épargner la France, dont vous jvjuvez élrc un jour roi.

Bornn. — lie bieul j'ai tori , je l'avoue; mais ne sais-tu pas combien les meilleurs cœurs ont de peine à résistera leur ressentiment?

Bav. — Je le sais bien : mais le vrai courage consisie à v résister. Si vous conuoissez votre l'an te , liàtez-vous de la réparer, l'oui" moi , je meurs; cl je vous Iromc plus à plaindre <lans vos prospérités, (|iie moi dans mes soullrances. Quand ri^uqiereur ne vous Iromperoit pas, ipiand même il vous domieroit sa s<pur en uiariage , et (ju'il paitageroit la l-'rance avec vous, il n'elVaceroit point la ta;:he (]ui déshonore votre vie. Le coiniétable de Bourbon rebelle 1 ah ! quelle honte ! Kcoutez Bayard mourant comme il a "^écu , et ne cessant de dire la vérité.

IIKNRl VII F.T ilKNRI VIll DANGLETERRE.

Funestes effets de la passion de rameur dans un prince.

II. ^'ll. — Hé bien! mon lils. comment ave/.-vous régné après moi?

H. VIlI. — lleureusemeiit et avec gloire pendant trente-huit ans.

IL VIL — Cela est beau ! Mais encore, les autres ont-ils été aussi contens de vous que vous le |)aroissez de vous-même?

IL VlU. — Je ne dis que la vérité. Il est vrai que c'est vous i\\i\ êtes monté sur le trône par votre courage et par votre adresse ; vous me l'avez laissé paisible : mais aussi que nai-je point fait! J'ai tenu l'équiUbre entre les deux plus grandes puissances de l'Europe , François I" et Charles-Ouint. Voilà mon ouvrage au dehors. Pour le dedans, j'ai délivré l'Angleterre fie la Ivrannie papale, et j'ai rlinngé la religion, sans que personne ait osé résister. Après avoir fait un tel renversement, mourir en paix dans son lit . c'est une belle et glorieuse fin.

H. \|I, — Maisj'avois oui dire que le l'ape vous avoil donné le titre de Dét'enseiu- de l'I^glise , à cause d'un livre «pie vous aviez lait contre lessenlimens de Luther. D'où vient que vous avez ensuite changé?

IL VlII. — J'ai recoimii < ond'ieu l'Kglise romaine éloit injuste et superstitieuse.

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