‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 123 sur 271 · LOLIS XI! KT FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LOLIS XI! KT FRANÇOIS

Il vaut mieux être père de la pairie en gouvernant paisi- Idemcnl son royaume . que de l'agrandir par des conquêtes.

1,01 is. — Mnii ciier cousin , dites-moi des nouvelles île la France, .lai toujours aimé mes sujets comme mes enfans ; j'avoue que j'en suis en peine. Vous étiez bien jeune eu loute manière quand je \oiis laissai la couroinie. Comuii-ul a\ez-vous g(juvcrué luoii pauxic roN.uiinf '.'

FuA.Ni. — .lai eu quelques malbeurs; mais si vous voulez que je vous parle francbcment, mon règne a donné à la Fraiitc bi<Mi plus d'éclat que le Notre.

Loris. — Ib- mtui Diru 1 c'est cet éelat (pie j'ai loujoins craint. .le vous ai connu dès \olre enfance d'un naturel à ruiner les linnnces , à

basardei- tout pour la guerre, à ne rien soutenir a\ec palifuce, à renverser le bon ordre an dedans de l'Etat, et à tout g;\ler pour laire parler de NOUS.

FiUNç. — ('/est ainsi (pie les vieilles gens sont toujours préocrnpés contre ceux cpii doi- Nciil être leurs successeurs. Mais voici le fail. .l'ai soutenu une liorrible guerre contre Cliarles-Huinl empereur et roi d'Espagne. J'ai gagiu; en Italie les fameuses batailles de Marignan contre les Suisses , et de Cerisoles contre les Impériaux. J'ai nu le roi d'Aiigleleire liginaNcc l'empenMir contre la France; et j'ai rendu leurs elVorls inutiles. J'ai cultivé les sciences : j'ai mérité d être immortalisé [lar les gens de lettres; j'ai fait ivn ivre le siècle d'Auguste au milieu de ma cour. J'y ai mis la magnilicence. la politesse . rénidition et la galanterie : aNanl moi lonl étoit grossier , [pauvre, iguoiant, gaulois. Eiilin je me suis fail nounuer le père des lettres.

Lotis. — Cela est beau, et je ne veux point en diminuer la gloire; mais j'aimerois encore mieux que nous eussiez été le père du peuple, que le }»ère des lellres. Avez-vous laissé les Français dans la paix et dans laboudance ?

FuANç. — Non; mais montils, qui est jeune, soutiendra la guerre, et ce sera à lui à soulager cnlin les peuples épuisés. Vous les ménagiez plus que moi : maisiiussi nous faisiez foiblement la guerre.

Loris. — Vous l'avez donc faite sans doute avec de grands succès. Huelles sout vos conquêtes? Avez-vous pris le royaume de Naples?

Fkanç. — Non, j'ai eu d'autres expc'-ditions à faire.

Loris — Du moins vous avez consecNé le Milanez ?

FRA^ç. — Il m'est arriNc bien des accidens imprévus.

Loiis — Quoi donc'.' (".barli^s-nuiiit vous l'a euleNé'.' Avez-vous perdu quebpie bat.iille .' railoz... . vous n'osez tout dire.

FiuNÇ. — J'y fus pris dans imc [>alaille à Pavie.

Lon?. — Commenl 1 pris'? Ib-las ! eu (pn-l abiioe s'esl-il jeté par de mauNais conseils ! Ç.\'<\ donc ainsi que vous iii'aNez sur[)asséà la guerre ! \'ous aNcz re[)longé la France dans les mal- Leurs qu'elle soull'ril sous le roi .lean. <> pauvre France, que je te plaius ! Je l'aNois bien pn-Nii. Hé bien ! je nous entends; il a fallu rendre des pnjNinces entières , et payer des sommes immenses. Voilà à (pioi aboutit ce faste, cette bautiMir. celle témérité, celle ambition. Et la justice..., comiueut Na-t-elb ?

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liIAl.Or.rES DES MORTS,

Fham;. — EUo m'a floiuir de i^i'.iiulcs lossoiifcos. .l'ai Ncndii les cliari;('s di^ inai;islraliiiv.

Lovis. — l",l les juiiCti qui K-s ont aclu;k'M\s vend nuit à leur tour la justico! ÎMais laiil de sommes levées sur le |)eii|di' ont-elles été hieii omployéei pitiir \o\vy ci l'aire sulisisler les ai"iiiées avec éconoiuic?

FnA^(J. — Il on a failli une pariic pinir la ma^niitieeiicc de nia cour.

I.oris. — Je pjii'ie que vos inailresses \ oui en une ]ihis grande [uirt que K's meilleurs ofiioiers d'armée : si bien donc (]ue le pcn]>le est ruiné, la guerre encore allumée, la justice vénale, la cour livrée à loules les folies des fenum's galantes, tout l'état eu soullVani'e. Voilà ce règne si brillant (pii a ollaréle mien. Un peu de modération vous auroit fuit bien plus d'bonncur.

Franc. — Mais j'ai tait plusieurs grandes choses qui m'ont fait louer comme un héros. On m'appelle le grand roi b'rancois.

r.oris. — (Vest-à-dii'c que vous avez été flatté pour votre argent, et que vous vouliez être héros aux dépens de Ttllal, dont la seule prospérité devoit faire toute votre gloire.

Fra>ç, — Non, les louanges qu'on m'a données étoieni sincèi-es.

Loris. — Hé ! y a-t-il quelque roi si foible et si corrompu à qui on n'ait pas donné autant de louanges que vous en avez reçu ? Donnez-moi le plus imligne de tous les princes, on lui donnera tous les éloges qu'on \ous a donnés. Après cela , acheter des louanges par tant de sang et par tant de sommes qui ruinent un royaume !

Franc. — Du moins j'ai eu la gloire de me soutenir avec constance dans mes malheurs.

Louis. — A'ous auriez mieux fait de ne vous mettre jamais dans le besoin de faire éclater cette constance : le peuple n'avoit que faire de cet héroïsme. Le héros ne s'est-il point ennuyé en prison ?

Franc. — Oui, sans doute , et j'achetai la liberté bien chèrement.

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