L.WVI
FRANÇOIS l'r KT LE CONNÉTABLE DE BOl'RBON. Toutes le? passions doivent céder à l'amour de la patrie.
Fn. — Bonjour, mon cousin; hé bien, sommes-nous raccommodés à présent ?
BoiRB. — Oui , je n'ai point porté mon inimitié jusquesici.
Fr. — J'avoue que j'ai eu tort, en faisant gagner à ma mère un méchant procès contre vous , et que vous êtes sorti de France par ma faute.
BoiRB. — Cette sincérité méfait oublier davantage tous nos anciens démêlés , et je voudrois être encore en vie , pour pouvoir vous demander le pardon que je n'avois pas pourtant mérité.
Fr. — Je vous l'aurois facilement accordé , et j'allois lâcher fie vous regagner par toutes sortes de moyens ; mais votre mort me pré\int.
Boirr. — l'our moi, j'avoue de bonne foi que je n'avois pas les mêmes sentimens. et que j'aurois voulu devenir'prince souverain en Italie Je me mis pour cela au service de Charles-Quinl.
Fr. — Quoi! ne regrelliez-\ous point \olre patrie, et n'a\iez-vous [loint euNiede la revoir'/
BoiKH. L'ambition éloit clif/. moi la passion domiiianle, cl je Noulois m'enrichir : de plus , j'aj)j)réhendois que vousne tinssiez encore j)our votre mère , qui avoit été la cause de ma disgrâce.
Fr. — Mais il valoit mieux aller dans vos terres , et demeun.-r premier princr du sang , éloigné de la Cour, (pie de (iMiMiiaiider les armées de 1 Cmicmi caiiilal ilii cbi-f de votre famille.
Boi KB. — .If recoiinois à piiM-iit ma taule, et j'en suis touché sincèrement.
I'k. — .Mais qu'est-ce qui vous lit fiiln'prriiilie II- pillage de Koine?
Borun. — Il faut \ou> découvrir ii i tout le mystère. l,ors(pie je fus entré au service de C.harles-Qiiint , François Sforco él«»it duc de Milan; rFm[)ereur vouloit s'emparer de ce duché. Le duc n'étoit pas assez fort pour lui résister : il n'y avoit que son chancelier, nommé jMoron , honniie ex[térimeiité, lionnne qui découMoil tout, et em|)êclioit le duc de tomber dans les panneaux qu'on lui tendoit. L'Emi»ereur, croyant qu'on ne [)Ourroit exécuter son entreprise tant que cet homme seroit auprès du duc , le lit prendre, et lui lit faire son procès sur de fausses accusations . par lequel il fut condamné à mort, (^onnne on le menoit au supplice , il me tit promettre une grande somme d'argent, et me fit dire qu'il me découvriroit des choses importantes si je lui sauvois la vie. Je fus ébloui par ses promesses, et lis retarder l'exécution. Je le lis \enir pour me découvrir ces choses d'inqiortance : il me dit que je devois débaucher l'armée de l'Empereur, et ensuile aller jiiller Florence ou Rome; ce qui me seroit aisé, parce qu'elle étoit toute compo.sée de Luthériens. Mon ambition me lit trouver ces conseils excellens : je gagnai l'armée, et marchai à Home, où je fus tué au commencement de l'atlaque. Vous savez le reste.
Fil. — Vous étiez donc en même temps orgueilleux et avare? Voilà de belles passions!
BoiHB. — Vous étiez livré à vos passions aussi bien que moi; car vous aviez des maitresses, vous désiriez être empereur, et on prétend que vous ne haïssiez pas l'argent. En cette occasion , c'est la pelle qui se mo(]ue du fourgon.
Fr. — .Nous nous disons l'un à l'autre nos vérités sans licii craindre: mais nous ne nous en fâchons point.
BoiRB. — rendant que nous vivions nous ne les aurions pas supportées si facilement; mais la morl Ole une ;.:raiide partie des défauls.
j'u. — .Mais avouez à pié.-«eiil que vous étiez beaucoup mieux tonnélable et premier prinec du saiiLS qi'"" g''ii<ral des armées de Charles- Quinl'?
Bonut. — Il est \i;ii (jue \) ai eu de grands
DIAI.or.UES DES MORTS.
dc^oùls; n\[\h pourquoi a'avrz-vons pas voulu que je vous aie l'ail la rôvcrcncc, après que vou> fuies pris à Pavie?
Fh. — .le voulus soutenir la f:ran<leur royale, même clans ma disurràee, el jaurois j)lulôl sowltVrl la mort, que la vue d'un sujet rebelle: mais iei-has il n'v a plus ni sujets ni princes, ni sujets rebelles ni soumis, ni jeunes ni \iiMi\. ni sains ni malades.
FAX Ml.
rMiMi'i'i: M r,T imiiium'k m n-i:sp.\r,NE.
Rit'ii do SI in'iiiiiu'ux aux rois i|iit' de si; laisser eiitr.iinfr [lar l'ambition et lu tlalterio.
Tu, 11, — Hi; liicu 1 mon iiis, avcz-vons gouverné l'Espagne selon mes maximes? Vous
n'osez répondre ; quoi donc ! est-il arrivé quelque grand malheur? Les Maures sont-ils rentrés une seconde fois en Espagne...?
Pu. m. — Non, l'Espagne est toute entière.
Ph. II. — Quoi dont;! les Indes se sonlelles révoltées? parlez.
Ph. III. — Non.
Ph. il — Heni'i IV a-t-il pris le royaume de Na|)les? j'a|)|)rél)endois fort ce prince pend.uil ma vie.
Ph. IIL — Point du tout.
Ph. il — Je ne saurois comprendre ce qui est arrivé; éclaircissez-moi?
Ph. m. — Je suisobligé d'avouer moi-même mon indjécilité; car en suivant vos maximes j'ai ruiné l'Espagne. En voulant abaisser les grands, je leur ai donné de la jalousie ; en sorle qu'ils se sont lignés et se sont élevés au-dessus de moi. Cela a fait que je suis tombé dans une si grande foiblesse, que je n'avois presque plus d'autorité. Pendant ce teaq)S-là, le prince i\laurice a réduit sous sa puissance la meilleure partie des Pays-Bas, et j'ai été obligé de conclure avec lui un traité honteux , par lequel je lui Idissois une partie de la Gueidre, la Hollande, la Zélande, Zutplien , Utreclit , West-Frise , Groningue et Over-lssel, etc.
Ph. il — Hélas! dans quels malheurs avezvons jeté l'Espagne ?
Ph. IIL — J'avoue qu'ils sont grands ; mais ils ne sont arrivés (ju'en suivant voire jiolitiqne. En voulant rabaisser l'orgueil des grands , je l'ai élevé ; vous avez vous-même donné commencement à la puissance des Hollandais par le commerce....
l'ii. 11. — (ïoMunent ?
Pu. III. — Lorsque vous conquitcb le Portugal , les Pnringais faisoient tout le commerce des Indes: (juchpie temps après, les Hollandais sétanl révoltés, vous voulûtes les empêcher de venir à Lisbomu^. Ne sachant doue que devenir, ils allèrent prendre les marchandises à la source, cl cnliu luinèn'ul le commerce des Portugais.
Ph. il — Pendant ma vie, mes courlisans m'élevoient cela jusfpi'aux cieux : je reconnois à présent mes fausses maximes et ma fausse politi(|ue, et (lu'il n'y a rien de plus pernicieux aux rois que de se laisser entraîner par l'andjition et par la llatlerie.
LXWIIL
ARit^TOTt; HT i>r,sr.,\!(Tfc:s.
Sur la piiilosopluo carlésieniit: . el en parliciilii r sur le système des bètes machines.
AiusT. — J'avois entendu parler ici de votre nouvelle méta|)hysique, et je suis bien aise de m'en éclaircir avec vous.
Dksc. — J'ai avancé de nouveaux [uincipes, je l'avoue ; mais je n'ai rien avancé (jue de vrai, à ce qu'il me seud)le.
Arist. — Expliquez-moi un peu ici ces nonveaux principes ?
Dksc. — J'ai déconvei'l aux hommes la chose la plus importante qu'on ait découverte et qu'on découvrira . c'est que les animaux ne sont que de sinqdes machines , et de purs ressorts qui sont montés pour toutes les actions qu'on leur voit faire.
AiusT. — Oui; mais nous leur en voyons faire [ilusienrs qui me paraissent difliciles à expliquer par la machine. Par exemple, lorsqu'un chien suit un lièvre, direz-vousque l;i machine est ainsi montée?
Desc. — Auparavant (jne d'en venir à cette question, il faut convenir qu'il y a un Lire iniiui.
Arist. — Voyons nu peu comment vous le pourrez prouver.
Dksc. — N'est-il pas vi'ai que le corps n'est qu'une simple matière?
Auisr. — Oui.
Dksc. — De même l'ame n'est qu'une substance qui pense.
Arist. — Non.
Desc. — Pour joindre donc cette matière et
iii.\|j»(iri:s liKS Mouis. :{33
celle subslance iriinialeriello.il est nécessaire .\h\-\. — .r.iMnie (jin ( ill) Inriiit' malérielle
d'un lien : or. ce lien ne pi'iil |ii)inl ('Ire nialé- n'tsl (|ii'iin |)ur ^-alinialiiis , cl <)Ui' ji* ne l'ai
rit'I ; (Iniic il rst nl'(•l>s^ail■e qu'il y ail un hlr»- \(iiilii soiilciiir (|iii' |iaii'f (|iit' mes t'culicrs l'cn-
tiiiil-|iiiissaiil l'I iiilini (|ni lie celti- iiialiri-f ri scit:iii'iil ainsi : mais eu lesnianl à \olre h'ilre
celte siilislanrc iimiMlciiclli'. inliiii et l<iut-|iuissanl , mtiis iIcmuis ifinclure
Auisr. — IN'niiaiil ma vie. ji' ^ll^ltis liicn (|iril ;i |iii (lninicc aii\ animant imr aiiic spiri-
i|n'il lalloil (jn'il \ «'ùl quclcjut' tliost- lonmif tiitll(',t'l li-s a |in laiii- ans>i de simple-; uia-
« ela ; mais celle c(»mj(iissance n'éloil pas si dis- chines; mais ipie . iumme l'espril des honnnes
lincle que \ous me la rendez à présent. est iKirni'-, il ne peu! |ia- peiit'-tier jusipi';! eetle
Desc. — Pour re\enir à notre chien . eet siieiii-e.
Kire itilini el toul-pnissanl ne pent-il pas avoir Kksc — \ oiis \oilà lomhe dans la |)Ossihi-
lail des ressorts si délicats, que. toncliés par les lilé, et c'est une carrière oii il e^t facile de s'é-
corpuscules (|ni sortent ineessanmienl île (e leiidre. Dans celte possibilité \ons Ironvere/. les
lièvre, ils l'assi-nt airir les ri'ssorts, en sorte que choses de raison , les hircoci'il's , les hijj[iocen-
cela les lire vers le lie\re. taures, et mille antres liL'ines bizarres.
AKr>r. — Mais quand ce chien est en défaut. Ainsi. — Vous ynudiiez bien m'éloij:ner de
el que ces corpuscules ne viennent plus lui frap- la mélaphysicpie , el me Jaire tomber sin- les
per le nez, qu'est-ce qui fait que ce chien cher- êties de raison . qui font partie de la loj^ique.
che de tous cotés, jiis(|ir'à ce qu il ait retrouvé Dksc. — ^'ous tâchez de in'éblonir par vos
la voie? vaines raisons.
riF.so. — ^'ous entrez dans de trop [letils dé- Aiusr. — Avouez, mon j)auMt' Descartes ,
lails que l'on n'a |>as fort ap|)rofondis. ipie nous n'enlendous iruère tous deuv (•(• que
.Arist. — (]etle question \ous a endiarm^M'; nous disons, el que moi, s ]daidoiis une cause
je le voisltien. bien einhronillée.
Dksc. — Mon principe fondamental est que Uesc. — Knd)rouillée ! je prétend> ipi'il u'v
nous ne vovons faire aux bètes ipii' des niou\e- a lien de plus clair que la mienne,
mens où l'on n'a besoin que de la machine, Aiust. — Croyez-moi, ne dispiilons pas da-
Arist. — (Jnoi! (|iiand un chien a perdu ïon vanlage; nous y perdrions tous deux uoli(> latin. inailre, el qu'il est dans un carrefour où il y a
trois chemins, après avoir senti les deux pi*- "■~ ~ — — —
miers inutilement . il prend le troisième sans i yyiv hésiter : en vériti'î . je ne vois pas que la simple
uiaclnne puisse (aire cela llARPA.^.iV KT Ur.inNTF.
l'Ksi . — Je vous ai déjà dit que ces delaiH éloienl .le si petite conséquence qu'on ne se Conlic- i'avarico qui f;.it nejrli.'.r \ un )„ri- ,l.- fai.iille donne |)oint la jjeine de les approfondir. Mais l'.'.liir.iiion et riioiimiir ih- se? cufaih. venons aux princi|)es : les animaux sont de simples machines, ou bien ils ont une auie maté- Don. — Non, je ne puis {jouter vo.-; raisons ; riellf-, on une spirituelle. ce ne sont ipie de vains prétextes par lesquels
Arist. — polir la machine el lame spiri- vous voulez m'éhlonir, et vous délivrer de mes
tuelle, je le nie. remontrances. Voire manièi-e de vivre n'est jias
Desc. — Vous revenez donc à lame maté- souteiiable,
rielle? Iliiu'. — A'oiis en jiarlcz bien à voln- aise ,
Ani>!. — l!lle e>l bien plii^ probiiile (pie la \ous »|iii ne vous êtes point marié, et (jui êtes
simple machine ; et pour l'aine spirituelle , je sans suite ; j ai des enfans ; j,- \,>ii\ me faire
crois (pi'elle n'a éli'- accordée qu'aux seuls boni- aimer d'i-iix l'ii leur amassant du bien . el leur
mes. dormant iiiosm de mener une vie heureiiM-.
l)tsc. — .l'ai ^'agné un *:raiid point : n'est- l>ou. — \ ous \oulez. diles-\ous, vous faire
il pas xrai <pie la matière ne pense pas? aimer de vos eiifans'.'
.\uisT. — Non. Mmu'. — "ni, sans doute; »'l je leur en donne
Uksc. — l'nis(pie la maliere ne pense point, un sujet bien fort en me refus;int pour eux les
comment voulez-vous donc qu'elle soit une choses les jdiis nécessaires,
aine . (pii n'est faite (pie pour penser'.' Uim. — Si vous avez en\ ie de \ous faire haïr
Ami>t. — Ile bien, ôloiis-eii la matière. d t'ux , vous ne jMnnez pas prendre une plus
Uesc. — La Voila devenue aine -piiitnclle. sûre soie.
DIALOGUES DES MORTS
Harp. — Ah ! il lauJroit qu'ils fussent los plus (léiiatiurs des liommes. In père qui n'envisage (|u'eu\, (pii se compte [)oui' rien, qui lononce à tontes les roinniodilés, à toutes losdoneeurs de la vie !
Don. — Sei^ni'nr llaipagon , j'ai une autre chose à vous dire ; mais ](> crains de vous lâcher.
Haiu'. — Ni>n . iKHi: je ne \eux pus qu'on me dissimule rien.
l>ou. — Vous n'aimez que. \os eul'ans, ditesvous.
ILvRP. — Je M)us en lais vous-même le juge; voyez ce que je fais pour eux.
Don. — C'est vous qui ni'ohligez de parler : \ous ne les aimez point, seigni'ur llirpagon; et vous, vous croyez ne vous point aimer.
IIari'. — Moi ; hé! de (]uelle manière est-ce que je me traite?
DoR. — Vous n'aimez que vous.
Harp. — 0 Ciel! pouvois-je attendre cette injustice (h; mon meilleni' ami?
DoR. — Doucement; mon but est de vous détromper par une persuasion qui vous soit utile, et non de vous aigrir. Vous aimez, ditesvous , vos en fans?
Hari-. — Si je les aime !
DoR. — A\ez-vous en soin de leur éducation?
Harp. Hélas! je n'étois pas en état de cela; les maîtres éloient d'une cherté épouvantable : ;'i qaoi leur auroit servi la science si je les avois laissés sans pain?
DoR. — C'est-à-dire, car il faut convenir de bonne foi de la vérité , que \ons les avez laissés dans une grossière ignorance, indigne de gens qui ont une naissance honnête. Vous n'avez eu nul soin de cultiver eu eux la vertu ; a'ous n'avez jamais étudié leurs inclinations : s'ils ont de la probité, vous n'y avez aucune part , et c'est un bonheur que vous ne méritez pas.
Harp. — Mais on ne peut leur procurer tons les avantages.
DoR. — Mais on doit an moins songer au plus important de tout . à celui dont rien ne dédommage, à celui qui peut suppléer à tout ce qui manque : cet avantage . c'est la vertu.
Harp. — 11 faut être honnête homme ; mais il faut avoir de quoi vi\ re, et rien n'est plus méprisable qu'un honnne dans la pauvreté.
DoR. — In malhounête homme l'est bien davantage. eCit-il toutes les richesses de Crésus.
Harp. — Hé bien ! j'ai trop tourné ma tendresse pour mes enfans du côté du bien : prouverez-vous par là que je ne les ai point aimés ?
DoR. — Oui , seigneur Harpagon, vous ne les aime/, pas: et ce n'est point de les rendre riches que vous êtes occupé.
Harp. — ConunenI? Je leur conserve tout mon bien, et je n'y ose toucher : tout n'ira-t-il pas à eux a|)rès ma mort?
Don. — Ce n'est pas à eux que vous conservez votre bien , c'est à votre passion. Il y a deux plaisir's. celui de dé|)euser et celui d'amasser. Vous n'êtes louché que du second; vous vous y abandonnez sans réserve, et vous ne faites que suivre votre goût.
Harp. — Mais encore , s'il vous |)laît , à qui ira ma succession?
DoR. — A vos enfans, sans doute ; mais lors- (jue vous ne pourrezplus jouir de vos richesses, lorsque vous en serez séparé par la dure nécessité de la mort , votre volonté n'aura nulle part alors au profit que feront vos enfans ; vous leur avez refusé tout ce qui dépendoit de vous, et ils ne seront riches alors que parce que vous ne serez plus le maître de l'empêcher.
Harp. — Et sans mon f^cononiie , ce tempslà arriveroil-il jamais pour eux?
OoR. — C'est-à-dire qu'ils se trouveront bien de ce que la passion d'amasser vous a tyrannisé, j»ourvu (pje vous ne les ruiniez pas auparavant; car c'est ce que j'appréhende : et c'est ce qui montre encore que vous ne les aimez pas.
Harp. — Jamais homme n'a dit tant de choses aussi .peu vraisemblables que vous.
DoR. — Elles n'en sont pas moins vraies ; et la preuve en est bien aisée. Y a-t-il rien de plus ruineux que d'emprunter à grosses usures? Vous savez ce que font vos enfans, vous savez ce qui vous est arrivé à vous-même : ils ne le font que parce que vous leur refusez les secours les plus nécessaires; s'ils continuent, ils se trouveront, à votre mort, accablés de dettes. 11 ne tient qu'à vous de l'empêcher, et vous n'en faites rien. Et vous me venez parler de l'amitié que vous avez pour eux , et de l'envie que vous avez de les rendre heureux! Ah! vous n'aimez que votre argent: vous vivez de la vue de vos coffres-forts; vous préférez ce plaisir à tous les autres dont vous êtes moins touché. Vous paroissez vous épargner tout , et vous ne vous refusez rien ; car vous ne vous demandez à vousmême que d'augmenter toujours vos trésors , et c'est ce que vous faites nuit et jour. Allez, vous n'aimez pas plus vos enfans et leurs intérêts que votre réputation , que vous saci'ifiez à l'avarice. Ai-je tort de dire que vous n'aimez que vous ?
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