DE L'EUCHARISTIE
i" QioiQiE nos yeux n'aperçoivent dans l'Eucharistie qu'une apparence de pain, la foi néanmoins y découvre , sous cette apparence, le vrai corps de Jésus-Christ qui a été attaché sur la croix pour nous. Il y est avec son sang répandu pour notre salut, avec son âme, avec sa di\inilé. Il y est vivant, immortel, glorieux, tel qu'il e^t à la droite de son Père. C-onune Moïse changea en Egypte l'eau eu sang, et ime baguette en un ser[)ent ; connue Jésns-t^hrist changea aux noces de Cana l'eau en vin, de même il change le i)ain et le vin en s(jn cor[)s et en son sang, dès que le piètre |irononce en son nom à la messe les paroles sacramentelles. C'est sa tonte-puissance qui fait ce miracle, comme tant d'autres qui ne lui coûtent rien. Il faut sans raisonner croire tout ce qu'il dit. Les paroles des honmies sincères disent ce ipii est ; mais les paroles toutes-puissantes du l*'ils de Dieu font ce (ju'elles disent.
"l" L'Eucharistie e>t le sacrement de l'amour. Combien Jésus-Christ nous a-t-il aimés, [luis-
(ju'il n'a pas dédaigné de m' faire noire nourriture de cha(|ue jour? Il veut être notre pain (piolidien , en sorte (ju'il soit l'aliment le plus familier de nos Ames, connue le [)ain grossier iiomrit nos corps. Le pani des cor[)s ne fait qu'en relarder la mort et la corruption ; mais Jésus-( Christ, pain île nos ;\mes, les fera vivre éternellemenl. C'est le jjain descendu du ciel jinur diniiiff lu vie nu monde, (^est être einiemi de soi-mên)e , c'est vouloir mourir , quiî de n'être pas allamé de ce pain. Le Sauveur est là (jui vous attend a\ec ses mains pleines de grâces. C'est l'Agneau égorgé pom* les péché-s du inonde , (jui veut être mangé dans ce festin céleste. Venez , enfans de Uieu, vous rassasier de celte chair divine et vous désaltérer dans ce sang, (pii elTace tous les péchés, il ne cache les ravons de sa gloiri,' (jue jiour n'éblouir pas vos foibles yeux . et pour vous accoutumer à une plus g.-andc familiarité. (Croyez , espérez , aimez : portez le bien-aimé dans vos poitrines, et laisscz-le régnera jamais au dedans de vous. Chacun des autres sacremeus nous donne la grâce particulière (|ui est propre à son institution ; mais celui-ci nous donne Jésus-Christ même , source de toutes les grâces, auteur et consommateur de notre foi.
3° Par ce sacrement, les hommes, s'ils sont bien disposés, sont incorporés à Jésus-Christ, |)Our ne faire plus qu'un seul tout avec lui. Cette nourriture, si elle est bien prise, fait que Jésus-Christ vit, parle, agit, souffre et exerce en nous toutes les vertus. Elle nous fait croître ch.aque jour d'une vie toute divine et cachée avec Jésus-Christ en Dieu. Elle humilie notre esprit , elle mortilie notre chair, elle dompte nos passions brutales , elle nous fortilie contre les tentations , elle nous inspire le recueillement et la prière ; elle nous tient unis à Dieu dans une vie toute intérieure ; elle nous détache de celle vit' si fragile et si courte ; elle nous eiillainme du désir du règne de Dieu dans le ciel. Elle lutus donne une horreur infinie (Ju péché mortel et une crainte filiale qui nous alarme à la \ue des fautes même les pins vénielles ; elle nous soutient au milieu des croix et des tentations . pour nous faire continuer notre |iéleriiiage jusqu'à la montagne de Dieu. l" Mais a\ant «pie de manger ce pain des anges, il faut (jne l'homme s'éprouve, qu'il interroge et qu'il sonde son propre cirur , de peur de se rendre ciiuiinljle du corps et du sang du Sau\eur. niiiconipie le recevroit dans une conscience impur»', aNcc (pielque [téché mortel, an lien di- m- plonger dans la fontaine d'eau
MAM [•:!. ni: ni-iTi-:
\ive, boirait et inangeroit son jtKjrmoit pour sa perle éternelle : il doniieroil ;i .lésus-C.lirist le baiser traître de Judas ; il louleroit aux pieds le san-î de la viclinie, par laquelle seule il peut apaiser la colère de Dieu ; il ne feroit qu'ajouter à tous ses autres péeliés l(>s sarrilé|;es d'une confession sans pénitence cl dune conununion indigne.
ri" Il seroit inutile de s'alislcnir de la coniniunion , de peur de couiniuuitM' indipuenient. lui communiant indignement . on change le pain de vie en poison , et on s'emj)oisonne soimême; mais en ne communiant pas, on se prive de la nourritui'e . et on se laisse mourir de détaillance dans cette pri\atiou. Il l'an I donc communier, et conmumier dignemenl: il faut tout sacrifier pour se mettre en étal de mangiM' avec fruit ce pain quotidien : il faul icnoncer non-seulement aux péchés mortels. an\ \ices grossiers et (jui font lK)ri'eur. mais encore aux occasions dangereuses d'y tond)er. Il faut même renoncer à l'affection xolonlaiie pour les péchés véniels, qui retranchent peu à peu les véritables alimens de l'amour de Oieii au fond du cœur. Conunent pent-ou noui-rir eu soi l'amour de Dieu au-dessus de tout . (juand on veut dememer attaché de pro[ios délibéré au\ choses (pii lui déplaisent . (pii coutristent son Saint-Esprit, et qui nous mettent en tentation continuelle d'aimer ce que Dieu veut que nous n'aimions pas? Quand vous aurez fait ce sacrifice sincère à Dieu , vous mangerez en ange le pain des anges. Vous vivrez pour lui; vous aurez la consolation de le recevoir fréquen:ment. La véritable manière de communier est de le faire avec une telle pureté de cœur , qu'on puisse le faire tous les jours, selon l'usage des premiers chrétiens.
6° Après la communion , demeurez recueilli en vous-même et intimement uni à Jésus- Christ que vous portez dans votre poitrine comme dans un ciboire. Remerciez-le; écoutez-le ; goîitez la joie de le posséder; adnn'rez son amour : priez-le de ne vous quitter jamais.
N'oublions pas de demander à Jésus-Christ de nous accorder la grâce de le recevoir en viatique dans notre dernière maladie. N'attendons pas l'extrémité pour demander ce pain de vie : il doit nous soutenir et nous fortiiier dans ce passage si pénible à la nature. Repus du corps et du sang du Fils de Dieu , nous irons paroître avec plus de confiance au tribunal du souverain Juge.
HOMIKIK 1>K I. AMK INIK A JKSL'S-CniUST DANS l.A SAIMF. COMMIMON.
Qu'on est riche; , (piand on porte son trésor au fond de sou ((eni-, et qu'on n'en veut plus d'auln> 1 n>i'on est heureux dans les croix, lois(|u'ou a tonjoiu's avec soi son consolateur! Qu'i>u est puissant et invincible , mal|.:iv ses sensibilités et ses foiblesses. lorsqu'on possède Jésus-Christ au-dedans de soi ! C'est vous . ô mou Dieu, o mon amoui! c'est vous que je i-ecois dans le sacrement; c'est vous qui nourrissez mon ame de votre chair, qui donne la \ie au monde , et de votre substance divine, (jui est rélernelle vérité. C'est vous que je tiens, (pie je goùle, (pie je |)ossède , que je garde re|)0sanl dans ma poitrine , comme votre disciple bien-aimi'' r('|)osoil sur la v(')lre. Je vous ai: n'jii-je i)ah tout? Que me faut-il encore? que me peut-il manquer? 0 Dieu d'amour, NOUS rassasiez en moi tout désir! je suis plein , et mon cœur ne peut plus s'ouvrir à aucun auc"in autre bien, puisqu'il a le bien infini. Que craindrai-je avec celui qui m'aime et qui j)cut tout? (Jue ne sonll'rirai-je )»oinl pour l'amour de celui qui , aju'ès avoir souflcrl la mort pour moi , vient encore souffrir dans mon cœur . et de si près , toutes mes misères? Hélas! qui me doimera une bouche [)our louer et un cœur pour sentir ses miséricordes? 0 sacrement , où l'amour se cache pour être cherché plus purement! ô secret merveilleux de l'amour de mon Dieu! mon cœur tondte en défaillance, en approchant de vous. Qu'ai-je fait pour vous mériter? Pain des anges ! vous vous donnez aux plus grands pécheurs , et vous ne dédaignez point d'entrer dans les consciences les plus souillées. Que ferai-je pour me donner à vous? Tout me manque en moi-même pour reconnoîfrc tant de grâces; mais faites tout. J'avoue mon impuissance et mon indignité; je manque même de seutimcns pour un si aimable mystère. Mais , n amour ! vous vous plaisez à reluire dans notre boue ; faites donc éclater xos merveilles dans ce cœur corrompu ; aimezvous vous-même en moi ; plongez votre créature, pour la renouveler, dans les flammes du Saint-Esprit.
MAM Kl. m: ni.ii-:
F\llORT\TinN AMIESSKK M 1H C IlK HOIUUOGNK . AT MitMP.NT DK SA PflKMIKRE COMMIMON.
Le voilà (Miliii ;irii\c. Minisriuriifiir . ce jouique vous avez laul «lésnv et alleudu . ce jour «]ui doit apparonnueut dcVider de fcMis les autres de voire \ie jusqu'à celui de votre uiorl. Ecce Snlvntnr (nus roiif . et merces pj'ks cuin co. Il vieut à vous sous les apparences de l'aliuient le plus familier, aliti de uonrrir \o(re aine, connue le pain nonrril Ions les jours votre corps. Il ne vous paroîtra (lu'inie pariclli' d'un pain connnuu : mais la verlu de Dion y sera cachée, et votre foi saura l)ieu l'y trouver. Dites-lui. comme Isaïe le ilisoit : IVrè tues Ih'us itbsmnflitus. C'est un Itien caché par amonr; il nous voile sa irloiie . de |»em'qne nos yeux n'eu soient éblouis, et afin (pie nous puissions en approcher plus familièrement. Accedite nd eum, (ht un Psaume . e( iHi(nnnn)nini , et faciès vestrœ non r<»ifundenfur. ('/est là (jne vous trouverez la manne cachée, avec les divers goûts de toutes les \ertns célestes. Vous mangerez le pain qui est au-dessus de toute substance. Il ne se changera pas en vous , homme vil et mortel ; mais vous serez changé en lui pour être un membre vivant du Sauveur. Que la ffii et l'amour vous fassent goûter le don de Dieu ! Gustate , Pt vidoto f^uoiu'nm suavis esf Dominus.
DE L'EXTRI-.ME-ONCÏION.
Jésus-Christ a institué ce sacrement pour être le canal des grâces qu'il veut nous faire dans nos grandes maladies , pour nous aider [•uissamment contre les derniers efforts du tentateur, pour effacer les restes de nos péchés, pour consommer notre sanctification , même [tour rétablir la santé de notre corps . autant qu'il est expédient |)our notre salut. Ne craignons donc pas fjue celte sainte onction avance notre mort. Hâtons-nous de la demander , tandis que nous jouissons encore de toute notre raison : c'est le moyen assuré de la recevoir a\ec beaucoup plus de fruit. (Test dans ce moment fpi'il importe de rappeler tonte notir foi . notre espérance , notre amour , notre conformité aux ordres du Tonl-Puissanl, d'en donner
même des marques extérieures . .Hilant f|ue la maladie nous le permettra.
I" Assui'ons notre pasteur qui \ient nous floimcr ce dernier sacrement, que nous croyons fermenu'iil Ions les articles de la foi et tout ce (pie noire mère . la sainte l\glise calludique , aposlolique cl romaine, croit el enseigne. Disons, si nous le |)ouvons , le symbole des ap(^tres. qui est l'abrégé de notre foi et la iiianpic (pii dislinguoit autrefois les (Ihréticns. Témoignons (pie nous somm(-'s prêts à mourir dans cette foi ( atholi(pie . comme de véritables enfans de riv dise, el que nous voulons rendre le dernier soupir dans son .sein el recevoir de sa main lessacremens que .Iésus-(^hrist lui a confiés pour nous.
^" 'rémoignons qu<^ toute notre confiance est en notre Seigneur Jésus-dhrisl . el que nous espérons le royauiiie du ciel qu'il nous a acquis par son sang.
'i" Témoignons que nous aimons Dieu, et que nous désirons de l'aimer encore phis parfaitement . et comme les saints l'aiment sans cesse dans le ciel. Disons : U sagesse , je crois toutes les vérités que vous nous en.seignez. 0 miséricorde! j'espère tous les biens que vous nous promettez. 0 bonté ! je vous aime et ne veux plus rien aimer que pour vous et de votre amour.
i" Disons en iious-même : M mon Dieu ! loiiirncnt ai-je pu vous oublier et vous offenser? U patience de mon Dieu ! comment avez-vous pu souffrir et attendre si long-temps une créature si ingrate? 0 mon amour! comment ai-jc pu vivre sans vous aimer? J'ai horreur de mes péchés ; je me jette enire les bras de votre infinie miséricorde : ayez pitié d'un cœur affligé de vous avoir été infidèle; lavez-moi dans le sang de votre Fils.
.^" Ajoutons tout haut, si nous le pouvons : Je demande pardon à tontes les personnes présentes ou absentes vers lesquelles j'ai manqué , ou par hauteur , ou par promptitude , ou par prévention mal fondée , ou par allachemenl à mon propre intérêt , ou par quelque autre mauvais motif. Je les conjure de tout oublier pour l'amour de celui qui nous a remis toutes nos offenses.
(i " Au reste , soyons bien résolus de faire un meilleur usage delà vie, si Dieu nous rend la santé , et de recevoir la mort comme une grâce qui finit le danger conlinuel de la vie , si Dieu nous appelle à lui.
7" Se niiuiquons pas d'offrir à Dieu toutes les douleurs de corps et d'esprit que nous souf-
MAMKL l)l<: l'IltïÉ.
frons , pour oblonir la romission de nos péchés. Acceptons celte maladie comme une pénitence, et reconnaissons que nous méritions une soulfrance éternelle en la place d'un mai si léger.
KXMORTAriON' Al' MALADE , APRKS Ql 11, A niXV IK SACREME>T DE l'f.XTRÈME-ONCTIO'.
Après avoir reçu le sacrement qui donne la lorce d'en haut dans le dernier combat contre l'ennemi du salut, il ne vous reste plus qu'à vous dégager l'esprit de toutes les vaines |)ensées du monde trompeur. La. \anilé et le mensonge ne doivent plus distraire un chrétien qui se prépare à aller conqiaroître devant Jésus- (^hrist. Notre corps est une espèce de prison où notre ame est retenue j)our y soufVrir , pour y être tentée et pour ntériter en résistant à la tentation. Ce monde plein de traverses est un lieu d'exil; le ciel est notre patrie; c'est la terre promise ; c'est le port où nous jouirons du repos éternel après la tempête. Heinxux ceux qui meurent au Seigneur! la mort n'est qu'iui moment de peine qui est le passage au royaume de Dieu : Jésus-Christ a voulu souffrir pour la vaincre , et la vaincre pour nous. Mourons avec lui, et la mort sera pour nous la véritable vie. Comme la vie est un danger continuel , la mort est une grâce qui assure l'efl^et de toutes les autres. Pourquoi craindre d'aller voir celui que nous aimons et qui nous aime? Pourquoi craindre l'avènement de son règne bienheureux en nous.
Anciennement on avoit coutume d'oindre les corps de ceux qui dévoient combattre dans les spectacles publics , atin que leurs membres fussent plus souples et plus agiles dans le combat. C'est ainsi que l'Eglise fait sur ses enfans les onctions mystérieuses du Baptême , de la Confirmation et de l'Ordre, afin qu'ils combattent plus fortement dans les tentations de la vie. Mais voici l'Extréme-Onction , que vous venez de recevoir pour le dernier combat , qui vous préparc la couronne incapable de se flétrir.
Le principal effet de ce sacrement est de fortifier notre ame contre la tentation de langueur, de tristesse et de découragement , où l'infirmité du corps la pourroit jeter. Par la grâce de ce sacrement, l'esprit est soulagé, renouvelé, rendu victorieux de la douleur , pendant que le corps s'appesantit et tend à la corruption.
Le second effet est la rémission des péchés qui peuvent rester encore dans l'ame.
Enfin ce sacrement peut produire la santé du corps, ou son soulagement , si c'est un bien pour lame et si les desseins de la Providence y convieiment.
Ranimez votre foi, nourrissez votre co'urde l'espérance ; laissez-le eutlammer de la charité, hemandcz la grâce , sans hujuelle on ne [)eut rien mériter, et souvenez-vous que Jésus-(^hrist a promis qu'il sera donné à quiconque demandera. Combien désire-t-il de nous accorder sa grâce , puisqu'il nous ju'esse de la lui demander, et (ju'il nous prévient par elle, afin que nous la lui demandions ! (lomment ne nous doimeroit-il pas ses secours , après s'être donné lui-même? Il est riche en uïiséricorde sur tous ceux qui l' invoquent. Attachez-vous donc à sa croix , pour recevoir avec son sang les grâces qui découlent de ses plaies sacrées. Regardez .iésus , votre sauveur, qui , du haut de cette croix , où son amour l'a attaché , vous tend les bras pour vous recevoir. Vous trouverez en lui une miséricorde encore plus grande que votre misère. Ne vous découragez donc point à la vue de vos péchés ; aimez celui qui vous a aimé lors même que vous ne l'aimiez pas , et que vous l'offensiez , et il vous sera remis beaucoup de péchés. Fermez les yeux au monde entier qui n'est plus rien pour vous; ne pensez plus qu'au hien-aimé qui vous recevra à jamais dans son sein. Tous les travaux sont passés ; tous les gémissemens sont finis; toutes les douleurs et toutes les misères d'ici-bas s'enfuiront loin de vous à jamais, vous irez au royaume des vivans voir la face du Père céleste , et régner sur le même trône avec Jésus-Christ.