VOYAGE SUPPOSÉ, EN
Il y a quelques années que nous finies un beau voyage, dont vous serez bien aise que je \ous raconte le détail. Nous partîmes do . Marseille pour la Sicile , et nous résolûmes d'aller visiter l'Egypte. Nous arrivâmes à Damiette, nous passâmes au Grand-Caire,
.\près avoir vu les bords du Nil, en remontant vers le sud, nous nous engageâmes insensiblement à aller voù" la mer Uouge. Nous trouvâmes sur rette core un vaisseau qui s'en alloit dans certaines îles qu'on assuroit être encore plus délicieuses que les îles Fortunées. La curiosité divoir ces merveilles nous lit embarquer ; nous voguâmes pendant trente jours : enlin nous aperçûmes la tern- de loin. A mesure (jue nous approchions, on sentoit les parfums que ces îles répandoienl dans toute la mer.
Quand nous abordâmes . nous reconnûmes que tous les aibres de ces îles étoient d'un bois odoriférant connue le cèdre. Ils étoient chargés en même t<'ni[)S de fruits délicieux et de Heurs d'iirn' odeur exquise. La terre mOine . qui
FKXKLON. TOME VI.
étoit noire, avoil un goût de chocolat, et on en faisdit des pastilles. Toutes les fontaines étoient de licjueurs glacées : là, de l'eau de groseille ; ici , de l'eau de Heur d'orange; ailleurs, des vins de toutes les façons. Il n'\ ;ivoil aucune maison dans toutes ces îles, parce qui' l'air n'y é'toit jamais ni froid ni chaud. Il y avoit partout, sous les arbre?, des lits de fleurs, où l'on se couchoit mcdlement pour dormir; [)endant le sommeil , on avoil toujours des songes de nouveaux plaisirs ; il sortoil de la terre des va|)eurs d(nices qui représenloient à l'imagination des objets encore plus enchantés que ccuv (pi'on voyoit en veillant : ainsi on dormoit moins pour le besoin que pour le |)laisir. Tous les oiseaux de la campagne savoienl la musique, <'l faisoienl entre eux des concerts.
Leszé|diirs n'agitoient les fcMiilles des arbres qu'avec règle. j»our faire une douce harmonie. Il ya\oit dans tout le pays beaucoup de cascades naturelles : toutes ces eaux, en tombant sur des rochers creux, faisoienl un son d'une mélodie semblable à celle des meilleurs instruinens de musique. Il n'y avoit aucun peintre dans tout le pays : mais quand on vouloit avoir le portrait d'un ami , un beau paysage, on un tableau qui représentât quelque autre objet, on mettoit de l'eau dans de grands bassins d'or ou d'argent ; puis on opposoit celte eau à l'objet qu'on vouloit peindi-e. Hienlôl l'eau, se congelant, devenoit comme une glace de miroir, oîi l'image de cet objet demeuroil inelfaçable. On l'emportoitoù l'on vouloit, etc'éloit un tableau aussi fidèle que les plus polies glaces de miroir. Quoiqu'on n'eût aucun besoin de bàtimens, on ne laissoil pas d'en faire, mais sans peine. Il v avoit des montagnes dont la superficie éloil couverte de gazons toujours fleuris. Le dessous étoil d'un marbre plus solide que le nôtre, mais si tendre et si léger, qu'on le coupoit comme du beurre , et qu'on le transportoit cent fois ])lus facilement que du liège : ainsi on n'avoit (|u'à tailler avec un ciseau, dans les montagnes, des palais ou des temples de la plus magnifique architecture ; puis deux enfans emporloient sans peine le palais dans la place où l'on vouloit le mettre.
Les homni»>s un peu sobres ne se nourrissoient que d'odeurs ex(juises. Ceux qui vouloienl ime plus forte nourriture mangeoienl de cette terre mise en |)aslilles de chocolat, et buvoienl de ces litpieurs glacées i]ui conloient des fontaines. Ci'ux qui commencoient à \ieillir alloient se renfermer pendant huit jours dans une prol'.in.I.' . ivine, où ils donnoient tout ce lemps-là
OPUSCULES DIVERS
avec des songes agréables : il ne leur étoil permis (l'apporter en ce lieu ténébreux aucune lumière. Au bout de buit jours, ils s'évcilloiciit avec une nouvelle vigueur : leurs cbeveux redevenoient blonds ; leurs l'ides éloienl elVarées: ils u'avoienl jilns de barbe ; toutes les grâces de la pins tendiv jt'uuessi» revtMioicnt en eii\. En ce pays t(His l(\s boinmes aNoient de l'cspril ; mais ils n'en laisoient aucini bon usage. Ils fiiisoient venir des esclaves des pays étrangers, et les laisoient pens<M' pour eux ; car ils ne voyoient iiascpi'il tut digne d'eux de prendre jamais la peine de penser eux-mêmes. Cbacnn vonloit avoir des penseurs à gages, comme on a ici des porteurs de chaise pour s'épargner la peine de marcber.
(lesbonnnes, qui ^i\ oient avec tant de délices et de magnilicence , étoicnt fort sales : il n'y avoit dans tout le pays rien de puant ni de malpropre que l'ordure de leur nez, et ils n'avoient point d'horreur de la manger. On ne trouvoit ni politesse iii civilité parmi eux. Ils aimoient à être seuls ; ils avoieid un air san\age et farouche ; ils cbantoient des chansons l)arbares cpii n'avoient aucun sens. Ouvroient-ils la bouche, c'étoit pour dire non à tout ce qu'on leur proposoit. Au lieu qu'en écrivant nous faisons nos h'gnes droites, ils faisoienl les leurs en demicercle. Mais ce qui me surprit davantage, c'est qu'ils dansoient les pieds en dedans ; ils tiroient la langue ; ils faisoient des grimaces qu'on ne voit jamais en Europe, ni en Asie, ni même en Afrique, où il y a tant de monstres. Ils étoient froids, timides et honteux devant les étrangers, iiardis et emportés contre ceux qui étoicnl dans leur familiarité.
Quoique le climat soit très-doux et le ciel très-constant en ce pays-là , l'humeur des hommes y est inconstante et rude. Voici un remède dont on se sert pour les adoucir. Il y a dans ces îles certains arbres qui portent un grand fruit d'une forme longue , qui pend du haut des branches. Quand ce fruit est cueilli, on en ôte tout ce qui est bon à manger, et qui est délicieux ; il reste une écorce dni-e, qui forme un grand creux, à peu près de la ligure d'un luth. Cette écorce a de longs iilamens durs et fermes, comme des cordes qui vont d'un bout à l'autre. Ces espèces de cordes, dès qu'on les touche un peu, rendent d'elles-mêmes tous les sons qu'on veut. On n'a qu'à prononcer le nom de l'air qu'on demande . ce nom, soufflé sur les cordes , leur imprime aussitôt cet air. Par cette harmonie, on adoucit un peu les esprits farouches et violens. Mais malgré les char-
mes de la nnisiqne, ilsretoud)ent toujours dans leur humeur sondtre et inconq)atible.
Nous dcmaudàmes soigneusenicnt s'il n'\ a\oit point dans le pays des lions, des ours, des tigres, des paulhères ; et je compris ([u'il n'y avoil dans ces charmantes îles rien de féroce que les bonnues. Nous aurions passé volontiers notic vie dans nue si heureuse terre ; mais l'humeur insupportable de ses habitans nous lii renoncera tant de délices. Il fallut, pour se délivrei- d'eux, se rend)ar(]uer et retourner par la mer Houge en Egypte , d'où nous l'ctonrnàmes en Sicile eu fort peu de jours; puis nous vîmnes de Païenne à Marseille avec un vent Irès-ftivorable.
Je ne vous raconte point ici beaucouj) d'autres circonstances merveilleuses de la nature de ce pays, et des mo'urs de ses habitans. Si vous en êtes curieux, il me sera facile de satisfaire votre curiosité.
Mais qu'eu conclurez-vous? Que ce n'est pas un beau ciel, une terre fertile cl riante, ce qui anuise, c(; qui Halte les sens, quin(ius rendent bons ot heureux. iN'est-cepas là au contraire c(> (|ui nous amollit, ce qui nous dégrade, ce qui nous fait oublier que nous avons nue ame raisonnable, et négliger le soin et la nécessité de ^aincrenos inclinations perverses, et de fra\ail- 1er à devenir vertueux ?
BIALOCUE.
r.lIIîOMIS ET MNASILE.
.iuL!('i;ii'iil sur ililTéi'ontcs slalues.
CuR. — Cic bocage a une IVaîcheur délicieuse ; les arbres en sont grands, le feuillage épais, les allées sombres ; G^ n'y entend d'autre bruit que celui des rossignols qui chantent leurs amours.
Mnas, — Il y a ici des beautés encore plus touchantes.
Clin, — Quoi donc? veux-tu parler de ces statues? je ne les trouve guère jolies. En voilà une qui a l'air bien grossier.
M.NAs. — Elle représente un Faune. Mais n'en parlons pas ; car tu connois un de nos bergers (pii en a di'jà dit tout ce que l'on en peut dire.
Ciiit. — Quoi donc? est-ce cet auli'e qui est penché au-dessus de la fontaine?
OPUSCULES DIVERS
Mnas. — Non , je nfn parle puiiit ; le berger Kyridas l'a ehaiitf sur sa llùle . el je n'ai u'anle d'eiilreitreiiilre de louer après lui.
(lim. — OiK»i donc'.' celle slaliie qui repivseiile une jeune lenimc '.'
-Mnas. — Oui. Elle n"a point eel air rusli(|U(' des deux autres : aussi est-ce une plus grande di\inité: t'est l'onioue, ou au moins une Nymphe. Elle tient d'une main une eorue d'aliondance, pleine de tons les doux fruits de l'automne ; de l'autre elle porte un vase d'où tombent efi contusion des j)ièces de monnnio : ainsi, elle tient en même temps les t'iuits de la terre, qui sont les richesses de la sinqde nature, et les trésors auxquels l'art dos hommes donne un si haut prix.
Chr. — Elleala liMenn peu penchée: pour- «juoi cela?
Mnas. — 11 est vrai : c'est que tinites ligui-es laites pour être posées en des lieux élevés , et pour être vues d'en bas, sont mieux an point de vue quand elles sont un peu penchées vers les spectateurs..
(liiR. — Mais quelle est donc cette coiffure? elle est inconnue à nos bergères
Mnat. — Elle est pourtant très-négligée, el elle n'en est pas moins gracieuse. Ce sont des cheveux bien partagés sur le front , qui pendent un peu sur les cùlés avec une frisure naturelle, et qui se nouent par derrière.
Chr. — Et cet habit'? pourquoi tant de plis?
Mnas. — C'est un habit qui a le même air de négligence : il est attaché par une ceinture, atiu (pie la Nvniphe puisse aller |)lus commodément dansées Ixiis. Ces plis lloltans font une draperie plus agréable que des habits étroits et façonnés. La main de l'ouvrier semble avoir amolli le marbre pour faire des plis si délic.lts; vous voyez même le nu sous celte draperie. Ainsi vous trouvez tout ensemble la tendresse de la chair avec la varié!»'- des plis de la draperie.
Ciiii. — ibi ! hd ! te voilà bien savant 1 Mais puis(jue tu sjiis tout . dis-moi : cette corne d'abondance est-ce celle du fleuve Achéloi'is arrachée jiar Hercule , ou bien celle de la chèvre .\malthée nourrice de Jupiter sur le mont Ida?
Mnas. — C.ctte question est encore à décider; cependant je cours à mon troupeau. Uonjour.
JI'C.EMKNT sut llIFFÉRENS TABLEAfX.
I.K premier tableau que j'ai vu à Chanlilli est mie tête de saint Jean-Haptiste, qu'on donne au Titien , et qui est assez petite. L'air de tête t'st noble et louchant; l'expression est heureuse. Il par(jît (pie c'est un homme (pii a expiré dans la paix et dans la joie du Saint-Esprit ; mais je ne sais si cette tête est assez morte.
Les amours des dieux me parurent d'abord du Titien, tant c'est sa manière ; mais on me dit que ce tableau étoit du Poussin, dans ces temps où, n'ayant pas encore pris un caractère original, il imiloit le Titien. Cet ouvrage ne m'a guère tonch(''.
Il y a une autre pièce du même peintre qui me plait infiniment davantage. C'est un pavsage d'une fraîcheur délicieuse sur le devant , et les lointains s'enfuient avec une variété trèsagiTable. On voit par là combien un horizon de montagnes bizarres est plus beau que les coteaux les plus riches quand ils sont unis. Il y a sur le devant une île, dans une eau claire qui fait plusieurs tours et retours dans des prairies et clans des bocages où on vondroit être, tant ces lieux paroissent aimables. Personne, ce me semble, ne fait des arbres comme le Poussin , quoique son vert soit un peu gris. Je parle en ignorant, et j'avoue que ces paysages me plaisent beaucoup plus (jue ceux du Titien.
Il y a un Christ avec deux apôtres d'Antonio Moro. C'est un ouvrage médiocre j les airs de tète n'ont rien de noble, et sont sans expression : mais cela est bien jieint ; c'est une vraie chair.
Le polirait de Moro fait par lui-même est bien meilleur. C'est une grosse tête avec une barbe horrible , une |thysionomie fantasque, et un habillement (|ui l'est encore plus. Il est envelo|)pé d'une robe de chambre noire, qui est ample, et avec tant de gros plis, (pi'on croit le voir suer sous tant d'étoffe.
Il \ a une .Vssomption de la Vierge de Van- I)yck,qui ne sert (ju'à montrer qu'il n'auroit jamais dû travailler qu'en portraits.
On voit deux tableaux faits u\oc émulation pour feu M. le Prince : l'un est Andromède par Migiiard; l'autre est de M. le Ihiin, et représente \énus avec \'ulcaiu (pii lui donne des armes pour Achille. Le premier me paroîl foible .
OPUSCULES DIVERS
l'autre est plus l'oit. c\ il a nirmc un plus j)oan (•oinris (|no la pliiparl des (>uvi"aj,'es de M. le Hi'uii. Mais ce talileau me paniîl peu louelianl : la ^ éuus même n'est point assez \ t'iuis.
11 y a une Andromrdo de .lacomo l'aln-.e. tjni eiïace bien celle de M. .Milliard, l'allé est ctiVayée, et son visape montre tout ce qu'elle doit sentir à la vue du mouslre.
Il y a nue \ émis de \ an-l)yek bien meilleure (jue celle de M. le Brun. .Mars lui dit adieu, elle s'attendi'it. !Mars est trop jrrossier, et elle est trop luaniérée.
ELOGE DE FAniUClt>. I'\R l'VlimS ^ON ENNEMI.
l,\ an aprè> que les Romains eurent vaincu et repoussé Pyrrhus ju.squ'à Tarenle, ou envoya Fabricius [»our continuer cette guerre. (]elui-ci, ayant été auparavant cliez Pyrrhus avec d'autres ambassadeurs , a^oit rejeté l'olFre que ce prince lui fît de la qnati-ième partie de son royaiuiie . pour le corrompre. Pendant que les deux armées campoient en présence l'inie de l'autre . le médecin de Pyrrhus vint la luiit trouver Fabricius. lui ])ronictlanl d'empoi- .MHiner son maître, pourvu qu'on lui donnât une récompense. Fabricius le renvoya enchaîné à son maître, et lit dire à Pyrrhus ce que son médecin avoit oiïert contre sa vie. On dit que le Roi répondit avec admiration : (Vest ce Fabricius qui est plus ditTicile à détourner de la vertu, que le soleil de sa course.
EXPÉDITION DE FLAMINIUS CONTRE PHILIPPE , ROI DE MACliDOINE.
Trris Qlintu.s Flamimcs fut envoyé par le peuple romain contre Philippe, roi de iMacédoine, qui dans la chute de la ligue des Achéens
-étoit devenu le tyran de toute la Grèce. Flaminius. qui \ouloil rendre Pliilipj)e odieux, et faire aimer le nom romain, passa par la Thessalie avec toutes sortes de précautions, pour empêcher ses troupes de faire aucune violence ni
-aucun dégât. Cette modération toucha tellement toutes les villes de Thessalie qu'elles lui ouvrirent leurs portes comme à leur allié qui ve-
noil pour les secourir. Plusieurs villes grecques, \oyaut avec (pielle humanité et quelle douceur il avoit traité les Thessaliens , imitèrent leur exemple, et se mirent entre ses mains. Us le louoient déjà comme le libérateur de toute la (irèce. Mais sa réputation et l'amour des peujdes augmenlèreul beaucoup quand on le vif idl'rir la paix à Phili|)pe, à condition (pie ce roi demeureroit boriii' à ses l^tats, et qu'il rendroit la liberté à toutes les \ill(!s grecipies. i'hilippe refusa ces olfres; il fallut di'cider p.ar les armes. Flaminius donna une bataille où Philippe fut contraint de s'enfuir. Huit mille Macédoniens furent tués, et les Romains en prirent cinq mille. Après cette victoire, Flaminius ne fut pas moins modéré qu'auparavant. Il accorda la paix à Philippe, à condition que le Roi abandonneroit toute laCrèce; qu'il paieroitla somme
de talens pour les frais de la guerre; qu'il
n'auroit plus désormais en mer que dix vaisseaux, et (pi'il donneroit aux Romains en otage, pour assurance du traité de paix, le jeune I)émétrius son fils aîné, qu'on auroit soin d'élevier à Rome selon sa naissance. Les Grecs, si heureusemejil délivrés de la gneri-e par le secours de Flaminius, ne songèrent plus qu'à goûter les doux fruits de la paix. Us s'assemblèrent de toutes les extrémités de la Grèce pour célébrer les jeux Islluuiqucs. Flaminiusyenvoya un héraut pour publier au nu'licu decetle grande assemblée que le sénat et le consul Flaminius aifranchissoient la Grèce de toute sorte de tributs. Le héraut ne put être entendu la première fois, à cause de la grande multitude qui faisoit un bruit confus.
Le héraut éleva davantage sa voix , et recommença la proclamation. Aussitôt le peuple jeta de grands cris de joie. Les jeux furent abandonnés ; tous accoururent en foule pour ehibrasser Flaminius. Ils l'appeloient le bienfaiteur , le protecteur et le libérateur de la Grèce. Il partit ensuite pour aller de ville en ville réformer les abus, rétablir la justice et les bonnes lois, rappeler les bannis et les fugitifs, terminer tous les différends, réunir les concitoyens, et réconcilier les villes entr' elles; enfin, travailler en père commun à leur faire goûter les fruits de la liberté et de la paix. Une conduite si douce gagna tous les cceurs : ils reçurent avec joie les gouverneurs envoyés par Flaminius, ils allèrent au devant d'eux pour se soumettre. Les rois et les princes opprimés par les Macédoniens , ou par quelque autre puissance voisine, eurent recours à eux avec confiance.
OPLSCUI.ES IUNKUS.
:jii
Flaniiniiis , siii\ant son dessoin de iiioU''j:oi- It's foililos accaliK's , déclara la irucrrc à Nahis , lyraii des Lacédôinonions ; c'«''tuil faire j)laisir;i loulc la Grèce. Mais, dans une occasion <m"i il [loiivoil priMidre le tyran, il le laissa é('lia|t|irr, appareiimicnl ponr être jdns longtemps nécessaire an\ (Irecs, et [)nnr mieux alVermir par la durée des troubles l'autorité romaine. Il lit même peu de temps après la paix avec Nabis , et lui abandonna la ville de Sjtarle; ce qui surprit étranv'cmeni les (îrecs.
Mil.
llI>T01I{t iriN PKTIT ACCIDKNT .MllliVK W HIC ItK UOIRGOGNE DANS l Nt PRO.MKNADE A THIANON.
Pendant qu'un jeune prince, dune course ra[)ide et d'un pied léger, parcourt les sentiers hérissés de buissons, une épine aiguë se fiche dans sou pied. Aussitôt le soulier mince est percé, la peau tendre est déchirée , le sang coule : ^nais à peine le prince sentit la blessure; il vouloit continuer sa course et ses jeux. Mais le sage modérateur a soin de le ramener: il est porté en carrosse; les chirurgiens accourent en foule: ils délibèrent, ils examinent la plaie . ils ne trouNcnt en aucun endroit la [lointe de l'épine fatale : nulle douleur ne retarde la démarche du blessé ; il rit, il csl gai. Le lemleniain il se promène, il court çà et là: il saute comme un faon. Tout à l'heure, il part : il verra les bords de la Seine : puis il entrera dans la vaste forêt où Diane sans cesse perce les daims de ses traits.
iii-^Tomt; .NATiiiKLi.i; i»r vi:ii a s<>it;.
Les habits étoient (('abord do feuilles : puia dn peaux d'animaux morts sans violence, da (ils tirés des plantes . et d'éiorce ; y>///.s- d(> biiur : |>ar là on ap|)rità lib-r.
/>>« vers à soie fnri'.nt liHKj-Innii!^ libres aux Indes; puis eni|)loyés par /es lilles de l'ilede ('oos : mais//' soie vtoit curorc très-chère sous Anrélien. Sous .luslinien, A'.v (unis de rcs vns fnifnt transportés des Indi-s à r,onslaulino|»lc.
l/d'uf de ver à soie produit un ver au printemps, fjui est éclos en trois jours par chaleur humaine. Ilest d'abord violet , puis bleu.
ensuite couleur de soufre, enlin de cerxlre. Le \er est enfermé dans une écorce transparente comme «/</' |)erle. Ti- \er ail'amé a percé son (puf : il est sorti monirant tète et queue. La li'le e.>t grosM' à propoition du reste, cl par le microscope ressemble à celle d'im corbeau. Ses lùlt's ont des bosses dont //'.v extrémités ont //es j>oils longs et ronges. Dès ipi'il \il, il mange </e tendres feuilles de nn'irier. y fait df p(?tits trous, fait déjà dm pelotons de soie de libres rie feuilles rongées : il s'y suspend '.
// est composé d'anneaux : au pi'emier. // est blanc; w^/c couleur s(^ connnuni<pje insensiblement aux anneaux voisins. Le bas , vers IcA cuisses , a (/i(cl//ues taches rouges : puis /'( couleur rst cendrée, avec des taches rouges l't verd.'itres de» feuilles, etc. Tout ceci en dix jours jusipi'au |)renuer sommeil.
Après ee premier sommeil, // quitte.srt vieille peau, il en parait laie autie blanche; sa tétc croit triplement : // mange trois fois le jour.
Le nn'nier blanc « les feuilles [dus longues et jdus délicates. Cet arbre ôtoit incomui autrefois en Italie. Ln Sicile . les feuilles du mûrier noir font «//c sv'^ plus ferme. Si vous donnez aux verts à soie laurier, vigne, orme, myrte sauvage, ils meurent, nuelqnes-nns les ont nourris de laitu(>:.
La partie supérieure devient argentée; le l'esté de taches fuligineuses et spirales qui s'élendent le long des anneaux. Son crâne prend la couleur d'agate. 11 croit, a des taches rouges, devient transparent : on voit les feuilles à [csl- \evs srin cor/fs. — (Changement de peau blanche en pourpée : su vieille peau se déchire . alors il se resserre, pousse entrailles en haut. sa vieille peau se l'ide , et passe d'anneau en anneau : cependant léthargie.
Après /7'sonnueil, jjaroissrnt de nouvelles ilenls : alternativement // dort et mange. La deinière fois, // se l<»ui'mente trois jours pour changer de peau. Alors il allonge : // a treize anneaux. Le corps du ver est appuyé sur beaucoup de cuisses : an milieu, quatre |)aires de cuisses. // /( des ongles aux pieds connue r/cs os: quarante à charpie pied.
/,/' \ent du midi les rend hydropirpies et de couleur di'safi'an. /.'' frnid les alToiblit et relardi' leur ouvrage.
/-/■ ver connnence à tirer de soi connue <le l'audire (cuiiuue '/;/ lil pendu à unr quemniille^, l'allaclir à (pielque petit uiorceau de bois cpii i.ccroclie le lil. puis s'en relire, et conduit ainsi
• UiNl'Uir ilii iimiiri. ISianif ri Tlii»b<-. ^Dvio. MiUnii. Iili. III..
FABUL/E.
un fil gluant qui s'épaissil à l'air. (Vcsl un rets assez làclie, — Petite trompe d'où sort la soie. — Quelquefois deux vers nient ensendde ia même soie.
La peau du ver tombe en une minute. H maigrit. Déjà les ailes de papillon sont cachées. Le papillon engendre en vieillesse : œufs , environ quatre cents. Le pa[)illon , en canicule, vil douze jours : en hiver, un mois. La l'emelle meurt la première : les poils ou plumes tombent : le coi'ps devient de couleur de citron.
Les œufs du papillon s'attachent à un linge. On les conserve en été dans une cave; eu hiver, sous des lits, de peur qu'ils ne se gèlent. Au printemps, on les arrose de vin et d'eau tiède : ils sont couvés sous les aisselles des femmes.
La jiartie de la soie la plus voisine du ver est la plus délicate ; elle est trop tine, et ne sert pas. Elle ne peut se démêler. Mais ce qui est retors est de cent six pieds. Par dessus , uu quart en coton.
FABULOSiE NARRATIONES.
NYMPH.E CUJUSDAM VÂTICINIUM.
Nympha venatrix, et in superandis montium jugis cervâ velocior , nostra nemora nupcr invisit. Capillos aureos ventis diiï'undere dabat : altè succincta vestium sinus tlueutosinframammas nodo colligit ; nuda genu , nuda lacertis ; surœ alulà tenui vinctae ; summa dignitas oris , simplicesmunditiae, inculta venustas, virgineus pudor purpureis in genis sutîusus, virilis in membris vigor , nihil tenerum : artus teretes, torosi, et pleni succo, oculi vegeti, vultus, gestus, incessus, habitus corporis ; omnia , etiamsi in composita, décent. Pharetra eburnea pendet ex humero ; arcus aureus, nervus habilis, sagittae sonantes: flumina , avesque dea vulucris antevertit. Dianam ijjsam facile crederes ; nec tamenip&aest, sedunacomitum. Continué candidat Naïades vitreis speluncis emergunt ; pater ipse Scaldis frontem arundine glaucâ vinctani attollit ; deam blandis vocibus certatim compellant omnes. Jucundè confabulantur numina. Venatrix refertse hue commigrasse ut ad hyper-
boreaui usqui; glacicui l'uha Kiana- armenta recenserel ; se relictis LyciiO saltibus vaslissiiuas regiones peragrasse , novuinque Apolliuem ad Se(]uana' lipam inter venanduui ex inq)roviso sibi occurrisse. Ea est , inquit , vi\a gratia , is est frontis honos quo Apollo ipse adolevit. \'idi , vidi , in opaca silva ad luargiueni liuipidi fontis, animosuni puerun» geniluiu .love ; nec vana lides. Acer gaudet equis , animis exultât, et silvas indagine cingens, feras telis agit. Musarum alunmus, dnlce pleclrum armis consociat ; aller, aller ille Apollo : veri et œqui amans, bonarum artium sludiosus , |)er omnia cpiXo/.aXoç. llaPhœbus olini adolesceus oculos , maïuis , ora tulit. 0 (]uaula orbi félicitas! ô a.>tas aurea ! ô fortunale puer, regni deliciae, modo importuna morositas absit!
ALIBEI PEYISJE HISTORIA '.
DiM aliquando Schah-Abbas , rex Persidis , iler facerel, uno lanlùm stipalus comité, invenit in pascuis adolescenlem agresti habitu, sed forma honestâ et liberali, facieque ingenuà, qui gregera agebat. Hune blandè et comiter allocutus, cordatumel solerlcm supra œlalem, supra institulionemjudicavit. JuvenisillejncmineMahummetes Alibee , quem latuit quisuam esset quocum confabularelur, quid quaque de re sentiret aperuit confidentissimè. Juvenem rudem, et perspicacem et liberum risit imperator j familiariter colloquia commiscuil atque protraxit , innuens comiti ne suam dignitatem adolescent! indicaret : melnel)at enim ne rusticus lanlam reverilus majeslatem, ac pudorepra'dilus, minus ingenio et linguà valeret. His arlibus, ubi periculuni fecit eximiai indolis et acris ingenii, miralus est quantis naturae polleret dotibus. Tum comili : Quis unquam aptior cunclis , quos postulai usus , ofliciis ? Probus , cautus , industiius , strenuus et facelus niihi vidctur. Hune igilur universie domui et supelleclili regia> pra-tici volo. Continué honoribus squaliduni juvenem insignit : hic exuit vestem pan niculis obsitam ; pedum , fislulam peramque deponil ; chlamyde purpureà et tiarà sericâ induilur ; Nazar conclamatur. Quoad vixit Schah-Abbas, Mahummetcs sunuiià apud euin
' Ifa-c iiarialio fiisius e^llosita ropcrilur iiitcr fabulas C"'" lice tlaboralas , supm p. 223 et scq.
gralià lloiuil. Ilti xcro lli'\ iiilciiil. Si li.ili-Si-plii lilio cjiis iiniili ulilrcclalorcs riihiiiiiu.is in Malmmiiick'ii iitii;^rssi'i'iiiil. ('.umiiiciiti siiiil illiMM iiiiiUa clam siilKluxisse a |)n)tii|)tiiai-ii). S(liali-S»'|>lii, ii(i inns ost priiicipihiis, li'\is et rrctliiliis, \it-tut(>rii sus|n.'(lam t*l o\<»saiii l'acilc li.ihiiit. Alt assfiilal'irilms iiiaK'volis (Icliisiis. iiua- recelai |iaUM' liac nuHa csso volnil : jaiiKjiic Maliiiiiiiiiotoiii otlicio dclmltarc iiiolicltaliir. ■Iiilio, iii(|uit uiuis c\ uiilicis. illuiii tilti alU-iic acinaccm iiisii:iH'in ^ciimiis, (jiicni a\i lui j:<'sta\cro iii |)i-a'liis. ('oiitiimù |»iiiicc|»s Maliniiiiiioli , ni iiisiilias instiiiorol. jnssil lumc sibi c prouiplnarioaiiiiacoin ilcpronicro. Scliali-AMuis liiiuc oiiscm (iliiii i:cininis oxui jussoiat. Id l'actmii esse, aiilcquain sihi |)r;L'feclnra doinùs regia* credila luissel. Mahuiniiu'lcs Icslilnis coinprol'axit. Ro\ verù odi\il se qniudcciin dics Maliiinniioli conccdorc, ut oniiiia ojus niinislorio tiadita paraiel , ralioneiiKiuo rodderel. lions! iiKjuil die indictà, ù Maiiummetes, apcii inilii (Muncs januas el aniiaria ; inilii est auiiniis oiniiein recensere snpellectilom. IHicD niiiiister M'didus oinnos nseravil tores, cl siiigula Hcgi t'xpluranda ju;ol)uit. Omnia nilcntia. ordinedisposila et asservala diligciitissinu' visa simt. lla.'c c\ iiisperatu vi.-a Uegis aniiiiuin deliiiiro iiicœperaiit : sed ut vidil in e.xtreuio porticu januain trijdici unniitaiu sera , suspicalns est, itistigaulc aniiioruin iuvidià, Mahuiinnetcni ibi mnlla lÏMliin ablata recundisse. Huicnain , iu- ([uit . illic rcposuisti? Mcas opes , ait niiuistcr. quas , oro le per summum iiumcu , ne uiilii altripias: suni enim juslo lahorc parta^ iiijustiiniqne foret tnilii (piml nnuiii coi<li est, (juod sacrum, hoc violare. Suhiisil Srjiali-Seplii, arbilratus se nHiiistri sui pra-dam delcxisso. Ille vcrô. rcseralis foribus, |)alàm protulil poduiii. peraui, lllulam. squalidam el laceram xeslem quibus pas|(ii(dim ususluerat. Eu, iiKjuil, piisiiiia' smlis didces exuvias : lias iieqiie l'orlnna , ne-que lu. ù priuceps, auferelis mibi; lia-c mea est gaza, asservala ut me ditet. ciiin lu me paiipcrem leceris. (!a-teia tua siiit : li;ec, [iropria, li.L'C xcra bona , lia-i: libertalis, iunoceiitia" , \ita(|ue beala- iii^lrnmeiila ad extremum usque spiiilum . procul db aida . mea siiit. Mis
iidilis. itex l'a^a in minisirniii crimitia iitdi- ^iialiis. iiicorKqilam \irtulein admirari cu-pit, • t ad exlremain seneclulem in graxioribiis iii;- -.'idiis .Maliumiiieteiii mini^t^Ulll lideli.-simnm
bi adbibnil.
MKIW.I lUI f.r.M iSoj'o Cnl.I.onl 11 M.
yKson s ille (pii carminé bestiasxocales fecit, et (juem \icis>iiii bestia- vocales immorlalem leceie; is , ini]uam , ille .l^siqtus jamjam luce ilerum donandus . \aldesibi ineluebal . ne bestiis (juas cecineial , i[ise adscriberelur. Tum Mercurius pileo alato , talaribus aureis et potenti virgà insignis : Parce nietu , inquit subridens, neque servitutisaspene memineris ultra: tua le manenl (iinnia; iiigenium acre, pectus \irtulis amans, anima candida, splendidi mores, sales, joci , vénères, leporcs, arles et gratia sermomim vivax. Id unum libi pervinccndum iequo aninio, ut gibbosus iterum lias : hoc natur.e viliuin, ne tibi silUedio, tata amica abunde compcnsanl. Hex inviclus eris, belli i'ulmcn, [tacisdecus, liomiiuim delicia' , praesidium et grande columen ; a ( ladibus ad Seras us([ue laiis tua inclarescet : benè ferre magnam disce forliinam. Apage, relulit /Esopus, apage tôt tanlaque deoruin muncra, si verlautur mibi ludibrio. Viclori Hegi ponenda in loro statua , monumenlum foret a-cjuè perenneac ridiculum. 0 indignuin virlutis beroicu' pra-mium, gibbus x'neus! quaiito tolerabilius vile mancipium indemenlis lieri, et sponsic rixosoe jugum denuo |)erfeiam !
Ml I.IKIUS cru SitA.M CI M lATO COLUinl IIM.
SiM- le exorem, Kaio iiKjuiebal millier (jikcdam, [irolis cujtida. Nalus, dulcos nalt»s. llialami sancii pra'inia ne deneges. Qninquaginla liberi , rcj oMiit l'atum, le manenl. At illa : lliiil loi educandis impar suin. Sex lanlîun habelo . veriun très slultos et Neconb's perleras a-quo animo. Atqui slrenuns el indiislrios ut des , jubeo. Si slrinuii et indii^lrii . subdulos igilnr et inipnibos babeas necesse est. l'rob scelus ! inqtins el perditissimos cruci de\«i- \endos domi alerem ! Apage isllia'c (•iiinia. Diversa igilur libi oblingant; sev nali pra'slanli cnrpiire. acri ingenio, aninK\ cundidA, ad unguem l'acli le senid confeclain (ddeclenl; xeriim imni.ilurà mcirte peieniplos cmiipones. O ujc iniseram , el llecubA ipsa uiiserabilioremî
3li
FABLES DE LA FONTAINE EN PROSE LATINE
0 inorosa et pervicax niulicr! omnia respuis : iiimquain parias longé salins est. Fatum ipsuin omnipotens sorleni qua^ tmim animum cxploal parère nequil.
LUCTA IIERCILIS CL'M ACHELOO *.
Dejamka puella lorinosissiiiuiquaniplurcs al- Jexerat procos. In lus Alcides et Aclieloiis ca;lcros oliininariint. Ille dieebat se tlaluruin i)uelhR Jovem socerum, rcferebat lahoriiin l'amaiii , et Plue noverca.' mandata suiterata. Contra Aclieloiis iLirpe dixit se deumcedcre Hcrculi mortali. Hic dicebat patri Dejanirœ : Ego volve meas iindas cursu obliquo per tua régna; non ero gêner ab oris longinquis hue acciluS;, sed tuus popularis. Ouis scit an Hercules sil verè Jovis iilius? Etiamsi esset , at certè adulterio natus est. Dum hsec diceret Acheloûs, Alcides torvis oculis jamdudum illum spectabat, nec satisimpcrabat ir;c accensœ. Ait : Melior mihi dextera linguà. Dummodo puguando superem, tu vince loquendo. Tum ferox adoritur anmem. Puduit deum immortalem cedere , postquam tantâ jactantià minatus fuisset. Ergo Acheloûs rejecitex humeris glaucam vestem, et brachia opposuit. Alcides illum sparsit pulvere collecte cavis manibus. Yicissim ipse tlavescit fulvà arenà projectà a fluvio. Captât modo cervicem, modo crura , omnique ex parte lacessit Achcleûm. Sola gravitas dei tuetur illum : non secus ac moles quam fluctus magne cum murmure oppugnant; manet illa , suoque est pondère tuta. Digrediuntur paululum , rursumque coacurrunt ad certamen. Erat cum pede pesjunctus; toto pectore pronus Acheloûs, et digitos digitis , cl frontem frente premebat. Non aliter fortes videntur cencurrere tauri , cùm juvenca nitidissima pretium pugna'cxpelitur ab illis per totum nemus. Spectant armenla, paventque, nescia utri futura sit Victoria. Alcides ter nixus a se dimovere pectus amnis ; quarto sese expedivit ab ejus amplexu, et sol vit ejus brachia sue corporiaflixa; impulsa maniis illum aniovit a se, tergoque toto pondère inlitesit. Tum Acheloiis visus est oppressus quasi monte humeris imposito ; brachia difiluebant multo sudore. Alcides instat anhelanti , i)rehibetque resumere vires. Tandem tcUus pressa est genibas llexis Acheloi , et infelix areuas ore inomordit. Tum
* OviD. Métani. lib. ix.
inferior viribusrccurrit ad dolos : elabitur manibus llerculis mutalus in longum auguem , qui sinuavit corpus in orbes , et movit liuguam bisulcam fero cum siridore. Tiryntbius risit has artes. Labor luit meus, inquit, ab ipsis cunis angucs superare. 0 Acbeloë, quota pars eris h^i'dra; Lernave ? Simul atque mci comités unum caput amputaverant , pro uno reciso geniina repullulabant. Hanc egohydram domui,quani- \is esset l'amosa multiiadinc ca|)itum , et semper cresceret vulaeribas. () Acbeloë , quid speras te facturum, tu (jui versus es in fictum auguem? llis dictis, injecit summo colle digitos validiores vinculis ferreis. Acheloûs angebatar penè sufi'ecatus, quasi gutture presso forcipibas, etenitebalur cvellere fauces suas c pollicibas inlestis. Adhuc rcslabat devicto flaminitertia foi'uia tentanda, nempe tauri tracis. In taurum mutatus reluctatur. Tum Alcides injecit brachia teresa in armum lœvum ; trahit taurum ruentem, et figit humo cornua dura; tandem altà arenà eum sternit. Dum tenebat manu fcroci rigidum cornu , illad infregit et a fronte tranca reveliit. Naïades illam ref'ertam pomis et edoro Ilore sacraverunt copia? gratissimo numini.
FABULE SELECTE JOANNÏS DE LA FONTAINE
E LÏBRO PRÎ
FABULA IX
MUS IRBANUS ET MIS RUSTICL'S.
Mus urbanus rusticimi murem ad epularum reliquias edendas olim invitavit. Pro mensa invenit tapetem stratam. Conjice quantum unà grœcati sunt. Splendidum fuit convivium : at diim incumbunt dapibas , molestas ad fores stre[)itus omnia i)erturbat. Aufugit urbanus, rasticas sequitur. Cessante tamultu, redit uterque. Tum urbanus : Assa exedere nunc licet. Jam satis est, inquit rusticus. Cras pauperem cavum subeas veiim. Régies non affecte apparatus ; sed vacat animus, et liber metu comedo. VoluDtates metuiobnoxias fastidie. Vale.
* Voyez ci-après, page 38(5, une pclitc pièce latine sur la uiorl de La Fonlaine.
FABLES DE LA FdMAIM-. i;N l'IKtSH LATINE.
FAIU l.A NI.
HOMO ET IMAGO h:JLS.
Stiltis, caplus amoro sui , sihi soli fuinmsus, siiu' procis lil)cn' se deperihal , lalsi (]iia'(jiu' argiUMis sjn'cula . et iii<aiiu lu-atiis rrrorc. Lt coiivalesoeicl , sors inclNlt'.' idliciD^a objiciobat passini oculis lidos (|ir)s malroua' consuliinl ainicus. Spécula doiui foiisque pendent c nicivatttruni tabernis, jnvcnuin peiMiIis ainantiuni. Niririiitiniiiiic Z'inib ; iindiqiie spécula. Otiid tôt inlor insidias Narcissus ni.sler? AutiiLril timons prucul ab urbo , et boniinuni consortio, in dévia usque abruplaciue feraruwi lalibula, sperans se fore tuluni a spccubDruMi ludibrio. At liuqtidus Huit ri vus inter sa va : illic se tuuspicit miser; sucoenset , voram imaj.'ineni ut cbimaMMui borrens , et crudelem t'ugicns undaiH ; beu! se ignotuui arde( , ve\\\u'ilque videre.
FABULA MIL LATKONES ET ASINLS.
Pno asiuo rapto decertabaut latroucs. Alteri servai'e , alteii \eiidere pb'icuit, Duin |mipnis se inviccni tuuduut , advenit tci'lius aselhiin occupans. Asiims est provimia jam e\[»iiata. Latrones , bine inde grassantes [)rincipes , uti Turca, Transilvanus, aut Hungaïus. Duo tantîmi qua:i*eus, très inveni : adeo passim siippelil boc gonus. Quartus advolal , qui btem dii'imit , iiiv;i<f)r.
FABULA XIV
<IMO.MDES.
Pvi;T,f. K'iudes , paclà mcixede, jxjlliceliir Siiiionides. Hes lentata jejiina videlur ; uaiiKiue liifo (iliscuro natus atbliMa. Ergo {>octa , parce laudato beroe . ad (^aslorein atqiie l'olUueui liausvob'it. Br.elia b)caque piadiis mcniorunda tus(' canit. Hoc deciis ad pi'.i-bantes reilundare sp(;rans in laudandis «icminis , «bias opeiis |)arlcs insurnpsit jineta. Meici-s pacla tab-ntum luit ; ler-liain lab iili parlem Itiitiuii suivit
alblrla. S.ilvanl , itiqiiil , (iemini a le laudali , quud ^nmma- dee.sl. Ego \ein te ciiiiai»; bodic apud me jnbeu ; spb'niUdè gra-cabinuir. Delecli inter propinquos et iamibares con\i\a;; adscri[itus es iUis. Annuil Simonides , corde, vultu(jue licto acrein preinens cbdorein , ne gratiam cnm pra-mio rarmiuis amill«';"et. HonV condiclA venil ; accumbunt meiisis : auro, argento, (lorintbio a-re renidet , canlu p!:uisu<pie i.eta rcsonat duriius; lautis dapibus ouerautur mensa'. Interea servulus accurrit. Heus, inquit, Simoni(b^s . adsiant janua- duo juvenes conspeisi pulvcif, nMdliii|iie suditre diilbientes, (pii te j)aucis NdUnil : citù prodeas. Exibl; vidct jmenes, uempe (lemiims. Pro carminé grati monemus, inquiunt, ut propercs (bjnn'is inq)iac ruinani ellugerc. ElVugit; continuô ruit tectuni ; conviviuni , couvi\asque , insuper et atbb'tam opprimil. lliiK- bilè ruinor spargitur, \irniii diis gralum non impnuo hedi. Dein qui carmina jubcnt^ pra'inium dupbcaut.
FABULA XVII
lioMO .i;t.\ti< medi.e.
Homo quidam atalis média;, jamque canescens, nu[>lias sibi maturaudas esse ccnsuif. Atllueb;it pecuuià , ac proinde pênes illum fuit ebgere (piam bbueril uvoreni. Cuncti-o certatini illi Idandiiuitur : al iUe cautus et tardus, dehkli meluit. Dua- magis ei arriseruut \idua' , (juarum altéra tlorenti a^fate , altéra jam maturior. Verùm nalura niarccscens arte relloruit. Utraque ludens circum , bujus comain aplat ; nigros aims, canos suà vice avellit junior; (|u;eque ut \iium suain ad aMatem trabat. Sic illaruni operà, e caiio calvns repente Cactus, tandem seusil iujuriam. Valele, inquit, graliam babeo. l'ius lucri quàin dis|)endii supercst. Nu[)tiarum ta^linm cITugi. Qua' mihi foret nupta . non me mibi , sed sibi obsoqni vellel. Igiidscu calvilicm : libertalem servaus babeo graliam. Valete.
FABI LA WHl.
VI i.i'i.s i:t cic.omx.
.Ma<.no >unqilu \idpes aliipiandu ciconi.a' dapes ap|)ara\il. Dapes, pulnienlum plané liqui(bim dillM-^uiii iii patina. Longioii ruslro ne-
FABLES J>i; LA l'oNrAINK EN PROSE LATINE.
quidfin ^ulliilaiii liaiisil cicoiiia. Al loiilra Cacil(> viilpes hoilu'liat (.11)11111. Ut IVaiulciii iilcisci'i'otiii' cicoiiia , [laulù post \iilpeiii iinilal. Libcnlcr , imiuil vnl|)cs ; l'aiiiiliarilcr amicis utor. Horà idiuIicIA tc.tuiii sulùl , saliilat liospilciii. l''siirit . Mii[iiii() more; opportiiiir cl ojiipaïc, (lapes apposilas laiidat ; tiauilet . siilmdoraiis e\(piisitas epiilas. Dulo apiiosilus luit ci luis . iiitriliis iiiia iii lageiia , cuiiis os aiiL;usliim , coUunuiue olilotiguiii eral. Iliiic lacilè suiiiii rostriiiii iiiserebat ciooiiia , rieluui crassioroiii iiiiiiiiiiè vujpes. Secessit jejuiia. eaiidà cfuilraelà , aiu'il)iis deiiiissis ; piidiliiiuda ul Milpes (|uani galliua decepissel.
0 subdoli , ad vos luec sci'iho; vicissiin capieiiiini.
FABL'LA \l\.
IMKH Ki I.ritlMMilSTKH.
Hjec fabella docet quaiilùni lucrit iiisulsa stiilti cujusdam admonitio.
Puer, dum liulit ad Sequaiuu lijiain, incaulus in pronueiitcin dccidit. Forte fortunà arrepto salicis ranio, pendnlus lui'sit. Id ei fuit saluli, Hàc transit ludiinagistcr. Perii , exclamât puer; fer opem. Clamore inagister excitus, illum voce gravi , doctàque increpatione, aliène in tempère, puerian niulctat. Niigalor , inquit , en que le conjccit tua demcntia 1 Cura nunc hujusmodi nebulones. Ah luiseri parentes, quibus curœ estis! lioriim sorlcni doleo. Cùm jam perorasset, ad i-ipani tandem pnernm at trahi t.
Hic carpe plurcs quàm credis , ô leclor ! Nnmqiie liic viderc est censorcs . loquaces, litteratores insulsos. Elieu! quàm ex hoc triplici génère numerosus bine inde diflluit jioiiulus ; his Deus annuit miram propagalionem. Quocumque in negetio nil nisi verba effutire nôrunt. Hem, aniicc , me sosjiilem serva; dcin comminaberis.
FABLLA .\X.
GALLIS ET fiK.M.MA.
Aliqca>ho gallus rosli'o sustulil unionem in gemmarum scalptoris tabernam. Vcrus est, ni fallor, inquit , cl ])unis: al iiiinusculum milii granum mihi magis ariiderel. lllitlerato ho-
iiiini obligit , ha'i'edilario jure, iiiamisciiplus liber. Coiilimiô illum dcfcit ad librariiim viciiiuni. jjjicr pcrrariis est : cedo , iinpiit ; at mnnnuis quaiilù mihi pimis est !
FABULA XXI