‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 15 sur 271 · DU MARIAGE · texte numérisé non relu

DU MARIAGE

Le Mariage a été institué dès l'origine du genre humain , avant sa corruption , et dans la parfaite innocence du paradis terrestre; il nous représente l'union sacrée de Jésus-Christ avec l'Église son épouse. Jésus-Christ a voulu le sanctifier par sa présence aux noces de Cana . où il fit son premier miracle. Il a voulu répandre parce sacrement une bénédiction abondante sur la source de notre naissance, afin que ceux qui s'unissent dans cet état ne songent qu'à avoir des enfans, et moins à en avoir (luà en donner à Dieu . q»ii ressonddeut h leur Père céleste. Le lien du Mariage rend les deux personnes inséparables, et la mort seule peut rompre ce lien. L'esprit de Dieu l'a réglé ainsi pour le bien des hommes, afin de réprimer l'iuionslance et la confusion qui Iroubleroienl l onhe des familles et la stabilité îié(es>aire pour l'cducalion des enfans. Ce joug i>erpétuel est difficile à sup- [>orter pour la plupait des hommes légers, inquiets, et renqilisde défauts. Chacune des deu\ personnes a ses imp«'rf«'ftions ; les naturels sont o[iposés ; les hnmrurs sont soum'iU presque incompatibles; à la longue la ininplaisancc s'use; on se lasse les uns îles autres dans cette nécessité d'être presque toujours ensemble , cl d'agir en toutes choses de concert. Il faut inie grandi* grâce, et une grandi' fidélité à la gràii' nvue . j)our porter [latietiuni-ul ce joug. <Jiiicoiiqiic

l'aci epliM-a par l'espérance de s'y contenter grossièivmenl . y si-ra bientôt mécom[)té; il sera malhi'ureuv , l't rendra sa compagne malheureuse. C'est un état de Iribulation et d'assujétisocment très-pénible , auipiel il faut se préparer en esprit de pénitence , quand on s'y croit appi'lé de Dieu. La grâce du sacrement adoucit ce joug, et doime la force de le porter sans impatience. C'est par cette grâce que les deux persoiHies se supportent et s'enlr' aident avec amour.

Vous, époux, aimez votre épouse comme Jésus-ÇJirist a aimé son Église , qu'il a lavée de son sang , et (jui est l'objet de ses complaisances. Chérissez votre épouse connue un autre vousmême , puisque par le Mariage les deux persoimes n'en font plus qu'une. Epargnez-la , ménagez-la, conduisez-la avec douceur et tendresse , par persuasion , vous souvenant de l'infirmité de son sexe , suivant l'instruction de l'Apôtre. Conununicpiez -lui vos affaires avec confiance, puisque les \ôlres deviennent les siennes dans cette intime société. Accoutumezla à l'application, au travail domestique, au détail du ménage, afin qu'elle soit en état d'élever des enfans avec autorité et prudence , dans la crainte de Dieu.

FA vous, épouse, aimez et honorez votre époux comme l'Eglise aime et honore Jésus- Christ son époux. Regardez Jésus-Christ mêmi; en lui. Obéissez-lui selon Dieu comme à votre ihef , comme à celui qui vous représente Dieu sur la terre. Tâchez de mériter sa confiance par votre douceur , par votre complaisance , par votre modestie , par votre soin pour le soulager. Soyez-vous inviolablement fidèles l'un à l'autre. Ne vous contentez pas de fuir avec horreur tout ce qui ressentiroit l'infidélité , mais évitez avec précaution jusqu'aux plus légers ombrages qui pourroient altérer la conliance dans cette sainte miion. Montrez- vous l'un à l'autre une simplicité et une modestie qui vous ôlent réciproqucmeiil touto défiance. One votre état vous force à tenir plus facilement la chair soumise à l'esprit, et non à lui permettre une dangereuse licence.

Puisque les enfants sont les fruits de la bénédiction du Mariage, je prie Dieu qu'il vous CM dotuic qui soient des saints, et qiii servent vm jour à \ous consoler dans \otre vieillesse.

iMAN'UEL l)K IMKTÉ.

HEFLKXIONS SAIMKS

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