‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 16 sur 271 · TOUS LES JOURS DU MOIS · texte numérisé non relu

TOUS LES JOURS DU MOIS

PRKMIER JOLR.

SIR LE PEU PE KOI yi'lL ï A DANS LE MUM'E.

Croyez-vous que le Fils ilo l'homme venant sur la tone y troiivcia île la foi? S. Luc. xviii. f^.

I. S'il y venoit iniiiiilciianl, en troincroil-il en nous ? Où est nntir toi ? où en sont les niarqnes ? ("royons-nons que cette vie n'est (jm'iiu court passafjie à une meilleure? l'eusons-nons qu'il faut souHrir avec Jésus-Chrisl, avant que de régner avec lui ? Regardons-nous le inonde comme une figure trompeuse, et la mort comme l'entrée dans les véritaltles biens ? Vivons-nous de la foi ? nous aniuie-f-elle ? (ioùtons-nous les vérités éternelles qu'elle nous présente ? en nourrissons-nous notre âme avec le même soin que nous nourrissons notre corps des aliments qui lui conviennent ? Nous accoutumons-nous à ne regarder toutes choses que selon la foi ? Corrigeons-nous sur elle tous nos jugemens ? Hélas ! bien loin de vivre de la foi, nous la faisons mourir dans notre esprit et dans notre cœur. Nous jugeons en pa'iens ; nous agissons de même. Qui croiroit ce qu'il faut croire, feroit-il ce que nous faisons ?

II. Craignons que le royaume de Dieu ne nous soit ôté, et ne soit donné à d'autres qui en produiront mieux les fruits. Ce royaume de Dieu est la foi. quand elle est régnante et dominante au milieu de nous. Heureux qui a des yeux pour voir ce royaume ! La chair et le sang n'en ont point. La sagesse de l'homme animal est aveugle là-dessus, et veut l'être. Ce que Dieu tait intérieurement lui est un songe. Pour voir les merveilles de ce royaume intérieur, il faut renaître, et pour renaître il faut mourir : c'est à quoi le monde ne peut consentir. Que le monde méprise donc, qu'il condamne, qu'il se moque tant qu'il voudra^ pour nous, mon Dieu, il nous est ordonné de croire et de goûter le don céleste. Nous voulons être du nombre de vos élus, et nous savons que personne ne peut en être, sans conformer sa vie à ce que vous enseignez.

IP .lol'lî.

SIR L'iMytE CHEMIN Iif CIEL.

KfToniv.-viMis (l'ciili'i'i' ii;ii' In piirlc ('triiilc. S. MuUli. vu. 8.

I. ('Eu'esl (pie parla violence qu'on entre dans le royaume de Dieu; il faut l'emporter d'assaut comme une [dace assiégée. La porte en est étroite ; il faut mettre à la gène le corps du péché : il faut s'abaisser, se jdier. se traîner, se faire petit. La grande porte où passe la foule, et qui se présente tonte ouverte, mène à la [)erdition. Tous les chemins larges et unis doivent nous faire peur. Tandis que le monde nous rit, <'t que notre voie nous semble douce, malheur à nous ! .laniais nous ne sommes mieux pour raiilrc; vie. qiK' ipiand nous sommes mal pour celle-ci. (lardons-nous donc bien de suivre la miillitiide qui marche par une voie large et coinmode. 11 faut chercher les traces du petit nombre, les pas des saints, le sentier escarpé de la pénitence, grimper sur les rochers, gagner les lieux surs à la sueur de son visage, et s'attendre que le dernier pas de la vie sera encore un violent effort pour entrer dans la porte étroite de l'éternité.

H. Nous ne sommes prédestinés de Dieu, que pour être conformes à l'image de son Fils, attachés comme lui sur une croix, renonçant comme lui aux plaisirs sensibles, conlens comme lui dans les douleurs. Mais quel est notre aveu- | glement ! Nous voudrions nous détacher de * cette croix qui nous unit à notre Maître. Nous ne pouvons quitter la croix, sans quitter Jésus- Christ crucifié. La croix et lui sont inséparables. Vivons donc et mourons avec celui qui est venu nous montrer le véritable chemin du ciel, et ne craignons rien, sinon de ne pas finir notre sacrifice sur le même autel où il a consommé le sien. Hélas 1 tous les efforts que nous tachons de faire en celte vie ne sont que pour nous mettre plus au large, et pour nous éloigner de l'unique chemin du ciel. Nous ne savons ce que nous faisons. Nous ne comprenons pas que le mystère de la grâce joint la béatitude avec les larmes. Tout chemin qui mène à un trône est délicieux, fut-il hérissé d'épines. ^Tout chemin qui conduit à un précipice est effroyable, fût-il couvert de roses. On souffre dans la voie étroite, mais on espère; on souffre, mais on voit les cienx ouverts; on soufTre, mais on veut souffrir; on aime Dieu, et on en est aimé.

MAMKI. !»!• l'IKTK.

IIP joru.

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