III
rolal)lissoicnl. A. — '* Mais il assiiioil sduvoiil (iiic. A. — ^ cmorc m. A. aj. n. — ^ el )w. A. nj. n. — ** poui' visiter. Edit, correct, du marq. de Fvn. — * qu'ils ou piireiit. A.
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Tl^LÉMAHlK. LlVKi: MIL
r)ir>
mes (|u'aii.\ tlu'ii\ : il m\'sI sur hi Inic ([uc pour faiiv (lu lui'U ; il i-sl fiu'oro plus aiuiahlo par sa doiKour ri par sa liouti', tpn; par sa \aleur. <( si nous pouxions l'avoir pour roi ! Mais les dieux II» réser\eul pour quelque peuple plus heureux qu'ils elii'risseut.el eliez lecjuel ils veulent leuouveler l'àj^'e d'or.
TéliMiKupie. [tendant (|u'il allnil la luiil visiter les (piartiers du camp, par prtrautioneoutre les ruses d'Adrasle, enteiuloit ces louauf^es , qui n'éloienl point suspectes de llatterie ' , connue celles que lesllatteurs doinieut souvent eu l'ace aux princes, supposant (]u'ils n'oiil ni modestie, ni délicatesse, et (pi'il n'y a qu'à les louer sans mesure j)our s'enqiarer <le leur laveur. Le fils d'Ulysse ne pouvoit piùler que ce qui étoitvrai;il ne pouvoit soull'rir d'autres lonaniies que celles qu'on lui donnoit en secret loin de lui, et qu'il avoit véritablement méritées. Son ctenr n'étoit pas insensible à celles-là : il sentoit ce plaisir si doux et si pur que les dieux ont attaclié à la seule vertu, et que les médians , faute de l'avoir éprouvé , ne peuvent ni concevoir ni croire ; mais il ne s'al)andonnoit point à ce plaisir : aussitôt revcnoient en foule dans son esprit toutes les fautes qu'il avoit faites; il n'oublioit point sa hauteur naturelle, et son indifférence pour les hommes ; il avoit une honte secrète d'être né si dur, et de paroitre si lunnain. Il renvoyoit à la sage Minerve toute la trloire qu'on lui donnoit, et qu'il ne croyoit pas mériter.
C'est vous, disoil-il , ô grande déesse , qui m'avez donné Mentor pour m'insiruire et pour corriger mon mauvais naturel; c'est vous qui me donnez la sagesse rie profiter de mes fautes pour me défier de moi-même; c'est vous qui retenez mes passions impétueuses; c'est vous qui me faites sentir le plaisir de soulager les malheureux : sans vous je serois haï et digne de l'être; sans vous je ferois des fautes irréparables; je serois comme un enfant qui , ne sentant |)as sa foi blesse . (|uitle sa mère et toudje. dès le |)remier pas.
Ncslor et Philoctète éloienl étonnés de voir Télémaque devenu si doux , si attentif à obliger les honnnes , si oflicieux , si secoinable , si ingénieux pour faire prévenir fous les besoins : ils ne savoii'iit que croire.'; ils ne reconnoissoient pluscn lui le mê(ne homme. Ce (|ui les surprit davantat:»' fut le soin (ju'il prit des funérailles d'llip[i:as; il alla lui-même retirer son corps
\aR. — ' siis|ii-i lis rli' llaUrrli- C.nlii il ll'iMI Viiulnll
|iiiiiil iraiiti'i-^. Son tu'ur i-l<'il fiiiu tU- n'iKs-lu : il x'iilnil , tic. A.
sanglant et défiguré , de l'endroit où il étoil caché sons un monceau de corps morts ; il versa sur lui des larmes pieuses ; il dit : O grande ombre , tu le sais maintenant cond)ien j'ai estimé la valeur! il est vrai (pie ta fierté m'avoit irrité; mais tes défauts veuoient d'une jeunesse ardente; je sais combien cet Age a besoin (ju'on lui pardonne. Nous eussions dans la suite été sincèrement unis ; j'avois tort démon c«'»té. () dieux, pourquoi me le ravir avant i\ne j'aie pu le forcer de m'aimer '.'
Knsuite Télémaque fit laver le corps dans des li(jueurs odoriférantes ; puis on prépara par son ordre nu bûcher. Les grands pins, gémissant sous les coups de haches , tombent en roulant du haut des montagnes. Les chênes , ces vieux enfans de la terre, qui sembloient menacer le ciel ; les hauts peupliers ; les ormeaux, dont les têles sont si vertes et si ornées d'un é|)ais feuillage; les hêtres, qui sont l'honneur des bjrêts, viennent tomber sur le bord du lleuve Galèse. Là s'élève avec ordre un bûcher qui ressemble à un bâtiment régulier; la flamme commence à paroitre, un tourbillon de fumée monte jusqu'au ciel.
Les Lacédémonieus s'avancent d'un pas lent et lugubre, tenant leurs piques renversées et leurs yeux baissés; la douleur amère est peinte sur ces visages si farouches , et les larmes coulent abondamment. Puis on voyoit venir Phél'écide , vieillard moins abattu par le nombre des années , que par la douleur de survivre à Hippias, qu'il avoit élevé depuis son enfance. Il levoit vers le ciel ses mains, et ses yeux noyés de larmes. Depuis la mort d'IIippias, il refusoit toute nourriture; le doux sommeil n'axoil pu appesantir ses i)au[)ières, ni suspendie un moment sa cuisante peine: il marchoit d'un j>as tremblant , suivant la foule, et ne sachant où il alloit. Nulle parole ne sorloil de sa bouche, car son coMir éloit trop serré; c'étoit un silence de désespoir et (rabattement; mais, (piaiid il vit le bûcher allumé, il parut tout-à-coup furieux, et il s'écria : <> llip|)ias , Hippias, je ne le verrai plus! Hippias n'est plus, et je vis encore ! O mon cher Hipj)ias , c'est moi ' qui t'ai donné la iiKjrt ; c'est moi qui t'ai a|)prisà la mépriser! .le crovois (jne tes mains fermentient mes veux, et (jne lu rec'ieillerois mon dernier soupir. U
Vab. — ' •■'••'•l iiii'i iiiirl, moi ini|)iloyali|i*, (|ui t'ai op- |iii> ;i iiii'|>l'iM'i' lu iiiDil. II. t;. Lilil. !,<■ oi|Ms|c h uNuil nnl : () iiinii rlirr llii>iii(ii' ' c'fsl moi ifiii t'ai iipiiris n lit iiirpriiuT. I.'niilriir lie voyant pus ilc sens coinplrl , ( lii-i'ilia a n-lalilir le |i.i'.s.ii;i' , et Ml|i|il<'U II'» lliuls rriifl , iimi iini>il<iijiiblf , fie. t|n'ciii y lit niiiiiilriiniil. Nous rr>eiiuii»u sa iiniiiicrc lei;oii, i^ui l'i'iiii)ut'tL- [lut Iv iialutcl.
TÉLÉMAQUE. LIVRE XIII
(XYII)
(lieux cruels , vous prolongez ma vie pour me Çàwe Yoirla mort tlllippias! 0 clier enlaul que j'ai nouni , el qui m'a eoùlé lant de soins, je ne le verrai plus; mais je verrai la mère, qui mourra do tristesse en me reprochant la mort; je verrai ta jeune épouse frappant sa poitrine , arrachant ses cheveux ; et j'en serai cause ! 0 chère ondire , appelle -moi sur les rives du Styx ; la lumière m'est odieuse : c'est toi seul, mon cher llippias , que je veux revoir. Hippias ! llippias! o mon cher llippias ! je ne vis encore que pour rendre à tes cendres le dernier devoir.
Cependant on voyoit le corps du jeune llippias étendu , (ju'on jtortoit dans un cercueil orné de pourpre, d'or et d'artiont. La mort, qui avoit éteint ses yeux, n'avoit pu eH'acer toute sa beauté, et les grâces étoient encore à demi peintes * sur son visage paie. On voyoit llottcr autour de son cou , plus blanc que la neige, mais [lenché sur l'épaule, ses longs cheveux noirs, plus beaux que ceux d'Atys ou de Ganymède, qui alloient être réduits en cendres. On remarquoit dans le côté la blessure profonde, par où tout son sang s'étoit écoulé, et qui l'avoit fait descendre dans le royaume sombre de Pluton.
Télémaquo, triste et abattu , sui\oit de près le corps , et lui jetoit des fleurs. Quand on fut arrivé au bûcher, le jeune fils d'Ulysse ne put voir la flamme pénétrer les étoffes qui enveloppoient le corps , sans répandre de nouvelles larmes. Adieu, dit-il, ô magnanime Hippias! car je n'ose te nommer mon ami ; apaise-toi , ô ombre qui as mérité tant de gloire ! Si je ne t'aimois , j'envierois ton bonheur; tu es délivré des misères où nous sommes encore, et tu en es sorti parle chemin le plus glorieux. Hélas! que je serois heureux de finir de même ! Que le Styx n'arrête point ton ombre ; que les Champs- Elysées lui soient ouverts; que la renommée conserv e ton nom dans tous les siècles , et que tes cendres reposent en paix!
A peine eut-il dit ces paroles entremêlées de soupirs , que toute l'armée poussa un cri : on s' atlendrissoit sur Hippias , dont on racontoit les grandes actions ; et la douleur de sa mort rappelant toutes ses bonnes qualités, faisoit oublier les défauts qu'une jeunesse impétueuse et une mauvaise éducation lui avoient donnés. Mais on étoit encore plus touché des sentimens tendres de Télérnaque. Est-ce donc là , disoiton , ce jeune Grec si lier, si hautain , si dé-
Var. — 1 a demi pciules m. A. aj, B,
daigneuv, si intraitable ? Le voilà devenu doux, humain , tendre. Sans doute Minerve , qui a tant aimé son père, l'aime aussi; sans doute elle lui a fait le [ilus précieux don (|ue les dieux puissent faire aux houunes , en lui donnant, avec sa sagesse , uu coiir sensible à l'amitié.
Le corps étoit déjà consumé parles llauimes. Télémaquo lui-même arrosa de liqueurs parfmnées les cendres encore fumantes; puis il les mit dans une urne d'or qu'il couronna d(! Heurs, et il [)orta cette urne à IMialaute. CeUiici étoit étendu , percé de diverses blessures; et, dans son extrême foiblessc, il entrevoyoit' près de lui les poi'tes sombres des enfers.
Déjà Traumaphile etNosophuge, envoyés par le fils d'Ulysse, lui avoient donné tous les secours de leur art : ils rappeloient peu à peu son ame prête à s'envoler ; de nouveaux esprits le ranimoicnt insensil)lcment *, une force douce et pénétrante , un baume de vie s'insinuoit de veine en veine jusqu'au fond de son cœur, une chaleur agréable ^ le déroboit aux mains glacées de la mort. En ce moment, la défaillance cessant , la douleur succéda; il commença à sentir la perte de son frère, qu'il n'avoit point été jusqu'alors en état de sentir. Hélas! disoit-il, pourquoi prend-on de si grands soins de me fiiire vivre? ne me vaudroit-il pas mieux mourir, et suivre mon cher Hippias? Je l'ai vu périr tout auprès de moi! 0 Hippias, la douceur de ma vie, mon frère, tu n'es plus ! je ne pourrai donc plus ni te voir, ni t'entendre, ni t'end3rasser, ni te dire mes peines , ni te consoler dans les tiennes ! 0 dieux ennemis des hommes ! il n'y a plus d'Hippias pour moi ! est-il possible ? Mais n'est-ce point un songe? Non, il n'est que trop vrai. 0 Hip[)ias, je t'ai perdu : je t'ai vu mourir : et il faut que je vive encore autant qu'il sera nécessaire pour te venger: je veux immoler à tes mânes le cruel Adraste teint de ton sang.
Pendant que Phalante parloit ainsi , les deux hommes divins tâchoient d'apaiser sa douleur, de peur qu'elle n'augmentât ses maux , et n'empêchât l'ellét des remèdes. Tout-à-coup il aperçoit Télémaque qui se présente à lui. D'abord son cœur fut combattu par deux passions contraires. Il conservoit un ressenfiment de tout ce qui s'étoit passé entre Télémaque et Hippias ; la douleur de la perte d'Hippias rendoit ce ressentiment encore plus vif : d'un autre coté % il ne
Var. — ^ il endovoyoil doja les portes. A. — ^ de nouveaux csiirils iiaissoioiit iuscnsiblemeul dans son cnnir. A. — 3 une rlialcur agréable ranimoit ses inembres. A. — '' mais il ue pouvoit iuiiurer. a.
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TÉLKMAOn-.. I.IVHK XIV
pouvoit i^iuniT (ju'il dcNoil la coiispi-vation de su vie à 'IVIciiiaquo , <|ui l'aMiil tiré san^'laiit cl à ilomi luoi-t dos mains d'Adrasle. Mais , (jiiand il \il l'unie d'or où cloicnl rcnrorint'cs loserndros si cliôros do son fivro llippias . il vorsa un torrent de larmes ; il eudirassa d'abord ' 'réléma(|uo sans pou\oir lui parlei'. et lui dit enliu d une \ui\ lauLTuissanlo et - enlrei-oupée de sanglots :
Digne lils d'ilysse, \otrc vertu me foroe à vous aimer : je vous dois ce reste de vie qui \a s'éteindre : mais je vous dois ()uel(|ue chose qui m'est l)i'Mi (dus cher. Sans vous, le corps de mou frère anroit été la proie des vautours; sans vous, son ombre, privée de la sépulture , seroit malheureusement errante ' sur les rives du Styx , el toujours repi>ussée par l'impiloyable Charon. Faut-il que je doive tant à un homme (|ue j'ai tant haï! 0 dieux, récompensez-lc , el délivrezmoi d'une vie si malheureuse! Pour vous, ' ô Télémaque, reudez-moi les derniers devoirs que vous avez rendus à mon frère, afin que rion ne manque à voire gloire.
A ces paroles , Phalaiile demeura épuisé et aballu d'un excès de douleur. Télémaque se tint auprès de lui sans oser lui parler, et attendant qu'il reprît ses forces. Bientôt Phalanle , revenant de celle défaillance , prit l'urne des mains de Télémaque , la baisa plusieurs fois , l'arrosa de ses larmes, et dit ; 0 chères, ô précieuses cendres , quand est-ce que les miennes seront renfermées avec vous dans celte même urne? 0 ombre d'Hippias , je te suis dans les enfers : Télémaque nous vengera tous deux.
Cependant le mal de Phalaute diminua de jour en jour par les soins des deux hommes qui avoient la science d'Esculape. Télémaque éloit sans cesse avec eux auprès du malade , pour les rendre plus atlenlifs à avancer sa guérison ; et toute l'armée admiroit bien plus la bonté de co'ur avec lacjuelie il secouroil sou plus grand ennemi , (jue la \aleur el lu sage.-^se qu'il avoil montrées, en sauvant, dans la Iiataille, l'armée des alliés.
En même temps , Té!éma(iue se monlroil infatigable dans les plus rudes travaux de la gu"rre : il dormoit jieu , el son snnuueil éloil souvent iulerrnuipu, on par lesa\is (ju'il rece- \oit à toutes les heures de la nuit connue du jour, ou par la vi<il<.* de tous les quartiers du camp, (|u*il ne faisuit jamais deux fois de suil(; aux mêmes heures, pour mieux surprendie
V;.ti. — ' iTi li'T.I ;/*. A. <ij. 11. — • irii-niit iii3lla'uri'U>o:iio:il. A. ii. Illuipi'-. A.
- ri m. A. ilj. II. -
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cfuv (jui u'étniciit pas assez vigilans. Il reveuoit souvent dans sa lente couNert de sueur et de poussière : sa nourriture étoil sirnjde ; il vivoit comme les soldats, pour leur doiuier l'exemple de la sobriété el de la patience, l/armée ayant peu ' de vivres dans ce campement, il jugea ni'ressaire d'ariéh'r les nuntnures des soldais, en soullranl lui-même vcdonlairement les mêmes incommodités qu'eux. Son corps , loin de s'ad'oiblir dans une vie si [)énible , s(! furlilioit el s'eudurcissoit chacjue jour : il counnençoit à n'avoir plus ces grâces si tendres qui sont comme la Heur de la première jeunesse; son teint devcnoil plus brun et moins délicat , ses membres moins mous el plus nerveux.