PREMIER DIALOGUE
Contre raffcctation de bel esprit dans les sermons. Le but de l'éloquence est d'instruire les hommes et de les rendre meilleurs : l'orateur n'atteindra pas ce but, s'il n'est désintéressé.
.4. HÉ l)icn ! monsieur, vous venez donc d'entenilre le sermon où vous vouliez me mener tantôt '? Pour moi , je me suis conlenlé du prédicateur de notre paroisse.
B. Je suis cliarmé du mien ; vous avez bien perdu , monsieur, de n'y être pas. J'ai arrêté une place pour ne manquer aucun sermon du Carême. C'est un liomme admirable : si vous l'aviez une fois entendu , il vous dégoùteroil de tous les autres.
A. Je me garderai donc bien de l'aller entendre, car je ne veux point qu'un prédicateur me dégoûte des autres ; au contraire, je cherche un homme qui me donne un tel goût et une telle estime pour la |tarole de Dieu , que j'en sois plus disposé à l'écouter partout ailleurs. Mais puisque j'ai tant perdu , et que vous êtes plein de cel)eau sermon , vous pouvez , monsieur, me dédommager : de gr;\ce , dites-nous quelque chose de ce que vous avez retenu.
H. Je déligurerois ce sermou par mon récit . ce sont cent beautés qui écliap|»eul ; il t'aiidroit être le prédicateur mêu)c pour vous dire
.1. .Mais encore? Son dessein, ses preuves, sa morale , les principales vérités qui ont lait le curj)s de son discours? Ne vous resle-t-il l'icn dans rL'sprit'/ est-ce que vous n'étiez [)as attentif?
li. Pardoiuiez-moi , jan)ais je n»- l'ai été davantage.