‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 206 sur 271 · C. <Juoi! jusqu'à nous · texte numérisé non relu

C. <Juoi! jusqu'à nous

A. < Hii , jusqu'à nous : ol nous n'en sommes pas encore autant soitis que nous le croyons ; vous en comprendroz bientôt la raison. Les barbares qui inondèrent l'enqiire Homain mirent partout l'ignorance et le mauvais g(JÙt. Nous venons d'eux; el <|Uoiqu<,' b-s lettres aient commencé à se rétablir dans lo (piinzièmo sièrie , celle résurrecliou a été lonte. On a ou do la penie à revenir à la bonne voie ; el il y a encore bien des gens fort éloignés de la connoilre. Il ne faut pas laisser de respecter non-soulemenl les l'èros , niais encore los auteurs pieux cpii ont écrit dans ce long intervalle : on y apprend la

tradiliiMi (Ir liiir tonq^s. et ou y lron\o plusieurs autres in^trui lions tiès-uliles. .le >uis tout honteiiv de (lé( ider ici ; mais sou\ono7.-\oiis , messieurs , que \oii> l'aNo/, voulu , el (|ue je suis tout prêt à me dédiie . si on nu; fait apeicevoir <pie je me suis lronq)é. Il osl lenqis do linir colle conversation.

C. Nous nt; vous motions pnint en liberté (pie NOUS n'ayez dit \otie sentiment sur la manière de choisir un te\t(.>.

A. Vous comprene/. bien (pie les tevtos viennent do ce (pie les pasienrs ne parlojenl jamais autrefois au [toupie do leur pi-o|(re l'onde; ils ne faisoienl (pi'i'xpliipior les paroles du texte de rEcriluro. Insensiblement on a j)ris la coutume de ne plus suivre toutes les pandes de l'IOvangilc : on n'en expli(jue plus qu'un seul endruil , qu'on nomme le texte du sermon. Si donc on no fait pas mie explication exacte de toutes les parties ih' l'Evanî-^ilo. il faut au moins en choisir los paroles (pii contiennent les vérités les plus im[)ortanles et les [)lus proportionnées au besoin du peuple. Il faut les bien expliquer; et d'ordinaire, poui- bien faire entendre la force d'une parole , il faut en oxplicpier beaucou|» d'anlics (pii la précèdent i-l qui la suivent; il n'y faut chercher rien de subtil. Ou'un homme a mauvaise grâce de vouloir faire l'inventif et l'ingénieux, lorsqu'il devroil parler avec toute la gravité et l'autorité du Saint-Esprit, dont il emprunte les paroles!

C. Je vous avoue que les textes forcés m'ont toujours (lé[)lu. N'avez-vous pas remarqué qu'un prédicateur tire d'un texte tous les sermons qu'il lui plaît? Il détourne insensiblement la matière pour ajuster son texte avec le sermon qu'il a bes(jin do débiter , cola se fait surtout dans les Carêmes. Je ne puis l'approuver.

//. Vous ne linirez pas, s'il vous plail , sans m'avoir encore expliqué une chose qui me fait de la peine. Ajirès cela je vous laisse aller.

.1. lié bien ! voyons si je pourrai vous contenter : j'en ai grande envie , car je souhaite tort cpie vous enqiloyioz votre talent à faire dos sermons sinq)les et [lersuasifs.

//. \'ons voulez (ju'un prédicateur explique de suite et liltéralemoiit l'Ecrilure sainte.

A. Oui, cela seroit admirable.

//. -Mais d'ui'i \ienl donc tjuo los l'èros ont l'ait antii-monl? Ils sont toujours, ce me semble, dans les sens spirituels. \ oyez saint Augustin , sainl (irégoire , sainl Bernard : ils trouvent des mystères sur tout, ils n"o\|tliquont guère la le lire.

.1. Les Juifs du lonqis de Jésus-tjhrist éloienl

OOi

DIALOGUES SUR i;i';i.OQURNCE.

iK'\(Mius tVM'tilos 011 i^tMis m\slrru'U\ ot alli'i^ori(liios. 11 pai'oît (jiie les 'riiL'i"a|u'utos , (|iii dcniiMiroieiit |H'iiUM|ialc'iiu'nt à Alcxaiulcic , cl (]U0 Pliiloii (iépeint CDiiimc clos .Juifs philosoplios, mais quEusôlto prôloiul ôlro los prciiiiors (Muôtiens , éloioiil I'HiI adounôs à cos explications de riCoiiliiie. (Vost dans la niônio ville d'Alexandrio (|iio los allégories onl commencé à avoir qnoKino éclat parmi los (lin étions. Le |)i'omier des l'èrosqui s'est éiarté i\c la loltro a été Origcne : vous savez lo hrnit (pTil a l'ail dans l'Eglise. La piété inspire d'abord cos intorpi'étations; elles ont quelque diosc d'ingénieux, d'agréable et édiliant. La plupart dos Pères , suivant le goût dos peuples (W ce temps, et apparemment le leur propre, s'en sont beaucoup servis ; mais ils recouroieut toujours lidèlement au sens littéral , et au prophétique , qui est littéral en sa manière , dans ton les les choses où il s'agissoit de montrer les t'ondemens de la doctrine. (Juand los pen])les étoient parlaitemeut instruits de ce que la lettre leur dcvoit apprendre , les Pères leur dounoicnt ces interprétations spirituelles pour les édifier et los consoler. Ces exjdications étoient fort au goût surtout des Orientaux , chez qui elles ont commencé ; car ils sont naturellement passionnes pour le langage mystérieux et allégorique. Cette variété de sens leur faisoit un plaisir sensible , à cause des fréqueus sermons ot des lectures presque continuelles de l'Écriture qui étoient en usage dans l'Église. Mais parmi nous, où les pcu[tles sont infiniment moins instruits , il faut courir au plus pressé , et commencer par le littéral , sans manquer de respect pour les sens pieux qui ont été donnés par les Pères : il faut avoir du [ ain avant que de chercher dos ragoûts. Sur l'explication de l'Ecriture on ne peut mieux faire que d'imiter la solidité de saint Chrysostôme. La plupart des gens de notre temps ne clierchent point les sens allégoriques, parce qu'ils ont déjà assez expliqué tout le littéral ; mais ils abandonnent le littéral [tarce qu'ils n'en conçoivent pas la grandeur, et qu'ils le trouvent sec et stérile par rapport à leur manière de prêcher. On trouve toutes les vérités et tout le détail des mœurs dans la lettre de l'Écriture sainte; et on l'y trouve, non-seulement avec une autorité et une beauté merveilleuse, mais encore avec une abondance inépuisable : en s'y altacliant , un prédicateur auroit toujours sans peine un grand nombre de choses nouvelles et grandes à dire. C'est un mal déplorable de voir combien ce trésor est négligé par ceux mêmes qui l'ont tous les jours entre los

mains. Si on s'atlaclinil à celle méthode aucionno i\o faire dos homélies, il y aurait doux sortes iW [Prédicateurs. !>es uns, n'ayant ni la vivacité ni le génie |)oétique , oxpli(pi(M'oiout siuq)lemeut l'Ecriluro sans eu prendre le loup noble et vif : jxmrvn ipi'ils le tissent d'une manière solide ot oxomplaire , ils ne laissoroiont pas d'être d'excolliMis prédicateurs; ils aui'oiont ce que demande saint Aud)roise, \mc diction l)uro, siuq)le , claire, |)leine de poids et de gravité , sans y ail'ecter l'élégance , ni mépriser la douceur et l'agrément. Les autres , ayant le génie poétique , cxpliqiun-oient l'Ecriture avec le style et les ligures de l'I^criturc même , et ils seroient par là dos prédicateurs achevés. Les uns iustrniroient d'une manière forte et vénérable ; les autres ajouteroient à la force de l'instruction la sublimité, l'enthousiasme et la véhémence de l'Ecriture , en sorte qu'elle seroit , pour ainsi dire , toute entière et vivante en eux autant qu'elle peut l'être dans des homnies (jui ne sont point miraculeusement iuspiiés d'en haut.

B. Hu! monsieur, j'oubliois un article important : attendez , je vous prie ; je ne vous demande plus qu'un mot.

A. Faut-il censurer encore quelqu'un?

B. Oui , les panégyristes. Ne croyez-vous pas que , quand on fait l'éloge d'un saint, il faut peindre son caractère , et réduire toutes ses actions et toutes ses vertus à un point?

A. Cela sert à montrer l'invention et la subtilité de l'orateur.

B. Je vous entends ; vous ne goûtez pas cette méthode.

A. Elle me paroît fausse pour la plupart des sujets. C'est forcer les matières , que de les vouloir toutes réduire à un seul point. Il y a un grand nouibre d'actions dans la vie d'un homme qui viennent de divers principes, et qui marquent des qualités très-différentes. C'est une subtilité scolastiqiie, et qui marque un orateur très-éloigné de bien connoitre la nature , que de vouloir rapporter tout à une seule cause. Le vrai moyen de faire un [)ortrait bien ressemblant est de peindre un homme tout entier; il faut le mettre devant les yeux des auditeurs, parlant et agissant. En décrivant le cours de sa vie . il faut appuyer principalement sur les endroits où son naturel et sa grâce paroisseut davantage ; mais il faut un peu laisser remarquer ces choses à l'auditeur. Le meilleur moyen de louer le saint, c'est de raconter ses actions louables. Voilà ce qui donne du corps et de la force à un éloge ; voilà ce qui instruit; voilà ce

DIALnC.n-.S SI H [/Kl.nolKNCK.

q>ii touche. Snuvcul les auilitt iiis ^"l•^ ii'lniirlU'iil sans saM)ir la nïo «lu saint ilniil ils oui oiitendii parler ime heiiie : tiiut an plus ils ont ciilentiu lieaucoup de pensées sur un petit noml»ie (le fails délaihés et nianiu»'s sans suite. Il l'auilrnil au contiaiie peindre le saint au naturel , le inonlrer li-l (piil a été dans tous les Aj^es, dans toutes les conditions et dans les principales conjonctures où il a passé. (.!ela u'enipèclieroit point qu'otj ne ronianiuAl sou caractère; on le ieroil même hieu mit'ux remanjuer par ses acliiMis et par ses pandes , (pie par des pen.sécs ot dos dessoins d imagination.

IL Vous \ondriei donc faire riiisloire de la vie du saint, et non pas son pant''j:Yri(pie.

,1. Pardoiuiez-moi . je ne lorois point ime narration simple. Je me coutentorois de luire un tissu des laits |»iincipau\ : mais je \oudrois (pie ce lût un récit concis, pressé, vif, plein de mou\ émeus; je voudrois que chaque mut donnât une haute idée des saints , ot lïit une instruction pour l'auditeur. A cola j'ajoulerois tontes les léllexions morales que je croirois les plus convenahles. Ne croyez-vous pas qu'un discours fait de colle manière auioil une ut^lde et aimable simplicité? Ne croyez-vous pas que les vies des saints en scroieut mieux connues , et les peuples plus éditiés'? Ne croyez-vous pas

même . selon les rè;:les de l'éloquence que nous avons posées, tpi'un Itd discours seroil plus éloipient (|ue Ions ces pané;;yri(pios guindés (pi'ou Nuit d'ordinaire?

Il . Je \(»is hien maiiileuaiil (|U(.' ces sermonslà ne seroieut ni moins instructifs . ni moins loucliaus , ni moins a;,'ivahles (jue les autres. Je suis contenl , monsieur, en voilà assez; il est juste (pie NOUS alliez vous délasser, l'our moi , j'espère que \utre peine ne sera |)as inutile; car je suis résolu de (piitler tous les recueils ujodernes et tous \q^ /iritsini italiens. .Ii» veux éludier fort sérieusement toute la suite et t(jus les principes de la leliL'iou dans ses somi es.

('. Adieu, moM^ii'ur : [unir tout reiiiercîmen! . je nous assure (pie je vous croirai.

.1. Honsoir. messieurs : je vous quitte aNoc ces |»ar<des de saint Jér(ime à Népotien ' : (( Huand vous (îusei^'iierez dans l'éfrlise , n'ex- » citez point les applaiidissemens , mais les g»'-- » missemens du peu(de. (Jue les larmes de vos » auditeurs soient v(js louanges. 11 faut (pie les » discours d'un \m:Uc soient pleins de l'Kcri- )) ture sainte. Ne soyez pas un déclaniateur, » mais un vrai docteur des mystères de Dieu. «

• /■■/'. xxxiv : I. IV, |>jil. -î , p. if,-}.

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