RÉPONSE AU DISCOURS DE FÉNELON
n'en eussiez une parfaite oonnoissance, audessus (le laquelle vous saviez vous élever par la hauteur des unslères dont vous jiarliez poiu' la couversion des liciéliques et pour l'édilicatiou des lidèlos.
Ce niinislère tout aposloli(|ue . par lequel vous vous éloijïnicz de la Cour , a clé priucipalement ce qui a porté le Roi à vous y api^-lcr, ayant iu;j:é ([ue vous étiez d'autant plus capable de bien éle\er déjeunes priuces, que vous aviez fait voir plus de charité jtour le salut des peuples ; et , dans cette pensée , il vous a joint à ce sage gouverneur dont la solide vertu a mérité qu'il ait été choisi pour un si grand euqiloi.
Le [tublic a[)pril avec joie la part (|ui vous y étoit donnée, (tarce (pi'il sait que vous avez toutes les vertus nécessaires pour l'aire connoître aux jeunes princes leurs véritables obligations , et pour leur dire , de la manière la plus touchante, que rien ne peut leur èlre plus glorieux que d'aimer les peuples et d'en être aimés.
L'obligation de vous acquitter d'une fonction si importante Ut aussitôt briller en vous toutes ces rares qualités d'esprit dont on n'avoit vu qu'une partie dans vos exercices de piété : une vaste étendue de connoissances en tout genre d'éruditiou , sans confusion et sans embarras : un juste discernement [)Our en faire l'application et l'usage 5 un agrément et une facilité d'expression qui vient de la clarté et de la netteté des idées \ une mémoire dans laquelle , coumie dans une bibliothèque qui vous suit partout , vous trouvez à propos les exemples et les faits historiques dont vous avez besoin ; une imagination de la beauté de celle qui fait les plus grands hommes dans tous les arts , et dont on sait , par expérience, que la force et la vivacité vous rendent les choses aussi présentes qu'elles le sont à ceux mêmes qui les ont devant les yeux.
Ainsi vous possédez avec avantage tout ce qu'on pouvoit souhaiter, non-seulement pour former les mœurs des jeunes princes , ce qui est, sans comparaison, le plus important, mais encore pour leur polir et leur orner l'esprit ; ce que vous faites avec d'autant plus de succès, que, par une douceur qui vous est propre, vous avez su leur rendre le travail aimable , et leur faire trouver du plaisir dans l'étude.
L'expérience ne pouvoit être plus heureuse qu'elle l'a été jusqu'ici, puisque ces jeunes princes , si dignes de leur naissance, la plus auguste du monde , sont avancés dans la connoissance des choses qu'ils doivent savoir, bien au-delà de ce qu'on pouvoit attendre; et ils font déjà
l'honneur de leur âge , l'espérance de l'Etat et le désespoir de nos euneuiis.
Celui de ces jeunes princes (pie la Providence a destiné à mouler un jour sui' le trcjne est un de ces génies supérieurs qui ont \n\ empire naturel sur les autres, et (pii, dans l'ordre même delà raison, semblent être nés pour leur couuuander.
On j)eut dire que la nature lui a prodigué tousses dons : vivacité d'espi'it , beauté d'imagination, facilité de mémoire, justesse de discernement ; et c'est par là qu'il est admiré chaque jour des courtisans les plus sages, principalement dans les reparties vives et ingénieuses qu'il l'ail à toute heure sur les dillérens sujets (jui se [)r(''sentenl.
Jusqu'où n'ira point un si heureux naturel , aidé et soutenu d'une excellente éducation! Il est dé'jà si au-dessus de son âge , qu'en ne jugeant des choses que par les choses mêmes, on ne croiroil jamais que les traductions qu'il a faites fussent les ouvrages d'un jeune prince de dix ans; tant il y a de bon sens, de justesse et de style.
Quel sujet d'espérance et de joie pour tous ceux (]ui suivent les lettres, de voir ce jeune prince qui se plaît ainsi à les cultiver lui-même, et qui, dans un âge si tendre, semble déjà vouloir partager avec César la gloire que ce conquérant s'est acquise par ses écrits !
Vous saurez, monsieur , vous servir heureusement d'une si belle inclination pour lui parler en faveur des lettres, pour lui en faire voir l'importance et la nécessité dans la politique, pour lui dire que c'est en aimant les lettres, qu'un prince les fait fleurir dans ses Etats, qu'il y fait naître de grands hommes pour tous les grands emplois, et qu'il a toujours l'avantage de vaincre ses ennemis par le discours et par la raison; ce qui n'est pas moins glorieux , et souvent beaucoup plus utile que de les vaincre par la force et par la valeur.
Vous lui parlerez aussi quelquefois de l'Académie française. Vous lui ferez entendre qu'encore qu'elle semble n'être occupée que sur les mots, il faut pour cela qu'elle (2onnoisse distinctement les choses dont les mots sont les signes; qu'il n'y a que les esprits naturellement grossiers qui n'ont aucun soin du langage; que de tout ten)ps les honnnes se sont distingués les uns des autres par la parole, comme ils sont tous distingués des animaux par la raison; et qu'enfin l'établissement de cette compagnie, dans le dessein de cultiver la langue, a été l'un des plus grands soins du plus grand ministre
RI^:rONSH AL' DISColUS lH: IKM:i,n\.
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que la rnuui' ail jamais eu, |tano (jiiil compiviioil jiaitaitt'iiu'iil ruinhii'ii lis choses dépeiideiil siiuveul des |iar(.)lcs et des expressions, jusque là Mièine (|ue les choses les plus s;iiuh's et les plus au^'usles peiileut heaucoup de la vénéralidu ipii leiu' est due quand t'ilcs sont expriinèt's dans un mauvais lani:a,i:i'.
r,o sentit donc, un j;i'auil a\aulai:c |)nui' nnlic si»Vle , au-dessus de tous ceux qui l'ont lui'cédé,si l'Acadénue française, conum' il \ a lieu de l'espérer . pouvoil liver le lani;aj:e que nous parlons aujonrd'hui et rempèdier de >ieillir.
Ce scroil avoir servi utilenient l'Kj^lise et l'Etat , si , avec le secours d'un Dictionnaire que le public verra dans peu de mois , la laujrue n'étoit plus sujette à changer, et si les grandes actions du l\oi , qui, pour t'trc trop grandes, |>erdent heaucoui) de leur éclat par la laihlesse de l'expression , n'en perdoieut plus rien dans la suite par le changement du langage.
Il est vrai que. quoi qu'il arrive de notre langue . la gloire de Louis le drand ne périra jamais. Le monde entier en est le dépositaire ; et l3s autres nations ne sauroient écrire leur propre histoire sans parler de ses vertus et de ses conquêtes.
On ne peut pas douter que sa dernièie campagne ne soit déjà écrite dans chacune des langues de tant d'armées didérentes, qui s'étoienl jointes pour le cond»attre, et qui l'ont \u triompher.
Il n'est pas non plus possible que lliistoire la [»lus étrangère et la plus ennemie ne parle avec éloge . je ne dis pas seulement des grands avantages que nous avons remportés, je dis même de la perte que nous avons faite : car si les vents ont été contraires au projet le plus sage, le mieux pensé, le plus digne d'un roi protecteur des rois, et si quelques-uns de nos vaisseaux ont péri faute de trouver un port, ça été après être sortis glorieusement d'un combat où ils dévoient être accablés j)ar le nombre, et après l'avoir souterm avec tant de cojn-age , tant de fermeté, tant de valeur, que la plus insigne victoire mériteroit d'être moins louée.
Le prodige de la [irise de Namur peut-il aussi marupuT d'être écrit dans toutes ses admirables circonstances? Déjà long-temps avant que ce ^rand événement étonnât le monde , nos ermemis , qui le croyoicut impossible , avoit dit tout ce (pii se |)ou\oit dire [tour le faire admirer encore da\aulagc a|irès qu'il seidit arrivi'. Ilsavoieut eux-mêmes pidtlié partout que Namur étoit unt; pla<:e im[)renable ; ils souhai-
tiieiit que la Franc lût assez téméraire poui" eu entreprendre le siège; et )|uaud ils y virent le Uoi en [lersouue , ils crun-nt cpie te sage |>rincen'agissoit plus avec la même sagesse. Ils se rêjonirent publiipiement d'un si mauvais f )n>eil . qui ne ponvoil a\oir, selon eux, (ju'uii mallieui'ev succès pour nous.
C'éloil le raisonnement d'un prince (pii passe pour un des plus grands politi(|ues du monde, aussi bien que de tous les autres princes qui couunandoienl sous lui l'armée emiemie. Ht il faut leur rendre justice ; (piand ils raisonnoiont ainsi sui- riuqxtssibililé de prendre Naumr, ils raisonuoieut sebju les règles. Ils avoient pour eux toutes K.'s apparences, la situation naturelle de la place , les nouvelles défenses ipie l'art y avoit ajoutées . une forte garnison au dedans , une puissante armée au dehors, et encore des secours extraordinaires qu'ils n'a\ oient point espérés : car il sendjbjit que les saisons déréglées et les élémens irrités fussent entrés dans la ligue; les eaux des pluies avoient changé les campagnes en marais, et la terre dans la saison des Heurs n'étoit couverte que de frimas. (Cependant, malgré tant d'obstacles, ce .Namur imprenable a été pris sur son rocher inaccessible , et à la vue d'une armée de cent mille hotiMucs.
Peut-on douter après cela que nos ennemis mêmes ne parlent de cette conquête avec tous les sentimeus d'admir;itiou qu'elle mérite? Kt puisiju'ils ont dit tant de fois (ju'il étoit impossible de prendre cette place, il faut bien maintenant qu'ils disent pour leur propre honneur qu'elle a été prise par une puissance extraoi'dinaire qui tient du pi'odige. et à laquelle ne peuvent résister ni les bonuues ni les élémens.
Mais de toutes les merveilles de ce fameux siège, la plus grande est sans doute la constanci; In'-ro'iiiue et inconcevable avec hupielle le Uoi en a soutenu et surmonté tous les travaux, (le n'étoit [)as assez [)our lui de passer les jours à cheval, il veilloit encore uin* grande partie de la nuit; et ajtrès avoir conuuandé à ses princijtaux ofliciers d'aller prendre du repos, lui seul reconuueuioit tout de nouveau à travailler. Uoi. ministre d' l'état et général d'armée tout euseiulile, il u'avoit pas un seid moment sans une alVaire de la dernière iuqtortance, ouvrant luimême les lettres , faisant les réjmnses, dtinnant tous les ordres , et entiaut encore dans tous les ditails de rexécution.
(Juelle anqile matière à cetleagissiuite vertu (pii lui e^t natiuelle , avec laquelle il suftit tellement à tout, que jusqu'à présent l'Etal n'a
MÉMOIRE SUR LES OCCUPATIONS DE L'ACADÉMIE
rien encore souffert par lu [)erlo des ministres ! Ils disparoissent et quittent les plus grandes places sans laisser après eux le moindre vide : tout se suit, tout se l'ail CDiiime auparavaul , parce que c'est toujours Louis le <M'au(l tjui gouverne.
11 revient euliu, après celte heureuse conquête, au milieu de ses peuples; il revient faire cesser les craintes et les alarmes oii ils étoient d'avoir appris qu'il enlniit cliaipie jour si avant dans les périls , ipi'un jeune prince de son sang avoit été blessé à ses cotés.
A peine fut-il de retour que les ennemis voulurent profiter de son éloignement : mais ils connurent bientôt que son armée, toute pleine de l'ardeur qu'il lui a\oil inspirée, étoit une armée invincible.
Peut-on avoir une preuve plus illustre et plus éclatante que le combat tle Steinkerque ? Le tem]is, le lieu, favorisoient les ennemis , et déjà ils nous a\ oient enlevé quebjues pièces de canon, quand nos soldats, indignés de cette perte, courant sur eux l'épée à la main , renversèrent toutes les défenses , entrèrent dans leurs rangs, y portèrent l'épouvante et la mort, prirent tout ce qu'ils avoient de canon , et remportèrent enlin une victoire d'autant plus glorieuse, qucles ennemis avoient cru d'abord l'avoir gagnée.
Tous ces merveilleux succès sont marqués dans l'histoire comme les efTets naturels de la sage conduite du Roi et des héroïques vertus ]iar lesquelles il se fait aimer de ses sujets, d'un amour qui, en combattant pour lui , va toujours jusqu'à la fureur : mais lui-même, par un sentiment de piété et de religion , en a rap- |)orté toute la gloire à Dieu; il a voulu que Dieu seul en ait été loué ; et il n'a pas même permis que, suivant la coutume, les compagnies soient allées le complimenter sur de si grands événemens. Je dois craindre après cela de m'exposer à en dire davantage , et j'ajouterai seulement que plus ce grand prince fuit la louange, plus il fait voir qu'il en est digne.