I.t .MtlNMl.ll
' Tr.RKvT. Aiulr. »tt. i, si', i.
Mais, mais c'est cela même. Le \'>ila le suj.-t de >es larmes ; le voila le sujet de sa cnm|iassioii. I,K Mo>mi.ii.
* Ibid. ic. M.
Que je songe a elle I Ali 1 M)si», Mssis . elles soiil «iinire Ijrave. s dans mon cu'Ur le» deriiiores parole» que m'udresNa Cbrysis en faveur dedlycerie. l'nMe a mourir elle iu'ai>|ielle; j'aiHiroclie : \ous elie/ eloii'iii'es , nou^ i-lious seul». Klle me ilil :« Mon ilier faniidiile , \ous \ove/ sa jeunesse et sa
)) beaule (;'e»l par celle nnin que je vous pres.-nle , c'i'sl
» par volri- caractère et voire lionne foi , e'nl par l'alianduii
Il ou VoU« la voyez que je vous conjure, elc Je vous la
Il donne : suyet S4ui epouv, son ami , son tuteur, son père.... o Klle iiicl la main de lilycérie dans la mienne, el nieuit. Je l'ai reçue : je la garderai. t.». Mo>.mmi.
' Tr.R»\T. titinuli. act. ii, n-. iv
Iji lllle est perdue, et
I^ lllle est perdue, et mol au«>i , qui ne l'ai pas suivie dci yeu\. (lu la chercher'.' par ou suivre se* p.i»? a qui m'iii- (ormer? quel <lieniin pr>-iiilre'.' Je n'en >ji« rien. Je n'ai qu'une e»|M''rance : en qui-li|iie endroit •lu'elle soit , elle ne peut rester loniJ- temps cachée. I.fc .M<i>.MI.U.
l'rul-oii (li'.sirec un ilraiiialiipii' plus vil" «-t jilus in^'iiui '.' /,
Il faut a\ouei' (jUi^MoHèi-e '"'^l '"• ^cami "p* poète c«)mi(|iie. Je ne crains pas de dire (jn'il a I enfoncé pins avant (jne Térenre dans certains Y caractères ; il a emluassé une |iliis grande variété de sujets ; il a peint par des traits forts prestpie tout ce que nous voyons de déréglé et de ridicule. Térence se borne à représenter des vieillards avares et ond)!'ageu,v, de jeunes hommes prodigues et étourdis , des courtisanes avides el impiidcults . des parasites lias el (latleurs. dese>claves imposteurs et scélérats. (!e.s caraclèrcs mériloienl sans doute d'élre traités suivant les nKi.'urs des (irecs el des Romains. Ue plus , nous n'avons que six pièces de ce grand auteur. Mais enlin Molière a ouvert \\n cheinin tout nouveau. Itliirore une fois, je le tnjiivc£rjin.d : niais ne pnis-je pas parler en toute lilierté sur ses (JélikU-l^ '•'
En pen.sanl bien , il parle souvent mal ; il se sert des phrases les plus forcées et les moins naturelles. Térence dit en (piatre mois, avec la plus élégante simplicité, ce que celui-ci ne dit qu'avec une multitude de im-lapliores (jui approchi'nt du galimatias, .l'aiine hien mieux «i prose (|ue ses vers. Par exenqile, l'.Vvare est / moins mal écrit tpie les pièces qui sont en vers. 11 est vrai ipie la veisiliratioii frariçaise l'a gêné ; il est vrai même qu'il a mieux réussi pour les vers dans l 'Amphitryon , où il a pris la liberté de faire des vers irréguhers. Mais en général, il me paroîl, jusque dans sa prose, ne parler |>oinl asse-/, sim|ilement pour exprimer tontes les passions.
|t ailleurs iLa outré sou\ent les carat tères : il a \oulu, |!ar cette liberlé."]»t;iîre an parterre, frapper les spectateurs les moins délicats , et .
rendre le ridicule plus sensible. Mais qtioitjn'on * -^ doive marquer chatpie passion dans son plus* fort degré el |iar ses traits les plus vifs , potirl en mieux montrer l'excès et la dilVormilé , on )
' //,(»/. act. I , t-. II.
(.lue pourroii-je diSirer'? Avec votre capitaine, tlcliei d'en l'tre loujoiirt (>lui|;ni'e. Que jour el nuit ji- k<ii» l'objet >\« vi» désirs, lie vo« lèves, de votre attente, de vos {M'ilMt»* , ilr votre esjM'rniice , de vos plaisirs; suye» toe.t entière avec moi;
eiilln, que votre aine soit la mienne, puis«|ue la iiiieni si
la votre. Lk MuKMfcii.
LETTRE SUR LES OCCUPATIONS DE L'ACADÉMIE
n'a pas besoin do lorccr la naturo cl d'ahan- (Idiiner le vraisi'uihlablo. Ainsi, niali;i'é rexciiiplo de Plante, oîi nous lisons . Cedi) tvriinm, je soutiens, contre Molière, qu'un avare (|ui n'est point ibu ne va jamais jusqu'à vouloir refrarder dans la troisième main de rii(innii(> qu'il soupçonne île l'avoir volé.
Un JUiJj'e défaut de Molière . que beaucoup de gens d'esprit lui pardonnent et que je n'ai garde de lui pardonner, est qu'il a doimé un Jour^raçieux au vice . avec une austérité ridicule et odieùW'fiTa. ^ertu. Je conq)reuds que ses défenseurs ne manqueront i)as de dire qu'il a traité a\ec bonnenr la vraie probité, ([u'il n'a attaqué qu'une vertu cliagriiie et ([u'une liypocrisie détestable : mais, sans entrer dans cette longue discussion , je soutiens que Platon et les autres législateurs de l'antiquité |)aïenne n'auroient jamais admis dans leurs républiques un tel jeu sur les mœurs.
Enlin je ne puis m'empécbcr de croire, avec I\U-Iléspréaux,que Molière, qui peint avec tant de force et de beauté les mccurs de son pays, tombe trop bas quand il imite le liadiuage de la comédie italienn'eT
Dans ce sac ridicule où Scapin s'envelnppo , Je ne reconnois plus l'auteur du Misauthrope '.
Yîll.
PKOJF.T d'lN traité SUR l'hISTOIRE.
Il est, ce me semble, à désirer, pour la gloire de l'Académie , qu'elle nous procure un traité sur l'Histoire. Il y a très-peu d'bistoriens qui soient exempts de grands défauts. L'bistoire est néanmoins très-importante : c'est elle qui nous montre les grands exemples , qui fait servir les vices mêmes des médians à l'instruction des bons, qui débrouille les origines, et qui explique par quel cliemin les peuples ont passé d'une forme de gouvernement à une autre.
Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays : quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flatte jamais en rien. L'historien français doit se rendre neutre entre la France et l'Angleterre : il doit louer aussi volontiers Talbot que Duguesclin ; il rend autant de justice aux talens militaires du prince de Galles qu'à la sagesse de Charles V.
Il évite également le panégyrique et les satires : il ne mérite d'être cru qu'autant qu'il se
1 BoiL. Jrt, pocl, (Juml. m.
borne à dire, sans fljitterie et sans malignité, le bien et le mal. 11 n'omet aucun l'ait qui [)uisse siM'Nir à |>rindre les liounnes principaux , et à décou\rir les causes des événemens ; mais il relranchc toute dissertation où l'érudition d'un savant veut être étalée. Toute sa critique se borne à doimer connue douteux ce qui l'est, et à en laisser la décision au lecteur après lui avoir donné ce que l'histoire lui fournit. L'homme ijui est plus savant qu'il n'est historien , et qui a plus de critique que de vrai génie, n'épargne à son lecteur aucune date, aucune circonstance superflue, aucun fait sec et détaché; il suit son goût sans consulter celui du public; il veut que tout le monde soit aussi curieux que lui des minuties vers lesquelles il tourne son insatiable jl^uriosilé. Au contraire , un historien sobre et [discret laisse tondjer les menus faits qui ne mè- 'nent le lecteur à aucun but important. Retranchez ces faits , vous n'ôtez rien à l'histoire : ils ne font qu'interrompre, qu'allonger, que faire une histoire, pour ainsi dire, hachée en petits morceaux, et sans aucun fll de vive narration. Il faut laisser cette superstitieuse exactitude aux compilateurs. Le grand point est de mettre d'abord le lecteur dans le fond des choses, de lui en découvrir les liaisons , et de se hâter de le ' faire arriver au dénouement. L'histoire doit en ce point ressembler un peu au poème épique .
Semper ad cveufnm festiuat, et in médias rcs, Non socus ac notas, auditorem rapit; et quae Desperat tractata nitescere posse, relinquit '.
Il y a beaucoup de faits vagues qui ne nous apprennent que des noms et des dates stériles : il ne vaut guère mieux savoir ces noms que les ignorer. Je ne connois point un homme en ne connoissant que son nom. J'aime mieux un historien peu exact et peu judicieux , qui estropie les noms, mais qui peint na'ivement tout le détail, comme Froissard , que les historiens qui me disent que Charlemagne tint son parlement à Ingelheim , qu'ensuite il partit, qu'il alla battre les Saxons, et qu'il revint à Aix-la-Chapelle ; c'est ne m'apprendre rien d'utile. Sans les circonstances, les faits demeurent comme décharnés ; ce n'est que le squelette d'une histoire.
1 lIouAT. ik Jrl. pucl. V. 1/48-150.
Le poêle d'abord de son sujet s'empare :
n nous jeUe au milieu de grands évdnemens ,
Nous supposant instruits de leurs commeuceniens.
Il bannit avec soin de sou heureux ouvrage
Ce qu'il ne peut parer des grâces du langage. FiARU.
LETTRE Sril LES OCCITATK^NS \)V. I. ACADKMIi:.
La priiuipalo porfcilioii irniif liislnin- coiisistc dans Idnlre et dans ran-an^'cnii'iit. l'our parvenir à ce bel ordre, l'Iiislorien doit «-ni- Itrasser et posséder toute stju histoire ; il doit la voir tout entière cojunic d'une seule vue ; il faut (ju'il la Inuiiie L'I cpiil la retourne de tous 1rs < ùlés jns(prà et' t|iril ail trouvé sou vrai point de vue. Il laiil eu montrer l'unité, eltin-r,, poiM' ainsi dire, d'une seule S(»urce tuus les [)rincipau\ événeniens qui en dépendent : par là il instruit utilement sou lecteur, il lui donne il' plai>ir de prévoir, il l'intéresse, il lui met de- ' vaut les veux un système des alVaircs de rliaqiie temps, il lui dé!>rouille ce ([ui doit i-u résullcr. il le l'ait raisonner sans lui l'aire aucun raisonnement, il lui épargne beaucoup de redites, il ne le laisse jamais lan'.'uir, il lui l'ait mèuie une narration facile à retenir par la liaison des laits, .le répète sur l'iiisloire l'endroit d'Horace i\\n rei:arde le poème épique :
Ordiniâ liîfc virliis oril et venus, aiit Cjzo fallor, l't jam nunc dical jani nunc debcntia dici , Pleraqiic différât, el prisons lu teuipus oinitlat '.
Un sec et triste faiseur d'aimalcs ne connoil point d'autre ordre que celui de la clironolo},Me . il répète un fait toutes les fois qu'il a besoin de raconter ce qui tient à ce fait : il n'ose ni avancer ni reculer aucune narration. Au contraire, riiistorien qui a un vrai génie choisit sur vingt endroits celui où un fait sera mieux placé pour répandre la lumière sur tous les autres. Souvent un fait montré par avance de loin débrouille tout ce qui le [irépaie. Souvent un autre fait sera mieux dans son jour étant mis en arrière ; en se présentant plus lard, il viendra plus à piopospour faire naître d autres événemcns. r/esl ce que Ciccron conq)are au soin qu'un honuue de bon goût prend pour [dacer de bous tableaux dans un jour avantageux : \ ideliir t'iDfjuam tabulas beiir jtirtasrollocardutjwin liiiitine '.
Ainsi uu lecteur habile a le plaisir d'aller sans cesse en avant sans distraclion, de voir toujours un événement sortir d'un autre, et de chercher la lin, qui lui échap[ie [)our liiidotmer ]i!ns d'iiiipalieni-.' d'y arriver. Des que sa lec-
' /;.■ in. pori. \. \i-\\.
L'iinlri- • iii»^ >«*u\, l'i»«>ii» , «•*! lui-iiM'-Mir mu- ur»ir,
L'i*»|>iil juaiiirui \rul loiil Miir a *i |>Utf ;
HjIiiI>- a Li'ii «hiinir, |>r« fm/ , r<jrli/,
El nn'iiln'/ J i'rn|)<'» te i|iif \i>iu i>r<-%.-iilr/ ,
I.P t'Iioix lin lii'u.ilu U-iii|««, •!»»"ul lu lurilif»»<-. I)m»c,
* fteclariâ Oraloribu* , r»|i. i.xx\, ». it».
lure est hnie, il regardi' derrière lui, lonuiie lui vovagcur ciu'ieuXj ipii étant arrivé* sur une montagne, se tourne, et prend jilaisir à considérer de ce point de vue tout le chemin (ju'il a suixi cl tous les beaux endroits (|u'il a traversés.
I lie circonstance |ii<'u choisie , un mut bim rapporté, un g«'>.|e (pii a ra|iport au génie ou à l'humeur d'un homme, est un Irait original et précieux dans l'histoire : il vous met devant les yeux cel houuiie tout entier, (l'est ce que Plulaïque et Suétone oui l'ail |(arfailemeul. (l'est ce i|u'on trouve avec plaisir dans le cai-dinal d'dssal : vous croyez \oir (Ib'ment \lll (jui lui parle taiiti^t à co-iir ouvert et tanUM avec réserve.
In historien doii letram lier beaucoup d'épi- î lhèl(>s siiperilues et d'autres ornemens du discours : par ce relrauchi'iiieul . il rendra son histoire plus courte, plus vive, plus simple, plus gracieuse. Il doit inspirer par une pure narration la |)lus solide morale, sans moraliser: il doit éviter les sentences comme de vrais écueils. Son histoire sera assez ornée pourvu «pTil y nielle avec le véritable ordre, une diction claire, |ture, coiirfe et noble, yi/ii/ eut in /ttstoria, dit (jcéron ', jjtirô et illustri hrevitate fJu/ciits. L'histoire perd beaucoup à être parée. Hien n'est plus digne de Gicéron que celte remarque sur les (lommenlaires de ( lésa r * :
Cominonlaiiiis qiKisdain stripsil roniin «uaniin , vald? qiiidein [iroltandos : ncdi eniin siint , recii cl venusti, onini imialii orutionis tanquani veste dctractâ. Sed duin voluil alios liabiTt' parafa unde sumerenl qui vellent srribere hisloriain, ixeptis graliiin ferlasse focil qui volunt illa calamislris inureir , sanos qiiidcin houiiues a scribendo deterniil \
I II bel-esprit méjtrise une histoire nue: il veut l'habiller, l'orner de broderie, et la friser. (l'est une erreur. iiii'j»tis. L'homme judicieux el d'un goût ex(juis déses]»ère d'ajouter rien de beau à celle nudité si noble et si majeslueuse.
Le point le plus nécessjiire et le plus rare ;• pour un historien, esl qu'il sache exactement la l l'orme du gouvernement et le détail des nneurs " de la nation dont il «''iiil l'hisloire, pour chaque
* /V riaii* Ornlnribut, («ii ivikx, u. ici. — ' llul.
^ Il a l'rril , »ui" M"» aclioiik, ilr« riniitiiriiUiri"» J'uii Iri-»p.rniiil iiM-riti-. IN muiI \t !t , >iui|>li'< , (|rai ii'Ti\ , <-iiliorrnirlit ili'|iiiiiilli-t ili'» orni-iiirii<i , 1*1 fil i|Ui-li|iii- M>rl<- >Ui liulnU île r.iil. Kl laiiili* qu'il a xnulii , |>ar l.i , rouriiir * irautm ili-* iiiuli-ruux l'iiur rcrin- uiir liitUnii- , iH-ul-tlrr a-l-il fml |i|]i»ir aux i;t'ii« Mil* i;i>iil i|iii «nuilroiit li>* nriiiT ilc |>truri** aUifli-r%; nui» il a Irlli-ilirtll rlfLiVi* U't lliilllllir» jUtlli-it*U\ , t|u'iU li'i»iTulll Irt fUlbcllir.
GiO
LETTRE SUR LES OCCUPATIONS DE L'ACADÉMIE
sirclc. Un peintre qui ignore ce qu'on nonnnc il cushauc ne peint rien a\ei' \érilé. Les peintres de réeole Louthunlc, (|ui (^nl d'ailleur-s si naïvement représenté la nature, ont man(|ué(le seienee en ce point : ils uni pt'inl le ui-aiidprètrc des Juifs connue un [)ape , et U's (Jrers
des ravages et des invasions : il ne C;iut pas conl'ondre les (janlois polis par les Romains avec ces Francs si barbares. 11 tant laisser voir un rayon de politesse naissanle sous l'empire de Charleiuagiie; mais elle doit s'é\anouir d'abord. La pronq)te cbnte de sa maison replongea l'Eu-
de l'antiquité comme lesbonnnes (ju'ils \oyoient ropc dans une all'reusc barbarie. Saint Louis fut
en Lombardie, Il n'y auroit néanmoins rien de un j)rodige de raison cl de vertu dans un siècle
plus faux et de |>lus clioquant (pie de jteindre de ter. A peine sortons-nous de cette longue
les Français du tem|)s de Henri II avec des per- '^nuil. La résurrection des lettres et des ai'ts a
ruqucs et des cravates, on de peindre les Fi-an- ciimmencé en Italie; et a jiassé en France fort
çais de notre temps avec des barbes et des (tard. La mauvaise subtilité du bd-espril (mi a
fraises. Chaque nation a ses mœurs très-diiïé-
renles de celles des peuples voisins. (".lia(nie
peii[)le change son\ent [lour ses propres nueurs.
i.es i\'ises, pendant renrance de ('\rus, étoient
aussi simples que les Mèdes leurs voisins étoient
mous et fastueux '. Les Perses prirent dans la
suite cette mollesse et cette vanité. Un historien jamais confondre les comtés bénéficiaires du
etardé le progrès.
Les chaiigemeiis dans la l'orme du gouvcrneineiit d'un peujjle doivent être observés de près. Par exemple , il y avoit d'abord chez nous des terres s«/«(/?<cs distinguées des autres terres, et destinées aux militaires de la nation. Il ne faut
montreroit une ignorance grossière s'il représentoil les repas de Cnrins ou de Fabricius comme ceux de LucuUusou d'Apicius, On riroit d'un historien qui parleroil de la inagnilicencc de la cour des vois de Lacédénione, ou de celle de Numa. Il faut peindre la puissante et heureuse pauvreté des anciens Romains.
Parvoiiuc potcnlcm -, etc.
Il ne faut pas oublier combien les Grecs étoient encore simples et sans faste du temps d'Alexandre , en comparaison des Asiatiques : le discours de Caridème à Darius ^ le fait assez voir. Il n'est point permis de représenter la maison très-simple où Auguste vécut quarante ans , avec la maison d'or que Néron fit faire bientôt après :
Roma domus fiet : Veios migrate, Quintes, Si non et Veios occupât ista domus '*.
Notre nation ne doit point être peinte d'une façon uniforme : elle a eu des changemens continuels. Un historien qui représentera Clovis environné d'une cour polie, galante et magni- exemples aux préceptes; il pourroit juger des fique , aura beau être vrai dans les faits parti- historiens de tous les siècles; il pourroit remarciîliers; il sera faux pour le fait principal des iquer qu'un excellent bistorien est peut-être enmœurs de toute la nation. Les Francs n'étoient Jcore plus rare qu'un grand poète, alors qu'une troupe errante et farouche , près- Hérodote , qu'on nomme le père de l'histoire, que sans lois et sans police, qui ne faisoit que racorftF parfaitement ; il a même de la grâce
par la variété des matières : mais son ouvrage
temps de Charlemagne , qui n'étoient que des emplois personnels, avec les comtés livréditairca, qui deviin'cnt sous ses successeurs des établisscmens de fiimilles. Il faut distinguer les parleniens de la seconde race , qui étoient les assemblées de la nation, d'avec les divers parlcmens établis par les rois de la troisième race dans les provinces pour juger les procès des particuliers. Il faut connoître l'origine des iiefs , le service des feudataires, l'aifrancbissement des serfs, l'accroissement des communautés, l'élévation du tiers-état, l'introduction des clercs praticiens pour être les conseillers des nobles peu instruits des lois, et l'établissement des troupes à la solde du roi pour éviter les surprises des Anglais établis au milieu du royaume. Les mœurs et l'état de tout le corps de la nation ont changé d'âge en âge. Sans remonter plus liant, le changement des mœurs est presque incroyable depuis le règne de Henri IV. Il est cent fois plus important d'observer ces changemens de la nation entière , que de rapporter simplement des faits particuliers.
Si un homme éclairé s'appliquoil à écrire sur les règles de l'histoire , il pourroit joindre les
1 Cyropœd. lib. i, cap. ti, etc. — ^ ViRi;. .-Eneid. lil). VI , V. 843. — 3 Quint. Ci'RT. lil). m , cap. ii.
'* Rome ne sera bienlol plus qu'un maisuii : Romains, retirez-vous U Voies; pourvu que celle maison n'envahisse pns aussi Veies. Suet. ISer. n. 39.
est plutôt un recueil de relations de divers pays, qu'une histoire qui ait de l'unité avec un véritable ordre.
Xéno^hon n'a fait qu'un journal dans sa
LKTTRK SIR I.RS Or.r.ITATlnNS HT-, I/ \<. \l»KMII-..
Rclraile des ilix niilU* : loiil \ fsl pircis cl oxacl. mais iinilnnno. Sa (',Nro[>i'(lii' t-sl pliitùl un roman do |tliili)si)pliit» , conuni' Cii-ônin l'a eTii , qu'une hisloiiv Nrrilaltlc
l'ulvl»*' l'sl lialiilo tlaiis l'ail «le la ^mkm-it l'I dans la |)olili(|ut' ; mais il raisnunc tr(i|) , i|Ui)iqu'il raisonne trt's-hii'U. Il \ a au-delà des Itorncs d'im simple historien : il développe chaipie événement (lans sa eause ; e'est nue anattimie exacte. Il montre par une osp«TO de métani(pie qu'un tel peu|)le doil vaincre un ti'l autre jieuple. et (ju'ime telle pai\ laite entre U<ime et ('arllia-re ne sauroit djirer.
Tluuydide et 'liile-l.iye ont de lrès-l>elles liarau'p'ues; mais, selon les apparences, ils les composent au lieu de les raj)porttM\ Il est trèsdil'iioile qu'ils les aient trouvées telles dans les oriirinaux du temps. Tite-Live savuit heaucojip njoius exaolomeut que l'ohlte la trueire de son siècle.
Salluste a écrit avec une noblesse et une grâce singulières : mais il s'est trop étendu en peintures des nueuis et en portraits des personnes dans deux histoires très-courtes.
Tacite montre heaucoup de génie, avec une profonde connoissance des cu'urs les plus corrompus : mais il alVecte trop une brièveté niystérieuse ; il est trop plein de tours poétiques dans ses descriptions ; il a trop d'esprit ; il ralline trop ; il attribue aux plus subtils ressorts de la politique ce qui ne vient souvent que d'un mécompte , que d'une humeur bizarre , que d'un aiprice. Les plus grands événemens sont souvent causés par les causes les plus méprisables. C'est la foibicsse , c'est l'habitude , c'est la mauvaise honte , c'est le dépit , c'est le conseil d'un aiïranchi, qui déiide, pendant que Tacite creuse pour découvrir les plus grands rallinemens dans les conseils de l' Empereur. l'rescjue tous les honuues sont médiocres et superliciels pour le mal connue pour le bien. Tibère, l'un des jdus méchans hommes que le monde ait vus, étoit plus entrainé par ses craintes, que déterminé par ini |>lan suivi.
D'Avilase fait lire avec plaisir ; mais il parle connue s'il étoit entré dans les con>eils les jdus S4'crets. l'n seul honnnt.' ne peut jamais avoir eu la conliance de tous les partis opposés. De plus , chafjue homme avoit (piehpie secn-t (pi'il n'avoit garde de conli<'r à celui ipii a écrit l'histoire. Hn ne sait la vérité cpie par morceaux. l.'hi>lorien cpii veut m'apprendre ce (|ue je vois» d
derues M-roit trè>-utile et très-agreable , s;ins blesser aucun autem* vivant.
HKHONSK A INF OWKCTION SIR CES IHVKRS PROJFTS,
Voici une objection qu'on ne mampiera pas de me faire. I/Aca.lémie, dira-t-ou, n'adoptera jamais ces divers ouviages siins les avoir e\auiinés. (tr, il n'est guère vraisemblable (ju'un auteur, ajtrès avoir pris une [leine inlime , veuille soumettre tout son ouvrage à la correction d'une nombreuse assemblée , où les avis seront peul-èhi' partagés. Il n'y a donc guère d'a|)parence (pie l'Académie arlople ces ouvrages.
Ma réponse est courte. .le suppose (pie l'.Académie ne les adoptera point. Klle se bornera à imiter les particuliers à ce travail. (Chacun d'eux piiinia la consulter dans ses assemblées. Far exenq)le, l'auleur de la Uhétorique y proposera .ses doutes sur l'éloquence. MM. les académiciens lui doiuierunt leurs conseils , et les opinions pourront être diverses. L'auteur en profitera selon ses vues , sans se gêner.
Les raisonnemens qu'on feroit dans les assemblées sur de telles (pjestions pourroient être rédigés par écrit dans une espèce de journal que M. le secrétaire composeroit sans partialité. (Séjournai contiendroit de courtes dissertations, qui perfectionneroient le goût et la critique. Celte occupation rendroit MM. les aciidémiciens assidus aux assenddées. L'éclat et le fruit en seroient grands dans toute l'Lurope.
•enure ce que je vois»
•' fait douter sur les(
(pi'il ne peut pas savoir, m faits mêmes qu'il sait.
Cette critique des hislorieii» anciens et inorÉMLON. TOME VI.
Sin LF.S ANCIENS ET LES MOliERNES.
Il e>l \rai (pie l' Acidéinie poiirroil se trouver stuveut partagée sur ces questions : l'amour (les anciens dans les uns , et celui ile*. modernes dans les autres , pourroit les empêcher d'être d'accord. .Mais je ne suis nullement alarmé d'une guerre civile qui seroit si douce, si p<die et si modérée. Il s'agit d'une matière où chacun jietit suivre en liberté son goût et ses idées. Cette émulation peut être utile aux letlres. ( iserai-je proposer ici ce (pie je pense là-des.>.us 1 \" Je (ommence par souhaiter que les modernes surpassent les anciens. .le serois charmé de voir, dans notre siècle et dans notre nation , des orateurs plus véhémens (pie |)émosthène , et des poètes plus sublimes (pi'llomère. Le
dû
LETTRE SUR LES OCCUPATIONS DE L'ACADÉMIE
monde, loin d'y perdre, y gaizncroit beaucoup. Les anciens ne seroient pas moins exceliens qu'ils l'ont toujours été , et les modernes doniieroient un nouvel ornement an genre humain. Il resteroit toujours anx anciens la gloire d'avoir commencé , d'avoir montré le cliemin aux antres , cl de leur a\oir donné de (jr.oi enchérir sur ciix.
'-2'^ Il y aurait de reutcteuieiit à juger d'un ouvrage par sa date.
Et , nisi qii;c terris semota , suisiiue
Ti'iiiporibns defiincta vidol, i'astidil et odit
Si , quia Gi.Tcorum siiiit aiitiquissiina qua}(iiie
Sciipta vel oplinia
Si iiielinra dies, ut viiia, poemata roddil,
Scire vcliin pretium ciiartis quotus .uroget annus
Qui redit ad fastos, et viitulem a-stimat annis,
Miratui'que iiiliil iiisi quod l,il)itiiia saciavit
Si veleres ita iiiiratur laudat(pie poetas,
l't nihil antefeiat. uiliil illis eompaict, errât
Oiu')d si tani Gr.Tris novitas invisa fuissct
Quàm nobis, quid nunc. esset velus? aut quid haberet
Ouod legeret tci'cretquc viritim publicus usus '?
Si Virgile n'avoit point osé marcher sur les pas d'Homère , si Horace n'avoit pas espéré de suitre de près Pindarc, que n'aurions-uous pas perdu ! Homère et Pindare mêmes ne sont point parvenus tout-à-conp à cette haute perfection : ils ont eu sans doute avant eux d'autres poètes qui leur avoient aplani la voie , et qu'ils ont enfin surpassés. Pourquoi les nôtres n'auroientils pas la même espérance? Qu'est-ce qu'Horace ne s'est point promis ?
Dicam insigne , recens , adhuc Indictum ore alio
Nil parvum, aut humili modo, !Sil niortale loquar ^.
1 HoRAT. Epist. lib. Il , Epist. i, v. 21-92. . . . Tout ce qui respire , iraporlunaiil ses yeux , N'obtient de son orgueil que dédaii'.s odieux.
De tout ce qui respire idolâtre inibécille
La Grèce eut, il est vrai , des chantres révérés ,
Plus antiques toujours, toujours plus admirés
Mais aux vers , comme au vin , si le temps donne un prix , Faisons donc une loi pour juyer les écrits ; Sachons précisément quel <loit (Mre leur àgc.
Pour obtenir des droits a notre juste liomniaj',o
. . . . Un homme, ennemi (les \ivans ,
Qui juge du mérite en supputant les ans
Ses préjugés souvent trompent son é(iuilé : 11 s'abuse, s'il croit, admirant nosaucétres.
Qu'ils ne peuvent trouver de rivaux ni de maîtres
Contre la nouveauté partageant cette envie. Si la Grèce , moins sage , ciil eu celte manie, Ou seroit aujourd'hui la docte antiquité ? Quels livres charmeroient la triste oisiveti
? Dvi î Od. lib. m , Od. xxv, v. 7, 8 ; cM 7, \ 8.
Je iliri.i dis chos 's sublim s , neuNcs, ([u'iine autre In
Exegi nionuinentuni a^re perenniiis.
Non oiiiuis niiiriar. nniUaqiii' pars inei ', elo.
Pourquoi ne laissera-t-on pas dire de même à Malherbe ?
ApoUiin a portes ouvertes, etc. ^.
y 3° J'avoui; que l'émulalion des modernes seroit dangereuse, si elle se tournôit à mépriser les anciens , et à négliger de les étudier. Le vrai moyen de les vaincre est de i)roliter de tout ce (ju'ils ont d'exquis , et de tâcher de suivre encore plus qu'eux leurs idées sur rimitatiou de la belle nature. Je crierois volontiers à tous les auteurs de notre temps que j'estime et que j'honore le plus :
Vos , exeinplaria gra^ca Nocturnâ versale manu , versate diurnâ '.
Si jamais il vous arrive de vaincre les anciens , c'est à eux-mêmes que vous devrez la gloire de les avoir vaincus.
[ A° Un auteur sage et modeste doit se défier de -foi et des louanges de ses amis les plus estimables. Il est naturel que l'amour-propre le séduise un peu , et que l'amitié pousse un peu au-delà des bornes l'admiralion de ses amis pour SCS talens. Oue doit-il donc faire si quelque ami , charmé de ses écrits , lui dit :
Nescio quid majus nascitur Iliade '*?
Il n'en doit pas moins être tenté d'imiter le grand et sage Virgile. Ce poète vouloit en mourant brûler son Enéide qui a instruit et charmé tous les siècles. Quiconque a vu, comme ce poète , d'une vue nette , le grand et le parfait , ne peut se flatter d'y avoir atteint. Rien n'achève de remplir son idée , et de contenter
n'a jamais proférées Mes chants n'auront rien de foible,
rien de rampant , rien de mortel. Binet,
1 Ibid. Od. XXX, v. 1-6.
Le noble monument que j'élève il ma gloire
Durera plus long-temps que le marbre el l'airain ....
D(! moi-même a jamais la (ilus noble partie
Bravera de Pluton le pouvoir odieux ;
Sans mourir tout entier je ([uitterai la vie. I).\iii'.
2 Li\. III , Od. XI, à la rein/- Marie de Mcl. v. 141.
3 Hdrat. (/(' Jii. puct. v. 268 el 269.
Les Grecs. . . . sont nos guides fidèles; Feuilletez jcuir et nuit ces antiques modèles. Daru.
* Il va naître un chef-d'ieuvie qui doit ellacer l'Iliade.
Piioi'i.Ki . lib. Il , Elcj, ail.