LE BOUFFON ET LE PAYSAN
Un grand seigneur, voulant plaire à la populace, Assembla les faiseurs de tours de passe-passe ,
Leur promettant des prix S'ils pouvoient inventer quelque nouveau spectacle.
Un bouffon dit : Chacun sera surpris En me voyant faire un miracle.
Aussitôt on accourt; tout le peuple empressé Crie , pousse , se bat pour être bien placé. Le bouffon paroît seul : on attend en silence. Il met le nez sous son manteau , Imite le cri d'un pourceau ; Et déjà tout le peuple pense Qu'en son sein il porte un cochon.
Secouez vos habits , dit-on.
Sans que rien tombe , il les secoue.
On l'admire , on le loue.
J'en ferai demain autant, S'écria d'abord un paisan.
Qui, vous? Oui, moi. La suivante journée On vit grossir l'assemblée.
Chacun , se prévenant en faveur du bouffon, De l'étourdi paisan se préparoit à rire. Le bouffon recommence à faire le cochon , Derechef on l'adinire.
Le paisan, connue l'autre, avoit mis son manteau
lui honnne chargé d'un poin-ceau.
Mais qui l'eût soupçonné , voyant l'autre merveille?
Un vnii cochon poui'tant étoil dans son giron; 11 le faisoit crier en lui pinçant l'oreille. Chacun, se récriant , soutint que le bouifon
Contrefaisoit mieux le cochon.
On vouloit chasser le rustique;
Alors, en montrant l'animal, Faul-il donc, leur dit-il , que {)our juger si mal
Déjuger on se pique?