‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 233 sur 271 · LE BOUFFON ET LE PAYSAN · texte numérisé non relu

LE BOUFFON ET LE PAYSAN

Un grand seigneur, voulant plaire à la populace, Assembla les faiseurs de tours de passe-passe ,

Leur promettant des prix S'ils pouvoient inventer quelque nouveau spectacle.

Un bouffon dit : Chacun sera surpris En me voyant faire un miracle.

Aussitôt on accourt; tout le peuple empressé Crie , pousse , se bat pour être bien placé. Le bouffon paroît seul : on attend en silence. Il met le nez sous son manteau , Imite le cri d'un pourceau ; Et déjà tout le peuple pense Qu'en son sein il porte un cochon.

Secouez vos habits , dit-on.

Sans que rien tombe , il les secoue.

On l'admire , on le loue.

J'en ferai demain autant, S'écria d'abord un paisan.

Qui, vous? Oui, moi. La suivante journée On vit grossir l'assemblée.

Chacun , se prévenant en faveur du bouffon, De l'étourdi paisan se préparoit à rire. Le bouffon recommence à faire le cochon , Derechef on l'adinire.

Le paisan, connue l'autre, avoit mis son manteau

lui honnne chargé d'un poin-ceau.

Mais qui l'eût soupçonné , voyant l'autre merveille?

Un vnii cochon poui'tant étoil dans son giron; 11 le faisoit crier en lui pinçant l'oreille. Chacun, se récriant , soutint que le bouifon

Contrefaisoit mieux le cochon.

On vouloit chasser le rustique;

Alors, en montrant l'animal, Faul-il donc, leur dit-il , que {)our juger si mal

Déjuger on se pique?

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