‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 234 sur 271 · SIMONIDE · texte numérisé non relu

SIMONIDE

FABLE

Un athlète vainqueur, pour chanter sa victoire ,

Offrit à Simonide un pi'ix.

Simonide s'enferme, et l'éloge pronn's Lui semble un vil sujet. Pour rehausser sa gloire,

Il l'enrichit d'ornemens étrangers, Peint les brillans Gémeaux de la voûte céleste; Par leurs travaux, leurs combats, leurs dangers. Il tâche d'ennoblir le reste.

L'ouvrage plut : mais, malgré ses beautés. Les deux tiers de son prix retranchés par l'athlète , Qui me les payera? s'écrioit le poète.

Les deux dieux , répond-il , que ta muse a

chantés.

Si tu n'es point fâché, viens souper, je le prie, Avec tous mes parens ce soir ; Comme un d'entr'eux je te convie.

Pour cacher sa douleur, il va se faire voir Chez l'athlète à l'heure marquée.

Tout est riant, tout brille en ces riches lambris;

Ils résonnent de mille cris.

Des mets les plus exquis la table est couronnée. Mais, tout-à-coup, voilà qu'aux esclaves servans, D'un air plus que mortel , deux jeunes combattans , Tout fondans en sueur, tout couverts de poussière ,

Font entendre une voix sévère.

Que Simonide vienne, et qu'il ne tarde pas. A peine est-il sorti, que les murs qui s'affaissent Ecrasent en tombant la troupe et le repas ; Et les deux fils de Lède aussitôt disparoissent. La renommée en tous lieux , Par cette histoire , publie Que Simonide tient la vie , Connue en récompense des xlieux.

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Hn cluiiiu'»' ilo piii\i'iin'iii('iif Sans nul prolil cliangc (!•' imiilit'.

lii timide NitMllard , dans un pré faisant paîtio Sdii àiic , rcinit'ini donne l'alarme au eamp. l'uvons, s'écria-l-il à la lièle , aulremenl Nkus serniis pris, l'nunpmi ii(»us eiiliiir de la

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Dit l'animal r(iuiraj.'eant en repos; j.i- vaintpjeur mellia-l-il douMe i\'\\ sur mes os?

Nou,diiriiiiumie.lli'-|)ieu,(piem'im|inrte, Iti'pril ràni- . par (jui le lt\l l'st sur iiinu dtjs !

L'ODYSSÉE D'IIOiMÈHE.

PRÉr.I>^ ru MVRE PREMIER.

Ai'UÈsune iiivocaiioii aiu Muses, après les avoir supplices, d'un slyle simple ti moilesie. de lui raconler les aventures du iiiallieureux Ulysse, Homère le représeiile , le seul îles héros qui avoieiil ruine la fameuse Troie, toujours eloijine ilt- sa pairie^ toujours errant et conirai ié dans son retour.

Il î^émil. dil-il, il languit dans les antres de Calypso : pfu sensible aux charmes de celle déesse, ii ne soupire qu'après son ilediihaque, qu'après sa chère et constante Pénélope.

NepUuie , irrité contre l lysse , qui avoil privé de la vue le cvclope Polyplicme son (ils,étoil la seule divinité (pli traversât son juste désir.

Minerve , prolilanl de l'absence du dieu de la mer , pareil dans le conseil des diiMix ; elle les Irouve tous assfnd)lés dans le palais de Jupiter. I.à le père des dieux se plaipnoil de ci- que If s liouiinis lui altribuoiful les malheurs qu'ils ne s'alliroicnl que par leur imprudence ou leur perversité. N'aije pas tait avertir Kijislhe ? leur dil-il ; et sa conscience ne lui anuoii«;oil-«'lle pas tous les maux (|ni alloienl tondre sur lui, s'il ireuipoil ses mains dans le san;; du hls d Atrce, s'il souilloii jamais sa couche nuptiale '.' .Sourd a ma voix, sourd a celle de la raison , il a loul brave ; el Oreste l'a juslemenl imimdé à sa vengeance el aux mânes de son père .Agamemnon.

Il mi-riioii di- périr, réplicpia Minerve. Mais l lysse, mais le sage el religieux llysse, merile-lil d'être si long-temps poursuivi par rintortiine ? Dieu loul-puissanl . voire cuMir n'en est-il point louché? >e vous laissere/.-voiis jamais dechiri' N'esM.e pas h; mé.ne riv-.se qui vous a ollérl tant de sacrifiées sous les murs de l'ioie ?

(le n'esi pas moi, repim lit le maitredi lunnerre, qui suis irrite coiitri' <e héros ; c'est \epuiiie , el vous en savez la raison. (lomnje il ne peut iraiicher le lil de ses jours, il le lait errer sur l.i vaste mer ,

elle lient éloigne de ses t ta t.-. Mais prenons ici des mesures pour lui procurer un heureux retour. Neptune , cédant eulin , ne pourra pas tenir seul contre loiis les dieux.

Eiivcivez dom- Mercure. Iiiiilii Minerve, envoyez promptemcnl Mercure à l'Ile d'Ogygie, pour porter a Calvfiso vi)sr>idr<ssuprcmes, afin qu'ellene s'oppose plus au dépari d llysse. (!e[)endanl j'irai a iilia(pie pour inspirer au jeune Tclcmaipie la force dont il a besoin : je l'enverrai a Sjiarte el à Pylos pour v apprendre des nouvelles de son père, el alla que parcelle recherche empressée il acquière uti renom immortel | armi les hommes.

Aussitôt Minerve s élance du haut de lOlympe , et , plus légère que les vents , elle traverse les mers el la vaste eiendiie de la lerre. I.a déesse arrive à la porte du palais d'I lysse, sous la ligure de Mentes, roi (les Taphiens. Des que Teléma(p:e l'aperçoit , empressé de remplir les devoirs de l'hospitalité , il s'avance, lui présente la main, prend sa pique pour le soulager, el lui parle en ces termes: Etranger, sovez le bienvenu, ri|iosez-vous, prene/. (|uelque nourriture, et vous nous dire?, ensuite le sujet qui vous amène.

Aussitôt Télémaque donne sesordres, et loul se met eu mouvemenl pour servir le prétendu mi des Taphiens.

Cepend.int les liers poursuivans de Pénélope eutrcnidans la salle, se placent sur diflerens sièges, el ne paroissenl occupi s que de la bonne chère, que de la musique el de la danse , qui sont les agréables compagiiMs des lestiiis.

Tclemaque semidoil seul indilférenl à tous ces |)!aisirs ; il n'éudi occupé que de son nouvel hôte, et lui adressant la par(de. il lui dil : Mon cher hôte, me par lonnerez- vous si jir vous dis que\nila la vie i|ue meiienl ces insidens ? Ilelas ! reprit la déesse en soupiianl , vous ave/ bien besoin qu'l lysse, après une si longue absence, vienne reprimer l'insolence de ces princes , cl leur faire sentir la force de son bras. Mi ! quel changement,, s'il paroissoil

L'ODYSSÉE. PRÉCIS DU LlVllE IF.

ici loul-à-coiip avec son casque , son houclior el deux javilols , tel que je le vis ilaiis !e palais de iiinii père, lorstiii'il revint de la eonr dllns, (ils de Mennerus ! l'oiir vous, je vous exhorle à prendre les moyens de les cliasser de voire palais : dès demain appelez tous ces princes à une assemblée ; là vous leur parlerez , et. preii;inl les dieux à témoin, vous leur ordonnerez de retourner chacun dans sa maison.

Après avoir congédié l'assemblée, vous prendrez un de vos meilleurs vaisseaux avec vingt bons rameurs, pour aller vous inlormer de tout ce (]iii concerne voire père : allez d'abord à Pylos , cliez le divin Mesior, à qui vous ieiez modesteinenl des (piestions ; de là vous irt z à Sparte, chez Ménélas , (]iii est revenu de Troie après tous les Grecs. Si par liasard vous enleiidez dire des cboses qui vous donnent quehpie esiieranee (jue voire père est en vie et qu'il revient, vous alleiidrez la confirmation de cette bonne nouvelle encore une atniée entière, quebpie douleur qui vous presse et (pielque impatience que vous ayez de revenir : niais si Ion vous assure (ju'il ne jouit plus de la lumière , alors vous reviendrez à 1 iliaque, vous lui élèverez un tombeau, vous luilerez des funérailles magnifiques et dignes de lui , et vous donnerez à votre mère un mari que vous clioisirez vous-même. Après cela, appliquez-vous à vous défaire des poursuivans ou pai- la force ou par la ruse ; qu'une noble émulation aiguise votre courage : armez-vous donc de sentiu'.ens généreux pour méiilerles éloges delà postérité.

IMonhôie, lui répond le sage Télémaque, vous venez de me parler avec toute l'amitié qu'un bon ]ière peut témoigner à son fils ; jamais je n'oublierai la moindre de vos paroles: mais souffrez qi;e je vous retienne et que j'aie le temps de vous faire un présent bonorable : il sera dans votre maison tin monument éternel de mon amitié et de ma reconnoissauce.

Le présent que votre cœur généreux vous porte à m'ofTrir , lui dit Minerve, vous me le ferez à mon retour, et je tâcherai de le re; onnoîlre. En finissant ces mois, la déesse le quitte et s'envole comme un oiseau. Télémaque étonné, cl se sentant animé d'une force et d'un courage extraordinaires, ne doute pas que ce ne soit un dku qui lui a parlé.

11 rejoint les princes; ils écoutoient alors en silence le célèbre Phémius qui chantoit le retour des Grecs, que Minerve leur avoit rendu si funeste pour punir l'insolence d'Ajax le Locrien, qui avoit indignement profané son lemple. La fille d'Icare entendit de son appartement ces cliants divins: ils lui rappelèrent son cher Ulysse, et réveillèrent ses amères douleurs. Elle descendit, suivie dedeux de ses femmes , et , s'arrèlant à l'entrée de la salle , le visage couvert d'un voile d'un grand éclat, et les yeux baignés de larmes , elle pria Pbémius de choisir quelques sujets moins tristes, moins propres à renouveler sf s chagrins.

Télémaque la reprit modestement et avec force, en l'exhortant à retourner dans son appartement et à ne se plus montrer aux poursuivans. Pénélope, étonnée de la sagesse de son fils, dont elle recueiljoit avec soin toutes les paroles, se retira et continua de pleurer son cherLMvsse. '-es princes, plus enflammés que jaiDais pour Pénélope, font retentir

la salle de leurs clameurs. Télémaque prend encore la parole • Que ce tumulte cesse, leur dit-il d'un ton ferme ; <|u'on n'entende plus l<uis ces cris : il est juste et décent d'entendre lran(piillenient un cbanlie comme Phemius, qui est égal aux dieux par la beauté de la voix et par les merveilles de ses chanls. Demain, dès la pointe du jour, nous nous rendrons tous à l'assemblée que j'in(ii(|ue dès aujourd'hui; j'ai à vous parler, pour vous déclarer (|tie, sans aucun délai, vous n'avez qu'à vous retirer: sortez de mon palais, allez aileiirs fiire des festins, en vous traitant tour-a-lour dans vos maisons.

Il parla ainsi, et tous ces princes se mordent les lèvres, et ne peuvent assez s'étounerde la vigueur avec hupielle il vienlde parler. Autinoiis cependanl et Eurymaipie voulurent lui répondre. Télémaque les ticouta sans changer de contenance ni de sentiment.

Les princes continuèrent de se livrer aux plaisirs de la danse et de la musicpie jusqu'à la nuit ; et lorsiiuc l'étoile du soir eut chassé le jour, ils se retirèrent chacun dans leur maison.

Télémaque monta aussi d;tns son appartement, tout occupé de chercher en lui-même les ntoyens de faire le voyage que Minerve lui avoit conseillé.

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