XVI« JOUR
SI II NiiriiK VMS yioriPiEN.
\VII« JdlR.
SI H I.A PAIX liK I. aMF..
Donnez-uous aujouid'luii nolie pain (|uoiiJion. Je vous laisse ma paix, je vous doiini' ma paix, non connue
i?. Luc. XI. 3. le luontli' la donne. S. Jruu. xiv. il.
I . (JiKi. osl-il ce |)ain,o mon Dieu? (le n'est pas seulement le soutien que \otie providence nous donne pour les nécessités de la \ie ; c'est encore celle nourriture de vérité cpie vous donnez chaque jour à lame : c'est un [laiu ipii nourrit pour la vil' éternelle . qui l'ail croître . et tjui rend l'ame robuste daus les épreuves de la loi. Vous le renouvelez chaque jour. Vous donnez au dedans et au dehors précisément ce qu'd faut à l'ame pour s'avancer daus la vie de la loi et daus le reiiouteuieul à elle-même. Je n'ai donc qu à maui^er ce pain, et qu'à recevoir eu esprit desacrilice tout ce que vous me donnerez d'amer dans les all'aires extérieures et dans le l'oud de mon cieur ; c;u'toul ce qui m'arrivera dans le coui-s de la journée est mon pain quotidien , pourvu que je ne refuse pas de le |»reudre de votre main, et de m'en nourrir.
il. Lu faim est ce qui donne le goùl aux alimens, et ce qui nousles rend utiles. Que n'avonsnous faim et soif de la justice î Pourquoi nos âmes ne sont-elles pas allamées et altérées comme nos corps? UnluMume qui est dégoûté , et qui ne peut recevoir les alimeus , est malade. C'est ainsi que notre ame languit , en ne recherchant ni le rassasiement , ni la nourriture qui vient de Dieu. L'aliment de l'aino est la vérité et la justice. Coniioîtrc le hieu, s'en remplir, s'y fortitier, voilù le pain sj)irituel, le pain céleste qu'il faut manger. Mangeons-en donc ; ayons-en faim. Soyons devant Dieu connue des pauvres qui mendient et qui attendent un peu de pain. Senlnus notre foiblesse et notre défaillance : malheureux, si nous eu [terdous le sentiment ! Lisons, prions avec cette faim de nourrir nos aines, avec cette soif ardente de nous désaltérer de l'eau qui rejaillit jusque dans le ciel. 11 n'y a qu'un grand et continuel désir de l'inslructiou «pii mius rend dignes île découvrir les merveilles de la loi de Dieu, (.'diaeuu reçoit ce pain sacré selon la mesure de son désir ; et par là on se dispose à recevoir souvent et saintement le pain substantiel de l'Eucharistie , n»jnseulemeul coritorellement , comme font plusieurs, mais avec l'esprit qui conserve et ipii augmente lu vie.
I . lors les honnnes chenhent la [)aix, mais ils ne la cherchent pas oii elle est. La paix que l'ait espérer le monde est aussi diUérente et aussi éloignée de celle (jui vient de Dieu . (jue Dieu lui-même est dilVéreul et éhiigné du monde : ou pluli'il . le monde promet la paix , mais il ne la iliiuue jamais. Il piési-ute quel(|ues|)laisirs passagers : mais res plaisirs coulent plus qu'ils ne valent. Jésus-r.hrist seul [)enl mettre l'homme (Il paix. Il l'acciude avec lui -même; il lui soumet ses passions: il borne ses désirs; il le console par l'espérance des biens éternels : il lui donne la joie du Saiul-Lspiil : il lui lait goûter cette joie intérieure dans la peine même : et comme la source qui la produit est intarissable, et que le fond de l'ame où elle réside est inaccessible à toute la malignité des hommes, elle devient pour le juste un trésor que personne ne lui peut ravii'.
II. La vraie paix n'est que dans la possession de Dieu, et la possession de Dieu ici-bas ne se trouve que daus la soumission à la foi et dans l'obéissance à la loi. L'une et l'autre entretien- Dent au fond du cœur un amour pur et sjuis mélange. Eloignez de vous tous les objets défendus; retranchez tous les désirs illicites; bannissez tout euq)ressement et toute inquiétude ; ne désirez (jue Dieu, ne cherchez que Dieu , et vous goûterez la paix ; vous la goûterez malgré le monde. Qu'est-ce qui vous trouble? La pauvreté , les mépris, les mauvais succès, les croix intérieures et extérieures? Regardez tout cela, dans la main de Dieu , comme de véritables faveurs qu'il distribue à ses amis, et dont il daigne vous faire part : alors le monde changera de l'ac(,' [)our vous, et rien ne vous otera votre pai\.
Wlll-- Jnl U.
Sin LKS JOIES TROMPEISES.
J';ii repaidé les ris tomme nn songe, cl j'ai dit à la joie : l'ourijuoi me trom|M'z-vous? Ecclex. ii. i.
I. I.i iiioiiilc >e n-jouil connue les malades qui soûl fil délire, ou coiiuue ceux qui i*éveu\
MANUEL DE PIETE
agi'éablciuent on tlormanl. On n'a garde <lo trouver de la solidité . quand on ne s'attache qu'à une peinture vaine , à une image creuse, à une omhie qui fuit, à inie figure qui passe. On ne se ivjouil (ju'à cause qu'on se Ironipe. qu'à cause (juon croil posséder Iteaucoup, lors niénie qu'on ne possède rien. Au réveil de la mort, on se trouvera les mains vides, eldii sera liontenx de sa joie. Malheur donc à ceux qui ont en ce monde une fausse consolation qui les exclut de la véritable ! Disons sans cesse à la joie vaine et évaporée que le siècle inspire . Pourquoi me (roiii/jpz-rous si grossièrement '! Rien n'est digne de nous donner de la joie, que notre bienheureuse espérance. Tout le reste , (jui n'est pas fondé là-dessus, n'est qu'un songe. II. Celui qui boira de cette eau aura eucore soif^. Plus on boit des eaux corrompues du siècle , plus on est altéré. A mesure ({u'ou se plonge dans le mal, à mesure il naît des désirs inquiets dans le cœur. La possession des richesses ne fait qu'irriter la soil'. L'avarice et l'ambition sont plus mécontentes de ce (ju'elles n'ont pas encore, quelles ne sont satisfaites de tout ce qu'elles possèdent. La jouissance des plaisirs ne fait qu'amollir l'ame: elle la corronq)t, elle la rend insatiable. Plus on se relâche , plus on \eulse relâcher. 11 est plus facile de retenir son cœur dans un état de ferveur et de pénitence , que de le ramener, ou de le contenir, lorsqu'il est une fois dans la pente du plaisir et du relâchement. Veillons donc sur nous-mêmes. Gardons-nous de boire d'une eau qui augmenteroit notre soif. Conservons notre cœur avec précaution, de peur que le monde et ses vaines consolations ne le séduisent, et ne lui laissent à la tin que le désespoir de s'être trompé.