‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 25 sur 271 · SL'K LES SAINTES LARMES · texte numérisé non relu

SL'K LES SAINTES LARMES

Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. S. Mattli. v. o.

L Qlel nouveau genre de larmes! dit saint Augustin : elles rendent heureux ceux qui les versent. Leur bonheur consiste à s'affliger, à gémir de la corruption du monde qui nous environne , des pièges dont nous sommes entourés, du fonds inépuisable de corruption qui est

au milieu do noti'ccœur. C'est un grand don de Dieu , que de craindre de perdre son amour , que de craindre de s'écarter de la voie étroite. C'est le sujet des larmes des saints. Quand on est en danger de perdre ce que l'on possède de plus |)ré(ii'ux , < t de se perdre soi-même , il est (liflicile de se réjouir. Quand on Jie voit que \anilé, (pi'égai'ement , que scandale, qu'oubli cl (jue mépris du Dieu qu'on aime, il est impossible de ne se pas affliger. Pleurons donc à la vue de tant de sujets de larmes ; notre tristesse réjouira Dieu. C'est lui-même qui nous rins|nre: c'est son amour qui l'ait couler nos larmes ; il viendra lui-même les essuyer.

IL On entend Jésus-Christ qui dit : Malheur à vous qui riez ' ! et on veut rire. On l'entend dire : Ma/heur à vous, ricliea , qui avez votre consolation en ce monde ! et on recherche toujours les richesses. Il dit : Heureux ceux qui pleurent! et on ne craint rien tant que de pleurer. Il faut pleurer ici bas , non-seulement les dangers de notre condition , mais tout ce qui est vain et déréglé. Pleurons sur nous et sur le prochain. Tout ce que nous voyons au dedans et au dehors n'est qu'affliction d'esprit , que tentation et que péché. Tout mérite des larmes. Le vrai malheur est d'aimer ces choses si peu dignes d'être aimées. Que de raisons de pleurer! C'est le mieux qu'on puisse faire. Heureuses larmes , que la grâce opère , qui nous dégoiitent des choses passagères , et qui font naître en nous le désir des biens éternels !

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