I.N|)YSSKF.. i.ivi;i
Oh 7
Je quoi les célébivr et nous instruire. Amz- \ous penlu tleviinl cette place lu) heaii-pcre , uti peuilre, quehpu's antres parens i-ncoie [dus |»ioclies? y aiu-iez-Nons vu périr un ami, cumpagnou darnies , s;ige et liilrle! car un tel ami n'est pas nuMiis iliuMie (ju'uri livre île wx lenilres et ricrnels reirrcls.
i.ivim: i\.
''oMMKNT se ivl'nser aux prières tin plus juste • t du j)lus humain des rois? répondit llysseà Alcinous. Ne vaudrait-il |)as mieux lependant entendre Démodocus, dont les clianis éj:alent par leur douceur celui des innnnrtels? Nnn, je ne connois rien de |dns agréable que de voir n'i:ncr l'aisance et lu joie dans tout un jieuph,', ipie (le If voir f,'oiiter paisiblement les plaisirs de la table et de la musicjiie : c'est l'imaj.'c ravissante du bonheur.
Ne seroit-ce pas le troubler, ce boidieur, ne serait-ce pas réveiller tous mes chagrins, que lie vous raconter l'histoire de mes malheuis? Par où connnencer ce triste récit , et par où dois-je le finir ? Car il est peu de traverses que les dieux ne m'aient l'ait épr<iuver.
Je vous dirai d'abord mon nom : daignez le retenir. Si les dieux me protègent contre les malheurs qui me menacent encore , malgré la longue distance qui séj)are ma patrie de la vôtre, accordez-moi de vous demeurer toujours uni par les liens de rhosj)italité.
Je suis l'Iysse, l'Iysse lils de Laërie. J'ai acquis quelque réputation par mon adresse et ma prudence; les dieux mêmes ont applaudi à iii'iu courage et à mes succès dans la guerre. Ma patrie est l'ile d'Ithaque, dont l'air est trèssain , et qui est célèbre par le ment Nérilc tout couvert de bois ; elle est environnée de [dusieurs autres îles toutes habitées et (pii en dépendent, de Oulichium , rleSamé, de Zacyuthe qui n'est presque (ju'mic l'orél. Itha(pie touche pour ainsi diie au contineut : elb- est plus septentrionale que les autres îles; car celles-ci sont, les unes au ?nidi, les autres an levant. Le sol en est pierreux et j)eu fertile, mais on y élève des hommes braves et robustes. Tel est le lieu de ma naissance: il \ en a de plus beaux, mais il n'y en a jioiiit de plus cher à mon co'iir.
J'en ai été très-long-lemps ébtigné. (lalvpso a \ oui II me retj'uir dans ses Ktats et m'a oll'eit sa main immortelle. iVircù, si célèbre par ses secreh iiierveillenv , a tout tenté inutilement
pour me tiver dans son palais eiichanlt'-. J'ai résisli- à leurs promesses et à leurs charmes. Itieii lia |tM me l'aire oublier ma patrie, mes |iaiens et iih's amis, .l'ai cédi'- à ce seiiliiiieni si profond et si légitime . je lui ai sacrilii- les hminems, les richesses, les plaisirs, <•( riiniiiititalilt- inéme.
Mais il est temps de vous raconter uinii histoire et les malheurs, qui, par l'ordre dos dieux, ont traversé mon retour depuis la troj) l'ameus»' expi'dilioii rie Troie. Dès que je (jiiitlai celte ville infortunée, dèsrjiie je mis à la voile, un vent furieux (!t contraire me poussa sur les côtes des C/iconiens , vers le mont Ismare. .l'v lis une descente, je pillai et saccageai leur principale ville. Les richesses et les captifs furent partagés avec égalité, après quoi je pressai mes compagnons de partir et de se rembarquer an jdiis vite. Les insensés refusèrent de uj'obéir, et s'amusèrent à faire bonne chère sur le rivage. Le vin ne fut point épargné; ils égorgèrent ipiantité de Ixeiifs et de moutcjiis. l'eiidaiit ce temps-là, ce (jui resloit des Ciconiens iiiqilora le secours de ses voisins, ils étoient jilus éloignés de la mer. De ces endroits bien |ieuplés il s'assemble une armée d'houuues plus aguerris que les [iremiers, beancon() mieux disciplinés, et très-accoutumés à combattre à pied et à cheval. Ils parurent dès le lendemain en aussi grand nombre que les feuilles et les Heurs que font naître le printemps et les larmes de l'aurore. Alors tout change, les dieux se déclarent contre nous; et ce furent là nos premiers, mais non pas nos derniers malheurs.
Nos ennemis s'avancent, nous attaquent devant nos vaisseaux à con[)S d'épées et de ja\elols armés de pointes d'acier. Nous résistâmes longtemps et courageusement. I^endant tout le malin , li's ell'orts de celle miilliliide ne nous ébran- 1 'leiit |)oinl ; mais cpiand le soleil pencha vers soii déclin , nous fumes eiifoui'és, et les Ciconiens curent I avantage sur les (îrecs. Chacun de nos vaisseaux perdit six hommes, le reste se sauva , et nous nous éloigiiAines précipitamment d'une plage qui nous a\oit coùli'" tant de s;ing. (Ju.iud nous fûmes en pleine mer, nous nous arrélAmes, et nous ne partîmes «ju'après avoir prononcé tristement et à haute \oix le nom de ceux de nos compagnons qui étoient toinlW's sous le fi-r des Ciconiens. Celte funèbre cérémonie liiiie, nous dirigeAines noire marche vers Ithaque. Jupiter dors lit soufller un \eut de Dorée tiès-\iolent : la tempête devient furieuse, il'épais nuages nous cachent la terre et la nier, la miil tombe en (juelqne sorte du ciel sur nos
L'ODYSSÉE. TJYRE IX.
navires; ils sont pousses dans mi Mo sons contraires, et no peuvent lonir de route certaine. Les vents déchaînés déchirent nos voiles : nous nous pressons de les baisser , de les plier pour éviter la mort, et à force de rames nous gap^nons une rade sûre et bien abritée. Nous y demeurâmes deux jours et deux nuits , accablés de travail et d'al'Iliclion ; mais le troisième, dès l'aurore , nous élevâmes les mâts, nous étendîmes nos voiles bien réparées, et nous nous remimes en mer. Les pilotes , à l'aide d'un veut favorable , prirent la route la plus cei'taine et la plus courte. Je uîo llattois d'arriver bientôt, (]u;ind je me vis encore contrarié par les conraus et par le souflle impétueux de Borée. En doublant le cap de Malée , je fus jeté loin de l'île de Cythère, et durant neuf jours je me vis le jouet de cette seconde tempête. Le dixième nous abordâmes au pays des Lotoi)ha^es, ainsi appelés parce qu'ils se nourrissent du fruit d'une plante connue dans leur pays. Nous y mîmes pied à terre , et y puisâmes de l'eau. Mes comjiajïnous dînèrent sur le rivage proche de nos vaisseaux. Quand ils eurent satisfait à ce besoin, j'en choisis deux avec un héraut , que je cbarireai d'aller reconnoître le terrain et les hommes qui l'habitoient. Ils nous quittent et se mêlent avec lesLotophages. Ce peuple ne leur fit aucun mal , mais il leur donna à goûter du fruit du Lotos. Ceux qui en mangèrent ne songeoient plus à venir nous joindre ; ils oublioient jusqu'à leur patrie , et vouloient rester avec ces nouveaux hôtes , afin d'y vivre d'un fruit qui leur paroissoil si délicieux. Je les contraignis de revenir : malgré leurs larmes je les fis monter sur les vaisseaux; et pour prévenir leur désertion , on les y attacha aux bancs des rameurs. Je commandai à mes autres compagnons de se rembarquer promptement , de peur que quelqu'un d'entre eux , venant à goûter de ce lotos, ne voulût nous abandonner.
Tls montent sans dilférer , s'asseoient, et, rangés avec ordre , frappent les flots de leurs rames. Le port s'éloigne, la hauteur du rivage décroît, nous approchons de la terre des Cyclopes , honmies arrogans , injustes, et qui, se liant au hasard, ne plantent ni ne sèment, et se nourrissent des fruits que la terre produit d'ellemême. Tout y vient sans culture , le froment , l'orge , les vignes : les pluies et la chaleur les font croître et mûrir. Ils ne tiennent point d'assemblée nationale , ne coinioissent point de lois; ils n'observent aucune règle de police. Ils habitent sur le haut des montagnes ou dans des cavernes profondes ; chacun y gouverne sa
famille et règne souverainement sur sa femme et sur ses eulans, sans se mettre eu peine des autres.
Proche du port , et à quelque distance du continent, on trouve une île couverte de grands arbres et jdeine de; chèvres sauvages. Elles n'y sont point épouvantées par les chasseurs, qui , s'exerçanl ailleurs à [joursuivrc des bêtes fauves dans les bois et sur les montagnes , ne vont jamais dans cette île inhabitée. On n'y voit donc ni bergers ni laboureurs. Tout y est inculte et sans autres habitans (jue ces troupeaux bêlans. Les (^.yclopes ne [leuvent point s'y transporter, parce qu'ils n'ont ni vaisseaux ni constructeurs qui sachent en bâtir pour aller dans d'autres pays, comme tant de peuples qui traversent les mers et vont et viennent pour leurs affaires. S'ils avoicnt en des vaisseaux, ils se seroient emparés de cette île , car le sol n'en est pas mauvais , et , dans la saison , il peut porter toutes sortes de fruits. Il y a des prairies grasses et fraîches qui s'étendent le long du rivage; les vignes y seroient excellentes , on recueillcroit dans sou temps de gros épis de blé : tout y annonce la fertilité. Elle a de plus un port sûr et commode ; les cables y sont inutiles : il n'y faut point jeter l'ancre ni y retenir les vaisseaux par de longues cordes. Us y demeurent jusqu'à ce que les pilotes veuillent les en faire sortir, ou que l'haleine des vents les en chasse.
A l'extrémité du port coule une eau trèspure : sa source est dans un antre que des peupliers environnent. Nous abordâmes dans cet endroit sans l'avoir découvert. Un dieu nous y conduisit à travers les ténèbres de la nuit; nos vaisseaux étoient entourés d'une épaisse obscurité : la lune , enveloppée de nuages , ne jetoit point de lumière. Aucun de nous n'avoit aperçu cette île , et ce fut dans le port même que nous entendîmes le bruit des flots qui , après avoir frappé le rivage , revenoient sur eux-mêmes en mugissant. Dès que nous nous sentons en lieu de sûreté , nous plions les voiles , nous descendons sur la rive, nousy dormons jusqu'au jour. Le lendemain , l'aurore à peine levée , nous regardons l'île , et nous la parcourons tout étonnés de sa beauté. Les nymphes , filles de Jupiter, firent partir devant nous des chèvres sauvages par troupeaux. Ce fut une ressource dont mes compagnons ne tardèrent pas à profiter. Ils volent chercher leurs arcs et leurs flèches suspendus dans les vaisseaux ; et , nous étant partagés en trois bandes , nous nous mettons à les poursuivre. Les dieux rendirent notre chasse heureuse. Douze vaisseaux me suivoient : je
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pris neuf clièvivs pourrliacun d'eux ; mes com- [>aguous 011 chuisiii'iit tlix pour le inion. Ni »us passâmes toute la journée à boire et à manger. I.e vin lie nous manipioit pas encon; : nous eu avions rempli de grandes cruelles (piand nous pillâmes la \ille des Ciconii'us.
Nous découvrions aisément la terre des (Wclopos , qui iréloit séparée de nous (|ue par un petit trajet ; nous voyions la lumée (|ui sorluit de leurs ea\ernes, et nous enleiidions le bêlement de leurs troupeaux tle brebis et de cbèvres.
Cependant le soleil se couebe : nous passons la nuit à terre , sur le bord de la mer. Quand l'aurore [)arut , j'assemblai mes eompagiions et je leur dis : Mes amis, attendez-moi ici ; avec un seul de mes vaisseaux je vais reeonnoitie la terre qui est si près de nous , et les bonunes(|ui liabilenl cette contrée. Je vais m'assurer s'ils sont inhumains et injustes, ou s'ils craignent les dieux et s'ils exercent l'hospitalité.
Aussitôt je monte sur mon vaisseau : mes compagnons me suivent ; ils délient les cables , s'asseoient sur les bancs et l'ont force de rames. Loi'squc nous fûmes arrivés près d'une campagne peu éloignée , nous apercijmes dans l'endroit le plus reculé , assez |)rès de la mer , une caverne profonde et entourée de lauriers épais. Il en sortoil le cri de plusieurs troupeaux de moutons et de chèvres , et l'on entrevoyait tout autour une basse-cour spacieuse et creusée dans le roc. Elle étoit fermée par de grosses pierres et ombragée de grands [)ins et de hauts chênes. C'cloil riiabilatioud'un énorme géant qui [laissoit seul ses troupeaux loin des autres Cydopos, avec qui il n'avoit nul commerce. Toujours ù l'écart , il mène une vie brutale et sauvage.
(^e monstre est étonnant : il ne ressemble à aucun mortel , mais à une montagne couverte de bois qui s'élève au-dessus des autres montagnes ses voisines. Alors j'ordonnai à mes compagnons de m'altendre et de bien garder mon vaisseau. J'en choisis douze d'entre eux des plus courageux, et je m'avançai, portant avec moi une outre renqjlied'un vin délicieux. Il m'avoit été donné par Maron , lils d'I-^vanthès et prêtre d'Apollon qu'on révère dans Ismare. l'ar respect et par esprit de religion , j'avois épargné ce pontife , sa femme , ses enfans , et empêché (ju'on ne prr)lan;\t le bois consacré à Apollon , et (|ii'iin ne pillât la demeure du ministre de ses autels. Il nu- (it présent de cet exct lient vin par reconnaissance , et il y ajouta sept tait iis d'or, une belle coupe d'argent , remplit douze grandes urnes di; ce breuvage délicieux , et en lit boire abondamment à mes compagnons, Au-
F£.>ELO.N. TOMK VI.
cun de hcs esclaves , aucun même de ses enfans ne connoissoil l'endroit où il ét<»it renfermé : lui seul, avec sa l'emmi! et la maîtresse île l'ol'lice. en avoit la clef. (Juand on i-n buvoit chez lui, il y meltoil vingt mesures d'eau, et la coupe exbalnit encore une odeur cc-leste qui ()arfumoit toute la maison. Aussi ne pouvoit-on résister au plaisir et au désir de boire lU'. cette li(|ueur, (juand on l'avoit goùtéi'.
J'en plis une outre bien [deine , et je l'emportai avec (juel(|ues autres provisi(»ns , car j'avois nue sorte de pressentiment que l'homme qnej'allois chercher étoit d'une force jwodigieuse et cpi'il mécoiinoissoit également toutes les lois de l'iinmanité . de la justice et de la raison. Kn peu de lenq)S nous arrivons dans sa caverne. Il n'y étoit pas, il avoit mené ses troupeaux aux pâturages. Nous entrons dans son antre , nous le visitons , et nous y trouvons tout dans ini ordre admirable. Des corbeilles pleines de fromages , des bergeries remplies d'agneaux et de chèvres, mais séparées et différentes pour les dillérens âges et les dillérens animaux : d'un coté étoient les petits, de l'autre les |>lus grands, d'un autre ceux qui ne faisoient que de naître. De grands vases étoient pleins de lait caillé. Tout étoit rangé , les bassins , les terrines déjà disposés pour traire les troupeaux quand il les ramèneroit du j)âturage.
Alors mes compagnons me conjurèrent de prendre quelques fromages , d'enlever quelques moutons, de regagner [ironqitemcnt nos vaisseaux et de nous remettre en mer. J'eus l'impiiidence de dédaigner leur conseil : les dieux m'ont ont puni. .Mais j'avois la curiosité , ou plutôt la témérité de voir ce Cyclo[)e. Je me flaltois qu'il ne violeroil pas les droits de l'hos- |)ilalité , et (pie j'en recevrois quehjue présent. Huelle erreur ! et (jue sa rencontre devint funeste à qiichpies-uns de mes compagnons !
Nous demeurâmes donc dans la caverne ; nous y allumâmes du feu pour oll'rir aux dieux des .siicrilices, et . en atleiidanl notre bette , nous mangeâmes ipiclques fromages. 11 arrive enlin : il porloit une (•norme charg(î de Imdîs sec , j)our préparer son souper; il la jette à terre en entrant , et celte charge tombe avec un si grand fracas, que la peur nous s;iisit tous, et (pie nous allons nous cacher dans un coin de la caverne, l'olyphème y iniroduil ses troupcaiiv ; et, après avdir liou( lu- sa demeure a\ec un rocher que vingt charrelles allelées des bieufs les plus forts aiiroient à peine ébranlé, il s'asseoit , sépare les boucs et les béliers des brebis qu'il se mit à traire lui-même. Il fait ensuite