‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 253 sur 271 · L'ODYSSÉE. PRÉCIS DU LIVRE XIV · texte numérisé non relu

L'ODYSSÉE. PRÉCIS DU LIVRE XIV

qui l'ompèchoil de rion distinguer; oUo voiiloit de sa haguelic , et le môiamnrpliose en pauvre

nvdir le temps de l'avenir des pireaiilioiis (|iril mendiaiil; et, après avoir pris les mesures les

avoil à prt'iuire : ear il éloil iiiiporlaDl (lu'il ne lui plus propres à faire réussir les projets de ven-

piis reeoiiiiu lui-même, ni de sa Itniaie ni d'aucun i;eauee du lils de l-;iérle , la (ille de Jupiter s'en-

de ses sujt'ts , avaul qu'il eiU lire vcimeance des vole à Sparte pour ramener Téléinaqiie.

poursnivans de Pénélope, l 'ysse s'éeiia donc en

s'éveillanl : ÎMalheureiix (jue je suis, dans quel — — —

piivs m<! trouvo-je ? G-amls dieux ! les Pliéaeiens

ii'eloitMil donc pas si sa«;es hi si justes que je le PRÉCIS DU L1VI{K XIV.

pt us<»is : ils m'avoicnt proniis de me r;iniener à

ma clii^re lilKuie.e, et ils m'onl exposé sur une it.,.,.^, , i • j , -i •. . .

. . ' ' ' Llyssk s'eloicne du 1)011 (lu i avoil entretenu

Pendanl'qu-il est plongé dans ces l.istes pcn- ^li"^"'•^■^^ s'avance vers sa d.-meu>e , et trouveEu-

sées, Minerve s'appiochede lui sous la li.-ure.run !'";f ^""S 'i^« l'o- 'qnes .luuejjnoienl autour de la

jeune berger. IJI Jse, ravi de cette rencontre, lui j!' '^j "'•'"-'^"•' M" " ^'V'U l-aiie de s.;s eparîu).s. I.es

-.dresse ces paroles : Berqcr, je vous salue; ne ^ "ens , apercevant l ysse sous a l.gure d'un n.rn-

r „ .,1 . ..^ .; I ,.,...,.>; ,1 ,c . i„ • o,..,., diant , se miniii a ahover, cl aiiroier.l dévore SI

fumez lias contre moi (!'' mauvais iicsscin^, sauvez- 1 .. > - ,.

,uoi toutes ces h. hesscs (en lui moni.anl l.s rrc- *;''';'"'' '1»'S pasteurs ne lut accou.u prompi.men.

sens qu-on avoil déharqu.-; sur le, ivag.), et sauvez- ^!"^^' ^'■\"S^'''- ^""-^ ^'>'""- '^« n'imr ! s cciia-l-il.

• • \ . I .,■,>.,... I.., cc.^ MA.,c .;.;.■>...>.: n, ,..>.!. a \ons m'avez expose a des regrets c'.einels, li:s

mol iiioi-uieMu'. .le vous adresse mes pi leies» comme ,. , . ' . ., ^ 1 , ■ •

à un dieu lutelaircclj'.mbrassc vos genouxcomme f':''^ ."' ""^ ^-''^''^^ ''''': ^•'^'^'' «l'P a'sns sans

votre suppliant. Quelle est celle U-rrei' quel osl ^*'''"'-.'- ^ r=^sse ma vie a pleur, r 1 absence et

.. 0 r.. ,/. ..,.„ ii,v9 ^M .,' .c, n.. :,.; ,.„,. 1.. peut- être la mon de mon c 1er maître. st>n peuple:M.sl-ce une lie : ou u esl- ce ICI que la v , . -, f ■. , m .

I « ^ , 1 ..... n^.M:,. ,„i ■) Ln achevani ces mots, 1 ail entrer Ulysse , et

idai^îe de quel iue continent.' ...... . .'. . j ' .,

• " ' ' ,,,, ... ,. ,,• . 1 luviif a s asseoir, telui-ci , ravi de ce bon accueil,

Le pays est célèbre lui reponlil Minerve ; c esl ,„; ^,, ^■,,„<>i „,. .^ riconnoissaiice avec une sorte

une lie qu on appelle llba.iue. J ui ai lorl entendu dYHonn.menl. Euniée lui réplique que quand il

p.irler, du Lysse qui vouloit dissimuler son nom ^^,.^■^^ ^^g,,^ ,,,, ■^.^^ ,,^3 ^.j, ;, ^^^ ,^,i g^.,.^,^ et sa joie. 11 se donne même a la déesse pour un -^^ ^.^ ,^ mépiiser. Tous les étrangers , lui

Cretois qu une allaiieniaHi'ureuselorçoil a cner- ^iji.;,^ ,^„.g j^^ .^^ j,,^,,^ g,,,^^ ,^ protection

clHT nu asile loin de sa patrie. La d.'esse .m.u. il de ^ ^,,j.,,^ ,,^, j j,^ ^.^^^ ^^,. ■ j,,,^^^ ,,,g .„j,.,.,g^

sa lemle , et 1e prenanl par !a mam elle lui parla j^. „^ ,„[, ^,„ ^,,.,^ ,,^ ,.^,j,.,, beaucoup pour eux ;

en ces tnines : G le plus «iissimule des mortels , j,.,^,,,,,;^ ,„g ^.^ m^^.,,^ ^j ,,,,,,, ^.,,^,,. ,,,^,i,,.^^ ..^^^

bomme mepuisabb- en drto;rs et en linesse , .lans j,; ,,,,,1^ ,^,, ^,j^„^ ,,,j ,,,^ j^.,.,,,^., ^^^^^^ ^„j^ ^^ ^^

le sein même .le votre patrie vous ne pouvez vous i^„, j^, -^ .,j,.^ ,-^^ u.-aimoil : et .iue d'avan-

empècber de recounra vos deguiseinens ordinaires! ^ n'aurois-je pas retires de son atleclion , s'il

iMais laissons la ces lron.perie.s. Ne recomiois.sez- ^^.,^■^^ ^-^^-^y^ ^.J^^ ^^^^ j.^;^, ^^,^ ,, j,^. ^.j, ^,.^j^

vous point encore iMinerve qui vous assiste, qui être nlus

vous souliei.l , qui vous a tiré de tant de dangers , ^yaul ainsi parlé, il se pressa de servir à manger

et procure enlin un beureux retour dans votre pa- - ^,^- ^^ ,,^i ,.,^^^,,,j^ ^^^^^ ^^ ,;, .^^,^^.^ .^ ^q,^,,, j^

irie? Gardez-vous bien de vous laire connoitre a j^^ j.on.suivans de Pénélope, et avec quelle dou-

personne : souffrez dans le silence tous les maux , ,^,„. j, ,,,j. ^.,,^.„i^ consumer le.s ricbesses immenses

tous les aiîionts et toutes les insolences que vous ,(„ ,„i .l'hîiaquc , doiu il lui laii le détail. Le p.é-

aurez .t essuyer de la pari des poursuivans et de i^^^,„ ,„endianl deman.ie au bon Eumee le nom de

vos sujets. gf^jj ni;,îife^ qu'il a peul-élie vu dans quel(|ues-

Ne m'abusez-vous pas, grande déesse 1^ répliqua mies des cunirees <iu'il a parcourues. Ah 1 mon

L'iysse; est-il bien vrai que je SOIS à Ithaque? a,(,j ^ répondit l'inlemiani des bergers, ni ma

Vous êtes toujours le même, repanil Minerve, maîtresse ni son lils n'ajouieroni plus de toi i tous

toujours soupçonneux et deîiant. En achevani ces les voyageurs qui se vanteronl d'avoir vu Ulysse;

mois , elle dissipe le nuage dont elle Tavoil en- on sail que les étrangers qui oui besoin d'assis-

vironné , et il reconnut avec transport la terre qui tance lorge'ul des mensonges pour se rtndreagréa-

l'avoil nourri. Après cela,i! chercha avec la déesse b!es, et ne disent pres(|ue j-.unais la vérité. Peul-

à mettre ses ircsois en sû'eié dans l'antre des être que vous-même, bon bon-me, vous inven-

Xaiades , à la garde desquelles il se conlia; puis teriez de pareilles tables si l'on vous donnoii de

il la pria de lui inspirer la même force el le même meilleurs babils à la place de ces haillons. Mais il

courage qu'elle lui avoil insiurés loisqu'il sacca- esl certain que l'ame d'Ulysse esl à présent séparée

gt^a la superbe ville de Priam. Je vous protégerai de son corps.

toujours, répondit Minerve : mais, avant toutes Mon ami , répondit Ulysse , quoique vous pcrsisclioses, je vais dessécher et lider votre jieau, faire liez dans vos défiances , je ne laisse pas de vous tomber ces beaux cheveux blonds, el vous couvrir assurer, et même avec serment, (jne vous verrez de haillons : ainsi change, allez irouvtr voire bientôt votre maitie de retour. Que la récompense fi ièle Euniée, à qui vous avez donné l'intendance pour la bonne nouvelle ([ue je vous annonce soit d'une partie de vos troupeaux : c'est un homme prête; je vous dcii.ande que vous changiez ces vêteplein de sagesse, et qui esl euiièremenl dévoué à mens délabrés en magnin(|ues habits : mais, quelvoire lils el à la sage Pénélope. Dtmeiiiez jirès de que besoin que j'en aie , je ne les receviai qu'après lui pendant que j'iiaiaSparie cbercberTélemaque, son arrivée; car je hais el je mépiise ceux qui, (jui esl allé chez Ménelas pour apprendre de vos cédant .à la pauvreté, ont la bassesse de recourir nouvelles. En finissant ces mots, elle louche Ulysse à des fourberies.

i;nI)YSSKK. l'IlLClN l>l I.IMiK \V.

fon

Eiinit'e, peu sensible à ces belles promesses . le piia (lo ii't II plus p:irler, cl de ne point rcviillir iiitililciiit m son ('li:i'^riii. UaroiUt /.-iiioi , lui dit-il , V(>s aveniur«s.- ililes-inoi , «ans dejjuist im-nl , (|ui vous èifs , votre nom , voire patrie, sur iiucl vaisseau vous êtes venu , e;ir la nier fsl le seul ebeniin qui puisse mener disiis relli- ile.

l'Iysse, à son ordinaire, lui bàlil une f il»le ; il feignil d'èlre de l'Ile d«'(',iéle, fils d'un homme rielie, ei :ijoula que IVuvie de voyajier lui avoil fait faire beauioup «le courses sur mer, qu'il s'y éloil enrichi ; mais (lue. dans une expi'diiionsur le lleuve Ej;ypli;s , ses pens , contre son ini* lUion , pillèrent les fertiji s champs des K^y|iliens : ils en fiireiil punis; les habitans les massacrèrent tous, ou les lirenl esclaves; lui-même se rendit au Hoi , qui lui .'.au\a la vie, el , après l'avoir retenu dans sut! palais pendant sept ans , le renvoya comblé <Je richessi's el de prcsens. Il se cimfia a un Phénicien, ;.'rand imposteur, qui le sedui^il par de belles paroles. Je p.iMis sur son vaisseau , dit l lysse : une allrcuse lenipète me jeta sur la lerre des Thesprites. Le héros Phidon,qui ré^iioit dans ClIIp contrée, me traita avec boulé et avec mau'nilicence; pressé de m'en relouiiit-r, je m'embarquai sur un vaisseau (]ui paitoil pour Dulichiuni. Le patron el ses compagnons , matj;ré b-s ordres et les recommandations de leur roi, me dépouillérenl (le mes beaux habits, m'enlevèrent mes richesses, me couvrirent de ces vieux haillons, el me lièrent à leur mal. Je rompis mes lit ns pen tant la nuit ; je me jetai a la mer, et j'abordai, à la nafre, près d'un grand bois où je me suis caché. C'est ainsi que les dieux m'ont sauvé des maii s de ces barbares^ et qu'ils m'ont Conduit dans la maison d'un homme sage et plein de vertu.

Que vous m'avez touché par le récil de vos aventures ! repartit Eumée : mais suit que ce soient d( s contes, soit(]ue vous m'ayez dit la vérité, ce n'est point là ce (|ui m'oblige a vous bien traiter ; c'est Jupiter, qiii préside à 1 hospitalité, el dont j'ai toujours la crainte devant les yeux ; c'est la compassion que j'ai ualurcllemeut pour le» malheureux.

Que vous êtes déliant! répondit Ulysse. >lais faisons im traite vous et moi : si \olre loi revient dans ses Etats cmime et dans le temps que je vous ai dit , vous me donnerez des babils ma^iiiliques et un vaisseau bien équipi- pour me reii Ire à I>ulichium ; et, s'il ne re\ieni pas, je consens que vous me fassiez précipiter du haut de ces grands rochers.

Non , non , dit le l>nn Fumée , vous ne p<;iirez pas dtyria main, quoi (|u"il arrive. Que deviendroit ma réputation de b'inli! (pie j'ai 3C(piise parmi !( s h.unmes'.* (jue devieiidroil ma vertu (pii m'est encore plus pn'cieusi' que nia réputation , si j'allois vous ("lier la vie, el violer ainsi toutes les lois de rboipitalilé?

.M lis l'heure île sniiper apprn( lie , mes liergers vont entrer, cl je vais lout préparer el pour notre b'ger repas el jiour le sacrilici; i|ui doit !e ptcccdcr.

Aussin'ti il se m--l en moiivemi lit, i-l, après a\(»ir tout dispo'^é, il deinandi' ^ lou.s tes dieux , par des Vd'ux très-ardens, (|u l'ly>«se revienne bientôt dans son palais , ei immole ensuite les vit limes; il en fait sept paris , el en présente la plus honorable à sou lii'tte. Celui-ci, ravi de celle distincliou,

KtNELO.N. niMK \I.

lui (Il témoigne sa reconnoissance en ces lernus : Eumée , d.iigue le gran I Ju|iiler vous aimer autant (|iie je vous aime po ir le bon accueil qm* vous me laites, en me liaitanl avec tant d'honneur, maigri' l'elal misérable où je me tr 'uve.

Le souper lini , on songi-a a aller se couclier : rivss*', <|iii crai-,!iioit b* Iroiil de li nuit . dont ses haillons rauroieiil mal défendu, eut riMoursa un apiilou'ue pour S(! procurer un b(»n manteau. Euiiice, (|iii reniendii , lui en lit donner un par ses bergers, el lui prépara un bon lit auprès du feu.

IMŒCIS lU Li\iu: \V.

MiNKiivi. , (|ui vtiioil de (]iiitler Llysse sur le rivage d'ltlia<|ue, se irau^itorle à Lacédemone pour presser Ti!léma(|ue de (piitter la cour de Menelas. ILitez-voiis, lui dit la déesse en l'abordant , hàtczvous de retourner dans vos Etats. Ne savez- vous pas que vos biens y sont la proie des poursuivans avides de Peiu-lope':' Celle reine aliandonn<-e ne cédera-t-elle pas enfin aux sollicitations même de sa famille , qui sembli; d.ciilée à accepter les oiïres d'Eurymaqiie'.' IVévenez ce malheur, engap( z >lén-'las a vous renvoyer; ne lardez pas a aller mettre ordre à vos alfaires. Je vous avertis encore que les plus delerminés des pouisuivans eu veub ni a votre vie, el (ju'ils se tiennent en embuscade entre l'ilc de Sanios el celle dltliaque pour vous y surprcud'^e à votre passage. Eloignez-vous donc de ces iles , ne voguez (|ue la nuit, mettez pied à terre au premier eniiroit (l'lilia(|uc où vous aborderez ; adez trouver le liJèle Eumée, renvoyez votre vaisseau sans vous dans un de vos ports , et faites partir Eumée de sou coté pour donner avis à Pénélope de votre retour.

La déesse disparoil aussiùl, el s'envrde dans Pnivnipe. Telemaque, euipress- de Ini obéir, reveille le fils de Nestor. Ilàlons-nous , lui crie-l-il , bàloiis-nous , mon cher Pisistrale , dalleler notre char, el de nous iiiellre <n chemin pour Pylos. il es; nuit encore, lui rep^uidil le fils «le Nestor; attendons le lever de l'aurore ; atlemlims (pie nous [missions remercier Mt-nelas , el donn<z-lui le li'iiips de l'tire porter dans notre char les presens qu'il vous destine.

Dès (jiie le jour (lartdl, le fils d Ulysse se lève; IMéui-las l'avoil prévenu , et il entre au même instant sous b* beau |iorii(pie où ses liôles avoicnt C Miellé. Telemaque lui temoivsne rim|)atieiice ipril a d aller retrouver sa mère. Mencla» se rend ajirès avoir exig - (pi'il lui étalai bs presens i|u'il voiiloil lui faire. Que lit: coiisenlez-voiis , ajoula-l-il , à traverser la (ircce el le |avs d'Argus? jo vous accompagnerois avec plaisir, el il n'y a aucune de nos viUes (|iii ne vous lil l'accueil ipie mente le (ils du grand Ulysse.

(irandroi, dii Telemai|iie, vous n'igmirez pas coinbit II je suis neees^aiie a Pénélope, vous savez le de.sordre (|ue iiioii absence peut cauiier dans mon palais; soiilfr<z donc i|ue je vous «piille pr imp'emeia. Parle/ donc , puisrpie c'est un devoir, lui ré|ion(lil Menelas, lleb ne va «!(Uiner .ses Cl •lies pour qu'on v(»u> ser\e a manger, el, pendant ce tempslj , je vais cheicher avec elle cl avec

Page 1