PRÉCIS DU LIVRE XVI
A peine Eumée aperçoit-il Telémaque, qu'il se lève avec précipilalion ; les vases qu'il tenoil lui tombentdes mains; il court au-devantde son maître, il lui saule au cou , il l'embrasse en pleurant : Vous voila doue revtnu , mon cher prince! hélas! j'avois presipie perdu l'espérance de vous revoir. Qu'alliez-vous faire à Pylos? que j'ai craint pour vous les périls de ce voyage! Entrez , prince : vous trouverez toul dans l'ordic. Que ne venez-vous plus sfuivenl nous visiter et nous surveiller?
11 est iiiijiorlanl, coaune vous savez, répondit Telémaque , que je me tienne à la ville , el que j'obseï ve de près les menées des poursuivans ; mais
L'ODYSSKK. PHKCIS Dl LlVllK Wll.
avant que do m'y rciuire, j'ai voulu vous voir, «l saM»ir lie vuus si ma mon" cil i-uiDrt' ilaiis li' palais , t'I si elle n'a pas co>le eutin à liiii|>(>r(uniU' (les princes (pii l'otisèienl.
S(in tdiira^re ri sa li lililé ne s<' snnl p"inl encore (lenieniis , mon cli<r (ils; Tcndopc csi i >ujonis (li;:n(' lie vuns et du divin lils de l.acite.
Tclcm:i(iwe entre . il apei(;<)ii r!y>se (|ni veut lui céder sa place ; son lils , (pii ne peut le rcioiinojire, rc (use de la prendre pir respect pour les lois de riiospilalité. Ils se mciicnt A fïble, cl , après le repas , Tclémai|ue demande (pii'l est ce pauvre elran;;er. Kumec lui répile en peu île mois le roman que lui a i'ail Liysse. Son lils en paroit louelic, cl voudfoil le secourir. Mais comment, lui dit-il , vous introduire dans mon palais dans l'état oit vous èles :' il est rempli d'insolens ; je suis ji-une , je suis seul contre eux tous, et il me seroii impossible de vous garantir des insultis ([u'ils ne mani|ueroit'nl pas de vous Ijire.
Llysse, prenant la parole, lui dit : O mon clier prince, pirisi]ire vous me permettez de vous r(''pondre . j'avoire (]ue je soirlïre dir récit i]ue voirs me faites des desor.lies que c«)mmetlerrt sous vos yeux les poursuivans de reiielope. N'èies-vous pas dâge à les contenir et à vous en venjîir'.' Que ne suis-je le fris d l'ivssc , ou Llys>e lui-même! ou je périrois Us armes a la main dans iniui palais, ou j'en cliasserois tous ces liers ennemis.
Les plus jirands priirces des iles voisines, de Dulicliiurn , de .S.imos et de Zacynllie, les principaux d liliaque, voila ceux qui aspirerjl à la main de ma mère; voil.i ceirx i|ui remplissent nron jialais, et qui consunrenl tout nron bien, l lysse iiriinèrne , tout grand ^irerrier qu'il est, pourroil-il, s'il eioit seul , nous m délivrer ?
Cependant, cirer Eumée, courez à la ville, apprenez à ma mère mon arrivée; dites-lrri fjireje me porte l)ien : mais ne parlez (jua elle, i|u'aucun de sesaurans ne lesadie; ils seineroient nra roule de pièges , car ils ne clierchenl <|u'a me faire périr.
Kumée , pressé de partir, se met en cliemin. Minerve apparoil dans ce rrromcnt à Ulysse , sans se laisser voir à son (i's Fils de Laéi le, liri dil-el!e, il n'est plirs a propos de vou- cariier a Télémaque, (hcoirvrez-vousà lui , prenez ensemble des me.^ur-cs pour faire périr ces liers poirrsuivans ; coirrpie/. sur ma protection , je courbiilrii a vos côtés. En finissant ces mois , elle le toircire île sa verge dor, lui rend sa taille, sa bonne mine, sa prerrrieie beauté', et disparoil après ce nouveau cliarrgenienl. Telejinque, éionué de celte m-lamorpirose , le jrreird pouiUrii dieu, et lui prorrrel des sacrifices. Vous vous Irompez, cirer Téb-maque. liri i!il alors Llysse ; ne me rej.'ardez pas corrrme un des irriUror tels ; je siris Llysse, je suis votre père, dont la longue absence vous a coule tant de lariins cl de Miirpirs. En aclievanl ces mois, il l'embrasse avec tendresse.
Mais Tcléirraque ire peut eiieore se persuader que c'est son père. Norr , vous rr'éles poirrl l Ussc : c'est (|ire!que dierr qtri veirt m'abuser par irn laux espoir. Morr cber l'i-li-uraqirc, répliinre Llysse, qire votre surprise cl voire admiraliou cesseiil ; le pro- «lige qiri voirs eloiine est l'oirvra^je de Miin-rve : tairtôl elle m'a ri-rr lir .^emblal)^■ a irir iiierr liant . el lanl<^l elle ma donné la ligure d'un jeune liiiuirrre de bonne mine c-l vèlii magniliquemenl. 'i'elema<|ue
alors se jiHe an cou d.» son père, ei l'arrose de ses larntt s ; l;ly.>se p!> rrre de mérrre. Enfin , après avoir salislail a c premier besoin de leur Icir Iresse nrulirelle , ils s'assi'oienl , «l Lly.sse demair le à soir li's le nonrbre el la ipralilé des poursiriv;ins de Perri'lope , et paroit décidé à les atiaqirer tous. Telérria(|iri- , surpris de celle résolution , le témoigne à son père . qui lui reponl qu'ils auront pour ei.x deirx Jupiler el Mirreive, cl qu'avec leur si cours ils seront iirviirciidcs. Ayez soin seulemenl. des que je vous en donnerai le s'iinal , de faire porter au Ir Mil du palais roules les armes rpri soûl <!ans rappartemenl bas ; si les pr iuees en paroisseirl surpris , dilis-lerrr que c'est pour leirr si'rrele. et qire voirs craigtr.'z ijiie d:irrs le vin ils n'en abusent poirr se venger des «|irerelles si ordinaires quaird on se livre aux cxccs de la table. Vous ire laisserez .pre deux épees, deux j.uelols eldeux bornliers, dont n )us noirs saisirons quarrd nous voudrons les immoler à noire vengeairce. J'.ii encore une cbose à vous reconrmarider , c'est d<; contenir la joie que vous avez de irre. revoir, el de ne dire encore noire secret à pcrsouiie , p.rs même à Laérle , pas même à Pénélope.
Mon père, ri pondiiTeb'-maqire , je vous (d). -irai, el j'espère voirs laire connoitre que je ne di-sbouore pas votre sang, el que je ne suis ni foible ni imprudent.
l'errdairl qire le père et le fils s'entretiennent de leurs projets, Luiuév a'iive au palais. l*enelr»pe en est ravie ; et la nouvelle du retoirr de Telenraque s'y répand avec rapidrle. Les ponrsuivans , Irisies et corrfus , s'assemblt m , forment la resolution atroce de se ilelaire, par violence, de Tclensaque. Pérrelope , inslruile parle lieiaul Medon de ce déli stable complol , s'en plaint a ces princes, el plus parlicrrlièn ment à Aniiirous , le pins viob ni de ses perséculeirrs. Eiirymaque, lils (le Polybe, la rassure et lui proinei sur sa lele qu'on n'allentera pas à la vie de son fils. Sur celle promesse ironipeuse, la princesse, rru peu calmée , se relire dans son appartement pour y pleurer son cirer Llysse.
Sur le soir, Eumee revient de son ambassade; mais avairt qir'il eiiire dans la maison, IMiuerve lait re|tren Ire a LIvsse sa figure de vieillard et de mendiant. Telé'ma|ue, après avoir denrandi; des n<invelles de Pénélope, l'inierrog.- sur tout le (|ui se [rassoil à liliaque, el sur le retour des princes qui raltendoieirl a la biuleur de Samos. Je n'ai point eu l.i cuiiosiii', répondit le cbet des bergers, de m'inlormer de ci." qui se passoil à la vi'le; mais j'ai aperr.'U , en reveninl, trii vaisseau q ri eiilroil durs le pirrt , el qui eloil p'eiri d'bommes armes de lances .1 de biuclit-rs. Telcmaque sourit; el après avoir sorp.- avec son père, ils a lèrenl goiiier les douceurs d'un paisible sommeil.
pui'icis m i.iMti: Wll.
|)i;s que la belle aurons eut annoncé le jour, le (jis d'LIvsse mil ses bro lei|uiiis , el , prenant une pi |ue, il se disposa ii partir pour la ville. Il rec imiirand.i , en pailaiil, A Eunu'e d'y iiii lier aussi s :>n liole ; car, ajouta l il , le iiialbeureui étal oril je me liuuve ne nu; penriel pas de me cliargcr de
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tous les ôtraiig;ers. Prinoo, lui dit alors llysso. je 11' soiihaile iinlli mont dôlif lounu ici ; un nu'ii- (tiaiii trouve lii'aucoii|> mieux île quoi se iiounir à Il ville qu'à la campagne.
Téléiiia<iue sort , et iiiarelie à iiiaii^'s pas, mé- (lilanl la ruine des pouisuivans. Kn anivanl dans son palais, il pose sa pii|ue pi es d'une eolonne, ol entre dans la salle. Pénélope, instruite dt; son retour, deseend de son api>ai lemenl ; elle lessein- Moil à Diane el à la belle Venus : eilt; eiiibiasse son lils , elle demande des nouvelles d'un voyau;o (|ui lui a causé bien des alarmes ; elle pîi'niil, elle soupire, elle pleure. Ma mère, lut dit Telémaiiue, ne m'allligo/ pas par vos larmes ; n'excitez pas dans mon co'ur de tristes souvenirs : prions les dieux de nous secourir el de nous eoiisolor ; espérons tout de leur bonté.
Après celle teniire entrevue, 'l'ebmaiiue sort pour aller ebcrcbei' son IkUc TlieoclymèiK! el le mener dans son palais i il le fait baigner, parfumer, el lui donne des Iiabils ma;.'ni(iijuos : on leur dresse eiisuile une table couvei le de toutes sortes de mèis. Pénélope revient dans la saile ; ci s'asseyanl auprès d'eux avec sa quenouille el ses luseaux , elle demande à son lils ce ([u'il a appris dans son voyage. J'ai élé , lui raconle-l il , parlaitemenl reçu de Nestor, qui ne sail ce qu'est devenu mon père. Pour iMenélas, il assure (ju'il vil encore, et (|iri! a appris d'un dieu marin (jue Calypso le relenoil malgré lui dans sou i!e. Puis(iu'i! \ il encore, s'écrie Pénélope, espi'ions que nous le verrons. Oui , grande reine, lui dit Théoclyijiènc , vous le verrez bientôt, il est déjà dans sa |ialric , il s'y lienl c;:ché , cl il se prépare à se venger avec édal ite tons les poursuivans : je prends à témoin de ce que je vous dis le grand Jupiter, celte table liospitalière , cl ce loyer sacré où j'ai trouvé un asile.
CependanlUlysse et Ivanire parien! pour la ville; ils renconlreul sur la roule Mélaniliius , Ii!s de Dolius , qui, suivi de deux bergers, mcnoil les cbèvres les plus giasscs de loul le troupeau pour la lable des poursuivans : c'eloit l'enntmi d Eumée ; ei dès qu'il l'aperçul, il l'accabla d'injures ainsi que son compagnon, qui cul bien de la peine à se retenir. Non conienl des injuics fîu'il vomil contre eux, il s'api)i0(!ie dTlysse, et, en passiuii , lui donne un coup de pied de toute sa iorce. Ce coup, quoique rude , ne l'ébranla poinl : il relint même les mouvemciis décolère qu'exciloil la brulalilcMle >lelantbius , el prii le parti de souliVircn silence. Pour le bonEumée, il en fut imligué, cl pria les dieux de faire revenir Llysse pour rabaisser l'orgueil et punir l'insolence de ce dt.mesli(jue.
Arrivés au palais , ils s'arictèrenl à la porte. Commcnl nous conJuirons-nous i' dil le fidèle Eumée : vou'iez-\ous tnlrer le premier, cl vous présenter aux poursuivans? Passez d'abord, lui (iit Ulysse , je vous aU( ndrai ici : ne vous nseltez point en peine de ce qui [«ourra m'arriver, je suis accoutumé aux iusuUes ; mon courage el ma patience ont élé mis à bien des épreuves. l\ndanl qu'ils parloienl ainsi , un chien qu'Ulysse avoil élevé , le reconnut ei mourut de joie en le voyant.
Dès (lue Telémaque aperçut Euniée , il lui lit signe de s'aiq)rocber; Ulysse KiliC bientôt après lui, sous la ligure d'un inendianl el d'un vieillard lorl cassé, appuyé sur son bàlon. Il s'assit sur le
seuil de la porte. iMinerve le poussa à aller demander l'aumône aux poursuivans , afin qu'il pi1l juger par là de leur caractère, el connoîtrt' ceux qui avoient de l'Iiumaiiité el de la justice. Il alla donc aux uns el aux autres avec un air si naturel , (ju'on eùl <lil (pi'il ii'avoit fait d'autre métier loule sa vie. ],es poursuivans m; purent, en le voyant, se défendre d'un mouvement de pili('; ils lui donnèrent tous : mais Autinoiis , choqué de ce (]u'i)n l'avoil introduit dans la salle , le lepi'oclia duremeiil à Euniée ; el ([uaiid Ulysse s'api)rocha de lui, il le re|)oussa avec dédain, lilysse , en s'éioignant, lui dit . Anlinoiis , vous ctcis beau cl bien fait; mais le bon sens el l'humanilé u'accomiiagnenl pas celle bonne mine. Anlinoiis, irrité de ces paroles, prend son marche-pied , le lance de tonte sa force. Tous les poursuivans furenl irrités des violences el (les eniportenu lis d'Anlinoiis ; Ulysse seul, ([uoique rudcmenl frappé à l'épaule , n'en parut point ébranlé ; il conjura seulemenl les dieux prolecleurs des pauvres de punir ce jeune emporté.
Ttdémaiiue sentit dans son cœur une douleur extrême de voir son père si malltailé; il relienl cependant ses larmes, de peur de trahir son secret. Pénélope, instiiiile de ce (|ui s'éloil passé, pria Apollon de punir cette im[)iélé; car c'enétoil une à ses y(;ux (|ue de mallraiier un pauvre : elle fil monter Euniée , cl lui dit qu'elle vouloit voir cet élre.n^er. H a beaucoup voyagé, lui dit-elle, et peut être a-l-il rencontre mon cher IHysse. Attendez l'entrée de la nuit , répli(jue Eumée, pour ne pas donner d'inquiétude aux poursuivans ; vous le verrez alors à voire aise : il sail beaucoup de choses ; il les raconte bien, et vous ne pourrez pas renlendrc sans y prendre beaucoup d'intérêt.