‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 256 sur 271 · PRECIS DU LIVRE XYIII · texte numérisé non relu

PRECIS DU LIVRE XYIII

EijUÉI': éloit à peine parti, qu'on vilparoilrc à la porte du palais un mendiant célèbre dans Ithaque par sa gloutonnerie ; car il mangeoil toujours el éloit toujours afl'ainé. Quoiqu'il fût d'une taille prodigieuse , il n'avoil ni force ni courage : on l'appeloii Irus. En arrivant , il voulut chasser Ulysse de son poste. Relire-loi , lui dit-il, vieillard décrépit; retire-toi, ou je l'y forcerai en le traînant par les pieds.

Ulysse, le regardant d'un air farouche, lui répondit : i\Ion ami, je ne le dis poini d'injures, je ne te lais aucun mal, je n'empêi he pas qu'on ne te donne; celle porte peut suliire pour nous deux.

Grands dieux! s'écria Irus en colère, voilà un gueux qui a la langue bien pendue ; si je le pi ends , je l'acciuumodeiai mal.

Les princes , pour se divertir, les excitèrent , les mitcnl aux mains , el promirent au vainqueur une bonne récompense. Princes, leur dit Ulysse, un vieillard comme moi, accablé de calamités et de misères, ne dt^vroil point entrer en lice avec un adversaire jeune et vigoureux ; je ne m'y refuse cependanl pas , pourvu rpie vous me promettiez de ne mettre |)as la main sur moi pour favoriser Irus.

Aiissiiôi il se découvre; on vit avec éionnement ses cuisses fortes et nerveuses, ses épaules carrées , sa poitrine large, ses bras loris comme l'ai-

i.(ii>vssi:i:. l'iu.cis i»i i.i\ ni: \\\.

Tain . luis , »'u U's voy.iul , l'i» lui loiil doconragc; il r.illiil le traiiuT il.uis l'aii'iie. Les voila doiif Idiis lieux au\ prises. Iras tieeliar^'o un {^rairl eou|Mlc l'oiii^' sur l'cpaule d'I iysse. L'elui-ci le Iraiipe au liaul (lu eou avec laul de loite, (pi'il lui biise la iiiâi lioire ellelfnd à leiie ; il le liaiiie eiisiiiie liiiis lies |)uiti(]ues; il lui met un lià((ui à la ni:iiii,eti It; lais.inl asseoir el lui disanl : Dt meure la, mon ami , el ne l'avise ji'iis, loi (|iii ts le dernier i!es Iminmes , de Irailer les étrangers el h s nientii.ms ( oninie si lu elois hur mi. Les piiims lelieiler» iil l lysse , el lui envoyerenl aiii|ileniiiil do la luiuiriiure.

Dans vc nièuie niomenl . Minerve inspire a la lille d'karius , à la saj'e l'enelope , le dessein de se montrer auv poursuivans, aliu ;|u'elle les repaisse de vaines esperanees , el (|u'elle soil plus lionorei; de son (ils el «le son mari. Kn arrivant da(i> la salle où loul li; nniuite éloil rassemble , elle adresse dalturd la parole à son lils : loucliee «lu Irailemmi t|u'.\nliniiiis avoil lait à l lysse, (|u'e!le n'avoii pas encore reccniiu , elle reproelie à Telemaiiiie d'avoir soullert (pi'on niallraiiàt , on sa prisenee , un étranger (|ui eloii venu chercher un asile dans le palais. J'en suis allli^é, répondil son lils; nuis que vouliez- vous , ma mère, <p"' j*^ ''^^'^ seulcouire tous?

Eurymaque , s'approehanl alors de IV-nélopc, lui parla de sa beauté , de sa taille, de sa sagesse , de toutes ses admirables (pialiles. Hélas! dit-elle, je ne songe plus à ces avantages ilepuis le jour que les (jrecs se sont embaripiLS pour llion , el que mon cher L'Iysse les a suivis. S'il revenoii dans sa pairie , ma gloire en seroil plus grande ; el ce seroil là toute ma beauté.

l lysse fui ravi d'enlt n Ire le distours de IN'nélope. Les poursuivans ne renoncèrent cependant pas de leur coté à leurs espérances , cl lirenl de beaux préseos à la reine d'Ithaque. La Reine les fil porter dans son appartement pir ses lemnies , el on passa le reste de la journée dans h s plaisirs de la danse et de la musique.

Eurymaque preml ipierelle avccLIysse, il lui jette à la léte un marche-pied, que celui-ci évita heureusement. Télémaque, pour en pn-vcnir les suites, les congédie tous, elles exhorleà se retirer. Et<»nnés de Pair d'aulf)riié (|ue prend ce jeuiie prifice , ils n'osent cept ndant lui rt lister, et le sage .Nnipliinome , (ils de Nistis , leur dit : l'our<|*,ioi malii aile/ -vous cet étranger? Laissons- le dan> le palais de Telema(|ue , imisqu'il est son bote; (bisous des libations, et allons goûter les douceiirs du repos.

riU.CJS 1)1 • UVIU'] MX.

fut exétiiU'. Le pi-re el le (ils se meiti-nl à porter lescasquis, I. s bouciiirs , les épées , les lances, el Minerve inarehi* ilevanleux avec une lampe d'or (|ui répand une lumière extraordinaire, lelcmaque, surpri-; d • ce prolige, en parle k son père, <|ui lui (.p.tnl : (jird. /. Il' silence, mon (iU , retenez, voire curiosiliî : ne son lez pas les secrets du ciel ; ci,'nli'nli/-vous de |iroliter i\c ses laveurs avec reeonnoissan -e. M lis il e.>.t temp^ que vous alliez, vous reposer , voin; mère va dfscen Ire , el m'a dennnd- un i ntitMii n.

l'ein lope p.iroit en illel , suivie ile ses |. nime-». M l.intho , Il plus iiisolenle de cidles qui l'aciornp.ignoienl , lu lue de trouver l lysse «lans la salle, veut l'en faire sortir, et racrable. d'injures, l'our- «pn)i m'attaqui /-vous avec tint d'.iigreur '.' lui répond r lysse en la regardant avec colère. Est-ce pare«! (pie je n" suis plus jeune et qut; je n'ai que de mechtnis hildts? J'ai elé autrefois environné «le toute la inagnilicence ipii attire les regards ; Jupiter a renverse cette glande (orlune : que cet e\em|de vous rende plus sage; craignez de perdre c'tle faveur qui vous leleve au-dessus de vos compagnes.

Péni'dope la reprend aussi, et lui impose silence. Elle lait as'-coir Llysse auprès d'elle, el lui demanie quel est son nom, où il a pris niissaoce, cl ce (pie font ses pareii>. l lysse feint qu'il est de Clrète; qu'il y tenoil nn raiu' distingué lorscpjc le loi d li|ia(|ue y a passé pour aller a llion : il le dépeint avec la |dus gr;Mide exactitude, lui parle de i'Iiahil qu'il porloil el de ceux (pii l'accompaguoient : Il les a tous perdus, ajoute-t-il , à sou retour; el je sais rpi'il a été le seul à se sauver d'une tempèio excitée par la colère des dieux. IVni'lojie. lui ili'peint à son lour ses inquietu les et le chagrin que lui cause l'absence d'Ldysse. Je suis , dil-elle, persécutée par les prin('es (|ue vous voyez : mon (ii'ur se refuse aux engàgeincns qu'ils mu sollieilenl de prendre; de peur de les irriter, je les amuse par des espérances que je ne vou Irois pis n'-aliser. Je leur avois prmnis ilc me déciiler (piaiid j'auiois achevé de broder nu grand voile; j y travaillois h; jour, el U nuit je defais(ds l'ouvrage que j'avois lait : qml ques-unes de mes femmes m'ont trahie, cl L-ur ont diîcouv tI cette innocente ruse. Je ne trouve |dus d'cxin-dit-nt pour reculer, ei je suis la plus m dheureuse des feinmes.

Temi)ori>ez encore, lui dit l lysse, et ue pleurez plus ; le roi d'Iihaque est vivant : vous le verrez l)ienlot. Je jure, par c: loyer où je nu suis réfugie, (pi'il reviendra dans celte aniiei*.

Dieu veudie que ce bonheur m'arrive, comme vous me le promettez! répondit la sage Pénélope; nuis, si j en crois mes pressentimens , il ne reviendra pas , el personne ne pourra voiii fournir les innyens de retourner dans voire patrie.

(Icpeiidanlla Heine, loin hee de ce que celelraiiger veiioit de lui raconter, ordonne a ses femm<'s d'en preii Ire soin , de lui dresser un bon lit, <le lui laver les pieds el de le parfumer d'essences, (iclle, ditelle, qui le maltraileroit, ou qui lui (croit la moindre p'iiie , eii'oiirroit mon inlignalion : les lioiniues n'ont sur la terre qu'une vie I«h t courie ; c'est p:iur- (|uoi il faut l'employer à faire du bien.

Princesse , répondit l lysse. modérez votre générosité ; je ue suis point accoutume a laul d'égards ;

Page 1