‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 47 sur 271 · DE L AMOUR DE DIFX · texte numérisé non relu

DE L AMOUR DE DIFX

Seigneur, vous savez bien que je vous aime. S. Jean. XXI. 16.

Saint Pierre le disoit à notre Seigneur ; mais oscrions-nous le dire? Aimons-nous Dieu pendant que nous ne pensons point à lui ? Quel est l'ami à qui nous n'aimons pas mieux parler qu'à lui ? Où nous ennuyons-nous davantage qu'au pied des autels? Que faisons-nous pour plaire à notre Maître . et poiu" nous rendre tels qu'il veut? Que faisons-nous pour sa gloire ? Que lui avons-nous sacrilié pour accomplir sa volonté ? La préférons-nous à nos moindres intérêts, aux amusemens les plus indignes? Où est donc cet amour que nous pensons avoir? Malheur pourtant à celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus ' qui nous a tant aimés! Donnera-t-il son royaume éternel à ceux qui ne l'aiment pas? Si nous l'aimions, pourrions-nous être insensibles à ses bienfaits , à ses inspirations, à ses grâces? yi la vie, ni la mort , ni le présent , ni l'avenir, ni la puissance , ne pourront désormais nous séparer de la charité de Jésus-Christ ^

QU IL N Y A OlF. DIEL" Qtl PlISSE APPRENDRE A PRIER.

Eiiseijrnez-niius a prier. >'. Lur. xi. 1 .

Seigneir , je ne sais ce que je dois vous demander. Vous seul sa\ezce qu'il nous faut: Vous m'aimez mieux que je ne sais m'aimer moi-iuème. O Père ! donnez à votre enfant ce

SIR le mP,.me sujet.

Seigneur, vous savez bien que je vous aime. ."^. Jean. XXI. 16.

Vois le saviez mieux ipie moi . ô mon Dieu, ô mon |)ère , à mon tout , combien je vous aime. Vous le savez, et je ne le sais pas , car

qu'il ne sait pas lui-même demander. Je n'ose de- rien ne m'est plus cachéquele fondde mon mander ni croix ni consolation ; je me présente cœur. Je veux vous aimer; je crains de ne pas

* Cial. 11. '20.

' 1 Cor. xsi. 'ii. — » Rom. \iii. 3« tl 3y.

vis

MANUEL DE PIÉTÉ

\ous aimer assez; je vous demande raliondancc du pur amour. Vous voyez mon désir ; c'est vous qui le faites en moi. Voyez dans votre créature ce que vous y avez mis. 0 Dieu, qui m'aimez assez pour m'inspirer de vous aimer sans bornes, ne rej.'^arde/. jdus le lurivut d'iniquités qui m'avoit englouti, regardez votre uiiséric<n'de et mon amour.

Ql F. RIEN NE SAL'ROIT MANQ^'ER A CEUJI Qri S ATTACHE

A mvv.

C'est le Seigneur qui me conduit; rien ne pouira me manquer. Px. xxii. 1.

N'avons-nols point de honte de cheiclier quelque chose avec Dieu ? <Juand nous avons la source de tous biens , nous nous croyons encore pauvres. On cherche dans la piété môme les conunodités et les consolations temporelles ; on regarde la piété comme un adoucissement aux peines qu'on souflre, et non connne un état de renoncement et de sacrilîce ; de là viennent tous nos décourag-emens. Commençons par nons abandonner à Dieu. En le servant , ne nous mettons jamais en peine de ce qu'il fera pour nous. Un peu plus ou un peu moins souifrir dans une vie si courte, ce n'est pas grand'chose.

Que peut-il manquer, lorsque j'ai Dieu?

Oui , Dieu lui-même est le bien infini et l'unique bien. Disparoissez, faux biens de la terre, qui portez indignement ce nom , et qui ne servez qu'à rendre les hommes mauvais ! Rien n'est bon que le Dieu de mon ca?ur, queje porterai toujours au dedans de moi. Qu'il m'ôte les plaisirs , les richesses , les honneurs , l'autorité, les amis, la santé, la vie: tant qu'il ne se dérobera point lui-même à mon cœur, je serai toujours riche ; je n'aurai rien perdu ; j'aurai conservé ce qui est tout. Le Seigneur m'a cherché dans mes égaremens , m'a aimé quand je ne l'aimois pas , m'a regardé avec tendresse, malgré mes ingratitudes : je suis dans sa main ; il me mène comme il lui plaît. Je sens ma foib^esseet sa force. Avec un tel appui, rien ne me manquera jamais.

yiF. llUU nOlT ÊTRE l'unique portion Dl' COEliR IiK. l.'nOMME.

0 Uicii lie mon eiiui . <•! mon i'Icriiclle poiiion. /'.y. i.xxii. 26.

Seignei;r . vous èles le Dieu de toute la nature ; tout obéit à voire voix : vous êtes l'ame de tout ce qui vil , cl même de tout ce qui ne vit point. Vous êtes plus mon ame que celle même que vous avez donnée à mon cœur : Vous êtes plus près de moi que moi-même. Tout est à vous : mon cœur n'y sera-t-il pas, ce cœur que vous avez fait, que vous animez ? Il est à vous , et non à moi.

Mais , ô mon Dieu , vous êtes aussi à moi , car je vous aime. Vous êtes tout peur moi. Je n'ai nul autre bien, ô mon élernelle portion ! Ce ne sont point les consolations d'ici-bas , ni les goûts intérieurs , ni les lumières extraordinaires que je souhaite ; je ne demande aucun de ces dons qui viennent de vous , mais qui ne sont point encore vous-même. C'est de vousmême, et de vous seul , que j'ai faim et soif. Je m'oublie , je me perds ; faites de moi ce qu'il vous plaira, n'importe , je vous aime.

de QI:ELLE MANliiRE DlEl' VEt'T ÊTRE GLORIFIE.

Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes di' bonne volonté. .'^. Luc n. 14.

En ne cherchant que la gloire de Dieu , notre paix s'y trouvera. Mais la gloire de Dieu ne se trouve point dans toutes les pensées et les actions des hommes. Dieu Jie veut être glorilié que par l'anéantissement entier de la nature , et par l'abandon à son esprit. Il ne faut point vouloir sa gloire plus qu'il ne la veut lui-même. Prêtons-nous seulement , comme des insiruuiens morts, à la conduite de sa providence. Réprimons tout empressement ^ tout mouvement naturel , toute inquiétude déguisée sous le nom de zèle. Paix dans la bonne volonté. N'avoir plus ni désir ni crainte , et se laisser dans la main de Dieu , c'est là avoir une bonne volonté, conforme à la sienne. Celui qui est ainsi , est immobile comme la montagne de Sion ; il ne sauroit être ébranlé , puisqu'il ne veut que Dieu, et que Dieu fait tout.

MANLEL m: IMKTK.

WIV.

DE LA norcFin kt mimilitk tiF. cof.i u ' .

Apprenez de moi cpie ji- suis doux el humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. S. Molt/i. ii. 2'J.

Mon Dion, je \iiMis iniiislfuiiL' et luexainiiier à vos pieds. Vous èles ici présent ; c'est NOUS qui m'y attire/, par votre i:i'àce. Je n'écoute que vous, je necroisque vous. Parlez, votre serviteur écoute.

Seigneur, je vous adore ; uiou coui' u aime que vous; il ne soupire qu'après vous. Je m'anéantis avec joie devant vous , ô éternelle Majesté : je viens pour recevoir tout de \ous , et |»our renoncer sans réserve à moi-même.

Envoyez, ù mon Dieu, votre Esprit saint. Qu'il devienne le mien , et que le mien soit détruit H jamais! Je nie livre à cet Esprit d'amour et de vérité. Qu'il m'éclaire aujourd'hui, pour ni'apprendre à être doux et humhle de cœur!

(.) Jésus, c'est vous qui me donnez celte leçon de douceur et d'humilité. Tout autre qui voudroit me l'apprendre me révolteroit; je trouverois partout de l'imperfection et de l'orgueil. Il faut <lonc que ce soit vous qui m'instruisiez.

0 mon bon Maître, vous daignez miustruire par votre exemple : quelle autorité ! Je n'ai qu'à me taire , qu'à adorer, qu'à me confondre, qu'à imiter. Le Fils de Dieu descend du ciel sur la terre , prend un corps de boue , expire sur la croix, pour n)e faire rougir démon orgueil. Celui qui est tout s'anéantit ; et moi qui ne suis rien , je veux être , ou du moins je veux qu'on me croie tout ce que je ne suis pas. 0 mensonge ! o i'ulie ! o impudente vanité ! ô diabolique présomption !

Seigneur, vous ne me dites point : Soyez doux et humble; mais vous dites que vous êtes doux et huiid)le. C'est assez de savoir que vous l'êtes . |)i)ur conclure que nous devons l'être sur un tel exemple. Qui osera s'en dispenser après vous! Sera-ce le ver de terre? Sera-ce le pécheur (|ui a mérité tant de fois pour son ingratitude d'être foudroyé par votre justice?

Mon Dieu , vous êtes ensemble doux cA /itnnbk' , pane ^\y\^' l'humilité est la somre de la véritable douceur. L'orgueil est toujours hautain,

* N'iiu<i iliiiiiiotiN iii (nul riilu-r.- ii'lli' M.ililatioii , >iiiil I'>nrl(in n'a iiiseri* (|ii'uii)* |>urli<' dans 1rs Hrfrximis imiir tous les juin s (lu mois. \ uvi-/ ti-di-»!!-» , \i. 32.

PÉNELON. TOUE VI.

inq)ali('nt, prêta s'aigrir. Celui qui se méprise de bonne foi, veut bien être méprisé. Celui qui croit (jue rien ne lui est dû , ne se croit jamais iiiallraitc. Il n's a point df véiilable douceur |)ar tempérament , ce n'est que mollesse , iuilolence , ou artilice. l'oin- être doux à autrui, il faut renoncera soi.

Nous ajoutez, «'i mon Dieu : Doux clhumble di' cœur. Ce n'est jioint un abaissement qui ne soit que dans l'esprit par léllt.'xion , c'est un goût du cu'ur : c'est un abaissement auquel la volonté consent , et (prdle aime pour glorilier Dieu. (Test un plaisir de voir sa misère , pour s'anéantir devant Dieu , alin de ne devoir sa guérison qu'à lui. C'est une destruction de toute confiance en son esprit et en son courage naturel, ^'oir sa misère et en être au désespoir, ce n'est pas être humble ; au contraire , c'est avoir un dépit d'orgueil cpii ne jieut consentir à son abaissement.

Enlin vous me promettez, ô Sauveur, que c'est dans cette humilité que je trouverai le repos de mon ame et la paix. Hélas! que j'ai été loin de chercher cette paix! je la cherchois dans des passions folles et turbulentes ; je la cherchoisdans les vaines imaginationsde mon orgueil. L'orgueil est incom])alible avec la paix. Il veut toujours ce qu'il II a pas ; il veut toujours passer pour ce qu'il n'est point. 11 s'élève sans cesse, et sans cesse Dieu lui résiste, pour le rabaisser par l'envie , par la contradiction des autres hommes, ou par ses propres défauts qu'il ne peut s'empêcher de sentir. Malheureux orgueil , qui ne goûtera jamais la paix des enfans de Dieu , (jui sont simples et [tetils à leurs propres yeux !

Mon Dieu , que vous êtes bon de me faire aimer cette paix î Mais ce n'est pas assez de me la faire aimer et désirer; rendez-m'en digne , en écrasant mon orgueil. Abattez mon esprit autant que mon cor[)s. Que mon orgueil ait encore plus d'oppression et d'accablement que ma poitrine ; qu'il ne puisse plus respirer. Achevez , Seigneur, de m'arraiher à la société profane de ceux qui ne vous eoniioisseiit ni ne vous aiment. Etouffez en moi jusiju'aux derniers restes de la mauvaise honte. Kom[)ez tous mes liens, et formez-en de nouveaux qui m'alla- ( lient à vous seul insé|)arableinent.

Que vous ai-je fait pour mériter tant de grâces? J'ai foulé aiiv pieds les ancieimes , j'ai payé d'ingratitude toutes vos bontés il'autrefois Voilà l'unique mérite que j'ai devant vous, il n'y a que ma misère qui puisse exciter votre miséricorde. Après cela , hésiterai-je mcoïc

MANUEL DE PIETE

entre le monde et vons? le inonde qui vent nie perdre, vous qui voulez me sauver. Repousserai-je la croix que vous me présentez avec tant d'amour, pour me délivrer des maux de moname. bien plus terrihles cpie it'ux de mon corps ?

0 Seigneur, je m'abandonne à votre miséricorde. Je mériterois d'être livré à votre éternelle justice. Frappez , Seigneur, frappez : faites de votre vile créature stlon votre bon plaisir. Plus de volonté que la votre. Je vous louerai dans toutes mes douleurs, je baiserai la main qui nie frappe, je me croirai encore épargné. Je suis prêt à tout . à vivre séparé du monde, confessant baulement votre Evangile , ou à mourir sur la croix avec vous , ô Jésus , qui êtes mon amour et ma vie.

beureux de le sentir, si ce sentiment me tient ilans la détiance de moi-même ! Vous avez frappé ma cbair pour la j)uririer: vous avez brisé mon corps pour guérir mon ame. C'est par la douleur salutaire, que vous m'arracbez aux plaisirs corronq)Uâ. L'intirmité de ma cbair mafllige , moi qui n'avois point d'borreur de l'intirmité de mon esprit. Il étoit en proie à la vaine ambition , à la fièvre ardente de toutes les passions furieuses. J'étois malade, et je ne croyois pas l'être. Mon mal étoit si grand, que je ne le sentois pas. Je ressemblois ;\ un bomme qui a une fièvre cbaude , et qui prend l'ardeur de la fièvre pour la force d'une pleine santé. 0 beureuse maladie , qui m'ouvre les yeux et qui change mon cœur !

MEDITATIONS POUR UN iMALADE.

J« me suis tu. Seigneur, parce que c'est vous qui l'avez fait. Ps. îxxvui. 10.

Est-ce à moi à me plaindre, quand mon Dieu me frappe , et qu'il me frappe par amour, afin de me guérir? Frappez donc. Seigneur, j'y consens. Que vos coups les plus rigoureux sont doux , puisqu'ils cacbent tant de miséricordes ! Hélas! si vous n'aviez point frappé mon corps, mon ame n'auroit point cessé de se donnera elle-même le coup de la mort. Elle étoit couverte d'ulcères horribles; vous l'avez vue, vous en avez eu pitié. Vous abattez ce corps de péchés ; vous renversez mes ambitieux projets ; vous me rendez le goût de votre éternelle vérité, que j'avais perdu depuis si long-temps. Soyez donc à jamais béni! Je baise la main qui m'écrase , et j'adore le bras qui me frappe.

Il vous a été donné non-seulement de croire en lui , mai» aussi de souffrir pour lui. Philip, i. 29.

0 don précieux , qu'on ne connoîl point ! La douleur n'est pas moins précieuse que la foi répandue dans les âmes par le Saint-Esprit. Bienheuseuse marque de miséricorde , quand Dieu nous fait souffrir ! Mais sera-ce une souffrance forcée et pleine d'impatience? Non, les démons souffrent ainsi. Celui qui souffre sans vouloir souffrir, ne trouve dans ses peines qu'un commencement des éternelles douleurs. Quiconque se soumet dans la souffrance , la change en un bien infini. Je veux donc , ô mon Dieu , souffrir en paix et avec amour. Ce n'est pas assez de croire vos saintes vérités ; il faut les suivre : elles nous condamnent à la douleur, mais elles nous en découvrent le prix. 0 Seigneur, ranimez ma foi languissante. Qu'on voie reluire en moi la foi et la patience de vos saints ! s'il m'échappe quelque impatience , du moins que je m'en humilie aussitôt, et que je la répare par ma douleur!

Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis infirme. Ps. VI. 3.

Seigneur, je souffre violence; répondez pour moi. Cant. d'Ezech. Is. xxxviii. 14.

0 mon Dieu , je n'ai point d'autre raison Vous voyez les maux qui m'accablent. La

que ma misère pour exciter votre miséricorde, nature se plaint; que lui répondrai-je ? Le

Voyez le besoin que j'ai de votre secours, et monde cherche à m'amuser et à me flatter;

donnez-le moi. J'en sens le besoin. Seigneur: comment faut-il que je le réponse? Que dirai-

MANUEL DK PIÉTt.

je. Seigneur? Hélas 1 il ne me reste de force que pour souffrir et pour me taire. Répondez vousmême : par votre paroU" tnule-puissanle, écartez le monde trompeur qui m'a déjà séduit une fois. Soutenez mon cœur, malj:ré les défaillances de la nature. Je souffre violence par les maux dont vous m'accablez , et par mes passions qui ne sont point encore éteintes. Je souffre , liùlez-vous de me secourir. Délivrezmoi du monde et de moi-même. Délivrezmoi de mes maux par la patience à les souffrir.

promesse. Je viens à vous ; je n'en puis plus; c'est assez pour mériter votre compassion et votre secours.

Le Seigneur me l'a donné; le Seigneur me l'a ùté. Job. 1. 12.

Voila , Seigneur, ce que vous faisiez dire à votre serviteur Job dans l'excès de ses maux. 0 que vous êtes bon de mettre encore ces paroles dans la bouche et dans le cœur d'un pécheur tel que moi 1 Vous m'aviez donné la santé, et je vousoubliois; vous me l'ôtez, et je reviens à vous. Précieuse miséricorde, qui m'arrachez les dons de Dieu qui m'éloignaient de lui, pour me donner Dieu même ! Seigneur, ôtez tout ce qui n'est point vous , pourvu que je vous aie. Tout est à vous; vous êtes le Seigneur; disposez de tout, biens, honneurs, santé, vie : arrachez tout ce qui me tiendroit lieu de vous.

Venez à moi , vous tous qui êtes chargés, et je vous soulagerai. S. Matth. ii. 28.

DoLCE parole de Jésus-Christ, qui prend sur lui tous les travaux , toutes les lassitudes et toutes les douleurs des hommes! 0 mon Sauveur, vous voulez donc porter tous mes maux ! Vous m'incitez h. m'en décharger sur vous. Tout ce que je souffre doit trouver en vous du soulagement. Je joins donc ma croix i la \ôlre: porlez-la pour moi. Je suis, comme vous étiez, tombant en défaillance, quand on fit porter votre croix par un autre. Je marche après vous. Seigneur, vers le Calvaire, pour y être crucifié. Je veux , quand vous le voudrez , mourir entre vos bras; mais la pesanteur de ma croix m'accable. Je manque de patience . soyez ma patience vous-même; je vousenconjure [tar vulrc

Parler, Seigneur; votre serviteur vous écoule. / Roià. III. 10.

Je me tais. Seigneur, dans mon allliction, je me tais; mais je vous écoute avec le silence d'un ame contrite et humiliée , à qui il ne reste rien à dire dans sa douleur. Mon Dieu, vous voyez mes plaies; c'est vous qui les avez faites; c'est vous qui me frappez. Je me tais ; je souffre , et j'adore en silence : mais vous entendez mes soupirs , et les gémissemens de mon cœur ne vous sont point cachés. Je ne veux point m'écouter moi-même ;jene veux écouter que vous, et vous suivre.

.Mon Père , délivrez-moi de cette heure. S. Jean. m. 72.

Quoique vous me menaciez et me frappiez, ô mon Dieu , vous êtes mon père, vous le serez toujours. Délivrez-moi de celle heure terrible , de ce temps d'amertume et d'accablement. Laissez-moi respirer dans votre sein, et mourir entre vos bras. Délivrez-moi , ou par la diminution de mes maux, ou par l'accroissement de ma patience. Coupez jusqu'au vif. brûlez; mais faites miséricorde: ayez pilié de ma foiblesse. Si vous ne voulez pas me délivrer de ma douleur, délivrez-moi de moi-même , de ma foiblesse, de ma sensibilité et de mon impatience.

J'ai péché contre toute votre justice. Dmt. ix. 15 et 16.

J'ai péché contre toutes vos lois. L'orgueil , la mollesse, le scandale, n'ont rien laissé de saint dans la religion . (juc je n'aie violé. J'ai même fait outrage à votre Saint-Esprit; j'ai foulé aux pieds le sang de l'alliance ; j'ai rejeté les anciennes miséricordes qui avoient pénétré njon cœur. J'ai fait tous le> maux. Seigneur; j'ai épui.sé loiile.^ les iniquités, mais je n'ai pas épuisé votre miséricorde. .Vu contraire , elle

MANUEL DE PIÉTÉ

prend plaisir à suriDontor ma misère; elle s'éli'\e comme mi torrent au-dessus d'une digue. J'our tant de maux vous me rendez tous les biens; vous vous donnez vous-même. O mon Dieu ! un si grand pécheur, si comblé de grâces, ret'usera-t-il de porter sa croix avec voire Fils, qui est la justice et la sainteté même?

Ma foice m'a abiiulonné. 7*.^. xx^vii. 11.

Ma force m'abandonne ; je ne sens plus que ioiblesse. qu'impatience, que désolation de la nature défaillante , que tentation de nmrmure et de désespoir. Hn'est donc devenu le courage dont je me piquois, et qui m'inspircit tant de confiance en moi-même? Hélas! outre tous les maux , j'ai eucore à supporter la honte de ma Ioiblesse et de mon impatience. Seigneur, vous attaquez mon orgueil de tous côtés; vous ne lui laissez aucune ressource. Trop heureux, pourvu que vous m'appreniez, par ces terribles leçons, (jue je ne suis rien , que je ne puis rien , et que vous seul êtes tout !

Mallieur ail monde, à cause de ses sfamiales' S. Matfk. xviii. 7.

Le monde dil : Malheur à ceux qui souffrent ! mais la foi répond au fond de mon cœur : ^Malheur au monde qui ne soulfre pas! Il sème la terre entière de pièges funestes pour perdre les âmes : la mieime y a été long-temps perdue. Hélas! mon Dieu, (|ue vous êtes bon de me tenir, par rinlirmilé, loin de ce monde corronq)u ! Fortiliez-inoi par la douleur , pour achever de me dé|)rendre de tout, avant que de m'pxposer au scandale de vos ennemis. Que la maladie m'apprenne à connoitre combien toutes les douceurs mondaines sont empoisonnées. On me trouve à plaindre dans mes langueurs. 0 aveugles amis ! ne plaignez point celui que Dieu aime, et qu'il ne frappe que par amour! C'éfoit, il y a six mois, qu'il étoit à plaindre, lorsqu'une mauvaise prospérité empoisonnoit son cœur, et qu'il étoit si loin de Dieu.

Quand on m'aura élevé de la terre, je tirerai tout à moi. .^. Jeo}i. xii. 32.

Vous promîtes, Seigneur , que, quand vous seriez élevé sur la croix , vous attireriez tout à vous. Les nations sont venues adorer l'Homme de douleur; les Juifs mêmes en grand nombre ont reconnu le Sauveur qu'ils avoient crucifié. Voilà votre promesse accomplie aux yeux du monde entier. Mais c'est encore du haut de cette croix que votre vertu toute-puissante attire les âmes. 0 Dieu souffrant ! vous m'enlevez au monde trompeur; vous m'arrachez à moi-même et à mes vains désirs, pour me faire souffrir avec vous sur la croix. C'est là qu'on vous appartient, qu'on vous connoît, qu'on vous aime, qu'on se nourrit de votre vérité. Tout le reste, sans croix, n'est qu'une piété en idée. Attachezmoi à vous ; que je devienne un des membres de Jésus-Christ crucifié!

Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sonmies au Seigneur. Rom. xiv. 8.

0 mon Dieu ! que m'importe de vivre ou de mourir? La vie n'est rien; elle est même dangereuse, dès qu'on l'aime. La mort ne détruit qu'un corps de boue ; elle délivre l'ame de la contagion du corps et de son propre orgueil : des pièges du démon elle la fait passer à jamais dans le règne de la vérité. Je ne vous demande donc , ô mon Dieu , ni santé , ni vie ; je vous fais un sacrifice de mes jours. Vous les avez comptés ; je ne demande aucun délai. Ce que je demande , c'est de mourir , plutôt que de vivre comme j'ai vécu; c'est de mourir dans la patience et dans l'amour, si vous voulez que je meure. 0 Dieu , qui tenez dans vos mains les clefs du tombeau pour l'ouvrir ou pour le fermer, ne me donnez point la vie, si je n'eu dois être détaché ; vivant ou mourant , je ne veux plus être qu'à vous.

MANUEL HE PIl'Th':.

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