LES PRINCIPALES FÊTES DE L'ANNÉE
POIR l. AVENT.
C'est niainlenant , ô mon Dieu , que je veux me recueillir pour adorer en silence les mystères de votre Fils, et pour attendre qu'il naisse au fond de mon cœur. Venez, Seigneur Jésus, venez , Esprit de vérité et d'amour, qui le t'ormAtes dans le sein de la sainte Vierge.
Je vous attends, ô Jésus, comme les prophètes et les patriarches vous ont attendu. Que volontiers je dis avec eux : 0 deux , répandez votre rosée , et que les nues fassent descendre le Juste! que h terre s entr ouvre , et quelle (jerme son Sauveur ' ! Vous êtes déjà venu une fois. Les anciens justes ont vu le Désiré des nations ; mais les vôtres ne vous ont point connu. La lumière a lui ou milieu des ténèbres , et les ténèbres ne l'ont pas comprise -. Que tardezvous ? Revenez , Seigneur ; revenez frapper la terre ingrate, et juger les hommes aveugles. 0 Roi, dont les princes de la terre ne sont qu'une foible image . que votre rèqne arrive ! Quand viendra-t-il d'eu haut sur nous ce règne de justice , de paix et de vérité? Votre Père vous a donné toutes les nations; il vous a donné toute puissance et dans le ciel et sur la terre ; et cepeudanl vous clés méconnu , méprisé, offensé , trahi. Quand sera donc le jugement du monde endurci , et le jour de votre triomphe? Levezvous , levez-vous , ô Dieu! jugez votre propre cause; brisez l'impie du souffle de vos lèvres ; délivrez vos enfans ; justifiez-vous en ce grand jour à la face de toutes les nations : c'est votre gloire et non la nôtre que nous cherchons.
.Mon Dieu , je vous aime pour vous, et non pour moi. Je souffre; je sèch.e de tristesse, voyant prévaloir l'iniquité sur la terre, et votre Evangile foulé aux pieds. Je souffre, me sentant malgré moi assujetti à la vanité. Jusquesà quand, Seigneur, laisserez-voiis votre héritage désolé? Revenez donc, Seigneur Jésus ; rendez-
' Is.
nous la luinière de voire visage. Je ne veux tenir à aucune des choses qui m'environnent icilias. Itilles menacent toutes ruine prochaine. Ces voûtes innuenses des cieux s'écrouleront dans les ahimes ; cette terre couverte de péchés sera consumée et renouvelée par le feu vengeur. Les astres lomheronl ; leur lumi'''re s'éteindra; les élémens endirasésse contoudront; la nature entière sera lionleversée. Ace spectacle, que l'impie fréiiusse ! Pour m(»i , je m'écrie , ô Seigneur , avec amour et confiance : Fra[)pez, glorifiez-vous aux déjjcns de tout ce qui blesse voire sainteté. Frappez sur moi ; ne m'épargnez |)oint pour me purifier et [)our me rendre digne de vous, llélas ! ce monde insensé n'est occupé que du moment présent cpii échappe. Tout ceci va périr, et on veut en jouir connue s'il devoit être éternel. Le ciel et la terre passeront comme la fumée ; voire parole seule dcmeui'e éternellement. (( vérité, on ne vous connoit point. Le mensonge est adoré ; il remplit tout le cœur de riiomme. Tout est faux, tout est trompeur. Tout ce qui se voit , tout ce qui se touche, tout ce qui est sensible , tout ce qui est mesuré par le temps, n'est rien. Faut-il que ce vain fantôme soit cru si solide, elque l'immuable vérité passe pour un songe? Hé! Seigneur, pourquoi souffrez-vous cet enchantement ? La terre entière est plongée dans le sommeil de la mort : réveillez-la par votre lumière. Pour moi, je ne veux que vous; je n'attends que vous : je regarde la foudre prête à partir de votre main pour écraser les honnnes superbes, et pour venger votre patience méprisée. Loin de craindre la mort, je la regarde comme la délivrance de vos enfans. Oui, Seigneur, nous mourrons; le charme funeste se rompra tout à coup. Vous ne serez |)lus offensé; je vous aimerai; je ne m'aimerai plus moi-même. Oque j'aime votre avènement ! Déjà, selon votre précepte, je lève ma tète pour aller au-devant de vous. Par le transport de mon amour, je m'élance au-devant du Seigneur, comme voire apôtre Pierre me l'a enseigné. Je suis foible, misérable, fragile, il est \rai ; j'ai tout à craindre si vous me jugez dans la rigueur de votre justice, j'en conviens: mais plus je suis fragile , plus je conclus que la vie est un danger, et <iut' la mort est une grâce.
0 Seigneur , ôtez le péché ; venez régner en moi ; arrachez-moi à moi-même , et je serai [ileinemeut à vous. Hé! qu'ai-je à faire sur la lerre? Que puis-je désirer dans cette vallée de larmes, oii le mal est au comble , el où le bien est si imparfait? Rien (jue votre volonté no peut
MANUEL DE PIÉTÉ
m'y icloiiir. Je ii'ainio rien de tout co que je vois; je ne veux point ni'aiincr inoi-niènie. Venez , Seigneur, ô mon amour!
POVR LE .lOrU PF. s. THOMAS.
0 mon Dieu , ouvrez-moi les yeux ; élargissez mon cœur, pour me faire comprendre ef sentir les dons que vous avez mis dans cet apôtre. Esprit qui l'avez envoyé, qui l'avez conduit, qui l'avez rempli, remplissez-moi, inspiroz-moi. transformez-moi en une créature nouvelle. 0 Père des lumières et des miséricordes , vous faites des hommes ce qu'il vous plaît. Ils semblent n'être plus hommes dès que vous parlez. Quel est donc cet homme toible, timide, vil selon le monde, pauvre, grossier, ignorant? où va-t-il? que prétend-il faire? Changer la face des nations les plus éloignées , vaincre par la seule vérité les peuples jusques auxquels les rois conquérans n'ont jamais pénétré par leurs armes, découvrir un nouveau monde, pour y porter une nouvelle loi. Entreprendre de telles choses sur le monde, c'est être bien mort à sa propre sagesse, c'est être bien enivré de la folie de la croix. C'est ainsi. Esprit destructeur, que vous anéantissez dans vos parfaits enfans toute sagesse, tout esprit propre, toute règle humaine, tout moyen raisonnable. Vous appelez ce qui n'est pas, pour confondre ce qui est. Vous vous plaisez à choisir ce qui est le plus vil , pour faire, aux yeux du monde surpris, ce qui est le plus grand et le plus impossible. Vous êtes jaloux de la gloire de votre ouvrage , et vous ne le voulez fonder que sur le néant. Vous creusez jusqu'au néant pour le fonder, comme les hommes sages dans leurs bâtimens creusent jusqu'au rocher ferme. Creusez donc en moi , ô mon Dieu , jusqu'à l'anéantissement de tout moimême. Esprit destructeur, renversez, mettez tout en désordre ; n'épargnez aucun arrangement humain ; défaites tout pour tout refaire. Que votre créature soit toute nouvelle, et qu'il ne reste aucune trace de l'ancien plan. Alors , ayant tout effacé , tout défiguré, tout réduit à un pur néant, je deviendrai en vous toutes choses, parce que je ne serai plus en moi rien de fixe. Je n'aurai aucune consistance, mais je prendrai dans votre main toutes les formes qui conviendront à vos desseins. C'est par l'anéantissement de mon être propre et borné, que j'en-
troiai dans volrr immensité divine. 0 qui If comprendra? ô qui me domiera des amcs qui aient le goût et l'attrait de la destruction? Si peu que ion réserve, on demeure borné. Quelque bonne que paroisse la réserve , quand c'est à l'égard de Dieu qu'on la fjiit, c'est un larcin; car timl lui est dû , puisque tout vient de lui. Plus les dons sont purs, |)lus il est jaloux de ne nous les point laisser posséder en propre. Il n'y a donc que l'entière destruction qui nous rende ses vrais insfrumens.
Faites de moi, Seigneur, comme deTliomas vntre apôtre. Il étoit de ces hommes anéantis, dont il est dit, qu'ils étoienl livrés à votre grâce. Il n'étoit rien ni par les richesses, ni par la réputation, ni par les talens, ni même par la veilu : c'étoit riiitirmilé même, où vous avez pris plaisir de faire reluire votre force. Il a porté voti'c nom jusqu'au fond de l'Orient, à ces peuples qui étoient assis dans la région de l'ombre de la mort, et qui n'avoient pas même des yeux pour voir la lumière. Le monde, tout monde qu'il est, critique, malin, scandalisé de tout, indocile , endurci , faux et trompeur jusqu'à se tromper lui-même, dégoûté de la vérité qui lui est odieuse, amateur insensé du mensonge qui le flatte ; ce monde n'a pas pu résister à celui qui n'étoit rien par lui-même et qui, par cet anéantissement, étoit tout en Dieu. Dieu parle dans sa chétive créature , et cette parole, qui a fait le monde, le renouvelle. 0 mon Dieu ! je l'entends, et je tressaille de joie au Saint-Esprit en le comprenant. Vous l'avez caché aux grands et aux sages, jamais ils ne l'entendront ; mais vous le révélez aux simples et aux petits. Tout consiste à s'apefisser et à s'anéantir. Tandis qu'on est encore quelque chose , on n'est encore rien , on n'est encore propre à rien ; ce qui reste même de plus caché , même de meilleur en apparence , résiste à tout ce que Dieu veut faire , et arrête sa main toute-puissante.
Mais quelle étendue cette vérité n'a-t-elle point ! Hélas ! où est l'ame courageuse qui veut bien n'être rien et qui laisse tout tomber , tout perdre, talens, esprit, amitié, réputation, honneur, vertu propre? Où sont-elles ces âmes de foi ? On fait comme Thomas incrédule ; on veut toucher, on veut s'assurer des dons de Jésus-Christ et de son avancement ; mais bienheu- Tcux ceux qui croient sans voir ' , et qui adorent Dieu eu esprit et en vérité par le sacrifice d'holocauste , qui est la perte totale de tout ce qui
1 Joan. X. 29.
MANUEL DE Pltlt.
est en nous! Voilà ce qui fait la vie apostolique, lransfornu''e en Jésus-Christ.