DE LA MORALE ET DE LA PEUFECTION CHUÉTIENNE
AVIS A INE PERSONE Dl" MONDE , SIR LE BON EM- PLOI 1)1' TEMPS , ET SIR LA SANCTIFICATION DES ACTIONS ORDINAIRES.
Je comprends que ce que vous flcsircz de moi n'est pas seulement d'établir de grands princi{)es pour i)rou\er la nécessité de bien emplover le temps: il y a long-temps que la grâce vous en a persuadé. On est heureux quand on trouve des âmes avec qui il y a , pour ainsi dire, jtlus de la moitié du chemin de fait. ÎSIais que cette parole ne paroisse pas vous flatter; il en reste encore beaucoup à faire , et il y a bien loin depuis la persuasion de l'esprit, et même la bonne disposition du cœur, jusqu'à une jiralique exacte et fidèle.
Rien n'a été plus ordinaire dans tous les temps, et rien ne l'est plus encore aujourd'hui, que de rencontrer des aines parfaites et saintes en spéculation. Vous les connaîtrez par leurs œuvres et par leur conduite , dit le Sauveur du monde *. Et c'est la seule règle qui ne trompe point , pourvu qu'elle soit l>ien développée : c'est par là que nous devons juger de nousmêmes.
Il y a plusieurs temps à distinguer dans votie vie; mais la maxime qui doit se répandre universellement sur tous les temps, c'est qu'il ne doit point y en avoir d'inutiles; qu'ils entrent fous dans l'ordre et dans l'enchaînement de notre salut ; qu'ils sont tous chargés de plusieurs devoirs que Dieu y a attachés de sa pro- [ire main , et dont il doit nous demander compte: car, depuis les |»remiers instants de
♦ Matlh. vil. 15.
notre être jusqu'au dernier moment de notre vie^ Uieu n'a point prétendu nous laisser de temps vide, et qu'on puisse dire qu'il ail abandonné à notre discrétion , ni pour le perdre. L'importance est de connoître ce qu'il désire que nous en fassions. (Jn y parvient , non par une ardeur empressée et inquiète , qui scroit plutôt capable de tout brouiller que de nous éclairer sur nos devoirs, mais par une soumission sincère à ceux qui nous tiennent la place de Dieu ; en second lieu , par nu cœur pur et droit qui cherche Dieu dans la simplicité, et qui combat sincèrement toutes les duplicités et les fausses adresses de l'amour-propre à mesure (ju'il les découvre : car on ne perd pas seulement le temps en ne faisant rien ou en faisant le mal , mais on le perd aussi en faisant autre chose que ce que l'on devroit , quoique ce que l'on fait soit bon. Nous sommes étrangement ingénieux à nous chercher nous-mêmes perpétuellement; et ce que les âmes mondaines font grossièrement et sans se cacher, les personnes qui ont le désir d'être à Dieu le font souvent plus finement, à la faveur de quelque prétexte, qui, leur servant de voile, les empêche de voir la difformité de leur conduite.
Un moyen général pour bien employer le temps, c'est de s'accoutumer à vivre dans une dépendance continuelle de l'Esprit de Dieu, recevant de moment en moment ce qu'il lui plaît de nous donner: le consultant dans les doutes oi^i il faut prendre notre parti snr-le-chanq» ; recourant à lui dans les alfoiblisscments où la vertu tombe comme en défaillance: l'invoquant et s'élevant vers lui , lorsque le cœur , entramé par les objets sensibles, se voit conduit imperceptiblement hors de sa route , se surprend dans l'oubli et dans l'éloigneinent de Dieu.
INSTRUCTIONS, etc.
Heureuse l'ame qui , par un nMioncenienl sincère à olle-niènie. se tionl sans cesse entre les mains de sou ('réatein*. prèle à l'aire tout ce qu'il vouiira, et tpii ne se lasse point de lui dire cent t'ois l'* jour : Sri'jncKr , (jiie rotifvz-t'uus <jue j'i' fusse ' '/ /•Sii.sfitjiwz-ntoi à /aire cnfrr sainte volante , parer que vous êtes mon Iheu ' . Vous montrer»"/, que \ous êtes mon Dieu eu iin' rcnsei^Miaul . et moi que je suis votre crèaliin' eu vous oltèissuit, V.n (juelles n\aius , ^raud Dieu, serois-je mieux que dans les vôtres? Ilois de là mon ame est toujours exposée aux attaques de SCS ennemis, et mon salut toujours en danger. Je ne suis qu'ignorance et que l'oiblesse: et je tieudrois ma perle assurée, si vous nie laissiez à ma propre conduite, disposant à mon gré du temps précieux que vous me donnez pour me sanctifier, et marchant aveuglément dans les voies de mon propre C(rnr. Kn cet état que pourrois-je taire à toute heure, qu'un mauvais choix ? et que serois-je tapahle d'opérer en moi, qu'un ouvrage d'amour-propre, de péclu' et de daumation? Elnvoycz donc. Seigneur. Notre lumière pour guider mes pas : distrihuezinoi vos grâces en toutes occasions selon mes hesoins , comme on distribue la nourriture aux enfans selon leur Age et selon leur t'oililesse. Apprenez-moi, par un saint usage du temps présent que vous me donnez , à répaier le passé , et à ne jamais conqiter follement sur l'avenir.
Le temps des all'aires et des occupations extérieures n'a hesoin . pour être hien employé, que d'une simple attention aux ordres de la divine Providence. Connue c'est elle qui nous les prépare el qui nous les présente , nous n'avons (ju'à la suivre avec docilité . et soumettre entièrement à Dieu notre humeur , notre volonté proj)re , notre flélicatesse , notre inquiétude, les retours sur nous-mêmes, ou bien l'épancliement , la précipitation , la vaine joie et les autres passions qui viennent à la traverse, selon que les choses (jue nous avons à traiter nous sont a^'réahles ou incommodes. 11 faut hien prendi(,' garde à ne se pas laisM-r accabler par ce qui vient du dehors, et à ne se pas noyer dans la nndlilude des occupations extérieures , quelles qu'elles |)uissent être.
Nous devons t;\<:lier Ait commencer toutes nos entrejirises dans la \ue de la pure gloire ilr Dieu , les (•onlinucr sans disssi|ialion , et les liiiir sans empressement et sans impatience.
Le temps des entreliens et di-s divrrtisseriH'iis est le plus dangcureux \»mv m<mi> . cl pcul cire
Art. \\.
' IS. INLII. I(».
le plus utile pour les autres: on y doit être sur ses gardes, c'est-à-dire plus fidèle en la présence de Dieu. La pratitjuede la vigilance chrcliciuie. tant rccominaiid(''e par nuire Seigneur, les as|»iratious cl les (''lévalious rl'esprit <'l de Cicur vers Dieu, nnn-seidemcnl lui liitiicilcs mais actuelles, autant qu'il est possible, par les vues simples (pie la foi donne ; la dépendance douce cl paisible (juc l'ame garde einei's la grâce , qu'elle ri-couiioîl pour le seul [trinci[)e de sa sùrelé cl de sa force: tout cela dtiil êtn- mis alors eu usage pour se préserver du poison subtil (pii est souvent caché sous les entretiens et les [daisirs , et pour s;ivoir placer avec sagesse ce qui peut instruire et édifier les autres. Cel i est nécessaire surtout jmur ceux qui ont entre les mains un grand p(Mi\oir , el dont les paroles peuvent faire ou tant de bien ou taiil de mal.
Les temps libres sont ordinairement les plus doux et les plus utiles [lour nous-mêmes. Nous ne pouvons guère eu faire un meilleur emploi (pie de les consacrer à i-éparer nos forces (je dis même nos forces corporelles) dans un commerce plus secret et plus intime avec Dieu. La prière est si nécessaire, et est la source de tant d(^ biens, que l'ame qui a trouvé ce trésor ne peut s'empêcher d'y revenir dès qu'elle est laissée à elle-même.
Il y auroit d'autres choses à vous dire sur ces trois sortes de temps ; peut-être pourrois-je en dire quelque chose, si les vues qui me frapj)eut présentement ne se perdent pas : en tout cas , c'est une fort petite perle. Dieu donne d'autres vues quand il lui plaît : s'il n'eu donne pas, c'est une marque qu'elles ne sont |)as nécessaires ; et dès qu'elles ne sont pas nécessaires pour ivitre bien , nous devons être bien aises qu'elles soient perdues.
AVIS A TNK PERSONNE DE l.A COI U. SE PEIlMF.rTnE
SANS SCIUTII.E lES ni\ EIITISSEMENS ATr\( MKS A
SON État: i.es sanctiku-u pak i\r imkntion ri UE.
\(>i S ne devez point , ce me semble , vous embarrasser sur les divertissemens où vous ne piiiiNc/. ('•\ilci' lie prciidic part. Il \ a bien des gens (pii \culent (pi'nii gémisse de t(JUt , el i|u'on se gêne continuellement en excitant en soi le dégoût des amusemeiis auxipiels ou est
INSTKl CTiUNS su; I.A MORALE
assujelli. l'tmr moi, j'avoue (jue je ne saiirois nracioriinioiler lie celle ligidilé. J'aime mieux quelque chose de plus simple , et je cinis que Kieu même l'aime lu-aucoiip mieux, nuaud les divertissemeus soni iuuocens eu eux-mêmes, et (ju'ou y eulre par les iv^les de l'élal où la Providence nous mel , alors je crois qu'il sut'lit d'y prendre pari avec modéraliou et dans la vue do Uieu. Dès manières plus sèches , plus réservées , moins complaisanles et moins ouvertes, ne scrviroicnf qu'à donner une fausse idée de la piété aux gens du monde, qui ne sont déjà que tro|) pi'éoccupés contre elle . et qui croiroieni qu'on ne peut stM-vii- Dieu que par une vie sombre et chagrine.
Je conclus donc que (luand Dieu met dans certaines places qui engagent à être de tout, au lieu où vous êtes, il n'y a qu'à y demeurer en paix sans se chicaner continuellement soimême sur les motiis secrets qui peuvent inseusiblemeut se glisser dans le cœur. On ne finiroit jamais si on vouloit continucîlenient sonder le fond de son conu'; et en voulant sortir de soi pour chercher Dieu, on s'occuperoil trop de soi dans ces examens si fréqucns. Marchons dans la smiplicilé du cœur avec la paix et la joie, qui sont les fruits du Saint-Esprit. Qui marche en la présence de Dieu dans les choses les plus indifiérentes , ne cesse point de faire l'œuvrede Dieu, quoiqu'il ne paroisse rien faire de solide et de sérieux. Je suppose toujours qu'on est dans l'ordre de Dieu, et qu'on se conforme aux règles de la Providence dans sa condition en faisant ces choses indifférentes.
La plupart des gens, quand ils veulent se convertir ou se réformer, songent bien plus à remplir leur vie de certaines actions difficiles et extraordinaires, qu'à purifier leurs intentions, et à mourir à leurs inclinations naturelles dans les actions les plus conununes de leur état : en quoi ils se trompent fort souvent. Il vaudroit beaucoup mieux changer moins les actions , et changer davantage la disposition du cœur qui les fait faire. Quand on est déjà dans une vie honnête et réglée, il est bien plus pressé, pour devenir véritablement chrétien, de changer le dedans que le dehors. Dieu ne se paie ni du bruit des lèvres, ni de la posture du corps, ni des cérémonies extérieures : ce qu'il demande, c'est une volonté qui ne soit plus partagée entre lui et aucune créature ; c'est une \ olonté souple dans ses mains , qui ne désire et ne rejette rien, qui veuille sans réserve tout ce qu'il veut , et qui ne veuille jamais, sous aucun prétexte, rien de tout ce qu ilue veut pas.
Portez C(^lte vohuité toute simple , cette volonté toute pleine de celle de Dieu , partout où sa providence vous conduit. Cherchez Dieu «lans ces heures (jui paroissent si vides; et elles seront pleines pour vous, puisque Dieu vous y soutiendra. Les anuisemcns même les plus inutiles se lourneront en bonnes œuvres , si vous • ji'v eiilivz (|ue selon la vraie bienséance, et pour vous y conformer à l'ordre de Dieu. Que le ca-nr est au large quand Dieu ouvre cette voie de sim|)licilé! On marche comme de petits enfans. que la mère mène [lar la main, et qui se laissent mener sans se mettre c'i peine du lieu où ils vont. On est content d'êtic assujetti, ou est content d'être libre ; on est prêt à parler , on est prêta se taire. Quand on ne peut dire des choses édiliantes, on dit des riens d'aussi bon cœur; on s'amuse à ce que saint François de Sales appelle des joj/eusetéf;: par là on se délasse en délassant les autres.
Vous me direz |)eut-être que vous aimeriez mieux être occupée de quelque chose de plus sérieux et de plus solide. Mais Dieu ne l'aime pas mieux pour vous, puisqu'il choisit ce que vous ne choisiriez pas. Vous savez que son goût est meilleur que le vôtre. Vous trouveriez plus de consolation dans les choses solides dont il vous a donné le goût; et c'est cette consolation qu'il veutvousôter; c'est ce goût qu'il veut mortifier en vous, quoiqu'il soit bon et salutaire. Les vertus mêmes ont besoin d'être purifiées dans leur exercice, par les contre-temps que la Providence leur fait souffrir pour les mieux détacher de toute volonté propre. 0 que la piété , quand elle est prise par le principe fondamental de la volonté de Dieu, sans consulter le goût, ni le tempérament, ni les saillies d'un zèle excessif, est simple, douce, aimable, discrète et sûre dans toutes ses démarches ! On vit à peu près comme les autres gens, sans affectation, sans apparence d'austérité, d'une manière sociable et aisée , mais avec une sujétion perpétuelle à tous ses devoirs, mais avec un renoncement sans relâche à tout ce qui n'entre point d'un moment à l'autre dans l'ordre de Dieu sur nous , enfin avec une vue pure de Dieu , à qui on sacrilîe tous les mouvemens irréguliers de la nature. Voilà l'adoration en esprit et en vérité que Jésus-Christ et son Père cherchent. Tout le reste n'est qu'une religion en cérémonie , et plutôt l'ombre que la vérité du christianisme.
Vous me demanderez sans doute par quels moyens on peut parvenir à se conserver dans cette pureté d'intention, dans une vie si commune, et qui paroit si amusée. On a bien de la
ET LA l'KFtFF.CTInN CMMKTIKNNK.
peine . iliicz-Miiis , à dolondit' son cd'iir cniilif le torrent des passions et des ni<iu\ai> exenipli's dti monde, lorsqu Un est a tonle heure en ^ardf c(tnlre soi-inèn)e ; coinnient ponrra-l-on donc espérer de se soutenir, si l'on s'expose a\ef laril de facilité aux divertissemeiis qui enipoisonncnl, ou qiii du moins dissipent axec tant de daii^'er une aine rlnetiemie .'
J'avoue 11' danu'er . et je le crois encore [dus grand (|n"on ne suiu'oit le dire. Je conviens de la nécessité de se précaulionner contre tant de pièges; et voici à quoi je xondrois réduire ces précautions.
Premirreinent, je crois que nous devez (>o>er |>our fondement de tout la lecture et la |)rière. Je ne parle point ici d'une lecture de curiosité pour vous rendre savante sur les questions de religion; rien nesl plus vain, plusmdéceul, plus dangereux. Je ne vomlrois que de^ lectures sini- [>les, éloignées des moindres sulitililés, bornées aux choses dune pratique sensible et qui soient toutes tournées à nourrir le cœur. Evitez tout ce qui excite l'esprit, et qui fait perdre cette heureuse simplicité qui rend l'amc docile et soumise à tout ce que l'Eglise enseigne. Quand vous ferez vos lectures, non pour savoir da\antage. mais pour ajtprendre mieux à vous délier de vous-même , elles se tourueront toutes à profit. Ajoutez à la lecture la prière , où vous méditerez en profond silence quelque grande vérité de la religion. Vous pouvez le faire en vous attachant à quelque action on à quelque parole de Jésus-Christ. Après avoir été convaincue de la vérité que vous voudrez considérer , faites-en l'application sérieuse et précise pour la correction de vos défauts en détail ; formez vos résolutions devant Dieu, et dcnicuidez-lui qu'il vous anime |iour vous faire accomplir ce qu'il vous donne le courage de lui promettre. Quand vous apercevrez que votre esprit s'égarera pendant cet exercice , ramenez-le doucement sans vous inquiéter , et sans vous décourager jautais de rinq)ortunité de ces distractions qui sont opiniâtres. Tandis qu'elles seront mvolontaiies , elles ne |)ourroiit vous nuire; au contraire , elles vous serviront plus qu'une prière accompagnée d'une consolation et d'une ferveur toute sensible: car elles vous humilieront, vous mortilieront, et vous accoutumeront il chercher Dieu |iurement [)oui' luimême sans ml'Iange d'aucun plaisir. l*our\u que vous soyez fidèle à vous dérober des temps réglés soir et matin pour pratiquer ces choses , vous verrez (ju'elles \ous ser\iront de contrej)oison contre les dangers (jui vous euviroimeul.
Je .lis h- soir et If malin, parce qu'il faut renouveler (le temps en temps la nourriture de lame aussi bien que celle du corps , pour cmpt'chcr qu'elle ne tombe en dfl'aillance en s'cpiiisaul dans le conunerce des créatures. Mais il faut être ferme contre soi et contre les autres |)our réserver toujours ce temps. II ne faut jamais se laisser entraîner aux occupations exléliiMires, tpielque bonnes (|u'ellfs soient. jus(ju à pt'nlrc le temps de se iKMirrir.
La seconde précaution que je crois nécessaire, est de prendre, suivant qu'on est libre et qu'on sent son besoin, certains jours pour se retirer entièrement et pour se recueillir. C'est là qu'on guérit secrèlement aux pieds de Jésus- Chris! toutes les plaies de son cœur , et qu'on ell'ace toutes les impressions malignes du monde. Cela sert même à la santé ; car , pourvu qu'on sache user simplement de ces courtes retraites , elles ne reposent pas moins le corps que l'esprit.
Troisièmement , je suppose que vous vous bornez aux divertissemens convenables à la ju-ofession de piété que vous faites, et au bon exemple que le monde même attend de vous. Car le monde, tout monde qu'il est, veut que ceux qui le méprisent ne se démentent en rien dans le mépris qu'ils ont pour lui, et il ne peut s'empêcher d'estimer ceux par qui il se voit méprisé de bonne foi. Vous comprenez bien que les vrais chrétiens doivent se réjouir de ce que le monde est un censeur si rigoureux ; car ils doivent se réjouir d'être par là dans une nécessité plus pressante de ne rien faire qui ne soit édifiant.
Enlin, je crois que vous ne devez entrer dans les divertissemens de la Cour, que par complaisance et qu'autant qu'on le désire. Ainsi, toutes les fois que vous n'êtes ni appelée ni désirée, il ne faut jamais paroitre, ni chercher à vous attirer indirectement une invitation, f^ar là vous donnerez à vos affaires domestiques et aux exercices de piété tout ce que vous serez libre de leur donner. Le public . ou du moins les gens raisonnables et sans liel contre la vertu, seront également édifiés , cl de vous voir si discnle pour tendre à la retraite quand vous êtes libre , et sociable pour entrer avec condescendance dans les divertissemens permis quand vous y serez appelée.
Je suis persuaile (ju'eu vous attachant à ces règles, qui sont simples, \ous attirerez sur vous une abondante bénédiction. Dieu, qui vous mènera comme par la main dans ces divertissenicus , NOUS N soutiendra. Il s'y fera sentir à
INSTRUCTIONS SUR LA MORALE
vous. La joie de sa présence vous sera plus douce que tous les plaisirs qui vous seront olVorls. Vous y scn>7. niodérôc, discrôte et rerucillif sans contrauife . sans afi'ootation, sans séclunrsso iiininimndo au\ autres. Vous serez, suivant la parole de saint l'aul , au milieu de ces choses comme n'y étant pas ; et y montrant néanmoins une humeur {ïaie el com|daisante , vous serez toute à tous.
Si vous apercevez (pie l'ennui \(uis alial «m que la joie vous évapore, vous reviemlrez doucement et sans vous troubler dans le sein du Père céleste, qui vous tend sans cesse les bras. Vous attendrez de lui la joie el la liberté d'esprit dans la ti'islesse . la modéralion et le recueillement dans la joie ; el vous verrez qu'il ne vons laissera manquer de rien. Un regard de conliauce , un simple retour de votre cœur sur lui vons renouvellera ; et , quoique vous sentiez souvent votre âme engourdie et découragée , dans chaque moment où Dieu vous a[ipli(juera à faire quelque chose, il vous donnera la facilité et le courage selon votre besoin. Voilà le pain quotidien que nous demandons à toute heure, et qui ne nous manquera jamais ; car notre Père , bien loin de nous abandonner , ne cherche qu'à trouver nos ctpurs ouverts pour y verser des torrens de grâce.