‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 59 sur 271 · I:T I.A I'F.HFECTION r.lIItKTIKNNR · texte numérisé non relu

I:T I.A I'F.HFECTION r.lIItKTIKNNR

La peine que l'on soufTre dans cet t'tal de siiji'lion, est nne lassitude de la nature qui voudiitil se cousnii'i', et non un attrait de l'esprit i\i' l>ieu. On croit rejrretter Dieu , et c'est soiiiirme i[u't»ii rcL'relte ; car ce ([ue l'on trouve de plus pénible dans cet état gênant et a};ilé, c'est (ju'on ne peut jamais être libre avec soinit^nie ; c'est le u'oùt du nmi ([ui nous reste, cl qui dcuianderoit un état plus calme pour jouira notre mode de notre es(irit; de nos seutimens et de toutes nos bonnes (jualités. dans la société de certaines personnes délicates qui seroicnt propres à nous faire sentir tout ce que le//jr</ ade llatteur; on bien on voudroit jouir en silence île Dieu et des douceurs de la piété, au lieu (pie Dieu veut jouu* de nous, et nous rouqire pour nous accommoder à toutes ses volontés.

Il mène les autres par l'ainertume des pri\atii>us : pour vous il vous conduit par l'accableincnl de la jouissance des vaines j)rospérités : il rend vdtre élat dur et pénible, à force d'y mettre ce que les aveugles croient qui l'ait la parfaite douceur de la vie. Ainsi il fait deux clioses salutaires en vous : il vous instruit par expérience, et vous fait mourir par les clioses qui entretiennent la vie corrompue et maligne du reste des hommes. Vous êtes comme ce loi cpii ne pouvoit rien toucher qui ne se convertît en or sous sa main ; tant de richesses le rendoient malheuieux : pour vous, vous serez heureuse eu laissant laire Dieu, et en ne voulant le trouver (jue dans les choses où il veut être [lour vous.

Kn [)ensant à la misère de votre faveur, à la servitude où vous gémissez , les paroles de Jésus-(^lirist à saint l'ierre me sont revenues dans l'esprit : Ant/'f fois tu mtrrchois cuuinie tu ruulois / mais tjuand tu seras daus un nf/e plus (wancé, un autre plus furt que toi te guidera et te tiù'iiera ou tu ne voudras pas aller '. Laissezvous aller et mener , n'hésitez point dans la voie ; vous irez , comme saint Pierre , où la nature jalouse de sa vie et de sa liberté ne veut point aller : vous irez au pur amour, au parfait renoncement, à la mort totale de votre propre \olouté, en accomplissant celle de Dieu qui vt)us mène selon sou bon plaisir.

11 ne faut pas atleudr»; la Idierlé et la retraite pour se détacher de tout , et pour vaincre le vieil homme : la vue d'une situation libre n'est (prime belle idée ; peut-être n'y parviendrons-nous jamais. Il laiil se tenir prêt à mourir

' Juan. \xi. iH.

dans la ser\itude de notre élat. Si la Providence pré\ieiit nos projets de retraite , nous ne sommes point à nous ; et Dieu ne nous demandera (pie ce ipii dépend de nous. Les Israélites dans Babsloue soiH)iroieut après Jérusalem ; mais combien y en eut-il qui ne revirent jamais Jérusalem, et qui Unirent leur vie à Habyloiie ! Quelle illusion, s'ils eussent toujours dilVéré. jusqu'à ce temps de leur retour dans leur pallie, à servir (idèleiiient le vrai Dieu , et à se peilectiomier ! l'eiit-êlre serons-nous comme ces Israélites.

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