DE LA PRV^SENCE DE DIEU : SON UTILITE , SA PRATIQUE
Le principal ressort de notre perfection est lenfermé dans celte parole que Dieu dit autrefois à Abraham : Marchez en ma présence , et vous serez parfait '. La présence de Dieu calme l'esprit , donne un sommeil tranquille et du repos, même pendant le jour, au milieu de tous les travaux ; mais il faut être à Dieu sans aucune réserve. Quand on a liouvé Dieu, il n'\ a plus rien à chercher dans les hommes; il faut faire le sacrifice de ses meilleurs amis : le bon ami est au dedans du cœur; c'est l'Epoux , qui est jaloux et qui écarte tout le reste.
11 ne faut pas beaucoup de temps pour aimer Dieu , pour se renouveler en sa présence , pour élever son cœur vers lui, ou l'adorer au foud de son cœur, pour lui offrir ce que l'on fait et ce que l'on souffre; voilà le vrai roijaurtie de Dieu au dedans de nous ^, que rien ne peut troubler.
Quand la dissipation des sens et la vivacité de l'imagimation empêchent l'ame de se recueillir d'une manière douce et sensible , il ûiut du moins se calmer parla droiture de la volonté ; alors le désir du recueillement est une espèce de recuedlement qui suffit . il faut se retourner vers Dieu , et faire avec droite intention tout ce qu'il veut que l'on fasse. Il faut lâcher de réveiller en soi de temps en temps le désir d'être
» G«D. XVII. I . — * Luc. XVII. 21 .
à Dieu de toute l'éfcndue des puissances de notre ame , c'esl-à-dire de notre esprit , pour le connoitre et pour penser à lui , et de notre volonté |iour l'aimer. Désirons aussi que nos sens extérieurs lui soient consacrés dans toutes leurs opérations.
Prenons garde de n'être point trop longtemps occupés volontairement , soit au dehors, soit au dedans , à des choses qui causent une si grande distraction au cœur et à l'espril , et qui tirent tellement l'un et l'autre hors d'euxmêmes . qu'ils aient peine à y rentrer pour trouver Dieu. Dès que nous sentons que quelque objet étranger nous donne du plaisir ou de la joie , séparons-en notre canir, et, pour l'empêcher de prendre son repos dans cette créature, présentons-lui aussitôt son véritable objet el son souverain bien qui est Dieu même. Pour peu que nous soyons fidèles à rompre intérieurement avec les créatures, c'est -à-dire à empêcher qu'elles n'entrent jusque dans le fond de l'anie, que noire Seigneur h'esl réservé pour y habiter el pour y être respecté ;, adoré cl aimé , nous goûterons bientôt la joie pure que Dieu ne manquera pas de donner à une ame libre et dégagée de toute affection humaine.
Quand nous apercevons en nous quelques désirs empressés pour quelque chose que ce puisse être, et que nous voyons que notre humeur nous porte avec trop d'activité à tout ce qu'il y a à faire, ne fût-ce qu'à dire une parole, voir un objet , faire une démarche ; tâchons de nous modérer, et demandons à notre Seigneur qu'il arrête la précipitation de nos pensées et l'agitalion de nos actions extérieures , puisque Dieu a dit lui-même que son esprit n'habite point dans le trouble.
Ayons soin de ne prendre pas trop de part à tout ce qui se dit et se fait , et de ne nous en pas trop remplir; car c'est une grande source de distractions. Dès que nous avons vu ce que Dieu demande de nous dans chaque chose qui se présente, bornons-nous là , et séparons -nous de tout le reste. Par là nous conserverons toujours le fond de notre ame libre et égal , et nous retrancherons bien des choses inutiles qui embarrassent notre cœur, et qui l'empêchent de se tourner aisément vers Dieu.
Un excellent moyen de se conserver dans la solitude intérieure el dans la liberté de l'esprit, c'est , à la fin de chaque action, de terminer là toutes les réflexions, en laissant tomber les retours de l'amour-propre , tantôt de vaine joie , tantôt de tristesse, parce qu'ils sont un de nos plus grands maux. Heureux à qui il ne demeure
ET LA PERFECTION CHRÉTIENNE
rien dans l'esprit que le nécessaire, el qui ne pense à chaque cliosc que quand il est temps J'y penser! ilc sorte que c'est j)lulAl Dieu qui en réveille l'iiupi-ession par la \ue de sa volonté qu'il faut acconq)lir , que non pas l'esprit luimême qui se met en peine de les prévenir el de les chercher. Euliu , accoutuiuons-iious à nous rappeler à uous-inénies , durant la journée et dans le cours de nos enqjjois, par nue simple vue de Dieu. Tranquillisons par là tous les uiouvemens de notre cœur , dès que nous le voyoïis agité. Séparons-nous de tout plaisir qui ne vient point de Dieu. Hctranchons les pensées et les rêveries inutiles. Ne disons point de paroles vaines. Cherchons Dieu au dedans de nous . et nous le trouverons inl'aillihleinent , et avec lui la joie et la paix.
Dans nos occupations extérieures, soyons encore plus occupés de Dieu que de tout le reste. F*ûur les bien faire , il les faut faire en sa présence , et les faire toutes pour lui. A l'aspect de la majesté de Dieu , notre intérieur doit se calmer et demeurer tranquille. Lue parole du Sauveur calma autrefois tout d'un coup une mer furieusement agitée : un regard de lui \ers nous et de nous vers lui devroil faire encore tous les jours la même chose.
Il faut élever souvent son cœur \eis Dieu : il le purifiera, il l'éclairera, il le dirigera. C'étoit la pratique journalière du saint prophète David : J'avois toujours , dit-il * , le Seigneur devant mes yeux. Disons encore souvent ces belles paroles du même prophète : Qui est-ce que je dois chercher dans le ciel et sur la teire , sinon vous , ô mon Dieu ? l ous êtes le Dieu de mon cœur, et mon unique partage pour jamais *. Il ne faut point attendre des heures libres où l'on puisse fermer sa porte : le moment qui fait regretter le recueillement peut le faire pratiquer aussitôt. 11 faut tourner son cœur vers Dieu dune manière simple, familière et pleine de conliance. Tous les momensles plus entrecoupés sont bons en tout temps, même en mangeant , en écoutant parler les autres. Des histoires inutiles et ennuyeuses, au lieu de fatiguer, soulagent en donnant des intervalles et la liberté de se recueillir. Ainsi tout tourne à bien pour ceux qui aiment Dieu.
Il faut souvent faire des lectures proportionnées à son gûùl et à son besoin , mais souvent interronqnies pour faiie jtlace Iv l'esprit intérieur qui met en recueillement. Deux mots simples et pleins de l'Esprit de Dieu sont la manne
» V% \v. 8. — » Ibid. Lwii, -20 II iC.
cachée. On oublie les paroles, mais elles opèrent secrèteuKMif ; lame s'en nourrit et en est engraissée.