T ].\ PKRFRr.TKiN (Hmi'TFRNNK
il7
(jui los a sauvées, poiii' ainsi dire. iDalirrc' fllcsiiièiiu's , cl qui a |)ris plaisir à U'iir l'ain' aillant ilo bien qu'elles se t'aisoieni de mal.
Desanicseutièremcul pures et désapropriées, telles que eelles des saints dans le ciel, re^arderoieut avec autant d'amour et de CDinplaisance les miséi'icordes répamlues sur les autres tpie les miséricordes (ju'elles oui reçues ellesmêmes; car, ne se comptant plus pour liiii . elles aiment autant le bon plaisir de Dieu, les richesses de sa grâce , et la gloire qu'il tire de de la sanctilicalion d'autrui. cpie cellequ'illire de leur propre sauctilication. Tout est alors égal , parce que le ///o/ est perdu et anéanti, le »io/ n'est pas plus moi quoutrid : c'est Dieu seul qui est tout en tous; c'est lui seul qu'on aime, qu'on admire, et qui fait toute la joie du cœur dans cet amour céleste et désintéressé. Ou est ravi de ses miséricoides , non pour l'amour de soi, mais pour l'amour de lui. On le remercie d'avoir fait sa volonté, et de s'être glorilié luimême , comme nous lui demandons dans le Pater qu'il daigne faire sa volonté et donner gloire à son uom. En cet état, ce n'est plus pour nous que nous demandons , ce n'est plus pour nous que nous remercions. Mais, en attendant cet état bienlid\u"eux , l'ame, tenant encore à soi, est attendrie par ce reste de retour sur elle-même. Tout ce qu'il y a encore de ces retours excite une vive reconnoissance : cette reconnoissance est un amour encore un peu mêlé et recourbé sur soi ; au lieu que la reconnoissance des âmes perdues en Dieu , telles que celles des saints, est un amour immense, un amour sans retour sur l'intérêt propre , un amour aussi transporté des miséricordes faites aux autres que des miséricordes faites à soimême ; un amour qui n'admire et ne reçoit les dons de Dieu que pour le pur intérêt de la gloire de Dieu même.
Mais comme rien n'est plus dangereux que de vouloir aller au-delà des mesures de son état, rien ne seroit plus nuisible à une amc qui a besoin d'être soutenue par des sentimens de reconnoissance , que de se priver de cette nourriture qui lui est propre, et de courir a|)rcs des idées d'une |dus liaiilt» perfection ijui ne lui con- Niennent pas.
Ouand l'ame est touchée du souvenir de tout ce que Dieu a fait pour elle, c'est une marque certaine qu'elle a besoin de ce souvenir' , supposé même (|u'elle ait dans ce sou\eiiir une certaine joie intéressée sur son bonheur. Il faut laisacr celte joie en liberlé et dans toute son étendue; car l'amour, quoique intéresse, sanc-
tilic rame ; cl il l'aiil atlciidrc patiemmentque Dieu lui-même \jcuiic l'épurer, (^e seroit le [•revenir , et entreprendre ce qui est réservé à lui seul, (jue d« vouloir ('itéra l'homme tous les motifs oii l'iiiliMcl propre se mêle avec celui de Dieu. I, homme lui-même ne doit point gêner son co'ur là-dessus, ni renoncer avant le temps aux a[>puis dont sou inlirmité a besoin. I /enfant (pii marche Vul avant qu'on le laisse aller tombera bientôt. Ce n'est point à lui à ôter les lisières avec lesquelles sa gouvernante le sniiiiiii.
Vivons donc de reconnoissance , tandis (jue la rccomioissance , même intéressée , servira à nourrir notre co'Ui-. Aimons les miséricordes de Dieu, non -seulement pour l'amour de lui et de sa gloire, mais encore pour l'amour de nous cl de notre bonheur élernol , tandis que cette vue aura j)()ur nous un certain soutien j)roportionné à noire état. Si dans la suite Dieu ouvre notre cœur à un amour plus épure et plus généreux, à un amour qui se perdroit en lui sans retour et qui ne verroit plus que sa gloire, laissons-nous entraîner sans retardement ni liésilation à cet amour si parfait.
Si donc nous aimons les miséricordes de Dieu ; si elles nous ravissent de joie et d'admiration par le seul plaisir de voir Dieu si bon et si grand : si nous ne sommes plus touchés que de l'accomplissement de sa volonté, de sa gloire qu'il trouve comme il lui plaît, de la grandeur avec laquelle il fait un vase d'honneur de ce qui étoit un vase d'ignominie ; rendons-lui grâces encore plus volontiers, puisque le bienfait est plus grand, et que le plus pur de tousles dons de Dieu est de n'aimer ses dons que pour lui, sans se chercher soi-même.
UKALITK riE I.'aMOIR PIH. I.'aMOIH INTERESSE ET
i.'amolii désintéressé ont levr saison.
PornoLoi aimc-t-on mieux voir les dons de Dieu eu soi qu'en autrui, si ce n'est [)ar attachement à soi? Ouiconque aime mieux les voir en soi que dans les autres , s'affligera aussi de les voir dans les autres plus jiarfaits qu'en soi ; cl Miilà la jalousie. Oue faut-il donc faire? Il faut se réjoiur de ce que Dieu fait sa volonté en nous, et y règne , non |)our notre bonheur, ni pniir iKilie [lerfection en tant (pTi-lle est la
I is
INSTHLCTIONS SUU I.A MORALE
nôtiT, mais |)oiii' le l>nii [ilaisii- de l>iou c\ poiir sa pure eloiro.
Hcrnarquoz lù-dossiis dt'ux rlinsi-s: l'iinf, que ton! ceci n'est |)oiiil une srtblililé creuse ; car Dieu , qui >eut (lé[uuiillcr l'auie j)our la perrectinnner et la poiii'suiNre sans relâche jusqu'au plus pur amour , la l'ait passer réellement par ces épreuves d'ellt-niome, et ne la laisse point enreposjusqu'àcequ'il aitôtcàson amour tout retour et appui en soi. Rien n'est si jaloux, si sévère et si délicat que ce principe du |iur amour. 11 ne sauioit souiVrir mille choses qui nous sont inq)erceptil)lesdans un étal commun ; et ce que le commun des personnes pieuses appelle subtilité, paroît une chose essentielle à l'ame que Dieu veut déprendre d'elle-même. C'est connue l'or qui se puritie au creuset ; le t'en consume tout ce qui n'est pas le pur or. Il faut aussi qu'il se fasse comme une fonte universelle du cœur , pour piuilicr l'amour divin.
Li\ seconde chose à remarquer, est que Dieu ne poursuit pas ainsi en celte vie toutes les âmes. H y en a uu nombre iulirii de très pieuses qu'il laisse dans quelque retour sur elles-mêmes : ces retours mêmes les soutiennent dans la pratique des vertus , et servent à les purifier jusqu'à un certain point. Rien ne seroit plus indiscret et plus dangereux que de leur ôter celte occupation consolante des grâces de Dieu par rapport à leur propre perfection. Les premières personnes ont une reconnoissance désintéressée; elles rendent gloire à Dieu de ce qu'il fait en elles pour sa pure gloire : les dernières s'y regardent aussi elles-mêmes , et unissent leur intérêt à celui de Dieu. Si les premières vouloient ôter aux autres ce mélange et cet appui en elles-mêmes par rapport aux grâces, elles feroient le même mal que si on sevroit un enfant qui ne peut encore manger: lui (Mer la mamelle, c'est le faire mourir. Il ne faut jamais vouloir ôter à une ame ce qui la nourrit encore, et que Dieu lui laisse pour soutenir son infirmité. C'est détruire la grâce que de \ouloir la prévenir. Il ne faut pas aussi que le second genre de personnes condamne les autres, quoiqu'elles ne soient point occupées de leur propre perfection dans les grâces qu'elles reçoivent. Dieu fait en chacun ce qu'il lui plait : C Esprit souffle oh il veut * et comme il veut. L'oubli de soi dans la pure vue de Dieu est un état où Dieu peut faire dans une ame tout ce qui lui est le plus agréable. L'importance est que le second genre
de personnes ne soit point curieux sur l'état des autres, il «pie les autres ne veuillent point leur l'aire coniioitre les épreuves auxquelles Dieu ne les appelle pas.
ÉCOUTER LA PAROLE iNTF.RIEURE DE l'eSPRIT SAINT : SLIVRE l'inspiration QCI NOUS APPELLE A IN FMUR nÉPOVILLF.MENT.
Il est certain , par l'Ecriture ' , que l'Esprit deDieu habite au dedans de nous, qu'il y agit, qu'il y |)iie sans cesse, qu'il y gémit, qu'il y désire, qu'il y demande ce (jue nous ne savons pas nous-mêmes demander ; qu'il nous pousse , nous anime, nous parle dans le silence, nous suggère toute vérité, et nous unit tellement à lui que nous ne sommes plus (\\xun même esprit avec Dieu ^ Voilà ce que la foi nous apprend; voilà ce que les docteurs les plus éloignés delà vie intérieure ne peuvent s'empêcher de reconnoître. Cependant, malgré ces principes, ils tendent toujours à supposer, dans la pratique , que la loi extérieure, ou tout au plus une certaine lumière de doctrine et de raisonnement , nous éclaire au dedans de nous-mêmes , et qu'ensuite c'est notre raison qui agit jnu" elle-même sur cette instruction. On ne compte point assez sur le docteur intérieur, qui est le Saint-Esprit , et qui fait tout en nous. Il est l'ame de notre ame : nous ne saurions former ni pensée ni désir que par lui. Hélas! quel est donc notre aveuglement! Nous comptons comme si nous étions seuls dans ce sanctuaire intérieur; et tout au contraire. Dieu y est plus intimement que nous n'y sommes nous-mêmes.
Vous me direz peut-être : Est-ce que nous sommes inspirés? Oui , sans doute; mais non pas comme les prophètes et les apôtres. Sans l'inspiration actuelle de l'esprit de grâce , nous ne pouvons ni faire , ni vouloir , ni croire aucun bien. Nous sommes donc toujours inspirés; mais nous étouiï'ons sans cesse cette inspiration. Dieu ne cesse point de parler ; mais le bruit des créatures au dehors et de nos passions au dedans, nous étourdit et nous empêche de l'entendre. Il faut faire taire toute créature, il faut se faire taire soi-même , pour écouter dans ce profond silence de toute l'ame cette voix ineffable de l'Epoux. Il faut prêter l'oreille; car c'est
' Joan. m. 8.
1 Rom. vm. 9 : el Joan. xiv, t6. 'I Cor. vi. 47.
i:t la riii'iiKciiM.N (.iii;i;iii:nm:.