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une voix douce ci ilclicato , (jiii n'osl (miIimuIuc ipiede ceux qui n'ouleudcul plus loul lo icslf. " (ju'il est rare que l'auie se taise assi-/, piMir laisser parler Uiew ! [,e moindre nnnMUure de nos vains désiis, ou d'iiu amour-propre atlentit'àsoi, coulonil toutes les paroles de ri'ls|)rit de Dieu. On entend hien qu'il parle, et qu'il demande quelcjuc chose ; mais on ne sait point ce qu'il dit, et souvent on est bien aise de ne le deviner pas. La moindre réserve, le moindre retour sur soi , la moindre crainte d'euteudrc trop clairement (|ue Dieu demande [)lns (|u'ou ne lui vont donner , trouble celle parole intérieure. Faut-il doue s'étonner si tant de gens, même pieux, mais encore pleins d'anuisemcns, de vains désirs, de fausse saj^esse, de contiance en leurs vertus, ne |)eu\enl l'entendre . et regardent cette parole intérieure connue une chimère de fanatiques? ilélasîque veulent-ils donc direavecleursraisonncnjensdédai^'ueux? Aquoi serviroit la parole evtérievue des pasteurs , et même de l' écriture , s'il n'y avoit une [)arole intérieure du Saint-Esprit même, qui donne à l'antre t(»ute son efficace? La parole extérieure, mOme de l'Evangile, sans cette parole vivante et féconde de l'intérieur, ne seroit qu'un vain son. C'est f(i Irttre qui seule tue. et /'e^yy/v'/ seul peut nous vicifier '. 0 "\erhe , ô Parole éternelle et toute-puisanle du Père , c'est vous qui parlez dans le fond des âmes ! Cette parole , sortie de la bouche du Sauveur pendant les jours de sa vie mortelle, n'a eu tant de verlu , et n'a produit tant de fruits sur la terre , qu'à cause qu'elle éfoit animée par cette parcde de vie qui est le Verbe même. De là vient que saint Pierre dit : A qui irions-nous ? vous avez les paroles de In vie éternelle '. Ce n'est donc pas seulement la loi extérieure de l'Evangile que Dieu nous montre intérieurement par la lumière de la raison et de la foi : c'est son espi it qui parle. qui nous touche, qui opère en nous, et qui nous anime ; en sorte que c'est cet esprit qui fait en nous et avec nous tout ce que nous faisons de bien , comme c'est notre ame qui anime notre corps et qui en règle les mouvemens.
Il est donc vrai que nous sommes sans cesse inspires, et que nous ne vivons de la vie de la grâce ({u'autant que nous avons lette inspiralion intérieure. .Mais, mon Dieu, peu de Chrétiens la sentent ; car il y en a bien [leu qui ne l'anéantissent parleur dissipation volonlaiie ou par leur résistance. Cette inspiration ne doit
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|)oiiil nous persuader ipie nous soyons semblables ;ui\ pro|)lietes. L'inspiration des prophètes etoil pleine de eertiinde poiii" les choses que Dieu leur décon\ roi! . ou leur counnandoit tle l'aire; c'étoit un mou\emenl extraordinaire, ou pour révéler les rhoM's futures , ou pour l'ain; des miracles, on poiw agir a\ec toute l'autorité tlivine. Ici, tout au contraire, l'inspiration est sans lumière, sans certitude ; elle se borne à nous insinuer l'obéissance, la patience, la douceur. l'iMunilité. et toutes les autres vertus nécessaires à (ont Chrétien. Ce n'est point un mouvement divin [)our [)rédire , pour changer les lois de la nature , et pour commander aux honunes de la part de Dieu ; c'est une simple insilalion dans le f(jnd de lame |)Our obéir, pour nous laisser détruire et anéantir selon les desseins de l'amour de Dieu, Celte inspiration , |)rise ainsi dans ses bornes et dans sa simplicité, ne renferme donc que la doctrine commune de toute l'Eglise : elle n'a |)ar elle-même, si l'imagination des hommes n'y ajoute rien , aucun piège de présomption ni d'illusion ; au contraire elle nous tient dans la main de Dieu sous la conduite de l'Eglise , donnant tout à la grâce sans blesser notre liberté, et ne laissant rien ni à l'orgueil ni à l'imagination.
C,es principes posés , il faut reconnoîlre que Dieu /Jrt/7c sans cesse en nous '. Il parle dans les pécheurs impénitens ; mais ces pécheurs , étourdis par le bruit du monde et de leurs passions , ne peuvent l'entendre ; sa |>arole leur est une fable. Il parle dans les pécheurs qui se convertissent : ceux-ci sentent les remords de leur conscience ; et ces remords sont la voix de Dieu qui leur reproche intérieurement leur.s vices. Quand ces pécheurs sont bien touchés, ils n'ont pas de peine à comprendre cette voix secièle ; car c'est elle qui les pénètre si vivement. Elle est en eux ce glaive à deux franc/utiis. dont parle sant Paul'; il \i\ Jusqu'à la division de l'anie d'avec elle-même. Dieu se fait sentir , goûter, suivre; on entend cette douce voix qui porte jusqu'au fond du creur un reproche tendre , et le co'iir en est déchiré : voilà la vraie et pure contrition. Dieu parle dans les personnes éclairées, savantes, et dont la vie, extérieurement régulière en tout , paroît ornée de beaucoup de vertus ; mais souvent ces |>er.somies, pleines d'elles-mêmes et de leurs lumières, s'écoutent trop pour écouler Dieu. On loiirne loul en raison : on se fait des principes de sagesse nalnrelle , et des méthodes de
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INSTRUCTIONS SUH LA M01^\Î,E
prudence, de tout ce qui nous viendroit iuiiniment mieux par le canal do la simplicité et de la docilité à rKspiit do Diou. T.os porsonnos paroissont liounos, (jnohjnol'ois plus cpio los autres; elles le sont mémo jusqu'à un certain point: mais c'est une bonté mélangée. On se possède, on veut toujours se posséder selon la mesure de sa raison : on veut élre toujours dans la main do son pi-opro conseil ; on est Ibrl ol grand à ses proj)ros yeux. 0 mon Diou ! jo vous rends grâces avec Jésus-Cdn-ist ' do ce que vous cachez vos secrets ineffables à ces grands et à ces sages , tandis que vous prenez plaisir à les révéler aux anios foiblos et petites ! Il n'y a que les entans avec qui vous vous l'amiliarisiv. sans réserve. Vous traitez los autres à lour modo. Ils veulent du savoir et des vertus liaules ; vous leur donnez des lumières éclatantes, et vous en laites des espèces de héros. Mais ce n'est pas là le meilleur partage. II y a quoique chose de plus caché pour vos plus chors onfans. Ceux-là reposent avec Jean sur votre poitrine. Pour ces grands, qui craignent toujours de se ployer et de s'appetisser, vous les laissez dans leur grandeur; vous les traitez selon leur gravité. Ils n'auront jamais vos caresses et vos familiarités : il faut être enfant et jouer sur vos genoux pour les mériter. J'ai souvent remarqué qu'un pécheur ignorant et grossier, qui commence à être touché vivement de l'amour de Dieu dans sa conversion , est plus disposé à entendre ce langage intérieur de l'esprit de grâce, que certaines personnes éclairées et savantes, qui ont vieilli dans leur propre sagesse. Dieu, qui ne cherche qu'à se communiquer, ne sait, pour ainsi dire, où poser le pied dans ces âmes pleines d'ellesmêmes , et trop nourries de leur sagesse et de leurs vertus : mais son entretien familier, comme dit l'Ecriture -, est avec les simples.
Où sont-ils ces simples? Je n'en vois guère. Dieu les voit , et c'est en eux qu'il se plaît à habiter : Mon Père et moi . dit Jésus-Christ ^ , nous y viendrons, et nous y ferons notre demeure. 0 qu'une ame livrée à la grâce sans retour sur soi , ne se comptant pour rien , et marchant sans mesure au gré du puramour qui est le parfait guide , éprouve de choses que les sages ne peuvent ni éprouver ni comprendre ! J'ai été sage (je l'ose dire) comme un autre; mais alors, croyant tout voir, je ne voyois rien. J'allois tâtonnant par une suite de raisonnemens ; mais la lumière ne luisoit point dans mes ténèbres. J'étois content de raisonner.
Mais, hélas! quand une l'ois on a fait taire tout ce (pii est en nous pour écouter Dieu , on sait tout sans rion savoir ; et on ne peut douter que jusque-là on ail ignoré tout ce (pi'on s'imaginoit conqtrondro. Tout ce qu'on tenoit échappe, et on ne s'en soucie plus : on n'a plus rien à soi ; on a tout perdu ; on s'est perdu soi-même. Il y a un je no sais quoi qui dit au dedans, comme I é|)ous(' du Cautiipic : Faites-moi entendre votre voi.r ; qu'elle 7'aisonve à mes oredles '. O qu'elle est douce cette voix ! elle fait tressaillir toutes mes entrailles. Parlez , ô mon époux , et que nul autre que vous n'ose parler! Taisezvous, mon ame : parlez, ô amour!
Je dis qu'alors on. sait tout sans rien, savoir. Ce n'est pas qu'où ait la présomption de croire qu'on possède en soi toute vérité. Non , non, tout au contraire : on sent qu'on ne voit rien , qu'on ne peut rien et qu'on n'est rion. On le sont , et on est ravi. Mais , dans cette désappropriation sans rései've, on trouve de moment à autre dans l'inlini de Dieu tout ce qu'il faut selon le cours de sa providence. C'est là qu'on trouve le pain quotidien de vérité comme de toute autre chose, sans en faire provision. C'est alors que l'onction nous enseigne toute vérité en nous ôtant toute sagesse , toute gloire , tout intérêt, toute volonté propre ; en nous tenant contons dans notre impuissance , et au-dessous de toute créature , prêts à céder aux derniers vers de la terre , prêts à confesser nos plus secrètes misères à la face de tous les hommes ; ne craignant dans los fautes que l'infidéUté^ sans craindre ni le châtiment ni la confusion. En cet état, dis-je , l'Esprit nous enseigne toute vérité ; car toute vérité est comprise éminemment dans ce sacrifice d'amour, où l'ame s'ôte tout pour donner tout à Dieu. Voilà la manne , qui , sans être chaque viande particulière, a le goût de toutes los viandes.
Dans les commencemens , Dieu nous attaquoit parle dehors ; il nous arrachoitpeu à peu toutes les créatures que nous aimions trop et contre sa loi. Mais ce travail du dehors, quoique essentiel pour poser le fondement de tout l'édifice, n'en fait qu'une bien petite partie. 0 que l'ouvrage du dedans , quoique invisible , est sans comparaison plus grand , plus difficile et plus merveilleux ! Il vient un temps où Dieu, après nous avoir bien dépouillés , bien mortifiés par le dehors sur les créatures auxquelles nous tenions, nous attaque par le dedans pour nous arracher à nous-mêmes. Ce n'est plus les
1 Matth. XI. 12. — 2 Prov. m 32. — ' Joan, xiv. 23. ' Caiil. ii. là.