‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 73 sur 271 · I. M, I'. t>J7 .1 Ci · texte numérisé non relu

I. M, I'. t>J7 .1 Ci

» correction salutaire C'est une épreuve

n plutôt qu'ime condamnation C'est moins

n le signe de la colère . (|uede la miséricorde de » Dieu.... Kb ! quel sentit l'exercice de notre » patience, si niuis n'avions pas des maux à n sonlVrir! Pourquoi donc refuser à souffrir )i en ce monde? Est-ce que nous craignons d'y n être perfectionnes par la croix ? n

Il est juste néanmoins d'avoir égard à ce pressant besoin des peuples. C'est ce qui nous fait encore relarder le rétablissement de la discipline du Carême, et qui nous réduit à permettre les choses suivantes, etc.

f'onné à Cambrai , le 24 février 1710.

MANDEMENT POUR DES PRIÈRES

Fra>çois, etc., à tous les Ddèles de notre diocèse qui sont sous la domination du Roi , salut et bénédiction.

Dieu, terrible dans ses con^^eils sur les enfans des hommes, n'est |)oint apaisé, mes très-chers Frères. La maladie se joint à la famine et au glaive pour nous punir. Ceux qui ravagent le j'-ays. dit Jérémie ', couvrent nos campagnes désertes. Le glaive du Seigneur dévore tout d'un bout à l'autre , et nulle chair n'est en repos. Ecoulez encore le Seigneur ; voici ses paroles , ô mon peuple. Si vous dites : Pourquoi tant de maux viennnent-ilssur nioi? C'est pour la multitude de vos péchés ]'oilù ton sort, vodà ton

pjartage , selon ta mesure , parce que tu m'as oublié et que tu as mis ta confiance dans le mensonge Malheur à toi, Jérusalem! Est-ce que

tu ne seras pas purifiée après tant d'épreuves? Jusques à quand faudra-t-il encore que je te frappe ' ?

(domine toutes les nations nnt péché, toutes boivent daus le calicf de la colère du Seigneur; aussitôt elles se tournent les unes contre les autres, et s'entre-déchirent pour venger Dieu de leurs iniquités couuuunos. Nous avons espéré la jtaix , et elle semble s'enfuir devant nous. Le monde ne peut nous la doiuier , et nous ne jtaraissoiis point encore dignes de la faire descendre du ciel sur nous. Nous disons en vain à Dini : Pissiprz tes coiisfils des nations qui veu-

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MANDEMENTS

lent la gwrrc : Dissipa génies fjuœ bella rnlunt '. En vain nous lui rappelons ces aimables paroles : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté '. Il a mis entre lui et nous un nuage , afin que notre prière ne passe jjoint^. Les iiiomens qu'il tient en sa puissance ne sont pas venus. Nous ne le voyons point encore cliassant la guerre jusqu'aux extrémités du monde, brisant l'arc , rompant les armes et fondant les boucliers ^ Quand sera-ce que le maître des cœurs guérira les jalousies et les défiances des princes et des peuples, pour préparer au monde cette beauté de la paix , ces tabernacles o'u habile la confiance, ccile paix opulente '^, qui est une image de la félicité céleste. Quand est-ce que Dieu fera entendre ces paroles de consolation à son héritage? J'établirai la paix pour vous visiter, et la Justice pour présider au milieu de vous. La voix de l' iniquité ne se fera plus entendre dans votir terre. Le ravage et la ruine disparoîtront de vos frontières. Le salut gardera

vos murs, et ma louange défendra vos portes

Le Seigneur so'a lui-même votre Jour éternel, et votre Dieu sera votre gloire.... Les temps

de votre deuil seront écoulés Le moindre

homme sera comme nulle , et le petit enfant comme la plus forte nation. C'est moi, c'est le Seigneur, qui ferai ceci tout-à-coup en son temps ^ Cependant la colère du Seigneur demeure sur nous. '!^os^eu\)\es perdent ce qu'ils possèdent ' : mais que dis-je? « ont-ils perdu » la foi ? ont-ils perdu les biens de l'homme in- » térieur , qui est riche devant Dieu ? Voilà les » véritables richesses des Chrétiens, qui ren- » doient l'Apôtre opulent, quand il disoit : La » piété est un grand profit , etc. » Et qu'importe que les faux biens nous quittent, puisque noxMXei- àesow?, quitter par une prompte mort. Hélas ! où en sommes-nous ? Les nations ne peuvent ni se passer de la paix, ni se la donner. Dieu se joue de la plus profonde sagesse des hommes; il prend plaisir à nous faire sentir qu'il n'y a que lui de sage. Il a formé un nœud que nulle main d'homme ne peut défaire ; le dénouement ne peut plus venir que d'en-haut. 0 Dieu, vous voyez un royaume qui, malgré ses péchés , vous donne encore des adorateurs en esprit et en vérité. Souvenez-vous de saint Louis, que vous avez formé sur le trône selon votre cœur. Soutenez un autre Louis, qui n'est pas moins héritier de sa foi que de sa cou-

1 PsaL Lxvii. zk. — ^ L)w. II. 14. — *' Thrm. m. li. — * Psal. \LV. 9 et 10. — 5 Is. xxxii. 18. — ^ h. lx. et seq. — ''S. Arc. rie Cir. l)ei. lib, i, cap. x, n. I : t. Vil , p. 10.

ronne. Après lui avoir donné tant de fois les victoires de David, donnez-lui la paix de Salomont pour faire fleurir votre Eglise. Daignez bénir ses armes , puisqu'il ne veut combattre que pour faire cesser les combats et pour réunir vos enfans. « Prions, mes très-chers » Frères, gémissons, répandons des larmes dc- » vaut 1(' Seigneur , afin que cette parole de » l'Apôtre s'accomplisse : Dieu est fidèle; il ne » permettra point que vous sotjez tentés au-dessus » de vos forces ; mais il donnera une boi'ue à la » tentation , afin que vous puissiez la souteï) nir '. »

A ces causes nous ordonnons , etc.

Donné à Cambrai, le 28 avril 1710.

MANDEMENT POUR LE CARÊME

DE l'année 1711.

François , etc., à tous les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction.

L'Eglise gémit, mes très-chers Frères, de ce qu'elle ne peut parvenir ni à nourrir suffisamment les pauvres , ni à modérer les riches dans leur nourriture. Les uns périssent faute du nécessaire, et les autres se détruisent eux-mêmes par un usage avide du superflu. La natwe, comme dit saint Augustin, se suffit à elle-même. La terre, cultivée par des hommes sobres et laborieux, produiroit assez d'alimens pour nourrir sans peine tout le genre humain. La Providence ne manque à personne, mais l'homme se manque à soi-même. Rendez tous les hommes tempérans, modérés, ennemis du faste et de la mollesse, humams et charitables, vous les ferez tous riches sans leur rien donner j vous changerez en un moment cette vallée de larmes en une espèce de paradis terrestre.

C'est pour donner au monde un essai de cet heureux état, que l'Eglise veut que les riches imitent les pauvres pour leur nounnture, au moins pendant les Jours d'humilité. In diebus humilitatis, dit saint Augustin^, quando pauperum victum victus omnibus imitandus est. Telle éloit l'idée du jeûne et de l'abstinence dans ces beaux jours , où la religion était encore écoutée et crue par la multitude docile ; l'Eglise vou-

' s. Aie. de Vrl). excid. cap.

— ^ Servi, ccx , in Quadrarj. vi

, n. 9 : I. VI H : t. V, p.

MANDEMi:\T:^.

loit enrichir les pauvi-t-s , en appauvrissant li^s riches pondant \c Can'int.'. Kilo vonhiil clianj^or en pain , [)oiir conx que la taini consume, les mets qui corrompent les imenrs , qui alliMeiit la santé , et qui abrègent la vie des autres. » Que Jésus-Christ, qui souffre la faim en la 1) personne de votre frère , disoit saint Angus- II tin ', se nourrisse de ce que le r.lirétien , I) qui jeune, relraiulie sur sa nourriture, et ([lie » la pénitence volontaire tlu riche tasse le soula- » gemcnt du |)auvrc. »

Cette discipline est aussi ancienne que sainte, mes très-chers Frères. Moïse et le prophète Elie, par leur jeune de qnarante jours , annoncèrent de loin celui de Jésus-Christ , dont il n'étoit ([u'une ligure. C'est par le jeûne dans le désert (jue le Sauveur, notre modèle, se prépara à \aincre toute tentation. Le corps entier de Jésus- Christ répandu dans tout l'unicers, dit saint Augustin * , c'est-à-dire toute F Eijlise , épouse qui suit pas à pas l'Epoux . a observé ce jeune depuis les apôtres jusqu'à notre temps. Voilà le précieux héritage de pénitence que nous avons reçu des saints de tous les siècles. Tous les péchés sont entrés dans le inonde par l'intempérance. C'est l'abstinence qui y ramène toutes les vertus. Elle facilite le recueillement et la prière; elle accoutume l'homme à la pauvreté et au détachement ; elle dompte la chair rebelle; elle nous détrompe des nécessités imaginaires, et nous en délivre. Elle met dans les mains de la chanté tout ce qu'elle épargne. Comme l'amour-propre prend tout , et craint de donner, l'amour de Dieu ne craint que de prendre et s'écrie : On est plus heureux de donner que de recevoir^. L'opulence des impies est toujours pauvre, avide, insatiable et même tnendinnte : Monsunt enjo i/lœdivitiœ, sed mendicif'is, quin quantn inofjis ahundant, tantù crescit et inopia *. Au contraire la pauvreté des enfans de iJicu est noble et simple, sobre et frugale; elle jeûne de tout pour soi , atin d'être riche, libérale et inépuisable pour nourrir le prochain.

Mais hélas! (jucsl devenue cette sobriété? Nous ne voyons plus qu'une intempérance toujours nécessiteuse. Les j)auvres se plaignent de ce qu'ils n'ont pas de quoi observer l'abstinence connnandée, et ils trouvent néanmoins , jusque dans leur misère, de quoi sioler le^ règles de la sobriété par les excès les pins honteux. Les rirhes tournent sans [)ud('ur la pénitence en \oliiplé, cl le Carême fu ral'lincment

' 5tTm. ((A, in (Juadraij. \\, ii. 1.» : I. v, p. <.t3i. — '■ Ibid. n. 8 : |>. 930. — ' l<i. \\ :is. — ^ s. Vi... m Ptnl cxxii ,1). M : l. n , y. I Wi2.

[)our la table. Les pt-chein-s nous allèguent pendant le Carême les inlirmités qui les mettent dans l'impuissance d'observer cette loi pour h'ur salut, eux qui pendant les jours de scandale ont montré tant de ressources de santé pour pécher et pour se perdre. Le Carâmc , presque anéanti par les relàchemens qu'on y a introduits, est néanmoins encore un joug insupportable à la délicatesse et à la sensualité inouie (le notre siècle. Ceux qui all'ectenl le plus de hauteur et de force d'esprit sont les plus foibles et les moins courageux contre les passions grossières de la chair. Ils ne veulent point se soumettre à Dieu; mais ils sont esclaves de leur goût, et ils n'ont point de honte de se faire un dieu de leur lentre : quoinim deus venter est , dit l'Apôtre '. Jamais les hommes n'ont eu un si pressant besoin de pénitence qu'eu nos jours. L'iniquité abonde , la charité est refroidie. A peine [)eut-on croire que le Fils de l'homme , revenant pour juger le monde trouvera quelque reste de foi sur la terre. Les hommes manquent autant à eux-mêmes qu'à Dieu . Leur vie n'est pas moins indigne de leur raison que de leur foi. Le faste et l'ambition rendent les riches inhumains et sans pitié. La misère et le désespoir réduisent les pauvres au larcin et à l'infamie. Nul bien ne peut plus suffire aux riches , sans emprunter des pauvres artisans. Le luxe ne se soutient qu'aux dépens de la veuve et de l'orphelin. Les fausses commodités qu'on a inventées contre la simplicité de nos pères, incommodent ceux mêmes qui ne peuvent plus s'en passer , et ruinent toutes les familles. Le commerce ne roule plus que sur la fraude. La société est pleine de soupçons, de critique envenimée, de moquerie cruelle, de jalousie , de médisance déguisée et de trahison. Plus les besoins croissent, plus on voit croître avec eux l'avidité, l'envie et l'art de nuire pour exclure ses concurrens.

Mais voici une autre espèce de maux réservée à ces derniers temps. La multitude ne sait rien , et décide de tout. Elle refuse de croire l'Eglise, et n'a point de honte de se croire ellemême. Au dehors , nos frères séparés de nous tombent dans nue tolérance inconnue à toute la sainte antiipiilé , qui est une indinérence de religion , et (pii aboutit à une irreligion véritable. Au dedans, les novateurs, qui veulent paroitre catholicpies, ne demeurent unis à l'Eglise que pour éluder ses décrets et pour l'enliaîner dans leurs préjugés.

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Faut-il donc s'ctonncr si Dion irrito frappe d'un seul coup toutes les nations cln-ctieuncs . et s'il permet dans sa colère qu'elles s'entre-déchirent depuis plus de dix ans? L'Kurope entière, pour venger Dieu, se détruit de ses propres mains; elle se consume par toutes sortes de misères , elle verse de tous côtés le sani; humain ; et ce sont les Clu'étiens qui donnent cet borrible spectacle aux nations iiiiidèles.

C'est dans cette nuit si périlleuse et si rem- » plie de tentations, comme parle saint Augus- » lin, qu'il faut jeûner. » Voici un temps où il nous faudroit des prophètes envoyés miraculeusement pour nous dénoncer les cliàtimens pendans sur nos tètes. Nous devrions renouveler le grand jeiàne de Ninive , pendant lequel tous les houjmes, dans le ci lice et sur la cendre^ , se privoient même du pain et de l'eau, j)our détourner la vengeance du Ciel pi'élc à éclater.

Mais qu'est-ce que nous voyons encore? La main de Dieu appesantie sur les peuples leur ôte jusqu'aux moyens de faire une pénitence régulière. Ceux que la misère réduit à un jefuie forcé n'ont pas de quoi garder l'abstinence. La rareté, la cherté des alimens maigres, la niisère qui met les peuples dans l'impuissance de les acheter , les ravages soufl'erts qui ont affamé les villes, en désolant toutes les campagnes, et qui vont recommencer sur cette frontière, tout nous réduit à souifrirle relâchement dans cet extrême besoin de rigueur. Une si triste situation nous fait perdre pour cette année l'espérance de rétablir la discipline du Carême. Trop heureux si nous pouvions, au moins avant mourir, voir des jours de consolation pour les enfans de Dieu, où cette sainte loi refleurisse.

C'est sur ces raisons qu'après avoir consulté les personnes les plus sages, les plus pieuses et les plus expérimentées sur l'état des lieux , nous avons réglé les choses suivantes , etc.

Donné à Cambrai, le 9 février 1711.

MANDEMENT POUR DES PRIÈRES

François, etc., à tous les fidèles de notre diocèse qui sont sous la domination du Roi , salut et bénédiction.

1 Jon. II.

Il y a déjà plus de dix ans, mes très-chers Frères, que nous soupirons en vain a[)rès une heureuse paix. Elle s'enfuit toujours , pour ainsi dire , devant nous, et elle échappe à nos désirs les plus empressés. Il semble que nous soyons au temps niai(|ué par ces terribles pal'oles : // lui fat ilouiv' d'enlever la paix de la terre, afin (p(' ils s'entrc-taent *. Hélas! où la trouvera-t-on cette paix que le monde ne peut donner? Elle n'habite plus en aucune terre connue. La guerre est comme une Ilamme que le vent pousse ra[)idcment de peuple en peuple jusqu'aux extrémités de l'Euiope , et l'Asie même va s'en ressentir.

Approchez, nations, dit le Dieu des armées", écoutez. 0 peuples, soyez attentifs; que la terj^e avec tout es qu'elle contient , que l'univers avec tout ce qu il produit , m écoute ; car rindignation du Seifjneur est sur tous les peuples , et sa fureur sur tant d' lioninies armés. .. . Mon glaive, qui pend du ciel sur la terre, est enivré de sang ; voilà qu'il va descendre sur l'Idumée.

Les hommes sont étonnés des maux qu'ils souffrent, et ils ne voient pas que ces maux sont l'ouvrage de leurs propres mains. Us n'ont point à craindre d'autresennemisqu'eux-mêmes, ou pour mieux dire que leurs péchés. Quoi ! ils se flattent jusqu'à espérer de se rendre heureux par les dons de Dieu , loin de lui, et malgré luimême ! Quoi ! ils veulent obtenir de lui la paix pour violer sa loi plus impunément, et pour triompher avec plus de scandale dans l'ingratitude! Quel esprit de vertige ! Dieu se doit à lui-même de les frapper et de les confondre.

\'oici . dit Jérémie ^ , comment le Seigneur parle : Est-ce que celui qui est tombé ne se relèvera point , et que celui qui est égaré ne reviendra jamais ? Pourquoi donc ce peuple est-il loin de moi, au milieu même de Jérusalem , par un égarement contentieux ? Ils ont couru après le mensonge , et ne veulent pmnt revenir. J'ai été attentif ; f ai prêté r oreille : aucun d'eux ne dit ce qui est bon ; aucun ne se repent de son péché en disant : Quai-je fait ? Tous courent selon leurs passions , comme des chevaux poussés avec violence dans le combat — }fon peuple n'a point connu le jugement du Seigneur. Il n'a point senti la juste et puissante main qui le frappe par miséricorde. Pourquoi dites-vous : Nous sommes sages, et la loi de Dieu est au milieu de nous ? La main trompeuse de vos écrivains a véritablement écrit le mensonge .. . Depuis le plus petit jusques au pdus grand ,toussuivent l'avarice.

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