Ipoc. VI
Viii cl soq.
— * Isai. XXXIV. 1 et seq.
' Jerem.
MANnr.MFXT^.
Depuis le pvophrieJH$qties au prêtre . tous :fO)it coupables de menson(ie.
Ils se \antoi<Mit de guérir les jiluics (U- la fille de mon peuple , et cette guérisou s'est tournée en ignominie. Ils ont dit : Paix , paix: et la paix ne venoit point. Ces peuples idolâtres cl'eiixinètues sont confoiulus , ou plutôt ils sont sans Confusion , et ils ne savent pas niénie rougir ilo ce qui de\i(iit les humilier.... Taisuns-nous : car c'est le Seigneur notre Dieu qui nous fait taire, et qui nous présente (i boire une eau jjleine de fiel . parce que nous acons péché, ^ous avons attendu la jiaix . et il n'est venu aucun bien, .^ous avons cru que c'était le temps de la guérison , et voilà l'épouvante.
En vain les princes sages, pieux et inorlérés \eulenf acheter chèrement la paix et éparj^ner le sang humain. \i\\ vain les peuples de l'Europe entière, épuisés, accablés, déchirés les uns par les autres, ciierchent à respirer. En vain les sages étudient tous les tempérainens convenables pour guérir les détiances et pour concilier les divers intérêts. La paix est refusée d'en-haut aux iiommes , qui en sont encore indignes. C'est au ciel qu'elle se doit taire; c'est le ciel irrité qui en exclut la terre coupable.
Depuis qnt; les hommes murmurent contre les maux innombrables que la guerre traîne après elle , en sont-ils moins fastueux dans leur dépense? Y voit-on moins de mollesse et de vanité? Sont-ils moins jaloux . moins envieux, moins cruels dans leurs moqueries? Sont-ils jdus sincères dans leurs discours, plus justes dans leur conduite , plus sages et plus sobres dans leurs mœurs? L'expérience de leurs propres maux les rend-elle moins durs pour ceux d'autrui? S(jnt-ils moins attachés à cette vie courte, fragile et misérable? Se tournentils avec plus de confiance vers Dieu pour désirer son royaume éternel? On demande la paix, estce pour essuyer les larmes de la veuve et de ror[)helin? Est-ce pour faire refleurir les lois et la piété? F-]st-ce p<nn' faire tarir tant de ruisseaux de sang? Est-ce pour donner un peu de pain à tant d'hommes qu'on voit périr par une misère plus meurtrière (jue le glaive même? Non, c'est pour s'enivrer et pour s'empoisonner [tlus librement soi-même de mollesse et d'orgueil ; c'est pour oublier Dieu, et pour faire de soi-même sa propre divinité dans une plus libre jouissance de tous les faux bii'tis.
En ce temps , où la main de Dieu est appesantie sur tant de nations, il faudroil tra\aillcr tous ensemble à une réforme générale des mœurs. Nf)us dcvrinns , jjour apaiser Dieu , le-
ni>u\eler le jeûne de Ninive dans le ciliée et sur la i-eudre. Il taudmit demander la paix de Sion, et non celle de Dabylone, la paix qui calme tout par raiiimir de Dieu . et non celle qui tlaltc le délire de ihilic orgueil. « Si la piété et la cha- » rilé maïKpienl . dit saint Augustin ' , qu'est- » ce que la trancpiillité et que le repos d'une )) vie où l'on est à l'abri de tant de misères, » sinon luie source de dissolutions et d'égare- » ment (jui nous invite à notre perte , et (|ui la » facilite. »
0 Dieu, daignez regarder du haut de votre Siinctnaire céleste le royaume de France, où votre nom est invoijné avec tant de foi depuis tant de siècles. Regardez même toutes les nations qui nous environnent, et (jui composent l'héritage de votre Fils. Souvenez-vous de saint Louis et de ses vertus, qui ont fait de lui un modèle des rois. Conservez à jamais sa race. Bénissez les armes de cet autre Louis, qui veut marcher sur les traces de la foi de son père , et qui ne continue malgré lui la guerre que pour assurer au monde une solide paix. Déconcertez les nations qui veulent la guerre. Dissipa génies quœ bella volant. Déconcertez-les, non pour leur ruine , que nous n'avons garde de vous demander, mais pour leur réunie", avec nous, qui feroit la prospérité commune. Surtout voyez les larmes de votre Eglise. Cette guerre divise ses enfans , et rassemble ses ennemis; cette guerre la menace de tons côtés , et nous craindrions tout pour elle, si les portes de l'enfer pouvoient prévaloir.
A ces causes , etc.
Donné à Cambrai , le 2.) avril 1711.
MANDEMENT l'<)UH LE CARÊME
DE l'année 171:2.
François , etc. , à tous les fidèles de notre diocèse , salut et bénédiction.
Nous \ovons a\ec dniiiiMir . mes très-chers Frères , nos espérances s'éloigner chaque année [lour le rétablissement de l'abstinence du Carême. La guerre a altéré dans celle frontière une si sainte disciplin<' , (|ui nous vient des a|)ê)lies mêmes, et ilont NOS pères furent si jaloux. I.a iiiiiliiiiiatinii di- la guerre en relarde
' l'jiifl. iiwxi, Il r. : I. Il , p. n\-2.
MANDEMENTS
le rclablissomcnt. Il csl vrai que la guerre ellemême dcmanileroit le jeune le plus rigoureux et l'abstinence la plus pénible. Quel Carême ne seroit pas du ;\ ces temps de nuage et de tempête , où Dieu est si justement irrité! (Juelle j>énitence austère rliacun nedevroil-il pass'im-
qu'elle estime, et ils admirent tout ce qu'elle méprise. Ils vivent dans le sein de l'Eglise, non pour lui être dociles , mais pour sauver la bienséance cl pour étouiï'er leurs remords. 0 têtes dures contre le joug du Seigneur, ô hommes in~ circoncis île civur et d'oreille , voutt résistez tou-
poser volontairement pour mériter une lieu- yo?<rsfl».S'»/»/-i^','y;?vV'. Jusqucsàquand vivrez-
reuse paix ! Qui seroit l'bonnnc ennemi du genre humain et de lui-même jusqu'à refuser cette légère peine , pour procurera lui-même et ;\ sa patrie la lin de tant de maux, et le commencement de tant de biens? Nous devrions être dans le cilice et sur la cendre, pour affliger nos âmes par le jeune, comme les liabitans de Ninive. Ne cherchons point hors de nous-mêmes la cause des maux qui nous accablent. Vit-on jamais tant de fraude dans le commerce, tant d'orgueil dans les mœurs, tant d'irréligion au fond des consciences? Celui-ci préfère de sang froid le plus vil profit au salut éternel : celui-là aime mieux le cabaret que le royaume de Dieu ; il fait plus de cas d'une boisson superflue qui l'abrutit, qui ruine sa famille, qui détruit sa santé , que du torrent des délices éternelles , dont les bienheureux sont à jamais enivrés dans la Jérusalem d'en-haut. Un autre craint moins les tourmens de l'enfer que la fin de ses infâmes débauches. Les ouvriers sont oisifs et libertins pendant six jours de la semaine. Le septième , (jui doit être le jour du Seigneur, est devenu celui du démon ; c'est le jour qu'on réserve aux plus honteux scandales. Les gens d'une con-
vous sans Christ, loin delà société d'Israël , étrangers aux saintes alliances, sans espérance des promesses, et sans Dieu en ce monde *?
Quoi donc! scroit-ce que nous approchons de ces derniers temps, dont il est dit : Croyezvous fine le Fils de l'homme trouvera de la foi sur la terre '? En trouvera-t-il dans les places publiques, où le scandale est impuni? En trouvera-t-il dans le secret des familles, où l'avarice et l'envie rongent les coeurs, et où chacun vit comme s'il n'cs[)éroit point une meilleure vie? En Irouvcra-t-il aux pieds des autels , où les pécheurs se confessent sans se convertir, et où ils mangent avec une conscience impure le pain descendu du ciel pour donner la vie au monde? Ceux mêmes en qui il paroît rester quelque crainte de Dieu se bornent à vouloir mourir suivant le christianisme , après avoir vécu sans gêne selon le siècle corrompu. Us veulent , dit saint Augustin '* , « croire en Jésus-Christ par » un raffinement d'amour-propre, pour trouver » quelque adoucissement jusque dans les hor- » reurs de la mort. Propter removendam mor- » lis molestiam , delicatius crederetur in Chris- » tum. » Nous voyons ce déluge d'iniquités, et
iition supérieure sont encore plus sensuels, nous sentons notre impuissance pour changer
plus injustes, plus révoltés contre Dieu; ils ne les cœurs. Il y a déjà près de dix-sept ans que
disent la vérité que quand ils ne trouvent aucune nous parlons en vain à la pierre : il n'en coule
vanité à mentir , ni aucun plaisir malin à ca- aucune fontaine d'eau vive. Que n'avons-nous
lomnier. Ils se plaignent de la misère, et ils la pas dit au peuple de Dieu en son nom? Hélas!
redoublent par leurs excès. Il sont impitoyables nous ne remarquons aucun changement qui
pour les pauvres, jaloux, envieux, incompatibles, haissans et haïssables * à l'égard des riches. Il ne leur faut que le bonheur d'autrui pour les rendre malheureux. La religion n'est pour eux qu'une vaine cérémonie. Leur avarice est une véritable idolâtrie; ils n'ont d'autre dieu que leur argent. Chacun raisonne, décide, sape les fondemens de la plus sainte autorité. Ils se vantent f/e connoitre Dieu , et ils le nient par leurs actions les plus sérieuses ; factis autem negant '. Oserons-nous le dire avec l'Apôtre? ils deviennent abominables, incrédules, réproic-
puisse nous consoler. Nous disons souvent au Seigneur en secret et avec amertume : Malheur, malheur à nous! C'est nous, qui affoiblissons votre parole toute -puissante par notre indignité. Suscitez quelque autre pasteur plus digne de vous , qui vous fasse sentir à ce peuple.
Faut-il s'étonner si la paix , ce grand don du ciel , promis sur la terre aux hommes de bonne volonté % ne descend point sur les peuples ingrats , aveugles et endurcis. Us ne la veulent que pour tourner les dons de Dieu contre Dieu même , et que pour s'enivrer des douceurs em-
vés pour toute bonne œuvre. Xh ?,o\\\. c\\VG\\Qr\s ào. poisonnées de leur exil, jusques à oublier la nom, et impies de mœurs. Ils ne pensent pas céleste patrie. Il faudroit que tout honnne fidèle même selon la foi; car ils méprisent tout ce
1 Act. VII. 51. — - Eph. 11. 12. — ' Luc. xviii. 8. — '• De pecc. mer. el rem. lib. i\, cap. xxxi , n. 50 : t. x, ' TU. m. 3. — ^ Ibid. 1. IG. p. 66. — ^ Luc. ii. 11.
MANDEMENTS
liumiliàl son esprit el affligeai son corps; nuo cliacun sortît de sa maison ctde son propre tieiir pour aller snr la sainte montagne; que tout homme frappât sa puitrine ; i]ue tous ensemble ne tissent qu'un seul cri qui montât jusipiau ciel pour attendrir de conqKission le c»eur de Dieu dans ces jours de juste colère ; qn'euliu If (larème fut le temps de conversion , de prière , de faim de la parole sacrée, d'abstinence de tous les alimens qui ilattent la chair rebelle , puur nourrir res[)rit de toutes les vertus.
Mais les malheurs présens, (jui demandent un tel remède, nous ùtent l'usage du remède même dont ils ont besoin. Ceux que la misère [)ri\e de presque tous les alimens sont réduits à user indifférennncnt de tous ceux que le hasard ou la compassion pourront leur l'ournir. La rareté, la cherté des alimens maigres, la misère qui met les peuples dans rinq)uissance de les acheter, les ravages soufferts qui ont affamé les villes, en désolant toute la campagne , et qui vont recommencer sur cette frontière, tout nous réduit à souflrir le relâchement dans cet extrême besoin de rigueur. Une si triste situation nous fait perdre encore pour cette année l'espérance de rétablir la discipline du Carême. Trop heureux si nous pouvons , au moins avant mourir , voir des jours de consolation pour les enfans de Dieu , où cette sainte loi refleurisse.
C'est sur ces raisons qu'après avoir consulté les personnes les plus sages, les plus pieuses, el les plus expérimentées sur l'étal des lieux, nous avons réglé les choses suivantes, etc.
Donné à Cambrai, le 30 janvier 1 71^2.
MANDEMENT POUR DES PRIÈRES
François, etc., à tous les fidèles de notre diocèse qui sont sous la domination du Roi, salut et bénédiction.
Nous voyons , mes très-chers Frères , dans les anciens monumens, que les Chrétiens furent préservés des malheurs des Juifs dans la ruine de Jérusalem . et que la iMoNidente Ich épargna encore dan> la prise de Hume iilolâlre. Tout au contraire, nous voyons aujourd'hui la chrélienté tout entière qui est déchirée par de cruelles guerres , tandis (jiie tant de nations inlidèles
jouissent d'une pnjfonde paix. C'est que les enfans ingrats et indociles ont irrité leur père, vl i\i\e le Jugement commence par la maison de Ihvu '. nu'enlendons-nous de tous côtés dans toute l'iùirope".' Combats et bruits des armes , Dation conl/e nation , roi/auna- contre royaume. Faut-il s'en étonner '.' J.' iniquité abonde, la charité se refroidit '. Le Seigneur a fait entendre ces paroles par la bouche d'un de ses prophètes : Voici le ravage , le rencersement , la famine, le glaive. Qui te consolera ? Ecoute , ô toi , qui es si i-abuissée , */ appauvrie et enivrée, mais non pas de vin *.
Un autre prophète s'écrie : Ecoutez , ù vieillards , et vous tous /labitans de la tei're , prêtez l'oreille. Voyez s'il est arrivé rien de semblable en vos jours ou en ceux de vos pères. Racontez ces prodiges à vos enfans. Que vos enfans les app?'ennent aux leurs , et que les leui's les transmettent à une pestérité encore plus reculée. Ce qui échappe à un insecte est rongé par un autre. Les restes du second sont dévorés par le troisième. La nielle achève de détruire ce que les insectes ont laissé. Lléveillez-vous , ô peuples enivrés ; jjleurez et poussez des cris douloureux ' .
Bientôt il ne restera plus à nos campagnes désertes de quoi craindre ni la flamme ni le fer de l'ennemi. Ces terres , qui payoienl le laboureur de ses peines par de si riches moissons , demeurent hérissées de ronces et d'épines. Les villages tombent ; les troupeaux périssent. Les familles errantes, loin de leur ancien héritage, vont sans savoir où elles pourront trouver un asile. Le Seigneur voit ces choses , et il les souffre. Mais que dis-je ? C'est lui qui les fait. Le glaive qui dévore tout est un glaive , Jion de main d'homme; in gladio, non viri *. C'est le glaive du Seigneur , qui pend du ciel snr la terre pour fra[)per toutes les nations. Il est juste ; nous avons péché.
La paix est l'unique remède à tant de larmes el de douleurs ; mais la paix où habile-telle ? d'où peut-elle venir ? qui nous la donnera ? Princes sages , modérés , victorieux de vousmêmes , supérieurs par votre sagesse à votre puissance et à votre gloire , compatissans pour les misères de \os peuples , en vain vous courez après cette paix qui \ous fuit ; en vain vous faites des assenddées pour éteindre le feu qui embrase l'ICurope. La |tai\ sera le fruit , non de \os négociations, mais de nos prières. C'est en frappant nos poifriufs ([uc nous la ferons.
' / l'iti. (V. IT. — ' MaUJi. \\\\. 6 ci seq. — ' h. 11. l'J ri il. — • 7<«-/. I, i il Mij. — ^ Is. XXM. 8.
MANDEMENTS
Fille viondrn , non de 1;\ sagesse des profonds politiques , mais de la foi des simples el des petits. Elle est dans nos mains. Aimons le Seigneur comme il nous aime, el la voilà faite. Tous nos maux s'enfuiront dès que nous serons convertis. (Vcst IHeu . et non les |>riucos de la terre . qu'il faut désarmer. C'est la colère du Seigneur . et non la jalousie des nations , que nous avons besoin d'apaiser.
c( Si los hommes, dit saint Augustin '. pen- » soient sagement, ils altrii)ueroient tout ce » qu'ils ont soulVert de dur il d'allVeux delà » part de leurs ennemis, à une providence qui » a coutume de corriger et d'écraser les mœurs » dépravées des peuples. » Ce Père ajoute * : « Vous n'avez point réprimé vos passions hon- » teuses , lors même que vous étiez accablés » par vos ennemis; vous avez perdu le finit de » votre calamité; vous êtes devenus plus mal- » heureux, et vous n'en êtes pas demeurés » moins coupables. Vos nec contriti ab hoste » luxwiam repressistis. Prrdidistis ritilitatem n calamitath : et màcr/'imi facti estis , et pes- » simi permunsistis. » Vous avez enduré les maux sans mérite et sans consolation ; vous avez souffert à pure perte , comme les démons, avec un cœur révolté et endurci. « C'est uéan- » moins , conclut ce Père ^ , un reste de misé- » ricorde de ce que vous vivez encore ; Dieu » vous épargne pour vous avertir de vous cor- » riger par la pénitence. Ft tamcn quod vivitis, » Dei est , quimbis parcendo admonet , ^U cor- » rigamùii pœnitendo. »
Ce qui nous met en crainte pour la paix est l'indignité avec laquelle les peuples la désirent. Pendant qu'on lève les mains vers le ciel pour l'obtenir, les hommes se ressouviennent-ils de la sobriété et de la pudeur? Les cabarets ne sont-ils pas remplis de peuples , pendant que la maison du Seigneur est abandonnée ? Les chansons impudiques sont-elles moins en la place des cantiques sacrés? L'avarice et l'usure sont-elles moins cruelles contre la veuve et contre l'orphelin? L'envie et la médisance sontelles moins envenimées? Le luxe est-il moins insolent? Les conditions sont-elles moins confondues? La fraude règne-t-elle moins dans le commerce ? Pendant que chacun se plaint de la misère , est-on plus épargnant et plus laborieux ? La jeunesse est-elle moins oisive , moins ignoiante , moins indocile? Les personnes âgées sont-elles plus détachées de la vie pour se préparer à la mort? Où trouverons-
1 De Civ. Dei, lib. i , «aii. \ : I. vu , p. 3. — ^ Ibkl. cap. XXXIII. p. 30. — 3 ll,i'!. cap. xxxiv.
nous des hommes qui veillent , qui prient , qui croient , qui es|H'rent , qui aiment , qui vivent comme ne comptant point sur une vie si courte el si fragile , qui usent de ce monde comme n'en usant point, parce que ce n'est (\ni(ne fir/ure qui passe au momeiil où l'on se flalle d'en jouir ?
Mais pourquoi soupirez-vous après la paix? Qu'en voulez-vous faire? « Vous ne cherchez » point dans celle sécurité, dit saint Augustin ' , » une république vertueuse et tranquille, mais » une dissolution impunie ; vous qui ayant ft été corrompus par la prospérité , n'avez pu » être corrigés par tant de malheurs. Neque » enim in vestra securitate pacatam rempu- » blicam . sed luxuriam quœritis impuniiam ; >i qui deprucati rébus prosperis, nec corrigi )i potuistis (uivers/s. » C'est donc vous qui retardez la paix par vos mœurs. C'est vous qui êtes les auteurs des calamités publiques. C'est vous-mêmes qui forcez Dieu , malgré ses bontés paternelles, à vous faire souifrir tous les maux dont vous murmurez.
Mais que vois-je? C'est un nouveau Josaphat , roi du peuple de Dieu , qui , à la vue de tant de maux , se tourne tout entier vers la prière ; totum se contulit ad rogandum Domimon ^ Voici les paroles qu'il prononcera en s'humiliant sous la puissante main de Dieu. Si tous les maux viennent ensemble fondre sur nous , LE GLAIVE DU JUGEMENT , Itt pcstc ct la famine , nous demeurerons debout en vot7'e présence devant cette maison , ou votre nom est invoqué. Là nous crierons vers vous dans nos tribulations ; vous nous exaucerez , et nous serons sauvés.
Vous le voyez , mes très-chers Frères , le glaive que le Saint - Esprit nous représente comme n'étant pas de main d'homme ; in gladio non viri; est le même qui est nommé ici le glaive du jugement , gladiusjudicii. Ce n'est point un glaive pousse au hasard par l'aveugle fureur du soldat ; c'est la justice elle-même qui le conduit ; c'est \q jugement d'en haut qui en règle tous les coups ici-bas; c'est une main invisible , éternelle et toute-puissante qui écrase notre foible orgueil. Que devons-nous en conclure ? Faisons tout au plus lot notre paix avec Dieu , et notre paix avec les hommes se trouvera d'abord toute faite. C'est pour seconder les sincères et pieux désirs d'un grand roi dans une si pressante nécessité, que nous voulons demander à Dieu qu'il dicle lui-même de son
1 De Civ. Dei, \\h. i, cap. xxxiii : p. 30. —* // Parnl. \x. n ct 9.
MANDKMKNTS.
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trône céleste uiK- paix qui dissipe tout omluage, qui calme loiilo jalousie , qui réunisse tous les oieurs, et qui lasse ressnu\enir toutes les uaijons (|u'i'lli'> lit' soûl que les Itrauclu's d imk' même l'amilk'. I/Ejj:lise , dans ce temps de péché et de confusion , souiîre des maux presquiirré|)arables , et nous espérons que les larmes de l'Kpouse toucheront le c<eur de l'Kpouv.
A ces causes, nous ordonnons . etc.
Donné à Cambrai , le ù lévrier 171:2.
MANDKMENT POIR I.K rARP.MK
DK l'\n>kk 1713.
François , etc. , à tous les lidèles de notre diocèse, salut et bénédiction.
L'attente d'une pronq)le paix, mes très-chers Frères, nous faisoit espérer dès celle année le rétablissement de la discipline du Carême. Mais les péchés des peuples relardent encore ces heureux jours. Le Seigneur ajustement irrité, tient toujours sur nos tètes If rj/a/ce vengci/r de son alliance violée '. Faut-il s'en étonner? Nos peuples sont écrasés sans être convertis. On ne trouve dans les j)auvres que lâcheté, découragement, murmure, corruption et fraude. On ne voit dans les riches que mollesse, faste, profusion pour le mal . avarice contre le bien ; la société est un jeu ruineux : la conversation n'est que médisance; l'amitié n'est qu'un commerce llatleuret intéressé. La vertu n'est plus qu'un beau langag<?, que la vanité parle. La religion n"a plus aucune sérieuse autorité dans le détail des mœurs. Nous ne pouvons que trop dire ce que saint Augustin disoit en son temps : « C'est » par nos vices, et non par hasard, que nous » avons fait tant de pertes *. »
Nous avons vu à nos portes deux armées innombrables, qui. prèles à répandre des ruisseaux de sang, ne paroissoicul que connue un camp, tant elles étoienl voisines. Nos campagnes ravagées sont encore incultes conune les plus sauvages déserts. Votre terre, ô mon peuple, dit le Seigneur ', sera déserte , et rnx villes tomberont en ruine. V on champs, pendiint tmat les jours (leleiir solitndi', se plairont it se reposer, et à ne produire aucune moisson, parce qne vous
' Levtl. XXVI. 25. — ' De de. iJii , lib. Il, la]). XM , n. J : i. >ii. i>. 50. — 5 IaiU. xxm. 33 cl »<"i.
ne les avez point laissé reposer aux jours du saint repos. Hélas ! nous avons vu les familles chassées de l'habitalion d«' leurs ancêtres, errer sans ressource , et porter leurs etifaus moribonds dans une terre élraugèr»'. H" ^'^l-'t-' qui n(»us a l'ait tant d»î maux? c'est nous-mènies. D'oiinous sont-ils venus? de nos seuls péchés. Ou<^ 'l'tivons-nous pas encore à craindre de nos mœurs ! Dieu juste se doit des exenqdes. Quand l'apaiserons-nous? C'en.r qui resteront , dit le .Seignem- ' . sécheront de peini dans leurs iniquités. . . Je marcherai contre eux.... jusquà ce que leur cœur incirconcis ruuyisse de leur ingratitude. HAlons-nons donc, mes très-chers Frères, de faire la paix de ce inonde en faisant la nôtre avec Dieu et avec nous-mêmes. « (> étonnante » vanité, dit saint .Vugustin '. les honmies veu- » lent se rendre heureux ici-bas, et faire ce » bonheur de leurs [>ro[ires mains: mais la vé- » rite tourne eu dérision » leur folle espéi-ance. « La paix même d'ici-bas, dit encore ce Père *, » tant celle des nations que celle de chaqi:e » homme, est plulôl une coii-^cdHlion qui adou- » cil nos misères, qu'une joie où nous goûtions )) un vrai bonheur. » Les biens et les maux de celle vie ne sont rien , par la brièveté et {)ar l'incertitude de celte vie même. Que peut-on penser des faux biens, qui ne servent fju'à rendre les h(jnunes médians , et que Dieu méprise jusqu'à les prodiguer à ses ennemis qu'il réprouve? Que peut-on croire des maux qui ser\ent à nous rendre bons, et conformes à Jésus-Christ allaché sur la croix ? Heureux celui qui souffre dans ce court pèlerinage , et que la mort ne surprend point dans l'ivresse d'une trompeuse prospéi'ilé !
Il est vrai néanmoins, mes très-chers Frères, que nous devons tâcher de mériter, [)ar une humble correction de nos mœurs, que la paix règne en nos Jours, et que nous menions une vie tranquille. Quand nous serons convertis. Dieu réunira les nations divisées; tous les enfans du Père céleste ne seront plus dans son sein qu'un cœur et qu'une ame. Plus d'ombrages, plus de jalousie; le glaive sera changé en faux, et la lance en soc de charrue '. Ecoutez le Seigneur : Si vous suivez ma loi . dit-il ', Je répandrai sur vous en leur saison des pluies fécondes, l'os champs se revêtiront de verdure, et vos arbres seront chargés de fruits. Ij-s moissons dureront Jusques aux rmdanges , et à peine les vendanges seront /inirs qu'il faudra sfunr J'enverrai
' Levil. Nxvi. 3U cl *1. — ' Dr < ir. Uei , Ijli. xix , cap.
i\ , 11. I : I. VII. |i. 5*5. — s Ibid. nip. xxvii : p. 571.
* Intl. II. 4. — ^ I.CK-il, \\\\. i ol %\n\.
MANDEMENTS
la paix autûiir de vos fronticiTS. Vous dormirez,
et personne ne rous alarmera Le ç/laire ne
passera plus auprès de vos familles. Je jeterai tin 7'egardsur vous, et je vous ferai croître. Vous vous multiplierez, et je confirmerai mon alliance en votre faveur. Mais, encore une lois, nous ne devons ni « craindre les niau\ (jue Dieu l'ait » soudVir aux bons, ni estimer les biens qu'il » donne aux uiéelians ' ; » si le culte de Dieu n'étoit dans nos cieurs, que pour en obtenir les douceurs de la paix terrestre, une telle religion, dit saint Augustin', ne nous rendroit pas/;?V?/.r. mais au contraire p/us avides et plus avares. Tous nos vrais biens sont au-delà de celte vie ; c'e&l pour l'avenir, dit saint Augustin ^, que nous sommes chrétiens.
Le retardement de la paix éloignant la lîn de nos misères, il nous réduit avec douleur, mes très-cbcrs Frères, à relarder aussi le rétablisseuient de cette salutaire discipline du Carême que nous avons reçue des apôtres , dont nos pères furent si jaloux. Mais, en attendant qu'elle puisse reprendre toute sa force , nous voulons au moins faire deux choses. La première est de nous rapprocher un peu de la règle, en ne donnant à nos diocésains que trois jours dans la semaine l'usage delà viande, au lieu de quatre jours que le malheur des temps nous avoit fait accorder les autres années. La seconde est, qu'en permettant l'usage de la viande aux familles nécessiteuses qui auront un pressant besoin de se sustenter par tous les alimens qu'elles pourront trouver, nous exhortons très-sérieusement tous les riches qui ne sont point dans le cas de cette triste nécessité, de n'abuser point par mollesse d'une dispense qui ne leur convient pas. Nous ne voulons point troubler les consciences par une ordonnance absolue de l'Église ; mais nous représentons aux riches , au nom du souverain pasteur des âmes , qu'ils doivent faire ce qu'ils peuvent, pendant que les pauvres n'en sont dispensés qu'autant qu'ils ne le peuvent pas ; que le besoin d'apaiser Dieu par la pénitence croît chaque jour; et que rien n'est plus scandaleux , que de voir la sensualité flattée par une dispense que l'Église ne donne qu'à la misère et à l'impuissance. Enfin nous déclarons que nous ne nous abstenons d'exclure de cette dispense les riches de tout le diocèse, et même certains endroits du pays qui ont beaucoup moins souffert que les autres, qu'à cause que nous ne pourrions établir celte différence sans abandon-
1 De Civ. Dei, lib.
* Ibid. lih. I , cap. viu 1 : t. IV, p. 981.
XX, cap. Il : I. VII, p. 574. — n. 2 : p. 8. — ' In Psal. xci , n.
ner une certaine uniformité qui j)aroît nécessaire i)oin' faciliter l'ordre dans les points de discipline, el pour ne faire pas naître dans les esprits scrupuleux une infinité de questions.
C'est sur ces raisons qu'après avoir consulté les jiersonncs les plus sages, les plus pieuses et les plus e\|)érinientées sur l'étal des lieux, nous avons réglé les clioses suivantes :
i" Tous les peu|)les [)()\n-ronl manger de la viande trois jours de la semaine pendant le Carême prochain , savoir, le dimanche, le mardi et le jeudi. L'.ibslinence ne sera d'obligation que le lundi . le mercredi , le vendredi et le samedi ".
•2° Il faut néanmoins excepter le mercredi des Cendres et les trois autres jours suivans, où l'on ne mangera point de viande.
3° L'usage des œufs sera permis tous les jours du Carême à tous les fidèles , excepté le vendiedi saint.
4" On ne mangera point de la viande pendant la semaine sainte.
5° Les militaires qui ne sont point officiers pourront manger de la viande tous les jours du (Carême, excepté les vendredis et les samedis. Nous avons égard aux grandes fatigues d'où ils sortent , et où ils doivent bientôt rentrer.
6" Quoique nous permettions aussi l'usage de la viande pour certains jours , nous conservons néanmoins dans toute sa force le commandement de l'Église à l'égard du jeûne, pour les jours mômes où la viande sera permise. Plus la nourriture qu'on prend est forte , plus on est en état de jeûner, en se contentant chaque jour d'un seul repas, avec une légère collation qui sera toujours maigre.
Enfin ceux qui ne pourront pas se retrancher l'usage de la viande doivent se modérer dans la dispense qui leur est accordée , et ne se permettre rien de superflu dans les commodités sensibles. Les peuples qui nous sont confiés peuvent voir, par les égards que nous avons pour leurs besoins, combien nous sommes éloignés d'une sévérité dure el rigoureuse : c'est ce qui doit nous préparer dans leurs cœurs une pleine confiance pour les temps plus heureux , où nous ne manquerons pas de rétablir dans son intégrité cette salutaire pénitence , que les apôtres , instruits par l'exemple de Jésus-Christ
o Le dispositif du Mandonienl du 3 février 4 709 est sem blablc a. celui-ci , excepte? en un seul point. La rigueur de l'hiver avoit détruit les légumes; on niaiiquoit d'œufs; la guerre enipéchoit le coniniorce du poisson de mer [voyez cl dessus p. 176). Fénelon crut devoir permettre l'usage de la viande quatre jours de la semaine, savoir, le dimanche, le lundi , lu mardi et le jeudi.
mam»i:mi:nts.
ni(?inc. ont transmiso (le sirclo en sii'-cU' ju-iiju'à
n^lI^
Il faut (|iie les riches entrent dans les sentiinens de IKuMise on faveur des j)anvres , afin que la charité ^'au'ue en cette occasion ce (jue la pénitence setnhie perdre. Ainsi tous ceux «[ni useront de la présente dispense, et qui peuvent donner trois sous en aumône, les donneront. Nous exhortons tous ceux qui peuvent donner plus abondamment . à faire |H)ur leur salut éternel une partie de ce qu'ils font tous les jours pour le faste du siècle. Nous désirons (jue ces aumônes soient mises entre les mains de la trésorière de rassemblée delà charité, dans les villes où on a établi de telles assemblées pour les pauvres malades, allii qu'elles soient distribuées de concert avec les pasteurs, et que. dans tous les autres lieux, chacun donne son aumône aux pasteurs pour le même usage.
Donné à Cambrai le 23 février 1713.
MANDEMENT
on ACTORiSE l'institlt des ermites du diocèse
François, par la miséricorde de Dieu, etc., aux Frères ermites de notre diocèse y résidant, salut et bénédiction.
Nous avons vu avec joie l'empressement que vous nous avez témoigné de vous associer tous en congrégation. C'est un moyen très-efficace que Dieu vous a suggéré , pour vous sanctifier dans votre état , remettre votre institut en honneur, et édifier les autres fidèles. Nous ne pouvons que louer votre zèle, et approuver votre dessein. Nous vous érigeons donc en congrégation, sous la protection de Noire Seigneur Jésus- Christ, de saint Joan-Ba])tiste et saint Antoine , vrais modèles de tous les solitaires; \ous enjoignant. au nom de Notre-Seigncur , l'exacte observance des règles que nous vous donnons , conformes à celles qui sont prescrites aux ermites associés en congrégation dans les diocèses de Liège et Namur, voisins du nôtre.
Respectez surtout, comme vos |)ères, les supérieurs ecclésiastiques que nous établirons, et les visiteurs ermites que vous choisirez. N'admettez i demeurer dans vOs ermitages qui que ce soit, «ans une permission signée de nous, ou de nos
vicaires-généraux, ou de vos supérieurs; et soyez assurés qu'à l'exemple de nosseigneurs nos confrères les évéques voisins, nous ne souffrirons dans notre diocèse; aucun ermite qui ne sera pas associé à votre congrégation , ou qui y étant associé, tonibei'oit (cecju'à Dieu ne plaise) dans des désordres scandaleux.
.\u reste, nous prions Dieu, mes chers Frèles , de fortifier en vous la bonne volonté qu'il vous a donnée, et de vous faire la giAce d'v persévérer jusqu'à la mort , afinquayanl pratiqué dans le désert les vertus de vos saints j)rotecleurs, vous jouissiez coiniîie eux dans le ciel du souverain bien.
Donné à Cambrai le 1" novembre 1713.
MANDATUM DE RITUALI EDENDO.
Franciscis de salignac dk la mothe fenelon , Archiepiscopus Dux Cameracensis , sancti Romani Imperii Princeps , Comes Cameracesii, Parochis, Vicariis et aliis Sacerdotibus nostne diœcesis, salulem et benedictionem.
Felicis mémorial dccessores uostri illustrissimi ac reverendissimi domini Guillelmus de Berghes , Franciscus Vanderbuck et Gaspar Nemius , Manuali perliciendo omnem operam multa cuni lande dederaiit. Verîim quotidiano pastorum usu jamj)ridein detrita jacent penè omnia qua? excusa erant exemplaria. Unde novam edilionem approperari necesse est. Neque tamen est animus Manuale a veteri diversum insliluere : imô inajorum vestigiis insistere, eoruinquc placila amplecti juvat. Paucissima lanlùm occurrunt qua; temporum diversitali accommodanda esse videntur. .\bsit verô ut in hoc privatîc opinioni quidquain indnlserimus. Insignes siquidcm viri ex nostra metropolitana Ecdesia delecti ; quorum i)erili;\, sagacitale et pielale vicarialiis nostei' hacteuus lloruil, ea singula patriis moribusaptari studuerunt.
Caeterùm , ut brevitati optandœ consulatur, ab omni eruditione invesliganda origine rerum , cl ab omni dogniatica dissertatione temperaudum esse duxiinus ; hoc uninu scilicet assetjui sludenles , ut singula (jua- in praxi passiiu gerenda sunt, semotà omni speculalione, in promplu sinl, et prima fronte perspecla habeanlur. Reliqua apud theologos, vol
historicos , vol riluuin iiulagalorcs pricstù esse pnslores noriint.
Ponù iuhis omuiluis ijiko saciimi litiini ;ittiiiant. ilua^simt Aiijïustiui ivguUe quas leligiosè seclari velimus. Altéra li;vc est: «Umiiia.... » quiv iieque sanclaruni Scriptural' uni aucliui- » tate oontinentur. iiec in coneilio episcoporuin » statuta iiiveuiuiilur , iiec cousueludiiio iini- » versie Eoclesia- rolxirata suiit, sed pro diver- » soruni luooruni di\ersis moribus inniiinera- » bililcr \ariantur, ila ut vix aul omiiino nun- » quam invoniri possinl causm , quas in eis » institiieiulls lioniines secuti suut, ubi facultas » trihuilur . sine alla dubitalione resecanda » exislinio'. » Imi \ides. piissiiiie lector, resecanda esse ea oninia ipi;e tuin omni aiiclniitate, tuin onini causa speraiidie ;edilicalionis oiuniuo carenl, Neque vero pra^lexcre licct leviusculas rudis et indocilis viilgi oj)inioncs , aul usus tenierarios. Prouuni cpiippe est. [tlebeni iinperitain luulta, (piiC luiniis décent , in di\inuin cultuin sensiiii inveliere. Noslruni aul(Mu est hune cultuiu ad puruni excoquere, ne supcrstitio subrcpal , et banvlici malè insultent. Altéra hicc est Augustini sententia, quâ prioreni teniperari oporluit : « Totutn hoc genus » reruni libéras bal)et observationes, nec disci- » plina ulla est in bis nielior gravi prudentique r cbristiano, quàui ut eo modo agat, quo agere » viderit Ecclesiani , ad quani i'ortè devenerit. » Quod enim neque contra iidcui neque contra » bonos mores esse coiivlncitur, indillerenîcr » est babendum, et proj)ter eorum, inter quos » vivitur , societateni servandum est.... Ad » quam forte Ecclesiani veneris , ejus morcni » serva , si cuiquam non vis esse scandalo ,
» nec quemquam tibi Ipsa enim mu-
j) tatio consuetudinis , etiam quœ adjuval uti- »litale, novitate perturbât ^ » Ex quibus profectô liquet banc esse snluherrimam Augustin! regulam , ut ea , quae absque ulla aîdificationis causa invaluerunt , et in aperlam superstitionem redundant , resecta smt , ea vero « qute non sunt contra tidem neque » contra bonos mores , et babent aliquid ad » exhortationem melioris vitœ , ubicumque in- » stitui videmus , vel instituta cognoscimus , » non solum non improbemus , sed etiam lau- » dando et imitando sectemur ^ » Quemadmodum enim coercenda est plebis siiperstitio, ita etiam frangenda videtur recentiorum criticorum audacia , qui vitum asperiori refor-
» Ep. LY, ad Januiir. n. 35 : t. Il , p. 142. — ^ Ep. Liv , ad Janiiar. n. 2, 3 et 6 : p. 124 ol '26. — ^ Ep. tv , ad Janiiur. u. 34 : p. 141.
MANDEMENTS
nialione ila atténuant, ut veluli exsanguis et exsuccus jaceat.
llincliomines crcduli,superslitiunis amantes, et a\ersantes interiorem cullum, quo (juisque abnegat semelipsimi, et tollil crucem suam, et Cdnistuiu sequilur. avido orc captant caerimonias , (pue suis cupiditatibus nibil incommodent, u Ipsam rcligionem, ut ait Augustinus \ » (juaiu [laucissimis et manilestissimis celebra- » tionum sacramentis misericordia Dei esse" » liberam voluit, servilibus oneribus preinunt, » ut tolerabilior sit conditio Judteorum , qui, » etiamsi lempus libertatis non agnoverunt , » legabbus tamen sarcinis, non bumanis pra>- » sumptiunibus. bubjiciuntur. » lU; bis sanclus Doctor ita contjueritur - : k Sed boc nimis do- » leo, quod niulta, qua; in divinis libris salu- » berriniè praocepta sunt, minus curantur ; et n tam mullis praîsumplionibus sic plena sunt » onmia, ut graviîis corripiatui-, qui |)er octavas » suas terrant nudo [)ede letigerit , (juàm qui » meuteni xinoicnlià sepelierit. » Cum Augustino libens dixerim ^ « Hoc approbare non pos- » sum, eliainsi multa bujusmodi propter non- » ullarum vel sauctarum vel turi»ulentarum » ])ersonarum scandala devitanda. liberiùs ini- » [irobare non audeo. » Itaque bujusmodi ritus adventitios , qui extra ritum ab Ecclesia in Manualibus eomprobatum temerè vagantur , dolentes quidem tolerare cogimur, minime veri^ suadenms.
illinc critici fastidiosi bomines, dum superstitionem acriùs amputant, vivos piissimi cultûs ranios evellunt. Nimirum dictitant, ea singula, qua^ in privatis quibusdam ecclesiis fieri soient, amputanda esse, ut aliéna ab universali aul a puriore antiquissima; Ecclesiœ ritu. Quasi verô universalis Ecclesia banc rituum varietatem ratam non fecerit : quasi verô Romana Ecclesia, caeterarum omnium mater ac magistra, id nunquam œgrè tulerit : quasi verô non accepta sit apud omnes optima baîc Augustini sententia * : « In bis rébus in quibus njbil certi sta- » tuit Scriptura divina, nios populi Dei, vel » instituta majorum pro lege tenenda sunt. De » quibus si disputare voluerinms, et ex alioruni » consuetudine alios improbare, orietur inter- » minata luclatio. » Prœterea nefas est minoris facere recentiores quàm antiquiores Ecclesiae ritus. Neque enim Ecclesia senescendo minus sapit, aut Spiritu promisse sensim destiluitur. Profectô non satis catholicè sentit, quisquis non
1 Ep. LV, (id Januar. a. i^ : p. 142. — * Ibid. — 3 Ibid. — ■> Epist, xxwi, al Caifiddit. u. 3 : p. 68.
MANDEMENTS
fatctur, pari omnino auclorilate poUere ritus iti senlcnlia unquam recodant ' : « Non ergo
dccimo ocfavo ac ritus in quarto sffculo ah Ec- » asporé, (jiiaiitum ovislirno, non duriler, non
cicsia institiilos. Immola cnim Slal lixc Aufrus- » nuxloimpcrioso isia lolliiiiliir ; ma^is docendo
lini scDleiitia uiiicuiiiuo sa'cnid a-qiu' aplaiida : » iiu.'im julicndi» , ma^is monciido qnàm mi-
t> Si (juiil liorum Idla |ier orltom iVoquoiilat Ec- n nando. Sic onim a^'ctidiim est cuiii mullilu-
0 cicsia — ; (|iiin ila facicntlum sit. dispulare, » dinc : scvorilas antem oxerccnda est in pccata
u insolentissima> insaniie est '. u
Itaque pasloros sinpulos gravissimè mimonuis, et amanlissimi' adliorlanuir, ut trcmino luiic oflicio se lotos impendanl , siculi dccct
n pauoorum. El si quid minamur, cum dolore n liai , de Scripturis comminando vindictam » liiluram, ne nos ipsi in noslra polcslate, sed » Dcus in nostro sermoiu' limcatur. lia priùs
viinistros Chris(i,('( disponifUores mi/sterionon » nioncljunlur spiriluales , vcl spirilualibus
Dci. Scilicet ut dilipenlissimè observent oa » proximi , quorum auctoritate , et lonissimis
omnia, qua; Ecclesia in Mannali observari ju- » quideni , sed inslantissimis admonitionibus,
bel; ca^leros anlem ritus. quos popularis aura » cetera multiludo tVangalur. u
inconsullè usurpât, declinenl ; neque ipsi, Datum Cameraci, die 20 Augusli, anno Do-
oblento quovis pielatis incenlivo , ({uidquaiu „^j,jj 17^7
novi et insolili leutare audeaut. Absit verù ut in
tanto niunere obeundo ab illa aurca Aupuslini Fr. Ar. D. Cameracbxsib.
* Eput. Li\ , ad Januar. ii. 6 : p. I2C.
• Ef. XMi, a.l Jui$!. u. 5 : p. '28.
F^NELOλ. TOME VI.