ROMULUS ET NUMA POMPILIUS
Combien la gloire d'un roi sage et pacifique esl préférable à, celle (l'un conquérant.
Rom. — Vous avez bien tardé à venir ici! voire règne a été bien long !
NiMA. — C'est qu'il a été très-paisible. Le moyen de parvenir à une extrême vieillesse , c'est de ne faire mal à personne , de n'abuser point de l'autorité, et de faire eu sorte que personne n'ait d'intérêt à souhaiter notre mort.
Roji. — Quand ou se gouverne avec tant de modération, on vit obscurément, on meurt sans gloire; on a la peine de gouverner les hommes : l'autorité ne donne aucun plaisir. Il vaut mieux vaincre, abattre tout ce (|ui résiste, et aspirer à l'immortalilé.
NujiA. — Mais votre immortalité, je vous
ItlAl.'Mil KS IU:s MOUTS.
prie j eu quoi consiste-l-cllc .' .I"a\iijs oui tlirc que vous étiez au lari); des dieux , uoiuii de ueelar à la lablc de .lupiliT ; d'uii ^ifiil il'imque jf. vous tiuUM' iii ?
HoM. — A païK-r fiandienu'ul , li-s séua- (eiu's, jaloux di' uia puissaute , m' délireul de iiini , cl me ciiudtlèieul d'iiouuenis , après uiavoir uiis eu [liries. Ils aiuièrent uiieuv ui'iuvotjuer couiuie dieu . (jue de ui'ohéir loiuuie à U'ur roi.
Nlma. — ijuoi donc! ce qm* l'roculus lacoula u'esl pas vrai ?
ItoM. — lléî ne savez-vous pas eond>ieu on fait accroire de choses au peuple? ^'ous eu êtes plus instruit iiunu autre, vous cpii lui avez persuadé que \oiis étiez ius|)iré par la uvuiplie kgéric. l'roculus. \oyaut le peu[)le irrité de nia mort, voulut le consoler par une lahle. Les lionuues aiment à être trompés ; la tlallerie apaise les plus |.'randes douleurs.
Ni MA. — \ OMS navez donc en pour tonte inunorlalité que des coups de poij.'uard '.'
KoM. — Mais jai eu desaulels. des prêtres, des victimes et de l'encens.
Ni.M\. — Mais cet encens ne guérit de rien ; vous n'eu êtes pas moins ici une ond)re vaine et impuissante . sans espérance de revoir jamais la lumière du jour. Vous voyez donc qu'il n'y a rien de si solide que d'être bon . juste, modéré. aimé des peuples: ou vit lon<;-tem[)s, ou est toujours eu paix. A la vérité, on n'a |)oint d'eucens, ou ne jiasse point pour iuuiiorlel ; mais on se porte bien , ou règne long-temps sans trouble . et ou l'ait beaucoup de bien aux bomnies qu'on gouverne.
i{oM. — Vous, (jui avez vécu si long-temps, vous n'étiez pas jeune quand vous avez comnjeUcc à régner.
Ni MA. — .l'avois quarante ans. et c'a été m(»u bonheur. Si j'eusse comujencé à régner plus tôt, j'aurois été sans expérience et sans sagesse, exposé à toutes mes passi<jns. l.a pui5:>auee est trop dangereuse quand on est jeune et aident. Vt)n.s ra\ez bien éprouvé . vous qui avez dans Votre emportement tué \olre proj)re frère, cl qui vousèles rendu iusu|q>ortable ù tons vos ciloyenfs.
J»OM. — PnÏMpic \uu> avez \éi ii si long- Unnps. il r.iUoil que vous eussiez une bnniu' et lidele garde autour de vous.
Ni'viA. — l'itinl du tout: je commençai par me défaire de> trois cents gardes qiu- vous aviez choisis el nnnuué^ (oli-rns. In bonnne ipii accepte avec pi-ine la royauté . (pji ne la \eut que pour le bien public, et (jui seroit content
de la (juitter . n a point à craindre la mort connue un tvrin. l'our moi, je orovois faire nue grâce auv Itomaius de li'S gouverner; je vivois pauvrement poui' enrichir le peuple; toutes les nations voisin(.'s auroieut souhaité d être sous ma coudiiile. lui cet étal iaut-il des gardes? l'our moi, pauvre mortel, personne n'avoit d'intérêt à me donner l'iuMuorlalité dont le sénat vous jugea digne. Ma garde étoit l'amilié deseitovens, qui me regardoienl tous comme leur père. In roi ne peut-il pas coulier sa vie à un peu[)le i|ni lui contie ses biens, sou repos, sa conservatiou ? I.i eonliance est égale des deux cotés.
Kovi. — A vous entendre, on croiroit que vous avez été roi in;ilgré vous. Mais vous avez là-dessus tronqié le peuple, roimne vous lui avez inqiosé sur la leligion.
Ni. MA. — Hn m'est veiui chercher dans ma solitude d<' Cures, h'abord j'ai représenté que ji- n'étois [)oinl pro|»re à gouvei'uer un peuple belliqueux, accoutumé a di^s conquêtes ; qn il leuri'alloil un Uonudus toujours prêt à vaincre. J'ajoutai que la mort de Tatius et la vôtre ne me donnoient |)as grande envie de succéder à ces deux rois, lùdiu je représentai que je u'avois jamais été à la guerre. Ou persistai me désirer ; je me rendis : mais j'ai lo"jours vécu pauvre, simple, modère'- dans la loyauté, sans me préférer à aucun litoxeii. .lai réuni les deux peuples des Sabins el des Romains, en sorte qu'on ne peut plus les distinguer. J'ai fait revivre l'âge d'oi'. Tous les peuples, nou-seulemcnt des environs de liouie, mais encore de l'Italie, ont senti l'abondance que j'ai répandue partout. Le labourage mis eu hoimeur a adouci les jieuples faroiR-hes . et les a attachés à la patrie , sans leur donner une ardeur iu(piiète pour envahir les terres de leurs voisins.
UoM. — Celle paix et celle abondance ne servent ipi'à enoruneilbr les peuples, qu'aies rendre iiidocile> à leiu' rtti, et qu'à les amollir ; eu soile (|u'ils ne peuvent [dus ensuite sup[)orli-r les fatigues el les périls de la guerre. Si on fût venu vous attaquer , qu'auriez-vous l'ait, vous qui n'aviez jamais rieu vu [lonr la guerre ? il aiiroit fallu dire aux ennemis d'al- Icndre jus(pi à ce que vous eussiez consulte la nvmplie *.
NiMv. — Si je n ai pas >u faire la guerre counui' vou>. j'ai >u l'évili-r. el me faire respec-
' l,'i>ri|;iiial Hiiil ici, ri ri-ililioii >l<' ITIi v osl l'iiiiroriiir. Niuis I. 'liions 11- iini Miil «le l'i'ililinn ■!.• »"•» : Cftlilcur r.iniii ^.lll* ilinili- uji'ulc |"'iir liTiimior it |)iol«(juf , (|ut lui a viii|i|«' iiit'iiiii|>K-l. l.iiit. tif f'rrs.
niAT.Or.l'KS DES MORTS.
ter et aimer de tous mes voisins. -l'ai iloiiné aii\ Romains des lois qui, en les rendant justes, laborieux, sobres, les rendront toujours assez redoutables à eeux (jui voudroient les attaquer. Je crains bien encore qu'ils ne se ressentent trop de l'esprit de rapine et de \iolence auquel vous les aviez accoutumés.
xr.
XKRXES I:T l.l'OMDAS.
La sagesse cl la valeur rondoni It^s Etal> invincibles, et non pas le grand nombre de sujet? , ni l'autorilé sans bornes des princes.
Xkrx. — Je prétends, Léonidas, te faire un grand honneur, il ne tient (|u'à toi d'être toujours à ma suite sur les bords du Styx.
LÉON. — Je n'y suis descendu que pour ne te voir jamais, et pour repousser ta tyrannie. Va chercher tes femmes , tes eunuques , tes esclaves et tes flatteurs ; voilà la compagnie qu'il te faut.
Xerx. — Voyez ce brutal , cet insolent, un gueux qui n'eut jamais que le nom de roi sans autorité, un capitaine de bandits, qui n'ont que la cape et l'épée. Quoi ! tu n'as point de honte de te comparer au grand Roi ? As-tu donc oublié que je couvrois la terre de soldats et la mer de navires ? Ne sais-tu pas que mon armée ne pouvoit, en un repas, se désaltérer sans faire tarir les rivières ?
Lios. — Gomment oses-tu vanter la multitude de tes troupes? Trois cents Spartiates que je commandois aux Thermopyles furent tués par ton armée innombrable sans pouvoir être vaincus; ils ne succombèrent qu'après s'être lassés de tuer. Ne vois-tu pas encore ici près ces ombres errant en foule , qui couvrent le rivage ? Ce sont les vingt mille Perses que nous avons tués. Demande-leur coud)ien un Spartiate seul vaut d'autres liommes, et surtout des tiens. C'est la valeur, et non pas le nombre, qui rend invincible.
Xerx. — Ton action est un cou[) de fureur et de désespoir.
Léon. — C'étoit une action sage et généreuse. Nous crûmes que nous devions nous dévouer à une mort certaine, pour l'apprendre ce qu'il en coûte quand on veut mettre les Grecs dans la servitude , et pour donner le temps à toute la Grèce de se préparer à vaincre ou à périr comme nous. En eifet, cet exemple de cou-
rage étonna les Perses , et ranima les Grecs découragés. Notre mort fut h'wn employée.
Xkrx. — O (juc je suis fâché de n'être point entré dans le i'éloi)onèse après avoir ravage l'Attiqut^ ! j'aurois mis en cendres ta Lacédémone comme j'y mis Athènes. Misérable, im- [ludent, je t'aurois —
Léon. — Ce n'est plus ici lo l(Unps ni des injures ni des flatteries ; nous sonuues au pays de la vérité. T'imagines-tu donc être encore le grand Roi ? tes trésors sont bien loin ; tu n'as plus de gardes ni d'armée, jilus de faste ni de délices ; la louange ne vient plus chatouiller tes oreilles ; te voilà nu , seul , prêt à être jugé par Minos. Mais ton oud)re est encore bien colère et bien superbe ; tu n'étois pas plus emporté quand tu faisois fouetter la mer. Ln vérité, lu méritois bien d'être fouetté toi-même pour cette extravagance. El ces l'ers dorés, t'en souviens-tu ? (pie tu lis jeter dans l'Ilellespont pour tenir les tempêtes dans ton esclavage ? Plaisant homme, pour dompter la mer ! Tu fus contraint bientôt après de repasser à la hàtc en Asie dans une barque comme un pêcheur.
Voilà à quoi aboutit la folle vanité des honmies qui veulent forcer les lois de la nature et ouhlier leur propre foiblesse.
Xerx. — Ah ! les rois qui peuvent tout (je le vois bien, mais, hélas ! je le Aois trop tard) sont livrés à toutes leiu's passions. Hé ! quel moyen, quand on est homme, de résister à sa propre puissance et à la Ilatterie de tous ceux dont on est entouré ? O quel malheur de naître dans de si grands périls !
Léox. — Voilà pourquoi je fais plus de cas de ma royauté que de la tienne. J'étois roi à condition de mener une vie dure, sobre et laborieuse , comme mou peuple. Je n'étois roi que pour défendre ma patrie , et pour faire régner les lois : ma royauté me donnoit le pouvoir de faire du bien, sans me permettre de faire du mal.
Xerx. — Oui ; mais lu étois pauvre, sans éclat, sans autorité. Un de mes satrapes étoit bien plus grand cl plus magnifique que toi.
Lkon. — Je n'aurois pas eu de quoi percer le mont Athos comme toi. Je crois même que chacun de tes satrapes voloit dans sa province plus d'or et d'argent que nous n'eu avions dans toute notre ré|)ublique. Mais nos armes , sans être dorées, savoienl fort bien percer ces hommes lâches et efféminés , dont la multitude innombrable te donnoit une si vaine contiance.
Xerx. — Mais entin, si je fusse entré d'abord dans le Péloponèse, toute la Grèce étoit dans
m AI '»i,i i-s i»r.s MORTS.
les fei"s. Auciino ville , pas iiit'inc l.i liciiii».'. n'oùl pu MIC r(''>ister.
\.Yo\. — .If le crois coninie lu Ir ili> : i'I i >'>l eu (|U()i je luéprisc la j^iautle puis>au(i' diiu j)eu|t|e liaibaie, qui iiesl ni iusliuil ui aguerri. Il niauque de sages conseils ; ou, si nu les lui ollVe , il ne sait pas les suivre , et préfère toujours ilaufres ccniseils foibles ou trompeurs.
Xkkv. — Les (Irccs \ouloieut laiie nue muraille pour fermer l'isthme ; mais elle u'i-toif pas encore faite, et je pouvois y entrer.
I.Ki'N. — l.a uMuaille néloit pas faite, il est \iai : mais tu nétois pas fait pourpré\enir ceux qui la \ouloient faire. Ta foihiesse fut |>lus salutaire aux (Irecs que leur force.
Xkiix. — Si j'eusse pris cet isthme, j'aumis l'ail voii'
Lkon. — In aurois fait quehpie auh'o faute : car il falloit que tu en lisses . étant aussi gàlé que tu létois par la mollesse, [lar l'orgueil, et par la haine des conseils sincères. Tu élois encore plus facile à surpirndre (pie listhmc.
Xkrx, — Mais je n'ctoisni làdic ni méchant, comme tu t'imagines.
Lkon. — Tu avois naturellement du courage et de la honte de cœur. Les larmes que tu répandis à la vue de tant de milliers d'honnnes, dont il n'en devoil rester aucun sur la terre avant la lin du siècle, marquent assez ton humanité. C'est le plus bel endroit de ta vie. Si tu n'avois pas été un roi trop puissant et trop heureux, tu aurois été un assez hoiniète homme.
XTl.
SOLON ET IMSlr-TRATE.
La tyrannie est souvent plus funeste aux souverains qu'aux |)euples.
Sol. — lir- hien ! tu rmyois devenir le plus heureux de tous les mortels en rendant tes concitovens tes esclaves; te \oil;i hien avancé 1 Tu as méprisé toutes mes rcnionlranccs ; tu as foulé aux [)ieds toutes mes lois : que te reste-il de ta tNraunie, que l'exécration des Athéniens, et Ifs justes peines (pu- tu \as eudiirer dans le noir Tartar.' ?
ri^i>i. — Mais je gonvernois assez douivnienl. Il est vrai que je \oulais gou\enier, et
sanilier lnul ce qui (•toit suspect à mon
tnrilé.
Sol. — C.\>[ ( f (pi'nii appelle MU tyran. Il ne fait point le mal par le. seul plaisir de le faire : mai> le mal ne. lui coiite rien toutes les fois (pi'il le iMdit utile j raccroib.Nement île sa grandeur.
ri>i>r. — .II' \oulnis acquérir de la gloire.
Soi.. — Ouelle gloire, à mettri* sa pairie dans les fers, et à passer dans toute la po.^lérite pour un impii' qui n'a coniui ni justice , ni hoimc foi, m humaniti' ! Tu dcvois ac(piérir de la gloire comme i.nit d'autres Grecs en ser- \ant ta patrie , et non i-n ro|)[)riinanl c(junue tu as fai>.
PiMsr. — Mais quand on a a>.se/. irélé\ation de génie et d'éloquence pour gouverner, il est hien rude de passer .sa vie dans la dépendance d'un peuple capricieux.
Soi.. — J'en eonvieiis : mais il faut tâcher de mener jusleiiient les jieuples par l'autorité des lois. Moi qui le parle, j'élois, tu le sais hien, de la race royale : ai-je montré quelque amhition pour gou\erner Athènes? Au contraire, jai tout sacrilié pour mettre en autorité des lois salutaires; j'ai vécu pauvre; je me suis l'-loigné ; je n'ai jamais voulu einploNer que la persuasion et le hon exem|)le , (pii sont les armes <\c la vertu. Kst-cc ainsi que In as l'ait ? Parle.
Pisisr. — Non, mais c'est que je .songcois à laisser à mes enfans la royauté.
Soi.. — Tu as fort bien réussi ; car tu leur as laisse pour tout héritage la haine et l'horreur puhli(iue. I.es plus généreux citoyens ont acipiis une gloire iminortelhî avec des statues poura\oir poignardé l'un: l'autre, fugitif, est allé servilement chez un roi barbare implorer son secours contre sa propre j)atrie. X'oilà les biens (jue tu as laissés à tes enfans. Si tu leur avois laissé l'amour de la patrie et le mépris du faste, ils vi\roient encore hcureuv parmi les .Athéniens.
PisisT. — Mais (pioi 1 \i\rc .><ans auihilittii dans l'obscurité '!
Sor.. — La gloire ne s'aqniert-elle cpie par des crimes ? Il la faut (hercher dans la guerre contre les ennemis, dans toutes les \ertus modérées d'un bon ciloNen, dans le mépris de tout ce qui enivre et cpii amcdlil les hommes. ( > Pisistrate , la gloire e^l belle : heureux ceux qui la sa\ent troUNer ! mais qu'il e>t pernieieuv de la \ouloir trouver où elle n'esi pas 1
PiM--i. — Mais le peuple avoit tnqi de li-
IMAI/>fUES DES MOIiTS.
bcrlé ; ot le peuple trop libie csl le jilus insupportable de fous les lynuis.
Sur,. — H falliiil nriiiderà iiiodérei" l;i liheilc du peujjle en élabliss.int mes lois, el n<iii pas renverser les lois pour tyranniser le peu|ile. l'u as fait conune un père , (pii. |)our rendre son tils modéré et dot-ile, le \eniir<>it [)our lui l'aire passer sa vie dans rt>scla\a^e.
Fisisr. — Mais les Alliénienssiuil hop jaloux de leur liberté.
Soi.. — Il est vrai (jue les Alliéiiiens sont jusqu'à l'excès jaloux d'une liberté qui leur ap|iarlienl : mais toi, n'élois-tu pas encore plus jaloux d'une tyranuie (pii ne ])ouvoit t'ap|)arlenir ?
pISl^r. — .le soudVois inipatieninient de voir le peuple à la merci des sopbisles et des rhéteurs, (jui prévaloient sur les ^ens sapes.
S(u,. — Il valoit mieux encore que les sophistes et les rhéteurs abusassent (pielquefois le peu[)le par leurs raisonucmens et [)ar leur éloquence, que de te voir fermer la bouche des bons et des mauvais conseillers, pour accabler le peuple, et pour n'écouter plus que tes propres passions. Mais quelle douceur j:oùtois-tu dans celte puissance? Ouel est donc le charme de la tyrannie ?
PisisT. — C'est d'être craint de tout le monde, de ne craindre personne, et de pouvoir tout.
SoL. — Insensé! lu a\ois tout à craindre ; et tu l'as bien éprouvé ipiand tu es tombé du haut de ta t'oi'kme, et que tu as eu tant de peine à te relever. Tu le sens encore dans tes enfans. Qui est-ce qui avoit plus à craindre, ou de toi, ou des Athéniens: des Athéniens , qui, portant le joug de la servitude, ne laissoient pas de vivre en paix dans leurs fanùUes et avec leurs voisins ; ou de toi, qui devoir toujours craindre d'être trahi, dépossédé, et puni de ton usurpation ? Tu avois donc plus à craindre que ce peuple même captif à qui tu le rendais redoutable.
PisisT. — Je l'avoue franchement, la .tyrannie ne me donnoit aucun vrai plaisir : mais je n'aurois pas eu le courage de la quitter. En perdant l'autorité , je serois tombé dans une langueur mortelle.
SoL. — Picconnois donc coiubien la tyrannie est pernicieuse pour le lyran , aussi bien que pour les peuples : il n'est point heureux de l'avoir, et il est malheureux de la perdre.