‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 107 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les dames de la famille Wharton s'étaient réunies à la fenêtre , et les mouvemerits que nous venons de rapporter semblèrent exciter en elles un vif intérêt. Sara vit s'avancer ses compatriotes avec une dédaigneuse indifférence ; leur bonne tenue lui semblait méprisable du moment qu'ils étaient armés pour la cause impie de la rébellion. Miss Peyton ne put se défendre d'un sentiment d'orgueil en songeant que les nobles guerriers qu'elle avait sous les yeux étaient les hommes d'élite de son pays natal. Quant à Frances, toutes ses pensées se concentraient sur un seul personnage; elle le dislingua au milieu de la troupe, monté sur un cheval de race dont les pieds touchaient à peine la terre. Il se tenait en selle avec une fermeté et une aisance qui prouvaient qu'il était maître de lui-même et de son coursier. Ses formes, solides, musculeuscs et bien proportionnées, réunissaient la force et l'activité. Le cœur de Frances battit avec vitesse lorsqu'il s'arrêta pour examiner le bâtiment, et qu'il tourna vers elle ses yeux noirs dont l'éclat était sensible malgré l'éloignement. Elle changea de couleur quand il descendit de cheval, et fut saisie d'un tremblement qui la contraignit à s'asseoir.

Le major donna k la hâte quelques ordres à Lawton , traversa la pelouse à pas précipités et s'approcha de l'habitation. Frances se leva et disparut du salon. Dunwoodie n'avait pas eu le temps de frapper à la porte lorsqu'elle s'ouvrit devant lui.

L'âge auquel Frances avait quitté la ville l'avait dispensée de sacrifier ses charmes naturels sur l'autel de la mode. Ses cheveux, d'un blond doré, n'avaient pas été mis à la torture, et ils encadraient merveilleusement un visage oii brillaient la santé, la jeunesse et l'innocence. Elle reçut le major sans mot dire, mais ses yi'ux s'exprimaient éloquemment ; elle avait les mains jointes devant elle et le corps penché

dans l'attitude de l'attente. Le plaisir de la revoir rendit un instant le jeune officier immobile et muet. Frances le conduisit dans une petite salle en face de celle oii la famille était rassemblée , et lui tendit naïvement les deux mains en disant :

— Ah, Dnnwoodic! j'ai une foule de raisons pour être charmée de vous voir ; je vous ai amené ici pour vous préparer à la rencontre imprévue d'un ami.

Le major lui baisa la main et répondit :

— Quelle que soit la cause de votre conduite , je suis heureux de pouvoir vous parler sans témoins. Frances, vous me soumettez à une cruelle épreuve ; la guerre et l'éloignement peuvent bientôt nous séparer.

— Il faut nous soumettre à la nécessité qui nous gouverne ; mais ce ne sont pas des propos amoureux que je veux entendre à présent , des affaires plus importantes doivent nous occuper.

— Que peut-il y avoir de plus important que de vous unir à moi par un lien indissoluble ? Vous montrez de la froideur pour moi , pour moi qui ai conservé votre souvenir dans des jours de péril et des nuits d'alarme !

— Cher Dunwoodie, dit Frances avec un attendrissement qui allait presque jusqu'aux larmes , vous contiaissez mes sentiments. Dès que la guerre sera finie, cette main vous appartiendra pour toujours; mais il m'est impossible de consentir à vous la donner tant que vous serez armé contre mon frère. En ce moment même , ce frère attend votre arrêt: vous pouvez le rendre à la liberté ou le conduire à la mort.

— Comment ! s'écria Dunwoodie en pâlissant, expliquez-vous, quel est le sens terrible caché sous vos paroles?

— Le capitaine Lawton ne vous a-t-il pas dit qu'il avait arrêté Henry ce matin? répondit Frances d'une voix à peine intelligible.

— Il m'a élit qu'il avait arrêté un capitaine au CO' régiment, mais sans me le nommer et sans me dire oii il l'avait surpris.

Le major prononça ces mots avec une émotion qu'il essaya de dérober à sa compagne en cachant sa tête entre ses mains.

— Que signifie votre agitation ? s'écria Frances , dont toute la confiance s'évanouit poui- faire place aux plus sinistres appréhensions. Certes vous ne trahirez pas votre ami, vous n'enverrez pas mon frère. . .

— Votre frère... à une mort ignominieuse. Que puis-je faire? s'écria le jeune homme avec désespoir.

— Ce que vous pouvez faire ! répliqua la jeune fille avec égarement ; voudriez- vous le livrer à ses ennemis , perdre le frère de votre fiancée?

— Ne m'accablez pas de vos reproches, ma chère Frances! je suis prêt à mourir pour vous, pour Henry; mais je ne puis oublier mon devoir , je ne puis manquer à l'honneur sans m'attirer le mépris de tous et même le vôtre.

Les traits de la jeune fille devinrent d'une pâleur livide.

— Peyton Dunwoodie, reprit-elle d'un ton solennel, vous m'aves dit... vous m'avez juré que vous m'aimiez...

— De toute mon âme, Interrompit l'officier avec ardeur.

Mais lui faisant signe de garder le silence , elle ajouta d'une voix tremblante :

— Croyez-vous que je puisse me jeter dans les bras d'un homme dont les mains seraient souillées du sang de mon frère ?

— Vous me déchirez le cœur, s'écria Dunwoodie ; puis, après un moment de réflexion , il essaya de sourire en ajoutant :

— Mais, après tout, nous nous tourmentons inutilement; si j'en crois ce que l'on m'a rapporté, Henry est simplement prisonnier de guerre et peut conserver sa liberté sur parole.

Aucune passion ne donne autant d'illusions que l'espérance , et c'est un des heureux privilèges de la jeunesse de s'y livrer sans réserve. Quand nous sommes nous-mêmes dignes d'une confiance absolue, nous sommes naturellement disposés à l'accorder aux autres, et nous prenons volontiers nos prévisions pour des réalités. La supposition formée par le jeune militaire sembla ranimer Frances, qui s'écria transportée ■■

— Oh ! je le savais bien , je savais bien, Dunwoodie , que voiu ne nous abandonneriez pas dans un moment aussi critique,

La violence de ses émotions se manifesta par un torrent de larmes.

Le soin de consoler ceux que nous aimons est une des plus douces prérogatives de la tendresse ; et le major, quoique ayant peu de foi dans ses propres paroles , n'osa prendre sur lui de désabuser l'aimable fille qui s'appuyait sur son cœur, et qui se sentait renaître en songeant qu'elle sauvait son frère et qu'elle était sous la protection de son amant.

Après s'être suffisamment remise de son trouble, Frances introduisit Dunwoodie dans le salon. Il eut besoin de toute sa résolution pour se décider .i la suivre et à affronter la présence de la famille ; néanmoins il salua avec cordialité Henry Wharton, qui l'accueillit sans la moindre inquiétude. La vieille tante et Sara parurent enchantées de la visite du major : leur ancienne amitié , les services qu'il leur avait déjà rendus auraient suffi pour qu'il lût le bienvenu ; mais l'intérêt qui s'attachait à sa présence était augmenté par les difficultés du moment.

L'idée de contribuer dune manière quelconque k la perte de son ami, le danger du capitaine et le désespoir de Frances avaient excité dans le cœur du major un trouble qu'il s'efforçait en vain de dissimuler. H se hâta de congédier la sentinelle que !,awton avait placée auprès du prisonnier, et dit avec douceur :

L'ESPION

— Pourquoi ce travestissement sous lecjuel Lawton vous a trouvé? Expliquez-vous franchement , Henry , et rappelez-vous que vous êtes entièrement libre de vos réponses.

— Major Dunwoodie, dit gravement l'officier anglais, j'ai pris un déguisement afin de pouvoir rendre visite à ma famille sans m'exposer à devenir prisonnier de guerre.

— Mais vous ne le portiez pas avant l'arrivée du détachement de La w ton ?

— Oh non , interrompit Frances avec vivacité ; Sara et moi nous avons revêtu mon frère de son costume, lorsque les dragons sont arrivés, et c'est par suite de notre maladresse qu'il a été découvert.

Dunwoodie la contempla avec tendresse pendant qu'elle donnait cette explication.

— Probablement, continua-t-il , vous vous êtes servi d'effets qui vous appartenaient et qui vous sont tombés sous la main.

— Non, dit \\ harton avec dignité , ces habits avaient été apportés par moi de INew-York ; je me les étais procurés dans le but de mon excursion, et je me proposais de m'en servir pour rentrer en ville aujourd'hui même.

— Mais nos avant-postes? demanda Dunwoodie en pâlissant.

— Je les ai franoûis déguisé ; j'ai fait usage de celte passe que j'ai payée I et que je crois fausse puisqu'elle porte le nom de Washington.

Dunwoodie prit le papier avec empressement, et examina la signature en silence; puis se tournant vers le prisonnier, il lui demanda :

— Capitaine Wharton , où vous êtes-vous procuré ce papier?

— C'est une question que vous n'avez pas le droit de m'adresser.

— Je vous demande pardon , le sentiment de mes devoirs m'a fait commettre une indiscrétion.

M. Wharton , qui jusqu'alors n'avait pas osé prendre la parole, fit un effort pour dire :

— Cet acte est sans importance , major ; on emploie chaque jour k la guerre de semblables artifices.

— C'est étrange , reprit Dunwoodie en étudiant les caractères ; la signature n'est pas contrefaite. Y a-t-il encore parmi nous des traîtres qui ne sont pas découverts? On a abusé de la confiance de Washington, car le nom supposé est d'une autre main que le corps de la passe. Capitaine Wharton , il m'est impossible de vous laisser libre sur parole , vous m'accompagnerez au quartier général.

— Je m'y attendais , major Dunwoodie.

Frances s'était levée , et joignait les mains dans l'attitude de la supplication ; le major la remarqua, et, incapable de se contenir plus longtemps, il prit un vague prétexte pour sortir; mais la jeune fille le suivit, et lui lança un coup d'oeil auquel il ne put résister; il rentra avec elle dans la pièce où avait eu lieu leur première entrevue.

— Major Dunwoodie, lui dit-elle avec effusion en lui faisant signe de s'asseoir, je vous ai déjà avoué l'estime que j'avais pour vous. Aujourd'hui même que vous m'accabkz de douleur, je n'essaierai pas de vous la dissimuler. Croyez-moi , Henry n'est coupable que d'imprudence, et ne peut porter aucun préjudice à notre pays ; je vous ai promis de devenir votre femme après la paix ; rendez à mon frère la liberté sur parole, et je vous accompagnerai à i'autel aujourd'hui même; je vous suivrai dans les camps , je partagerai toutes les privations de votre rude esistence.

En prononçant ces mots la jeune fille changea plusieurs fois de couleur , et lorsqu'elle acheva ses traits étaient couverts du plus brillant incarnat. Dunwoodie lui saisit la main avec transport et la pressa contre son cœur , puis il se leva brusquement et arpenta la chambre avec une excessive agitation.

— Frances, n'en dites pas davantage, je vous en supplie, si vous ne voulez me briser le cœur.

— Vous repoussez donc l'offre de ma main? dit Frances se levant avec dignité.

— La repousser! ne l'ai-je pas sollicitée ardemment? n'est-ce pas le but de tous mes vœux? Mais je ne puis l'accepter sous des conditions qui nous déshonoreraient tous les deux. Ayons confiance dans l'avenir. 11 sera acquitté , peut être même ne sera-t-il pas jugé; je plaiderai sa cause avec instance. Vous savez que vous pouvez compter sur moi , et que je ne suis pas sans crédit auprès de Washington.

— Mais cette signature , cet abus de confiance auxquels vous avez fait allusion le préviendront contre mon frère. Si les prières pouvaient désarmer sa justice, le major André aurait-il été exécuté ?

Frances n'en ajouta pas davantage et quitta la chambre en proie à un violeut désespoir.

Dunwoodie demeura stupéfait ; il la suivit pour essayer de se justifier et de la rassurer par de nouvelles explications. En sortant du salon , il rencontra un petit garçon déguenillé qui le reconnut à son uniforme, lui remit entre les mains un morceau de papier et se sauva aussitôt dans la campagne. La soudaineté de cette apparition et l'égarement du major lui laissèrent à peine le loisir d'observer que le messager 'itait un enfant de la campagne grossièrement velu et tenant à la mais un jouet qu'il avait gagné en s'acquittant de la commission. Dunwoodie chercha à lire le billet écrit d'une main tremblante sur un chilïon de papier sale et déchiré. Après des tentatives assez longues , il parvint à déchiffrer ces mots :

« Les troupes anglaises sont près d'ici , cavalerie et infanterie. »

Le major tressaillit et , uniquement occupé de ses devoirs de soldat, il quitta précipitamment la maison. Avant de rejoindre ses troupes , il aperçut sur une colline lointaine une vedette qui courait à bride abattue ; plusieurs coups de pistolet furent tirés successivement , et les trompettes de l'escadron américain sonnèrent le boute-selle. Quand le major arriva , chacun était à son poste. Lawton avait les yeux fixés sur l'extrémité de la vallée , et sa voix dominait les fanfares en criant aux musiciens :

— Sonnez, mes amis, et que ces Anglais apprennent que la cavalerie de Virginie est entre eux et le but de leur voyage.

Les vedettes et les patrouilles se réunirent au corps principal, et vinrent faire leur rapport au commandant , qui donna des ordres froidement et avec la certitude d'être obéi. Son cœur battit rapidement lorsqu'en jetant les yeux sur l'habitation , il vit à une fenêtre une femme éplorée et joignant les mains. L'éloignement ne permettait pas de distinguer ses traits ; mais Dunwoodie ne douta pas que ce ne fût sa maîtresse. Le jeune officier, dont les joues étaient pâles et les yeux languissants , se sentit tout à coup ranimé , et ses dragons , qui étudiaient sa figure comme le meilleur indice de leur destinée, remarquèrent en lui cette ardeur qu'il avait si souvent montrée au moment du combat.

Les sentinelles et les détachements qui avaient rejoint l'escadron en portaient la force à environ deux cents hommes. On pouvait ajouter à ce nombre les guides à pied qui servaient au besoin comme soldais d'infanterie, et que Dunwodie envoya en avant pour détruire les haies qui pouvaient gêner les mouvements de sa troupe. Cette tâche n'était pas difficile , car la guerre avait suspendu presque partout les travaux de l'agriculture : on ne connaissait pas encore ces murs solides qui divisent aujourd'hui les propriétés du comté; elles n'étaient séparée? que par des monceaux de pierre qu'on entassait plutôt pour déblayer les champs que pour établir des barrières permanentes , et il fallait des soins assidus pour les préserver de la fureur des tempêtes et des gelées de l'hiver.

Les renseignements que le major avait obtenus des ses éclaireurs , le mirent à même de faire ses dispositions. Le fond de la vallée était une plaine traversée par un ruisseau guéable partout , et que l'on traversait sur un pont de bois à environ un demi-mille au-dessus des Sauterelles. Le côté oriental de la vallée était bordé de rochers escarpés, dont quelques-uns s'avançaient de manière à en rétrécir la largeur. Le capitaine Lawton reçut l'ordre de se placer derrière une de ces saillies avec quatre-vingts hommes. Celui-ci obéit , non sans répugnance ; mais il se consola en songeant à l'effet que produirait sur l'ennemi son apparition inattendue. Dunwoodie connaissait le personnage, et l'avait choisi parce qu'il craignait de sa part trop de précipitation , et qu'ii savait en même temps que le capitaine ne craindrait pas de se montrer lorsque son renfort serait nécessaire. Lawton n'était téméraire qu'en face de l'ennemi; il engageait alors le combat avec une ardeur compromettante , mais en toute autre circonstance c'était un modèle de sang-froid et de discernement.

A gauche du terrain sur lequel Dunwoodie comptait attaquer l'ennemi s'étendait un bois épais , où il plaça les guides en leur recommandant de faire un feu routant sur la colonne anglaise.

En contemplant ces préparatifs, les habitants des Sauterelle» éprouvaient toute l'agitation dont le cœur humain est susceptible; M. Wharton \!liit le plus ému, et appréhendait l'issue du combat, quelle qu'elle fût. Il était parvenu jusqu'alors à conserver une parfaite neutralité. La présence de son fils dans les troupes royales, avait failli lui attirer une confiscation qu'il n'avait évitée qu'à force de prudence. 1\ était au fond du cœur sincèrement dévoué à l'Angleterre , et c'était uniquement par politique qu'il avait approuvé les projets de mariage de Frances et du major. Ainsi, dans le cas où les Anglais triompheraient , et où son fils serait délivré par les troupes royales , tous deux passeraient aux yeux de leurs compatriotes pour avoir conspiré contre la liberté des Etats-Unis. Si, au contraire , les Américains l'emportaient, son fils était exposé à subir un jugement, dont les résultats pouvaient être funestes. M. Wharton tenait à ses biens, mais il tenait plus encore à ses enfants ; la manière dont il contemplait les mouvements des troupes, annonçait l'incertitude et la faiblesse de stn caractère.

Les sentiments de son fils étaient tout différents. Le capitaine Wharton avait vu les dispositions de Dunwoodie avec une admiration mêlée de tristes appréhensions sur les conséquence: qu'elles pouvaient avoir. Il craignait surtout l'embuscade placée sous les ordres de Lawton, qui, pour calmer son impatience, étai'i c!=scendude cheval et se promenait à grands pas en avant de sa troupe. Henry aurait voulu se jeter dans la mêlée ; il chercha à plusieurs reprises s'il n'y avait pas pour lui quelque moyen d'évasion, mais il rencontra constamment les yeux des sentinelles qu'on avait mises auprès de lui : l'une dans le salon même, et l'autre devant la façade. U fut donc forcé de rester spectateur d'une scène dans laquelle il "aurait volontiers joué son rôle.

Miss Peyton et Sara continuèrent à regarder les manœuvres préliminaires avec des émotions diverses, dont la plus forte était causée par le danger du capitaine , jusqu'au moment où la crainte de voir couler le sang les détermina à se retirer dans une pièce plus reculée. Quant à Frances, elle retourna dans le salon où elle avait eu une coa-î

L'ESPION

ft'rence avec Dniiwooilie. Elle remarqua k peine les évolutions des IroMiies ; «lie ne vit que son aiuant , dont l'iiltiluile c<citdit à la fois son il Iniir.Élioii et si terreur. Le sin;; alllua vers sein cieur lorsqu'elle siii> it ■les yeux le jeune gueri ier , ipii , parcourant les ranjjs, donnait 1.1 > ie el le rourage a lo'is ses conipaipious; mais elle se sentit presque auss.lô( frémir « la pen^ée que celle bravoure même pouvait mettre la tynilie entre elle el l'olijet de son alT.clion.

I)..ns un ehinip situé à ijauchc de la maison, et h peu de distance de l'arriére-;; itde, était uu groupe composé de deux lionimcs blancs et d'un luulAire. l.e principal personnage de ce croupe ét.èit un homme que sa mai(; cur faisait p.tr.iire gig.iutesque. Il était sans armes, il porl.it d. s limettes, etpirtageait >ou atlentioi entre un cigare, un livre et les préparatifs ilu comli it. Frances se décida à lui envoyer un billet adressé » Dunwoodie ; elle écrivit au crayon :

• Venez me voir, Peyton, ne fùi-ce qu'un moment. »

Porteur de ce billet, César soilil de la cuisiue par derrière afin d'éviter la sentinelle qui avait orJonué très c ivalièrenient à toute la famille de rester à la maison. L'homme auquel il sailressa était le chirurgien d'i rorps, el les dénis du noir el.iquèrent lorsqu'il vit étalés sur le sol les divers instruments destinés k de futures opérations. Le docteur lui-même seniblait les contempler avec la plus vive satisfaction. Il interrompit un moment sa lecure pour ordonner au mulâtre de porter le billet au commiindant, cl reprit tranquillement son livre.

César se relirait lentement, lorsq le le troisième personnage, qui senibl.<it être un élève ea chirurgie, lui dit froidement et d'un ton de plaisanterie :

— Voulez-vous que l'on vous coupe une jambe?

Cette question sembla rappeler au nègre l'existence de celte partie de SI personne, et il se mit a courir si vile qu'il arriva dans la cour en Dicme lemps que le major Ounwoodie.

La senlinclle s'efl'aça, présenta les armes à l'officier avec une précision militaire; puis se tournant vers César, il lui dit avec aigreur :

— Ecoutez moi, mauricaud ! si vous sortez d'ici sans ma permission, je me chirge d être votre barbier, et de vous enlever une oreille avec le rasoir que voici.

Ainsi menacé dans une autre autre p.irlie de son individu, César se retira à la hâte en murmurant des iniprécitions.

— iVlajor Dunwoodie. dit Francis lorsque son amant entra, j'ai été injuste à votre égard. S il en est ainsi...

Elle ne put achever et fondit en larmes.

— Frances, dit le major avec ardeur, vous n'êtes jamais injuste que lorsque vous dcutiz de mon amour?

— Ah! Dunwoodie, ajouta la jeune fille en S3nglotant, vous allez risquer votre vie dans un combat , rappelez-vous qu'il y a un cœur dunt le bonheur dépend de votre eiisleiice ! je sais que vous êtes brave , soyez prulent!

— Pour l'amour de vous? demanda le jeune homme enthousiasmé.

— Pour l'amour de moi , répondit Frances en se penchant avec abanlon sur la poitrine du major.

Dunwoodie la pressa contre son cc>ur , et il allait parler lorsque la trompette retentit au sud de la vallée; il imprima un tendre baiser sur les lèvres de sa maîtresse, et s'él.mça vers le champ de bataille.

Frances se jeta sur un sopha , ïe cacha la tête sous un coussin , et ramena par-dessus son châle afin d'empêcher, autant queposs>bie, les sons d'arriver jusqu'à elle; elle re-la dans la même altiiude jusqu'à ce que les cris des combattants, les décharges des armes k feu et les pas des chevaux eurent cessé de retentir à ses oreilles.

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