‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 156 sur 253 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Dans la matinée oii nous avons repris notre récit. Content, sa femme et son fils rejoignirent leur père sur la terrasse, ainsi qu'une jeune fille dont les joues avaient aut<ail d'éclat que le ciel d'orient. Foi arriva peu de temps après.

— Eh bien ! lui demanda Content, comment va l'auberge du Crapaud-Volant? Quelque voyageur a-t-il apporté des nouvelles?

— Aujourd'hui , à midi , il y aura un mois que j'aurai reçu ma dernière pratique, mais je ne m'en plains pas, car mon mari ne peut se décider à travailler sur la montagne tant qu'il trouve des bavards pour l'entretenir des affaires de 1 Europe , ou même de celles des colonies.

— Tu parles à la légère d'un homme qui mérite ton respect , dit Ruth Hoathcote.

— En vérité, madame , répondit Foi , il est difficile de remplir les doubles devoirs envers un mari et un officier de la colonie. Si l'on avait laissé à Dudley la hallebarde de sergent, en donnant le grade d'enseigne à mon frère Reuben , j'aurais été plus satisfaite de l'arrangement.

— Le gouverneur de la colonie, dit Content, a distribué ces faveurs d'après l'avis des hommes compétents. Eben s'était distingue dans un engagement contre les sauvages; il avait donné l'evemple à tous, et s'il se montre toujours aussi dévoué, tu te verras un jour femme d'un capitaine.

— Ce ne sera pas pour la gloire qu'il a acquise dans la ronde de ce matin, carie voilà qui revient sain et sauf et avec l'appétit d'un régiment. Il ne sera pas facile de le rassasier... Mais il est assisté parnotrc voisin Ergot; plaise au ciel qu'il ne soit pas blessé !

— Us ont derrière eux, reprit Content , un individu que je ne connais pas : c'est un prisonnier, un sauvage avec sa peinture et son manteau de peau.

Cette assertion jeta le trouble dans tous les cœurs, caries bruits d'une invasion prochaine avaient circulé. On ne prononça pas un seul mot avant l'arrivée de l'éclaireur sur la terrasse. Il suffit d'un coup d'oeil à Foi pour voir qu'il n'était pas blessé, et elle reprit sa bonne humeur en se reprochant d'avoir témoigné pour lui un intérêt qu'elle croyait imprudent de troj) manifester.

— Eh bien , enseigne Dudley, lui dit-elle , voilà le trophée que tu rapportes de ta campagne de cette nuit ?

Dudley répondit par un signe de tête, et adressa la parole à Content.

— Je n'ai rien aperçu pendant ma route , dit-il , mais mon frère Ring a trouvé cette espèce d'homme, qui n'est pas im chef, et qui n'a pas même l'air d'un guerrier. Néanmoins ses intentions me sont suspectes, et j'ai cru devoir m'assurer de lui.

— A quelle tribu appartient-il?

— C'est ce dont nous avons délibéré, répondit Dudley en lançant un regard obliqui' au médecin; on a prétendu que c'était un Narragansett.

— En émettant cette opinion , interrompit Ergot , je n'ai parlé que de ses hab tudes acquises et secondaires; car dans l'origine cet homme est un blanc.

— Un blanc ! répétèrent tous les assistants.

— Sans contredit, comme on peut le voir par diverses particularités de sa configuration extérieure, telles que la forme de la tête, les muscles des bras et des jambes et divers autres signes familiers aux hommes qui onj approfondi les caractères physiques des deux races.

— En voici ini , ajouta Dudley en entr'ouvrant la robe du captif. Quoique la couleur de la peau ne soit pas une preuve positive comme celles qu'énumère notre voisin Ergot , elle peut aider l'homme qui n'est pas savant à se former une opinion.

— Madame ! s'écria Foi si brusquement que Ruth en tressaillit , au nom du ciel, faites apporter de l'eau et du savon pour enlever la peinture qui couvre la figure de cet homme.

— Quelle lubie te passe par la tête? reprit l'enseigne, qui aimait à prendre l'air de gravité qu'il supposait convenir à sa position officielle. Nous ne sommes pas dans notre auberge du Crapaud-Volant , ma femme , mais en présence d'hommes qui poursuivent une enquête judiciaire.

Foi ne fit aucune attention à ce reproche. Au lieu d'attendre que ses vœux fussent accomplis par autrui, elle se mita l'œuvre avec une dextérité acquise par une longue pratique et avec un zèle qui semblait excité par quelque émotion extraordinaire. Au bout d'une minute, les couleurs avaient disparu des traits du captif, et quoiqu'il fût hàlé par le soleil et par les vents, il était incontestablement d'origine européenne. Les mouvements de la femme animée avaient été suivu

LE COLON D'AMÉRIQUE

avec curiositô par tous les assistants, cl lorsqu'elle eut achevé son sa- VOiiiKi|;e, un cri de surprise sécluippa de toutes les bouches.

— (.'elle luascaraile n'est ])as sans but, dit Conte ni après avoir lonr;temps ('luilié la fiijure luornc et dis|;racieuse cpii était livrée à son examen. J'ai entendu parler de elirétiens ipii s étaient vendus pour un vain lucre et qui, oubliant leur relifjiun et leur patrie, s'étaient lii'iiés avec les sauvai;es dans l'espoir de piller les colonies. Ce luisérabie a diins les yeu\ la subtilité d'iu) Français du Canada.

— Eloi|;nez-vous, s'écria Foi en plaçant ses deux mains comme une espèce d'abat-jour sur le front rasé du luisonnicr; il ne peut être question de Français et de lijjue ; ce n'est pas un cons|iirateur, c est un pauvre et malbeureuji innocent. Whital, mon frère ^Vhital, me me reconnais-lu?

Les pleurs roulaient le long des yeiu de Foi. Son appel éveilla une lueur d'iiilclligence sur la figure du colon devenu Indien, puis il se mit à rire d un œil égaré.

— Il y en a , dit-il, qui parlent comme les hommes d'outre-mer, d'autres coninie les hommes des bois. iS avez-vous rien à manger dans le wigwam? n'avez-vous pas de viande d ours?

Si la voix d'un mort enseveli depuis longtemps s'était fait entendre, elle aurait produit moins de sensation que cette découverte inattendue. J ons les coeurs battirent avec jilus de force, toutes les bouches r<'slèrcnt muettes d'élonnement. ^Mais bientôt Ruth s'adressa au paire retrouvé en joignant les inains d'un air suppliant et d une voix tremblante qui décelait l'excès des émotions secrètes qu'elle étoulTait depuis tant d'années.

— Par pitié, dis-moi si ma fille est vivante.

— C'est une bonne fille , répondit \A hital , et il se mit à rire sans motif, tout en regardant d un air éb.ihi sa sceur, dont la physionomie avait moins changé que celle de Ruth.

— Laissei-moi, ma chère dame, reprit Foi, je connais mon frère, et je sais comment on doit le mener.

Cette prière était inutile. Ruth ne put soutenir une aussi pénible épreuve, et elle tomba dans les bras de son mari. Les femmes la transportèrent dans la maison, et lurent cpielque temps autour d elle.

— Whital Ring, mon vieux camarade, dit le hls de Content eu s'avançant les yeux humides pour prendre la main du prisonnier, astu oublié le compagnon de tes premières années? C'est le jeuue Mare Heatheote qui te parle.

L'idiot parut un moment se souvenir, en regardant son interlocuteur , mais bientôt il recula avec un mécontentement marqué , et murmura :

— Comme les Yisages-Pàles sont menteurs! Voici un grand garçon qui veut se faire passer pour un enfant. Et il ajouta des mots inintelligibles dans le dialecte d'une tribu indienne.

— L'esprit de ce malheureux est troublé, moins par la nature que par les habitudes de la vie sauvage, dit Content, qui était revenu à la hâte prendre part à l'interrogatoire.

— Que sa sœur lui parle avec ménagement, avec tendresse, et nous connaîtrons la vérité.

A ces mots, les habitants de la maison se rangèrent en cercle autour du fauteuil du puritain , auprès duquel se plaça Content. Foi donna à son frère quelques aliments, et l'invita à s'asseoir sur les marches de la terrasse; puis, renonçant aux questions irrégulières et précipitées, elle commença une sorte d'enquête ollicielle, au milieu d'un profond silence.

— Whital , dit-elle, te rappelles- tu le jour ou je fai paré de vêtements achetés outre-mer, et dont les vives couleurs te charmaient?

Les sons de sa voix parurent faire plaisir au jeune homme; mais au lieu de répondre, il continua à grignoter le pain qui lui avait été offert.

— Tu ne peux avoir oublié si vite ce cadeau , où j'ai dépensé tout ce que j'avais gagné avec mon rouet pendant les soirées d'hiver. Tu brillais alors comme la queue de ce paon.

L'ancien pâtre répondit avec la gravité d'un Indien :

— Whital est un guerrier qui poursuit son chemin ; il n'a pas le temps de parler à des femmes.

— Oublies-tu donc aussi que je t'apportais à manger pendant les froides matinées, quand tu allais soigner le^ bestiaux?

— As-tu suivi la piste d'un Péqiiod ? Sais-tu pousser le cri de guerre ?

— Qu'est-ce qu'un cri de guerre indien , en comparaison du bêlenient de tes moutons et du beuglement des vaches dans les broussailles? Te rappelles-tu le tintement des clochettes?

Whital tourna la tête et parut écouter avec attention, comme un chien qui entend au loin un bruit de ]ias -, mais ce retour vers le passé ne dura qu'un instant.

— (!onnais-tu les hurlements des loups? s'écria-t-il ; voilà ce qui réjouit ini chasseur. J'ai vu le grand chef frajiper la ])antlière rayée , lorsque les )ilus hardis guerriers de la tribu devenaient aussi blancs qu'un Visage-Pâle.

— Ne t'occupe pas de bêtes féroces et de grands chefs ; songe plutôt aux jours oii nous étions jeunes , oii nous nous plaisions ans jeux de l'enfonce ehrélienne, ou notre mère nous periueltuit d'aller nous divertir sur la ueii;e.

— Kipset a une mère dans son wigwam, mais il ne lui demande pas la permission d'aller chasser; il est homme, aux prochaines neiges ce sera un guerrier.

— Pauvre fou , les sauvages ont abusé de ta faiblesse ; la mère était chrétienne et blanche. Elle était bonne pour toi, et s'allligcaii de ton manque d'intelli|;ence. As-tu oublié, ingrat, comment elle t'assistait dans tes maladies, comment elle pourvoyait à tes besoins? Qui te nourrissait quand tu avais faim, (pii tenait compagnie à l'idiot dont le» folies fatiguaient ou impatientaient tout le monde?

Le pâtre contempla un instant la figure animée de sa sœur, et quelques échappées de scènes lointaines se présentèrent vaguement ii son esprit : mais la partie animale l'emporta , et il se remit à manger.

— C'est intolérable! s'écria Foi ; regarde-moi donc, être abruti, et dis-moi si tu reconnais celle qui remplaçait la mère dont lu refuses de te souvenir, cille qui n'était jamais sourde à tes plaintes et qui adoucissait les souffrances ? dis-moi , me reconnais-lu ?

— Sans doute, répondit Whital en riant avec un certain degré d'intelligence. Tu es une femme des Visages-Pâles, et comme telle tu ne seras contente' que lorsque tu auras toutes les fourrures d'Amérique sur le dos , et t(ml le gibier des bois dans ta cuisine. Ignores-tu la tradition qui explique comment la méchante race est venue sur les territoires de chasse et a dépouillé les guerriers du pays.

Foi était découragée. Mais en ce moment elle aperçut à ses côtés Rutli pâle et remplie d'angoisses maternelles , mais soutenue par les sentiments sacrés qui l'animaient; son geste semblait inviter Foi il montrer de l'indulgence pour la faiblesse du jeune homme. La mauvaise humeur toujours croissante de l'hôtelière fut réprimée par une habitude de respect, et elle se décida à obéir.

— Eh bien , reprit-elle, que dit la sotte tradition dont tu parles?

— Elle est dans la bouche des vieillards de nos villages, et ce qu'ils disent est la vérité. Vous voyez autour de vous des coteaux et des vallées dont les bois furent longtemps affranchis de la hache, et trèsabondants en gibier. Il y a des coureurs de notre tribu qui ont marché eu droite ligne vers le soleil couchant, jusqu'à ce que leurs jambes fussent fatiguées et qu'ils ne \ issenl que les nuages suspendus au-dessus du lac salé ; et pourtant ils disent que le paysage est toujours aussi beau que dans ces vertes montagnes. Partout de grands arbres, des rivières et des lacs remplis de poisson , des daims et des castors nombreux comme les grains de sable à la mer. Celle terre et celle eau avaient été données par le grand esprit aux hommes de peau rouge. Il les aimait, parce qu'ils disaient la vérité , qu'ils étaient dévoués à leurs amis , qu'ils haïssaient leurs ennemis, et qu'ils savaient les scalper. Maintenant des milliersde neiges s'étaient fondues depuis que cette donation avait été faite , et pourtant les hommes rouges étaient seuls à chasser l'élan et à marcher dans les sentiers de la guerre. AI010 le grand esprit se fâcha ; il détourna sa face de ses enfants, parce qu'ils se disputaient entre eux. De grands canots vinrent du côté du soleil levant, et amenèrent un peuple avide cl méchant. D'abord les étrangers parlèrent d'une voix douce et plaintive comme des femmes. Ils demandaient place pour quelques wigvi'ams. Us disaient que si l'on voulait leur donner de la terre à cultiver , ils prieraient leur Dieu de veiller sur les hommes rouges. Jlais quand ils devinrent forts, ils oublièrent leur parole, et furent convaincus de mensonge. Oh! ce sont des misérables ! un visage pâle est une panthère. Quand il a faim , vous l'entendez gémir dans les buissons comme un enfant égaré , et si vous approchez, gare ses griffes et ses dents.

Whital Ring avait entendu tant de fois cette narration qu'il la débitait couramment et avec toute la gravité convenable.

— Celle méchante race a donc dépouillé les guerriers rouges? demanda Foi.

— Certainement, Us parlèrent comme des femmes malades jusqu'à ce qu'ils fussent forts; ensuite ils surpassèrent les Péquods eux-mêmes en méchanceté, rassasièrent les guerriers d'un lait brûlant, et les tuèrent avec un tonnerre artificiel.

— Et les Péquods , résistèrent-ils aux hommes blancs?

— Tu es une feiuuie, et tu ignores ce que c'est qu'iuic tradition. Un Péquod est ini chétif avorton.

— Toi , lu es donc un INarragansett ?

— IN'ai-je pas l'air d'un homme?

— Je l'avais pris pour un Péquod de la tribu des Mohicans.

— 1 es Mohicans tressent des corbeilles pour les Indiens ; mais le NarragansetI bondit dans les bois comme le loup sur la piste du daim.

— La ('ilTérence est sensible, et je connais les mérites de la grande tribu. ]\'u-t-cllc pas 'tin chef célèbre, qu'on appelle Miantonimoh ?

L'idiot continuait à nian ;er ; mais cette quesliou lui fit tout à coup oublier son appétit. Il baissa la tête et dit avec une lenteur presque solennelle :

— Fn homme ne peut vivre toujours.

— (Juoi ! reprit Foi en faisant signe à ses auditeurs de contenir leur curiosité impatiente , il a quitté son peuple ! N'as-lu pas vécu avec lui pendant (pielque temps?

— Mpscl ne l'avait jamais vu. Le sarhcm a été tué, il y a longtemps, p.ir le Mohie.in Lucas, auquel les hommes pâles avoivul douué de grandes richesses.

LE COLON D'AMÉRIQUE

— Tu parles du père ; mais il y avait un autre Miantonimoh qui 1 avait demeuré dans sa jeunesse avec les hommes de race blanche. i

Whital parut faire un effort pour rassembler ses idées , puis il se- 1 coua la tête en répondant :

— Il n'y a jamais eu qu'un Miantonimoh : deux aigles ne bâtissent pas leur nid sur le même arbre.

— Tu as raison, reprit Foi, qui comprenait que toute discussion était inutile. Parle-moi donc de Conanchet , qui est actuellement le sachcni de ta tribu , et qui s'est ligué avec un autre chef indien nommé Mélacom.

A cette question , l'ancien pasteur changea de visage ; il prit un air de défiance et de finesse, et continua son repas, moins par nécessité que pour éviter des explications qui pouvaient être compromettantes. Les assistants s'aperçurent que malgré son abrutissement, il était familiarisé avec l'artificieuse tactique des sauvages, et Foi essaya de le prendre en défaut sur un autre point.

— Je crois , dit-elle, que tu commences à te rappeler du temps où tu menais le bétail aux champs, et où tu demandaia à Foi de la nourriture, après avoir couru dans les bois à la recherche des vaches. N'astu pas été toi-même attaqué par les Narragansctt, quand tu habitais la maison d'un Visage-Pâle.

Whital réfléchit pendant quelques instants, et se contenta de faire un geste négatif.

— Quoi ! tu n'as jamais vu prendre de chevelures ou incendier le toit de l'ennemi ?

Whital laissa son pain de côté. Sa figure prit une expression farouche, et il ricana d'un air de triomphe :

— Oui, dit-il , je marchai un soir avec ma tribu contre les Anglais, et leurs constructions furent changées en morceaui de charbon. C'était dans une contrée qui porte le nom de l'oiseau du crépuscule.

— Le Crapaud-Volant! Mais dans ce combat, mon frère, tu étais au nombre des vaincus.

— Tu mens comme une femme blanche que tu es! Nipset était tout jeune dans cette guerre, mais il combattait avec sa nation. Nos torches embrasèrent le sol même , et pas une seule tête ne se relèvera du milieu des cendres.

Quoique Foi ne perdît pas de vue le but de son interrogatoire , et qu'elle conservât sa présence d'esprit, elle frémit involontairement de la joie féroce que son frère manifestait; mais elle ne jugea pas à propos de détruire une illusion dont elle pouvait profiter

— Cependant, dit-elle, quelques Anglais furent épargnés. On emmena des prisonniers qui ne furent pas massacrés ?

— Tous périrent !

— Tu parles des malheureux qui étaient dans le blockhaus en feu; mais avant la retraite des assiégés dans la tour, quelques-uns avaient pu tomber entre tes mains. Ont-ils été tués?

Le bruit de la respiration haletante de Huth parvint aux oreilles de Whital, qui regarda un moment la pauvre mère avec surprise; mais il secoua la tête et répondit d'un ton assuré :

— Tous! jusqu'aux femmes et aux enfants.

— Mais il doit y avoir dans ta tribu une femme dont la peau est plus blanche que celle de tes concitoyens. N'est-ce pas une prisonnière échappée a l'incendie du Crapaud-Volant?

— Crois-tu que le daim vive avec le loup? As-tu parfois trouvé la colombe dans le nid du faucon?

— Mai» toi-même, Whital, tu n'as pas la peau rouge, il est possible que tu ne sois pas seul.

Le jeune homme contempla sa sœur avec indignation et recommença à manger en disant : Il y a autant de feu dans la neige que de vérité dans un Anglais.

— Terminons cette enquête, dit Content avec un profond soupir, nous la reprendrons plus tard, et peut-être avec plus de succès; mais voilà un messager extraordinaire qui arrive de la ville et qui paraît apporter d'importantes nouvelles.

On vit, en effet, arriver un cavalier, dont la subite apparition ilélourna tous les esprits de l'objet qu'ils poursuivaient. Il entra au grand galop dans la cour, mit pied à terre, et se présenta couvert de la poussière de la route. Après avoir salué toutes les personnes présentes avec la politesse grave et étudiée des puritains, il prit la parole en ces termes :

— J'ai des ordres pour le capitaine Content Heathcote qui remplace ici le gouverneur de la colonie.

— Je suis prêt à vous écouter , répondit Content.

Le voyageur avait cet air de mystère que prennent volontiers certains hommes, faute de pouvoir imposer autrement du respect. Il semblait disposé à faire des secrets de choses qu'on aurait pu révéler sans inconvénient, et il demanda au jeune capitaine une entrevue confidentielle. Content y consentit et introduisit son hôte dans une salle de la maison. Cet incident donna une nouvelle direction aux pensées des spectateurs de la scène précédente, et nous en iirofiterons pour entrer dans quelques détails nécessaires à l'intelligence de notre histoire.

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