CHAPITRE XXII
C'était le jour du sabbat : cette fête religieuse, qui est encore aujourd'hui plus scrupuleusement observée dans les Etats-Unis que dans le reste de la chrétienté, était alors célébrée avec des rigueurs confornirs aux austères habitudes des colons. Le voyageur qu'on avait vu se diriger vers la maison des Heathcolc avait été d aulaiit plus renia riiiié qu il violait les saintes prescriptions du jour; cependant pcisoiiue n'avait osé demander les motifs de cette visite extraordinaire, qu'on supposait avoir la nécessité pour excuse. Au bout d'une heure, le messager s'éloigna pour continuer sa tournée. Les conseillers coloniaux, avant de lui confier d'impérieux devoirs, avaient longtemps héiité il cause du sabbat; mais heureusement, ils avaient trouvé ou
Conadiet, sachem des Narragansell, et Métacom , sachem des ■Wampaiiosg.
cru trouver dans les livres suints des passages qui justifiaient suiBsaïument celte infraction.
L'émotion inaccoutumée qui avait troublé inopinément la demeure des Ileathcote finit par céder la place à cette tranquillité qui concorde si admirablement avec le caractère sacré du dimanche. Le soleil s'éleva radieux au-dessus des collines, et toutes les vapeurs de la nuit passée se fondirent dans l'élément invisible, dispersées par ses rayons bienfaisants. La vallée demeura plongée dans cette espèce de calme saint qui touche le ctrur le plus endurci. La nature riaote portait l'empreinte de la main divine, et le Créateur, en l'olTiant aux yeux dans sa plus magnifique expression , semblait provoquer la reconnais'iance et l'adoration des hommes. La piix universelle permettait d'entendre les moindres murmures comme le bounlonncment de l'abeille et le battement d'ailes de l'oiseau -mouche. De semblables moments devraient apprendre à l'homme que la manière dont nous apprécions la beauté du monde et les charmes de la nature eiLx-mêmes,
dépendent beaucoup de l'esprit dont nous sommes animés. Lorsque rhomme se repose, tout ce qui l'environne semble vouloir contribuer à son repos, et quand il renonce aux intérêts matériels pour élever son esprit, tous les êtres vivants s'unissent pour ainsi dire à sa contemplation. (^>uoique cette apparente sympathie delà nature soit moins réelle qu'imaginaire, elle porte avec elle son enseignement, car elle prouve que les choses de ce monde sont bonnes, quand l'homme veut lesenusidérer comme telles, et que leurs imperfections viennent souvent de sa propre perversité.
Les villageois de la vallée du Crapaud-Volant étaient peu disposés à troubler le repos du sabbat. Us affectaient, au contraire, par un excès d'austérité, de mépriser les plus innocents plaisirs de la vie, suivant l'exemple de leur directeur spirituel, le révérend Meek-AVolfe, dont il ne sera pas sans intérêtd'esq'iisser le caractère.
C'était un mélange étrange d'humilité et de fanatisme religieux. Comme la plupart de ses collègues; il descendait d'une race de prêtres, et sa plus grande espérance terrestre était de perpétuer le ministère dans sa postérité, aussi régulièrement que si les lois de Moïse eussent encore été en vigueur. 11 avait été élevé au collège de Harvard, fondé par les colons dans les vingt-cinq premières années de leur établissement. Là , ce rejeton de l'orthodoxie «était préparé à la guerre spirituelle en adoptant des opinions invariables et en apprenant à les défendre avec un indomptable entêtement. Son esprit fortifié par de vieux arguments était comme une citadelle dont les courtines présentaient un front inexpugnable. Les moyens de défense imaginés par ses ancêtres lui suffisaient pour résister à tous les efforts de l'ennemi; il n'avait qu'à s'y renfermer, ou à faire par intervalles une vigoureuse sortie sur les escarmoucheurs théologiques qui venaient rôder autour de sa paroisse.
Au reste, la simplicité de ce sectaire le rendait respectable même dans ses écarts, et débarrassait ses fonctions d'un grand nombre de difficultés. La route droite du salut n'était guère fréquentée, selon lui, que par ses ouailles et par celles de quelques pastcirs voisins avec lesquels il changeait de chaire par intervalles. Bref, un esprit d'exclusion et d'intolérance se conciliait chez lui avec un certain degré de charité , un extérieur froid avec une ardeur infatigable, une résignation complète aux maux temporels avec les prétentions spirituelles les plus élevées, un profond mépris de lui-même avec une audacicusî conviction qu'il marchait sur le chemin du ciel.
Dans l'après-midi , les fidèles furent appelés au temple par les sons d'une petite cloche suspendue dans une espèce de bclïroi, au-dessus du toit do l'édlfire. Anssitôl les familles s'acheminèrent par groui'es
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dans la im^ne (liroition et folll^^('nt le gaion des rues. En tète de cliaquo haiulc s"aviii:i;ail gravcmenl le père, portant dans ses bras un enfant ii la mamelle ou trop jcnuc encore pour marcher seul. 11 (îlait suivi à distance respcclueusc de sa grave co i pagne , qui jetait sur le reste de sa progéniture des regards où la vanité perçait encore, malgré des efforts habituels d'humilité. Le plus robuste des fds remplissait d'ordinaire les fonctions d'écuyer , et lorsque le chef de la famille avait les bras libres, il tenait lui-même un des lourds mousquets de cette époque ; mais tous les groupes sans exception étaient armés. L'étal de la province et le caractère de rcnnenii, exigeaient qu'on prit <U:i précautions, même dans l'accomplissement des devoirs religieux. Personne ne s'arrêtait sur la route pour tenir de vains propos ou pour échanger des compliments. Des clignements d'jeu\ et des coups do chapeau étaient les seuls témoignages de politesse en harmonie avec l'austère célébration du sabbat.
Au dernier son de la cloche , Meck Wolfe sortit de la maison fortifiée oit il résidait en qualité de châtelain. Sa femme l'accompagnait, mais en affectant de se tenir très-loin de lui, comme pour ûter tout prétexte à la médisance. Neuf enfants et une jeune scrvanle composaient la maison du pasteur; et leur présence était une preuve de la salubrité de la vallée, puisque la maladie seule pouvait dispenser un habitant d'assister au service dominical.
En arrivant au temple , Meek y trouva toute la population. Il promena sur elle des yeux sévères, comme s'il eût eu le pouvoir de découvrir instinctix'ement tous les délinquants; mais les assistants rc-marquèrcnt toutefois qu'une préoccupation mondaine diminuait l'air d'.ibnégation avec lequel il approchait ordinairement de l'autel.
— Capitaine Content Heathcote , dit-il après quelques instants de silence, un voyageur a traversé la vallée le jour du Seigneur, il s'est arrêté chez toi. Avait-il des motifs suûisants pour violer la sainteté du sabbat? Peux-tu toi-même te disculper du reproche d'avoir en quelque sorte autorisé cette violation ?
— Il avait un message spécial, répondit Content, qui s'était respectueusement levé en s entendant appeler par son nom ; les nouvelles qu'il apportait intéressaient au plus haut degré la prospérité de la colonie.
— Rien ne peut l'intéresser autant que le respect aux volontés du ciel , répondit Meek peu satisfait de l'explication. Un fonctionnaire public, un homme accoutumé à donner le bon exemple, aurait dû se défier de prétextes qui pouvaient être mensongers.
— Les résultats de notre conférence seront annoncés au peuple en temps opportun ; mais il m'a paru convenable d'attendre la fin du service divin, pour ne pas le troubler par des inquiétudes temporelles.
— C'est bien, car l'âme partagée entre Dieu et le monde n'obtient point la grâce du Seigneur. J'espère que tu m'expliqueras dune manière aussi satisfaisante pourquoi tous les membres de ta famille ne t'ont pas suivi dans le temple.
Malgré l'empire que Content possédait sur lui-même , il n'entendit point ces paroles sans émotion. Après avoir jeté un coup d'oeil sur la (ilace vide oii sa tendre compagne priait d'ordinaire à ses côtés, il répondit d'une voix qu'il s'efforçait de rendre calme :
— Un incident inattendu a jeté sous mon toit quelque agitation, et il est possible que nous ayons quelque peu négligé les devoirs du sabbat. Si nous ax'ons péché , j'espère que la miséricorde divine daignera descendre sur nous! Une ancienne blessure s'est rouverte dans le cœur de celle dont tu parles ; la faiblesse de son corps a trahi la force de sa volonté, et il lui eût été impossible de paraître dans la maison de Dieu.
Le révérend Wolfe fut apaisé par cette excuse, et commença le service. Après une courte prière, il lut un p.ssage de l'Ecriture sainte, et se mit en devoir d'entonner les versets d'un psaume; mais en ce moment, on vit entrer dans le temple un individu dont le retard irrévérencieux et la bizarre physionomie attirèrent l'attention générale. C'était Whital Ring, qui s'était échappé de la maison de sa soeur, et qui alla se placer dans un coin. Comme il annonçait les dispositions les plus pacifiques, on ne jugea pas à propos do le faire sortir, et la cérémonie continua. Whital n'avait jamais xu de temple, il ignorait la destination de l'édifice où il se trouvait et les raisons qui avaient déterminé tant de personnes à s'y réunir, mais quand les fidèles élevèrent la voix pour chanter les louanges du Sauveur il témoigna le plaisir que l'harmonie la plus grossière fait éprouver même aux idiots, et le souvenir des prières de son enfance anima de quelque e\i)ression sa figure morne et impassible.
Meek avait choisi pour texte de son sermon, ce jiassage du livre des .Tugcs : <> Et les enf.iiils d'Israël firent le mal à la vue du Seigneur ; et le Seiijneur les livra pendant sept ans aux m.iins des Jladianites. » Le subtil théologien développa ce thème avec toutes ks allusions (|ui étaient alors il la mode. Il compara les colons aux Hébreux conduits dans le désert, loin dis tentations d ini monde impur. Quant aux Madianites, c'étaient des puissances invisibles, dont la haine était excitée par l'inc- Iranlable piété d un |)euple d'élus.
— Azazel, dit-il, nous regarde d'un œil d'envie, et il nous a déjà
donné de tristes gages de son rcsseutiuicnt. Combien de vous, mes frères, sont eucoiT attachés aux illusions d'ici-bas et dédaignent la nourriture spirituelle que doivent prendre ceux qui veulent vivre toujours ! Levez les yeux vers le ciel, mes frères...
— Tournez-les plutôt vers la terre! interrompit une voix qui partit du milieu de 1 église. Yous avez besoin de toutes vos facultés pour sauver votre vie et pour défendre le tabernacle du .Seigneur I
Les exercices religieux étaient la seule distraction des habitants de cet établissement lointain. Un sermon était pour eux un spectacle , et personne n'y assistait avec indifférence ; aussi, pour obéir ;i l'ordre du prédicateur, tous les fidèles avaient levé les yeux, lorsque la voix inconnue se fit entendre. Par un mouvement unanime, ils les dirigèrent sur 1 étranger. C'était un homme d'un extérieur grave, vêtu à la mode du pays , mais armé de la grande épée et de la carabine courte des cavaliers anglais. Sa physionomie avait une imposante dignité.
— (Jui ose ainsi troubler le culte? demanda Meek saisi de surprise et d'indignation. Voilà trois fois que ce saint jour est profané, et il ist presque certain que nous vivons sous l'influence de l'esprit du mail
— Aux armes , hommes de la vallée ! dit l'étranger sans s'émouxoir de la colère du pasteur.
Un cri terrible s'éleva du dehors, et mille vois retentissant sous les arceaux de la forêt semblèrent se confondre en une seule clameur audessus du hameau condamné. C'étaient des sons qu'on avait trop souvent entendus pour ne pas les comprendre, et toute la colonie fut en proie à un désordre inexprimable. Les hommes se hâtèrent de reprendre les armes qu'ils avaient déposées à la porte du temple. Les femmes réunirent leurs enfants, et les gémissements, les cris d'effroi éclat.'rcnt en dépit de la retenue accoutumée.
— Silence !dit le pasteur, que son enthousiasme semblait rendre supérieur aux émotions humaines. Avant de sortir , implorons notre Père céleste ; le renfort de la prière nous vaudra des milliers d'hommes.
L'agitation générale cessa aussi brusquement que si l'ordre fut émané du lieu vers lequel allait monter la prière ; l'étranger lui-même i: clina la tête.
— Seigneur ! dit Meek en étendant ses bras maigres sur la foule , c'est par ton ordre que nous marchons. Grâce à ton appui, les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre nous; avec ta miséricorde, il y a de l'espérance au ciel et sur la terre. C'est pour ton tabernacle (pie nous versons le sang, c'est pour ta parole que nous combattons. Combats avec nous, roi des rois! Envoie tes légions célestes à notre secours pour que le chaut de victoire serve d'encens à tes autels.
La voix de l'orateur était mâle et profonde; le calme surnaturel de ses accents, la confiance implicite dans l'assistance d'un puissant auxiliairere doublèrent le courage des hommes qui allaient défendre leurs foyers et leur religion.
Il était temps d'agir; les pentes des collines étaient déjà couvertes de sauvages qui s'avançaient en répandant la mort et l'incendie sur leur passage. Derrière eux brûlait la maison de Reuben Ring , dont heureusement la femme avait été transportée dans la maison foniliéc, lieu de refuge où les accouchées du village faisaient généralement leurs relevailles. L'incendie dévorait encore d'autres maisons, et de longues files de guerriers couvraient les prairies. De quelque côté que l'on tournât les yeux, on acquérait la déplorable preuve que le village était cerné par des forces supérieures.
— A la citadelle 1 s'écrièrent les premiers qui s'aperçurent de l'imminence du danger.
— Arrêtez, dit l'inconnu d'un ton impérieux ; ce désordre nous ptrd sans ressource! Que le capitaine Content Heathcote se concerte avec moi.
Malgré, la confusion qui régnait autour de lui , le commandant militaire de la colonie avait conservé sa présence d'esprit. 11 avait reconnu dans l'étranger Soumission, proscrit des Stuarts, et ils avaient échangé ensemble des regards de secrète intelligence; mais comme le moment n'était pas favorable aux reconnaissances et aux explications, il se contenta de dire :
— Me voici ; je m'en rapporte à ta prudence et à ton expérience consommée. Quelles sont tes instructions?
— Parle au peuple et sépare les combattants eu trois corps de force égale. L'un repoussera les sauvages dans les prairies, avant qu'ils parviennent à entourer les palissades. Le second escortera les femmes et les enfants jusque dans l'enceinte fortifiée , et le troisième marchera sous nos ordres.
Le laconique Content ne se permit aucune observation et prit immédiatement les dispositions demandées. Les colons habitués à lui obéir se montrèrent ])lus disciplinés qu on n'aurait pu s'y attendre, cl ils se dirigèrent vers leurdestination respective avec uiu'promplituile qu'exigeaient des circonstances aussi rrili(pies. Au moment oii la première division composée d'environ vingt hommes se mettait en marche sous les ordres d Eben Dudiey , le ministre vint s'y placer au premier rang. Sa figure exprinuiit à la lois la confiance spirituelle d nu chrétien et la résolution d'un soldat. D'une maiu il tenait uue bible
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qu'il exposait au\ ycii% comme un élendard saci'c; de l'autie il biandissait lin sabre dont on n'aurait pu renconlrer la lame impunément. Le voJumc était ouvert cl le prêtre saisissait de temps à autre dans les feuilles qui tournaient au soufUe du vent les passages dont ses yeux étaient frappés, ce qui produisait un remarquable assemblage de pensées diverses.
— Israël et les Philistins ont envoyé leurs armées pour se combattre, dit Meek en lisant un verset.
Puis, sautant de feuillet en feuillet, il continua en ces termes :
— Je vais faire dans Israël une chose dont les oreilles de tous retentiront... O maison d'Aaron , mets ta confiance dans le Seigneur; c'est ton secours et ton bouclier. Délivrez-moi, ô Seigneur, de l'homme méchant , préservez-moi de l'homme violent... Que les charbons ardents tombent sur eux, qu'ilssoient jetés dans le feu, dans les profonds abîmes pour ne plus se relever... Les méchants tomberont dans leurs propres filets pendant que j'échapperai... Celui qui me hait hait aussi mon père... Pardonnez-leur , mon père , car ils ne savent ce qu'ils font... ^ ous savez qu'il a été dit : OEil pour œil et dent pour dent... Et Josué tenant son bouclier ne baissa point la main qu'il avait élevée jusqu'à ce que tous les habitants de Hai fussent tués.
Les paroles du pasteur se perdirent bientôt dans le bruit des cris sauvages, des pas cadencés de la troupe qui affectait de son mieux une tenue militaire et de la fusillade qu'on engagea avec l'ennemi. Pendant ce temps, les mères, les enfants, les malades se réfugiaient dans l'enceinte fortifiée avec tous les meubles qu'ils pouvaient emporter. Soumission , qui surveillait ces mouvements, remarqua qu'une jeune fille demeurait en arrière.
— Pourquoi ne pas rentrer au fort? lui demanda-t-il.
— Je veux suivre les combattants qui vont défendre notre habitation, répondit Marthe à voix basse mais avec fermeté.
— Et comment sais-tu que c'est là notre intention? reprit l'étranger assez mécontent qu'on eût surpris le secret de ses opérations militaires,
— Je le devine, répondit Marthe en jetant à Marc un regard furtif.
— En avant! s'écria Soumission; nous n'avons pas le temps de discuter. Que les filles de bon sens se renferment dans le fort ; quant à nous, mes amis, marchons, ou nous arriverons trop tard.
Marthe attendit que la troupe eût fait quelques pas, et , au lieu de se conformer à l'invitation réitérée de l'étranger, elle suivit la même direction.
— Notre demeure sera difficile à défendre, dit Content , qui marchait auprès de l'étranger, cependant il faudra faire quelques sacrifices pour nous en chasser une seconde fois. Comment as-tu été averti de cette irruption?
— J'ai surpris les sauvages dans un gîte oit j'avais déjà eu occasion d'épier leurs manœuvres. La Providence m'a protégé dans cette circonstance et m'a dédommagé de plusieurs années de captivité.
Content ne put demander aucun éclaircissement, car on approchait de la maison où son père était renfermé avec sa femme et une seule servante. Une horde de sauvages sortis de la forêt se rapprochait rapidement des murailles, et il était à craindre que le détachement des défenseurs arrivât trop tard. Les assiégés se barricadaient à la hâte , et Ruth, d'une main tremblante, posait des barres aux fenêtres.
— Chargeons ! dit Content, ou nous serons devancés par les Indiens, \ ois , ils ont pénétré dans le verger ; en quelques minutes ils seront maîtres de l'habitation.
Soumission montrait moins d'inquiétude ; son attitude prouvait qu'il était habitué à commander et à braver les escarmouches imprévues.
— Ne crains rien , répondit-il. Le vieux Marc Heathcote n'a pas oublié son métier, et il est en état de résister à un premier assaut. Si nous rompons nos rangs, nous perdrons l'avantage que nous donne notre ensemble; mais en restant en ligne nous sommes presque invincibles. 11 est inutile de te dire , capitaine Content Heathcote , que je sais comment on doit se battre avec les Indiens.
— Sans aucun doute ; mais ne vois-tu pas que ma chère Ruth s'expose en fermant les volets? Elle va se faire tuer... le feu commence déjà !
— Non ! s'écria l'étranger en se redressant avec orgueil; c'est le vieux Marc Heathcote qui envoie sa mitraille aux ennemis. Vois les coquins se cacher derrière les haies! Allons, braves Anglais, faites votre devoir! Vos femmes et vos enfants sont près d'ici qui vous regardent , et Celui qui est là-haut tiendra note de la manière dont vous servirez sa cause. Frappez ces cannibales ! Au combat et à la victoire!