‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 18 sur 253 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Quelques jours d'exercice rendirent des forces au convalescent, dont les blessures s'étaient cicatrisées pendant sa longue somnolence. Polwarth , en considération de son infortune personnelle et de la faiblesse de son compagnon, fc permit d'acheter une voiture, malgré les sarcasmes de l'armée... H y attela un des chevaux de selle de Lionel, et à force de soin on exerça le fougueux animal à traîner paisiblement un carrosse sur la neige. Les deux amis purent ainsi parcourir tous les jours les rues de la haute ville , ou les sentiers sinueux du champ de manœuvre. Ils allèrent aussi recevoir les félicitations de leurs collègues, ou visiter les blessés de Bunker-Hill qui n'étaient pas encore rétablis.

11 ne fut pas difficile de décider Agnès et Cécile à prendre part à ces courtes excursions; mais rien ne put empêcher miss Danlorth de froncer le sourcil toutes* les fois qu'elle se trouva en présence d'autres officiers de l armée. Miss Dynevor montrait une humeur plus conciliante , et elle était même parfois assez gracieuse pour s'attirer les reproches de son amie.

Cependant le blocus continuait. Des milliers d'Américains occupaient les villages voisins , ou campaient auprès des batteries qui commandaient les abords de la place. Leurs ressources s'étaient accrues par la capture de plusieurs vaisseaux chargés de munitions , et par la prise de deux importantes forteresses des frontières canadiennes ; mais ils n'étaient pas encore pourvus assez abondamment pour entreprendre un siège qui aurait exigé de grands sacrifices. D'ailleurs les habitants de Boston qui faisaient partie de l'armée, désiraient reconquérir leur ville sans y porter la ruine et la désolation. De leur côté, les Anglais, depuis la bataille de Bunker-Hill, avaient appris à redouter leurs adversaires, et ils n'osaient se mesurer avec Washington, qui n'avait pourtant à sa disposition qu'une multitude indisciplinée, dont les éléments irréguliers menaçaient souvent de se dissoudre au moment le plus décisif.

Quelques engagements avaient lieu entre les avant-postes des deux armées, mais sans avoir jamais de conséquences sérieuses, et les dames avaient fini par se familiariser avec le bruit du canon.

Un beau matin , quinze jours après le rétablissement de Lionel, Polwarlh entra avec sa voiture dans la cour de l'hôtel Lechmere, en faisant de son mieux caracoler son cheval. Une minute après, on entendit dans le couloir les pas mesurés de sa jambe de bois. Les deux cousines, qui l'attendaient au salon, s'enveloppèrent de leurs fourrures, et le major Lincoln prenait son manteau des mains de Meriton , lorsque le capitaine se présenta.

— Quoi, déjii prêts! s'écria PoUvartb en promenant ses regards sur la compagnie : tant mieux; la ponctualité est une qualité essentielle. Mais, Agnès, vous êtes délicieuse aujourd'hui! si le général Howe veut maintenir ses subordonnés dans le devoir , il ne faut pas qu'il vous laisse paraître dans son camp.

Les ytuxde miss Danforlh étincelèrent ; mais quaud ils s'arrêtèrent sur la jambe de bois du capitaine, ils prirent une expression de pitié.

— Eh ! que le général prenne garde à lui, répondit-elle en souriant; je sors rarement sans penser à profiter de sa faiblesse !

Le capitaine haussa les épaules et dit à l'oreille de Lionel :

— \ous voyez ce qui se passe,, major Lincolu; depuis que je me

tiens sur une patte , comme un misérable héron , je ne puis obtenir de cette jeune fille la moindre repartie moqueuse! elle est d'une douceur, d'une ég.ilité de caractère qui me confond!... Eb bien, partonsnous pour l'église ?

Lionel manifesta quelque embarras , et chiffonna un papier qu'il avait à la main , et qu'il présenta à son compagnon.

— Qu'est-ce que cela? reprit Pohvarth : voyons! « Deux officiers, blessés d'ins la dernière bataille se proposent de rendre grâce à Dieu de leur rétablissement. » Hum ! hum!... le premier c'est vous, mais quel est le second?

— J'avais espéré que ce serait mon vieuï condisciple et mon ancien compagnon d'armes!

— Qui ? moi! s'écria le capitaine en levant sa jambe de bois qu'il examina d'un air pensif : pensez-vous , Lionel , qu'un homme ait des actions de grâces à rendre pour la perte d'une jambe?

— Il aurait pu vous arriver pis.

— Je ne sais, dit l'opiniâtre Pohvarth ; il y aurait eu plus de symétrie dans ma personne si je les avais perdues toutes les deux.

— "Vous oubliez votre mère , ajouta Lionel sans prendre garde à ce que disait son interlocuteur ; je suis sur que celte démarche lui causera un sensible plaisir.

Pohvarth toussa, se passa deux fois les mains sur le visage, regarda furtivement son unique jambe, et répliqua d'une voix légèrement tremblante :

— Je crois que vous avez raison ; une mère doit aimer son enfant , même quand il est estropié.

— Vous consentez donc que Meriton présente ce billet tel qu'il est conçu?

Pohvarth hésita un instant ; mais le souvenir de sa mère absente l'avait ému ; Lionel avait touché la corde sensible.

— Certainement, certainement , dit le capitaine; il aurait pu m'arriver pis, comme à ce pauvre Mac Fuse. Demandons le service pour deux; j'ai encore un genou à plier devant l'autel ; lorsque certaine jeune personne verra que ma mésaventure me vaut un Te Deuin, elle cessera peut-être de me regarder comme un misérable objet de pitié.

Lionel s'inclina en silence; le capitaine présenta la main à Agnès, la conduisit jusqu'à la voiture , de l'air hautain qu'il affectait pour faire croire qu'il était supérieur a toutes les chances de la guerre civile, prit le bras du major, et toute la compagnie fut bientôt assise dans le véhicule.

C'était le second dimanche depuis que Lionel avait reparu, et la première fois qu'il avait occasion de sortir le jour du Seigneur. Le major put voir plus que jamais combien la population était transformée. La plupart des habitants avaient quitté la ville, les uns clandestinement, les autres à la faveur de passes délivrées par le général, de sorte que ceux qui restaient n'égalaient pas en nombre l'armée et les hommes de diverses professions qu'elle menait à sa suite. Les rues étaient encombrées de militaires réunis en groupes, et s'abandonnant à leur gaieté irréfléchie , sans prendre garde au mécontentement des citadins qui se rendaient gravement à l'église. La présence d'une garnison dissolue avait fait perdre à Boston son caractère distinctif de piété, et dans les environs même du temple on n'était pas à l'abri des plaisanteries plus ou moins grossières, à une heure où le silence régnait d'ordinaire sur toutes les colonies, comme si la nature eût suspendu ses fonctions pour s'unir aux pratiques religieuses de l'homme. Lionel remarqua ce changement avec chagrin , pendant que ses deux compagnes plaçaient leur manchon devant leur visage , afin de ne pas voir un spectacle qui leur inspirait de pénibles réflexions.

Quand la voiture s'arrêta devant l'édifice, plusieurs officiers se présentèrent pour offrir la main aux dames.

— Je vous remercie, d.t Agnès à l'un des plus empressés; nous autres, qui sommes accoutumées au climat, nous marchons sans peine sur la glace , mais ce serait plus difficile pour vous qui êtes étranger.

Et sans daigner regarder ni à droite ni à gauche, elle entra tout droit dans la chapelle.

Cécile montra la même réserve, et son attitude pleine de convenance déconcerta ceux qui cherchaient à la retenir par de futiles propos. Les deux cousines passèrent si vite, que Lionel et Pohvarth demeurèrent confondus avec la foule d'officiers qui se pressait sons le portique. Quelques vétérans, groupés autour des massives colonnes, causaient des événements politiques, ou de la situïtion de leurs corps respectifs. D'un autre côté, quelques jeunes gens imberbes guettaient l'arrivée des femmes, moins pour les admirer que pour étaler leurs brillants uniformes. D autres groupes s'étaient formés çk et là, soit pour écouter les saillies de quelques loustics de profession , soit pour maudire le pays oii ils étaient condamnés à servir, soit enfin pour raconter leurs exploits imaginaires.

Il n'était pas difficile toutefois de rencontrer dans cette réunion des hommes moins disposés à causer du scandale, et plus sensés dans leur conversation. Lionel s'entretenait depuis quelque temps avec un in.iividu de ce genre, lorsque les sons de l'orgue se firent entendre, le major quitta son compagnon, et il se préparait à entrer, quand i; ri,tendit une voix murmurer auprès de lui une espèce de chant natai :

— Malheur à vous, pharisiens , car vous aimez les premières places dans les synagogues, et les salutations dans le marché. ^^

LIONEL LINCOLN

Lionel rrconnut h l'instant celte voix, quoiqu'il ne l'cAt pas entendue, (lepiiis qti't Uo iivait retenti il^iiis la fiiliilr rcdoiile. En se retournant il ;iper.iit Ji>l> l'iiiy, insuilli' dans une des niches de la f,ira(le. Il <!tait'aiissi ininiohile qu'une statue, et n'^pélail par inleivalles les versets de siiint IMattliieu, comme un oracle, s'aUressanl à ses sectateurs crédules.

— Vous braverez donc toujours le danger? lui dit Lionel. A quoi bon vous exposer aussi inutilement?

Cette question ne produisit aucun effet sur le jeune homme, dont les yeux fixes et ternes ne cliansèrent même pas d'expression. Il scm- Mait se relever d'une maladie toute n'ccnte. Ses traits étaient paies et amaigris, et tout son extérieur avait un aspect i)liis iniséralile qu autrefois. "On aurait dit qu'il t'tait complètement indiffèrent ii tout ce qui se passait autour de lui, et il reprit sans répondre au major : IMalheurà vous, scribes et pliarisienf, parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux, car vous n'y entrez point vous-mêmes, et vous n'en permettez pas l'accès i« ceux qui veulent y entrer.

— Es-tu sourd ? s'écria Lionel.

Les yeux du fou se tournèrent vers l'interrogateur , et s'animèrent d'une lueur d'intelligence.

— Réponds-moi donc, fou que tu es !

Job reprit d'un ton sentencieux :

— Quiconque dira à son fièie, Raca, sera en danger du conseil, mais quiconque lui dira : Tu es fou, est en danger du feu d'enfer.

Pemlant un instant, Lionel fut pour ainsi dire fascine par la inaliièie dont Job prononça ce terrible anatlièmc; mais celte secrète influence ne dura pas, ci il donna un léger coup de canne à 1 idiot eu lui ordonnant de ilesccndre de la niche.

— Job est un jiroplièle, répondit celui-ci, qui avait perdu son air d'intel igfiice passagère, et dont la physionomie stupide démentait complètement l'assertion. On se rend coupable en frappant les prophètes; on imite les Juifs qui leur jetaient des pierres et qui les battaient.

— Faites ce que je vous dis, car si vous restez ici , vous serez battu par les soldats. Allez vous-cn , et revenez me voir après le service; je vous donnerai un vêtement meilleur que celui que vous portez.

— N'avez-vous jamais lu le bon livre? dit Job ; on y recommande de ne s'occuper ni du vêtement ni de la nourriture : Niib prétend que Job ira au ciel après sa mort, car il n'a rien pour s'habiller, et peu de chose pour manger. Les rois portent des couronnes de diamants et des ajustements dorés. Aussi vont-ils toujours en enfer.

Après avoir proféré ces paroles. Job se blottit au fond de la niche et se mit à jouer avec ses doigts comme un enfant ♦heureux d'exercer ses forces. En même temps , Lionel , dont un cliquetis d'armes avait attiré l'attention, apercevait en se retournant plusieuri officiers d'ctatniajor qui s étaient arrêtés pour écouter ce qui se passait. Au premier ranc se tenaient les généraux Hoxve et Burgoyne , les yeux fixés sur l'être bizarre tapi au fond de la niche. Le mijor Lincoln s'inclina profondément par respect pour ces grands dignitaires.

Ouel est ce drôle? demanda d'un ton brusque le général en chef ;

comment se permet-il de condamner à la peidition tous les puissants de la terre, y compris son souverain?

— C'est un malheureux dépourvu d'intelligence , repartit le major Lincoln; le hasard me l'a fait connaître. Il sait i< peine ce qu'il dit, et moins encore en présence de quelles personnes il se trouve.

C'est à CCS opinions erronées, mises en circulation par des ignorants, qu'il faut attribuer l'iuMibordination des colonies. Pouvez-vous, major , me répondre île la loyauté de votre singulière connaissance ?

Lionel allait répondre, lorsque Burgoyne s'écria :

Parbleu! c'est le compère dont je vous ai déjà parlé et qui a fait

un si grand saut du haut de la côte de Copp's-Hill ! Suis-je dans l'erreur, Lincoln? ]S'est-ce pas le braillard qui montrait tant d'animation le jour de la b. taille et qui dégringola jusque sur la plage?

Votre mémoire vous sert ii merveille, monsieur, reprit Lionel

en souriant , la simplicité de ce garçon lui a souvent été funeste.

Durgoync donna un léger coup de coude au général llowe. Ce geste .sipnihàit que le pauvre hère dont il s'agissait ne valait pas la peine qu'on s'en occupât. Cependant la colère du commandant en chef ne s'apaisa pas et l'on put craindre qu'il ne fit aux dépens de Job un emploi impolitique de son autorité militaire, qu'il aimait à faire prévaloir.

Ces dispositions furent devinées par Burgoyne, qui dit avec empressement :

Pauvre diable! sa trahison a été doublcnient punie : d'abord par

une chute de quarante pieds de haut, ensuite par la douleur d'assister au glorieux triomphe des troupes de Sa Majesté.

Ilowc se laissa persuader insensiblement; il sourit , mais il y avait encore un reste de mauvaise humeur sur ses traits.

— Surveillez votre protégé, major Lincoln, reprit-il; sans cela , sa condition pourrait empirer , quoiqu'elle ail déjii l'air assez triste. Un pareil langage ne saurait être toléré dans une ville assiégée , car la foule qui nous entoure ici , je crois , a la prétention d'être une armée

• assiégeante.

— Mais oui, dit Burgoyne, c'est sous prétexte de siège qu'elle vient rôder autour de nos quartiers d'hiver.

— Je reconnais d'ailleurs, ajouta le général en chef, que ces coquins se sont bien comportés ii Bunker-llill ; ils se sont battus comme des hommes !

— I'"n désespérés et avec une certaine habileté, repartit Burgoyne , ma'S ils avaient affaire à forte partie... Entrons-nous?

Le front du général en chef était complètement déridé.

— Allons, messieurs, nous sommes en retard! Si nous ne nous dépêchons , nous n'aurons pas le temps de prier pour le roi et encore moins pour nous.

En disant ces mots, Ilowe avait fait un pas en avant, lorsque le général (Clinton arriva avec ses aides de camp. A son aspect , le rayonnement de l'amour-propre satisfait disparut des traits du commandant en chef, qui entra préeipitamnient dans l'église après avoir salué son rival avec une politesse glaciale. Tous deux étaient presque brouillés depuis la bataille où le secours de Oliutou avait été si efl'ieace. Pensant qu'il pouvait se formaliser , Burgnyne s'approcha gracieusement de lui et trouva moyen de faire en quelques mots allusion à cette même bitaillc, source delà mésintelligence des généraux. Clinton céda à l'influence de la flatterie et suivit sou commandant en chef .a l'église avec une satisfaction intime qu'il prit peiit-èlrc pour l'oubli des injures. Les aides de camp , les secrétaires , les curieux entrèrent dans le temple et Lionel se trouva srtil avec l'idiot.

Dès que celui-ci s'était aperçu de la présence du chef anglais il était resté entièrement immobile. Ses yeux étaient h\és dans le vide; sa màchoiie pendante donnait à sa physionomie un air d'imbécillité complète; mais qunnd le brillant état-major se fut éloigné. Job sentit se dissiper les craintes qui troublaient sa faible tête et il dit à voix basse :

— Qu'ils montent sur la colline, le peupk'leiir donnera une leçon.

— Misérable entêté ! s'écria Lionel eu l'arrachant sans cérémonie de sa niche , voulez-vous persévérer dans vo5 mauvais propos jusqu'il ce qu'on vous fasse fouetter par les soldats ?

— Vous avez promis ii Job que les grenadiers ne le battraient plus, et Job s'est engagé à faire vos commis-ious.

— Oui, mais si vous n'apprenez à vous taire , j'oublierai ma promesse et je vous livrerai à la colère de tous les grenadiers de la ville.

— En tout cas , dit Job avec l'eialtation d'un fou dont l'accès commence, il y en a la moitié de morts. Job a entendu le plus grand de la bande crier comme un lion : — Ilurrah pour le royal-irlandais ! IVIais il n'a plus parlé depuis, quoique Job n'eût pour épauler son fusil que l'épaule d'un homme mort.

— Malheureux ! s'écria Lionel en reculant d'horreur , vos mains sont souillées du sang de Mac Fuse!

— Les mains de Job ne l'ont pas louché , répliqua l'imperturbable idiot; il est mort où il était tombé.

Toutes les idées du major furent un moment bouleversées ; mais entendant retentir sous le portique la jambe de bois de Polwarth,il dit " d'une voix étoulTée et avec jirécipitalion :

— Allez-vous-en, misérable, allez chez madame Lechmere et dites à 3Ieriton de soigner mon feu.

L'idiot fit un mouvement pour obéir , mais il se ravisa et jeta sur Lionel uu regard où se peignaient de poignantes soulïrances.

— Voyez, dit-il, Job grelotte de froid. Abigail et Job n'ont plus de bois , piiisfpie les gens du roi se battent pour ramasser des bûches ; permettez ii Job de se chauffer un peu , son corps est froid comme la mort.

Profondément louché de cette requête et du déplorable aspect de Job, le mijor lui fit un signe d'assentiment et se tourna rapidement vers son ami. 11 lut dans les yeux de Polwarlh que celui-ci avait entendu une partie du iirécédent dialogue et s'en était singulièrement ému. Pendant que Job piétinait de son mieux sur le pavé couvert de verglas, le capitaine d infanterie légère le suivit des yeux avec une expression sur laquelle il était impossible de se méprendre.

— N'ai-je pas entendu le nom du pauvre Mac Fuse? demanda-1-il.

— C'est une fanfaronnade de ce fou... Mais pourquoi n'allons-nous pas à notre banc?

— Ce drôle est votre protégé , major Lincoln; mais vous poussez peut-être trop loin la patience... Je viens vous chercher, à la requête d une dame. Ueux beaux yeux bleus demandent à tous ceux qui entrent dans l'église ]iourquoi le major Lincoln ne vient pas.

Lionel essaya de sourire, et les deux amies allèrent sans délai prendre place dans le banc de madame Lechmere.

La solennité du service divin fit par degrés oublier au major les tristes réflexions que lui a\aient suggérées son entrevue avec Job. Quand le ministre lut les actions de grâces qui le concernaient per- ! sonnellement , le jeune homme entendit le bruit de la respiration entrecoupée de Cécile, qui était à genoux auprès de lui, et la reconnais- I sance de l'amant se mêla aux aspirations du chrétien. Quand il se leva, i il surprit au passage son doux regard derrière 1rs plis du voile de sa fiancée, et il se sentit heureux de posséder l'alleetion d'une Icmme aussi pure et aussi charmante.

La cérémonie ne fut pas tout h fait aussi consolante pour Polwarlh. En se relevant non sans peine, il regarda tristement son cor] s mutilé et quand il s'assit, sa jambe artificielle, en contact avec le banc, fit entendre un bruit qui attira l'attention de toute l'assemblée. On aurait

LIONEL LINCOLN

dit qu'il voulait montrer à tous le» personnes en faveur desquelles ils avaient spécialement prié.

L'officiant mt le bon esprit de ne pas fatiguer ses nobles auditeurs par un trop long sermon. Il employa une minute à énoncer son texte ; quatre minutes suffirent à son exorde, div au développement des .-irgumenls, et quatre minutes et demie a la ])éroraison. 11 économisa une demi-minule sur le temps consacré d'ordinaire aux pieuses exhortations, et les assistants qui conslatérenl le fiit en tirant leurs montres, parurent n'éprouver qiic de la salisf.iction.

Après le service, Polwarlh vint le remercier, iiii serra la main , et le féliciia sur la beauté de son sermon.

— Indépendamment de ses autres mérites, dit-il, il a eu celui de ue pas durer longtemps.

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