‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 182 sur 253 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le lendemain matin, Emilie d Grâce, déclinmt l'invitation d'accorapagncr le colonel et John dans leur promenade habituelle, se diri.ijèreiit vers le presbytère, aec.anp.ignées de mistress Wilsou et de Cliaticrton . les dames avdjeiit hàlc d'élre témoins du bonheur de la faniiUi: du ncleiir, i'" rancis ay mt promis à son père d'amener Clara dans le courant de. la jour.iée. E "ilie se mourai; (l'envie de voir Clara, dont elle se croyait tléjà séparée depuis un mois; :iou impatience, lorsqu'elle approcha de la maison, la porta à quitter ses compagnes po'ir Jiér.éliir la première dans a maison , < Ile pi iiélra jusqu'au parloir iaus rencontrer ptrsonne. Ses joues étaient roses de l'exercice du matin;

ses cheveux , dégagés du chapeau qu'elle avait d''pasé liâtivcmcnl sur une rli aise, s'éc iap|)aieiil en boucles soyeuses sur .ses ép,iu e.i. Un jeune homme vêla de noir, tournant le dos à la purle d entrée, leu.;it à la main un livr,' qui semblait absorber son attculiou , elle le prit naturcllemc nt pour Francis.

— Frank, où est ma chère Clara? demanda la ravissante jeune fille posant sa main avec affection sur son épaule.

Lt; jeune homme se retourna brusquement et offrit ii ses regaris étonnés le visage du jeune homme qui avait perdu sou père d'une minière si étrange ii B...

— Je croyais, monsieur, dit Emilie reculant toute confuse, que M. Francis Yves...

— Votre frère n'est pas encore arrive , mistress Moseley , répliqui simplement l'étranger, qui eut pitié de son embirras, mais je vais prévenir mistress Yves de votre visite. 11 s'inclina et sortit.

Emilie, se remettant de son trouble, renoua ses cheveux, et au même moment sa tante et ses anus la rejoignirent. Chatterton et sa sœur étaient connus de mistress Y'ves, qui les accueillit gracieusement, et se retournant vers Emilie, elle lui dit en souriant :

— Vous avez trouvé le parloir occupé, je crois?

— Oui, répondit Emilie rougissant : M. Denbigh vous a sûrement fait part de ma m dadressc.

— 11 m'a p ! lé de votre empressement à demander après votre sœur Clara, pas davantage.

Un domestique venant l'avertir que Francis la demandait, elle s'excust tt borlii. EUe fut rencontrée à la porte par mistress Denbigh, qui lui confirma l'arrivée de son his, et vint se mêler aux convives sans autre introduction. Ses malheurs semblaient lui avoir g-gné les sympathies de mistress Wilson, et sa modestie lui gagna bientôt la confiance de tous. Le docteur et sou fils arrivèrent hiintdl. Clara n'avait pu venir, mais elle attendait le lenJeaLain avec impatience pour recevoir sa famille dans sa nouvelle demeure.

— J'aime beaucoup ce M. Bendigh , dit lord Chatterton, il y a en lui quelque chose qui attire ; le connaissez-vous, madame? demand.i-l il à mistress Wilson.

— Je soupçonne qflç c'est un parent éloigné de mistress Y'ves.

A trois heures l'équipage de mistress Wilson prit la route du ch,'.teau de Bollon ; cette dame s'arrêta un moment au village pour s'informer d'un pauvre lermierqui avaitfait une psrle assez considér.ible pour lui quelques jours auparavant.

En travei'saut un gué de la p' lile rivière qui sépare sa chaumière du marché de la ville , le courant qui s'était accru considérablement à la suite d'un cage avait eiilrainé son cheval et sa charrette, contenant toute la réculte d'une ptliie pièce de terre qui formait toule sa propriété, et il avait eu beaucoup de peine s sauver sa propre vie. .Mistress Wilson .avait été emi>êcl.és de prendre plus tôt des informations sur cet accident et de réparer le malheur, comme c'était sou habitude. Contrairement à son attente, elle trouva Humphreys gai et content , montrant à ses petits-enfants un bon cheval et une charrette toute neuve à la porte de sa maison. Répondant aux questions de son ancienne bienfaitrice , il lui donna des détails sur son accident.

— Et ou avez-vous eu ce cheval et celte nouvelle charrette? demanda mistress Willson lorsqu'il eut fini.

— Oh! madame, j'ai été au château trouver l'intendant de lord Pendennyss, qui a tout raconté à Sa Seigneurie, et milord m'a fait donner cette charrette, madame, et ce beau cheval et vingt guinées d'or pardessiis le marché pour me remettre sur mes jambes. Que Dieu nous le conserve longtemps!

— C'est bien, cela, de la part de Sa Seigneurie, dit madame Wilson pensive. Je ne savais pas qu'il fût au château.

— Il est déjà parti, madame ; les domestiques m'ont dit qu'il s'était arrêté pour voir le comte, mais qu'apprenant fOu départ pour l'Irlande , milord était retourué à Londres sans vouloir s'arrêter, même pour passer la nuit. Ah! madame, continua le vieillard s'appuyant sur son bâton et son chapeau à la main, c'est la )irovideuce des pauvres; ses domestiques disent qu'il donne des mille livres aux pauvres nécesirittux... 11 est bien riche aussi, plus riche que le comte, à ce que l'on dit. Je prierai pour lui tant que je vivrai!

Mistress Wilson sourit tristement; et, voyant que le vieillard n'avait besoiu de rien, elle remit sa bourse dans sa poche, jugeant inutile de faire concurrence à la charité du lord.

— Sa Seigueurie est magnifique dons sa cbarité, dit Emilie comme ils s'éloignaient de la ohaumière.

— JN'y a-t il pas d'irréflexion à donner tant d'argent sans savoir si cela est nécessaire ? hasarda lord Chatterlou.

— Il est, comme dil le vieux Humphreys, excessivement riche, répliqua mistress Wilson, mais en outre le fils du vieillard et père de ces petits i>nfants est soldat dans le régiment de dragons dont le comte est le colonel, et c'est ce qui explique sa libéralité.

— Avez-vous jamais vu lord l'endennyss , ma tante?

— Jamais, mon enfant; il est presque toujours absent. Mais les lettre» que j'ai reçues sont remplies de ses louanges, el je ree.rclle de ne l'avoir pas rencontré dans cette visite à lord Bollon, qui est son parent ; mais — fixant d'un air pensif sa jeune pupile — nous le rencontrerons ce\ hiver » Londres, je l'espère.

PHIlCAUTIUN

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Un nuage obscurcit ses yeux, et elle demeura silencieuse et absorbée dans ses ]M'tisérs jusqu'à la fin de )a promi'nade.

Le génc^rifl Wilson aviiit été nfticif r de cavalerie et commandait le régiment appartenant depuis à lord Pendoiinyss. Dans une escarmouche autour du camp, il avait été arraché à la captivité et à la mort par ia noble intervention du jeune noble qui servait dans le même corps. Il avait raconté ce fait à sa femme, et depuis ce jour la correspondance était remplie d'éloges sur le courage et la bienveillance de son jeune camarade pour les soldats. Blessé mortellement dans le dernier combat, il avait été enlevé du champ de bataille par le jeune lord qui avait reçu son dernier soupir. Il s'était chargé d'annoncer la triste nouvelle à si veuve, et la manière remarquable avec laquelle il parlait des qualités émineutes de son époux lui avait acquis l'affection sincère de mistrcss Wilson , qui nourrissait depuis ce moment l'idée d'en faire un mari pour sa tendre Emilie. Mais jusqu'alors les devoirs mililaires ou les aff.iircs particulières du comte n'avaient pas permis qu'ils se rencontrassent. Elle en était donc réduite à attenclre la campagne d'hiver, comme John l'appelait gaiement, pour rencontrer ce jeune homme à qui elle devait tant et dont le nom se rattachait intimement aux derniers souvenirs de son bonheur passé.

Le colonel Egerton , qui semblait désormais faire partie de la famille, était ce jour-là encore du dîner, à la satisfaction de la douairière, qui tenta un premier essai pour l'amener en lête-à-lèle avec sa fille aînée. Elle lui avait fait apprendre les échecs comme le jeu le plus propre à concentrer l'attention d'un gentilhomme sur un seul et même objet. C'était en outre un jeu parfaitement propre à déployer les avantages d'une belle main. Longtemps elle s'était creusé la tète pour trouver un moyen d'amener également sous le feu d'un regard amoureux le plus joli petit pied du monde. Enfin , après bien des expériences faites sur elle-même, elle avait amené Catherine à s'asseoir de manière que le pied et la cheville dussent attirer la vue , après un mouvement de pièce , de telle sorte qu'une fois hxé sur ce point d'attraction, l'œil ie plus impassible ne pût s'en détourner.

John Moseley fut le premier sur qui elle essaya l'effet de son stralaijcme; et après avoir installé et disposé les combattants comme elle l'entendait, elle se retira à distance pour juger de l'effet.

— Echec à votre roi, miss Chatterton, s'écria John dès le commencement de la partie, et la jeune fille avança son pi d.

— Echec à votre roi, monsieur Moseley, répliqua la docile élève, et l'œil de John errait déjà de la main au pied , du pied à la main.

— Echec au roi et à la dame, monsieur. Echec et mat.

— Vous dites ! s'écria John, dont le regard en se levant aperçut l'air triomphant de la douairière... Ob , oh! pensa-t-il , est-ce là voire jeu,

^ . masan Chatterton ? Il se leva et, prenant tranquillement son chapeau, il sortit, et depuis il fut impossible de le décider à recommencer une autre partie.

— Vous me battez trop aisément, miss Chatterton, répondait-il lorsqu'on le pressait de jouer, avant seulement d'avoir le temps de lever les yeux je suis mat... Merci!

La douairière essaya une attaque plus couverte, au moyen de Grâce, mais là elle avait deux volontés à combattre, et le combat s'était prolongé sans un succès bien arrêté de part ni d'autre.

Le colonel accepta le combat avec l'insouciance d'un général éprouvé. La partie fut soutenue avec assez de talent des deux côlés. Mais le cavalier ne trahit aucune émotion , et n'eut plus la plus légère absence. Les pieds et les mains jouèrent leur jeu; et le colonel déployait la même présence d'esprit : répondant aux questions de Jane et souriant à son partner. Enfin elle n'eût pas obtenu le plus petit échec et mat si , abandonnant un visible avantage, celui-ci n'eût permis par galanterie qu'elle gagnât la partie, La douairière reconnut donc qu'il n'y avait rien à faire avec le colonel.

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