‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 22 sur 253 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Toute la noce entra silencieuse et pensive dans le petit véhicule ; Polwarth seul retrouva la voix pour donner ses ordre au cocher, et lorsqu'il eut déposé ses amis à la porte de madame Lechmere, il s'éloigna en exprimant ses vœux pour la prospérité des époux par quelques paroles incohérentes qui ne furent pas entendues.

Agnès alla annoncera sa tante que la cérémonie était terminée, et les deu\ époux restèrent seuls dans le salon.

Pendant que Lionel débarrassait Cécile de son manteau et de sa mantille , elle resta aussi immobile qu'une statue , pâle, les yeux fixés sur le sol, profondément absorbée dans les réflexions que lui inspirait la scène dont elle venait d être témoin. Son mari la fit asseoir sur un canapé , et la pressa tendrement contre son cœur.

— Etait-ce un horrible présage? dit-elle; n'était-ce qu'une horrible hallucination ?

— Ce n'était rien , mon amie, rien qu'une ombre... celle de Job Pray, qui m'avait accompagné pour allumer le poêle.

— Non, non, non, dit Cécile, dont la voix augmentait d'énergie à chaque monosyllabe; ce n'étaient pas les traits insignifiants du misérable idiot! Savez-vous , Lincoln, que , dans le profil de cette figure étrange, j'ai cru reconnaître celui de notre grand-oncle, celui qui portait le titre avant votre grand-père,... sir Lionel le Noir, comme on rappelait ?

— On peut s'imaginer tout ce qu'on voudra, en iiareille circonstance. CJue notre union ne soit point troublée par ces sombres rêveries !

— Suis-je sombre ou superstitieuse d'ordinaire , Lincoln?... mais cette apparition s'est offerte à moi sous une telle forme et dans un tel moment , que je ne serais pas femme , si elle ne me faisait pas trembler.

— Que craignez-vous? ne sommes-nous pas mariés, unis légitimement, pour toujours, et avec le consentement, à la prière, par les ordres de la seule personne qui eût le droit^e s'y opposer ?

— Je le sais,... cela est, répondit Cécile d'un air égaré ; oui, nous sommes unis, et avec quelle ardeur j implore Celui qui voit et gouverne tout , pour que notre union soit heureuse 1... mais...

— Mais quoi , Cécile? allez-vous vous affecter d'un rien,... d'une ombre fugitive ?

— C'était une ombre, comme vous le dites, Lincoln; mais oit était le corjis qui la produisait ?

LIONEL LINCOLN

— Cécile, ma chère Cécile, pourquoi poursuivre le cours de ces folles idées? appelez voire raison à votre aide? Quelque curieux indiscret aura sans doute épié nos mouvements ; pour un motif quelconque il se sera cache dans la chapelle , les rayons de la lune ou les lueurs d'une lanterne auront projeté sur la voûte l'ombre de sou corps... faut-il vous en inquiéter ?

— J'ai tort sans doute, répondit Cécile en essayant de sourire; mais une vision de ce genre attaque une femme par le point le plus sensible. Au moment où le cœur est plein d'espoir et de sécurité, n'est-il pas affreux de voir d'aussi horribles présages se mêler aux rites de l'église?

— Notre iHiion n'en est pas moins bénie, moins douce, moins indissoluble. Croyez-moi, l'homme a beau parler de hautes destinées, de glorieuses actions , l'amour est plus puissant sur un cœur que la vanilé. Pourquoi donc chercher à flétrir en germe nos plus purs, nos meilleurs sentiments?

L'anxiété de l'époux était si touchante , et il peignait sa tendresse avec tant d'ardeur, qu'il finit par dissiper les fiévreuses alarmes de Cécile : le coloris revint sur ses joues glacées, la confiance reparut dans ses yeux, et quelques nouvelles observations suffirent pour chasser les noirs pressentiments qui lui avaient ôté un moment l'usage de ses facultés.

Quoique le major Lincoln raisonnât si bien , et avec tant de succès, il ne pouvait s'empêcher de partager en secret les angoisses de sa femme. La sensibilité maladive de son coeur avait été surexcitée dune manière alarmante par les incidents de la soirée. L'intérêt qu'il portait à Cécile lui avait donné la force de le rassurer; mais en essayant de lui faire oublier le mystérieux fantôme , il l'avait évoqué plus distinctement que jamais, et il n'aurait )iu dissimuler à sa compagne le désordre de ses pensées, si Agnès n'élait venue lui a]ipieiidre que madame Lechmere mandait les nouveaux mariés dans sa chambre.

— Allons, Lincol , dit la jeune femme , nous n'avons songé qu'à nous-mêmes, et nous avons oublié la part que ma giaiid'mère prend à notre destinée ; nous devrions avoir accompli ce devoir , sans attendre qu'elle nous le rappelât.

Lionel ne lui répondit qu'en lui serrant la main, et passa dans le vestibule qui conduisait à l'étage supérieur.

— Vous savez le chemin, major? dit miss Danforth ; si vous ne le connaissez pas, lady Lincoln vous le montrera. 11 faut que j'aille jeter un coup d'oeil mondain sur le petit banquet que j'ai ordonné; mais je crains bien que mes peines soient perdues, puisque le capitaine Polxvarth m'a refusé sa précieuse assistance. En vérité, major, je m'étonne qu'un homme aussi solide que votre ami se soit laissé épouvanter par une ombre.

Cécile se mit à rire avec cette grâce féminine qui rend l'hilarité si contagieuse ; mais le front soucieux de son mari ne se dérida pas.

— Montons, dit-ellê en mettant brusquement un terme à sa gaieté; abandonnons Agnès à ses folies et aux soins du ménage.

— Oui, oui, montez! s'écria Agnès; est-il digne de vous de s'occuper d'un repas? Qu'est-ce que le désir de manger auprès de votre bonheur sentimental! Il faudrait vous ser\ir des soupirs, des larmes d'amour , des sourires de tendresse, le tout assaisonne de clairs de lune et de rosées du soir. Cette dernière denrée est assez rare en celle saison; mais quant aux pleurs et aux soupirs, malheureusement ils ne manquent pas à Boston !

Agnès se débita celle harangue à elle-même, pendant que les nouveaux mariés se présenl.iient à madame Lechmere. Elle était levée sur sou séant, pi-csque droite, soutenue par des oreillers. Ses joues ridées et amaigries avaient un coloris qui contrastait trop violemment avec les traces de 1 âge et des passions, dont les doigts indélébiles s'étaicnl imprimés sur des traits autrefois remarquables par leur beauté, quoique toujours dépourvus de charme. Ses yeux avaient perdu leur expression habituelle d anxiété mondaine; une satisfaction intime les faisait briller d'un feu Linistre, qui n'ax'ait point ce rayonnement qui caractérise en général le plaisir. Enfin, tout son extérieur fit comprendre au jeune homme qu'en épousant Cécile il avait réalisé des projets conçus depuis longtemps, el qui n'étaient pas complètement exempts de culpabilité. La malade croyait désormais inutile de dissimuler son triomphe, et quand elle appela sa petite-fille, ce fut d'une voix rauque el discordante qui semblait révéler de funestes passions.

— Viens dans mes bras, ma fille bien-aimée, mon amour, mon orgueil, mon espoir! viens recevoir la bénédiction d'une mère!

En obéissant à cet appel , Cécile ne put réprimer un mouvement d'hésitation, et elle présenta son front aux baisers de la vieille dame avec une froideur qu'on n'aurait pas atlendue d'une jeune fille aussi vive , aussi sensible et aussi confiante. Toutefois celte réserve ne dura qu'un instant; et lorsqu'elle eut été enlacée dans les bras de madame Lechmere , elle la regarda avec autant d'affection que de reconnaissance.

— Major Lincoln, reprit la vieille dame, vous possédez mon plus grand, mon unique trésor. C'est une bonne et douce enfant ; aus^i la Providence veillera sur elle. Embrassez-moi, milady Lincoln, car je veux vous donner dès aujourd'hui ce titre qui ne tardera pas à vous appartenir.

Cécile fui choquée des transports inconvenants de sa grand'mère; elle se dégagea doucement de ses bras , et les yeux attachés au sol par

la honte, la figure brûlante, elle se mit volontairement à l'écart, pour permettre à Lionel de recevoir sa part des félicitations. Il embrassa avec répugnance madame Lechmere, en disant d'une voix entrecoupée : qu'il comprenait tout son bonheur et toutes ses obligations. Le contentement de l'ambition assouvie avait absorbé toutes les facultés de la malade; néanmoins, lorsqu'elle répondit à l'époux, elle montra plus de naturel, et s'attendrit même au point qu'une larme roula dans ses yeux.

— Lionel, mon neveu, mon fils, dit-elle, j'ai essayé de vous accueillir d'une manière digne du chef d'une ancienne et honorable famille ; mais fussiez-vous un prince souverain , je vous ai donné ce que j'avais de plus précieux. Aimez votre femme, soyez plus qu'un mari pour elle, car elle mérite tous vos égards, toute votre tendresse. Maintenant, mes derniers vœux sont accomplis! Lasse de la vie, je vais bientôt la quitter, et je puis me préparer au terme de mes jours par une longue et paisible vieillesse.

— Femme, tu te trompes! dit une voix retentissante.

— Qui p-irle ainsi? s'écria madame Lechmere en se levant par un mouvement convulsif, comme pour sortir de son lit.

— C'est moi, répondit Ralph, qui s'avança d'un pas lent jusqu'au chevet de la malade, moi, Priscilla Lechmere, moi qui connais tes méfaits et ta condamnation.

La femme épouvantée se renversa sur ses oreillers, l'éclat de ses regards fut éteint par la terreur, et l'incarnat factice de son visage fit place aux indices de la vieillesse et de la maladie. Elle fit signe a l'étranger de sortir, et s'écria avec un emportement qu'elle ne pouvait maîtriser :

— Pourquoi me brave-l-on en ce moment, dans ma maison? Qu'on chasse de chez moi ce fou, cet imposteur, quel qu'il soit!

Personne n'exécuta cet ordre. Lionel était unic|ueuient occupé de Ralph, qui, souriant avec cnlme et indifférence, semblait n'ap préhen 1er aucunement l'emploi de la force. Le major regardait à peine Cécile même, cramponnée à son bras, tant était grand dans son cœur l'intérêt excité par l'apparition imprévue du singulier personnage dont les inexplicables discours avaient éveillé ses craintes et ses espérances.

— Vos portes seront bientôt ouvertes à tous ceux qui voudront entrer, reprit le vieillard avec calme ; pourquoi me chasserait-on? Ne suis-je pas assez vieux , assez près de la tombe pour vous tenir compagnie? Priscilla Lechmere, l'âge a substitué aux roses de votre teint les couleurs livides de la mort; les fossettes de vos joues sont devenues des ridis profondes; les soucis out altéré le brillant de vos yeux; mais vous n'avez pas encore assez vécu pour vous repentir.

— Quel e.,t ce liingage? s'écria madame Lechmere. Est-ce que je ne connais pas mes fautes? est-ce que je ne suis point préparte à en subir les conséquences?

— Tant mieux; répondit rim)iassible Ralph; prenez donc et lisez l'arrêt solennel qui vous condamne , et puisse Dieu vous accorder une fermtté qui justifie tant de confiance !

En disant ces mois, il présenta à madame Lechmere une lettre ouverte qui portait l'adresse de Lionel. Celui-ci d'un coup d'œil rapide lut son nom, et fut d'abord indigné de l'audace d'un homme qui pou. la seconde fois avait osé prendre connaissance de sa lettre; mais il oublia de revendiquer ses droits, pour examiner l'effet que cette communication produirait sur sa tante.

Madame Lechmere prit la lettre avec une sorte de fascination, car elle était complètement sous l'iifluence de Ralph. Ce billet était court, et la lecture en fut bientôt terminée; mais il contenait sans doute quelque imiiorlante révélation , car après l'avoir parcouru, la malade parut perdre connaissance. Elle resta quelque temps immobile , le bras droit étendu, la main crispée sur le papier, dont on entendait craquer les plis, et le corps agité de frémissements convulsifs.

-- Cette lettre porte mon nom, s'écria Lionel en lui ôtant le billet, quelle ne chercha pas à conserver, on aurait dû me la remettre tout d'abord.

— Lisez, lisez à haute voix , mon cher Lionel, murmura Cécile en se penchant sur son époux.

Le major obéit autant pour exaucer cette prière que pour satisfaire son ardente curiosité. Il lut le billet fatal au milieu d'un silence général, comme un avertissement prophétique venu de l'autre côté du tombeau :

0 La situation de la ville a empêché de donner tous les soins nécessaires à l'indisposition de m.idame Lechmere. Des lésions internes se sont déclarées , et le soulagement qu'elle éprouve aujourd'hui n'est que i'avant-couieur de la mort. Won devoir est de dire qu'elle peut à peine prolonger sou existence de quelques heures, mais qu'elle mourra probablement cette nuit. »

Cette déclaration laconique, mais terrible, était revêtue de la signature du médecin. C était une péripétie inattendue! Tous avaient cru que la maladie avait cédé au médicament, tandis qu'elle faisait intérieurcaient des ravages irréparables.

— Quoi ! mourir cette nuit! s'écria Lionel en laissant tomber le billet.

La misérable femme, après un instant d'cnervement et de désespoir, s'était ranimée pour écouter attentivement les termes du billet,

LIUiNEL LIKCULN.

et pour lire son sort dans les yeux drs assistants; mais lo lanf;a(;c du ni<'di'ciii l'tiiit li'0|i cliiir it trop imsjlif pour iidiurllrc des inliijiri'lHlioiis, el sa Iroiduir lui^iiiu lui doiiiiait un tt-rrililu caractère d« vcrilc.

— Y croyez-vous, drnianda-t-clle d'une voix étouffée qui sollicitait une diMu'g'jtion, y croyoï-vous , Lionel ! vous que j'avais cru mou ami ?

Lionel se déiourna siloncirusemtnt ; mais Cécile tonilia à s«'uouv en joip,nanl Us mains, (1 ilil avec un accent de pieuse résigualion :

— Il ne serait pas votre ami, ma clicre mère, s'il essayait de vous flatter à l'heure suprême! Il faut clierclicr un appui plus sur que celui que le monde peut vous ofliir !

— Et vous aussi I s'écria la femme condamnée.

Elle se releva avec une éiierjjie qui semblait démentir le triste pronostic du savant dodeur, tl elle ajouta :

— Voulez-vous aussi m'abaiidoiiiier , vous que j'ai élevée, vous que j'ai consolée dans la soulïrance, vous doi'.t j'ai partagé le bonheur, et à laquelle j'ai fait contracter ce mariaije luinor.ible ! Osez-vous bien me rccomp<nser par la plus noiie ingralilude !

— IMa mère ! ma mère 1 ne traite/. |ias votre enfant avec autant de cruauté! appuyez-vous sur voire Rédempteur, comme je me suis appuyée sur vous.

— Va-t'en ! va -l'en ! fille insensée ! l'excès de ton bonheur a troublé ton cerveau ! Viens ici , mon fils ; parlons de RavensclilTe , de la demeure de nos aiiccties , des jours que nous devons passer encore sous son toit hospitalier. La femme que tu as épousée a envie de me faire peur !

Lionel frémit d'horreur aux inlonatinns de cette voix entrecoupée, qui indiquait la ré\olte de la nature contre la destruclion. 11 se cacha la face entre les mains, comme pour s'isoler de l'aflreux spectacle qu'il avait sous les yeux.

— Ma mère, ne nous regardez pas avec tant d'étonnemenl ! s'écria Cécile , vous pouvez espérer encore de longs jours.

La jeune femme s'arrêta poursuivre les yeux de madame Lechmere , qui erraient avec désespoir d'objets en objets.

— Ah ! ma mère! ajouta-t-elie , que ne puis-je mourir pour vons !

— Mourir! répéta madame Lechmere dune voix discordante , et à laquelle se mêlait déjà le râle de l'i<R0nie. Qui voudrait mourir au milieu des réjouissances d'une noce ? Retire-toi ! va si tu veux t'agetiouilli r d.ms ta eli.mibre, mais luisse-moi !

Par une intention pieuse et charitable, lady Lionel se conforma stricti ment aux ordtes de sa grand'nièrc, qui lui lança à sa sortie des regards d indignation et de ressentiment.

— Elle n'est pas capable de soutenir la tâche que je lui ai imposée, reprit la mouiante : tous c^ux de ma race ont été faibles, excepté moi. Ma fille, la nièce de mon mari...

— Quelle est la vérité sur celle nièce? s'écria Ralph d'une voix tonnante : la femme de ton neveu, la mère de Lionel Lincoln , a fié accusée... était-elle coupable ? Parle , femme , profile de tes derniers instrUts et des dern ères lueurs de ta raison.

Cédant à un entrainement irrésistible, Lionel s'approcha du chevet du lit, et dit d'un ton solennel :

— hi vouî eonnaisstz les malheurs de ma famille , si vous avez faussement accusé ma mère, soulagez votre conscience, et mourez en paix ! Sœur de mon grand-])ère, mère de ma femme, expliquez-vous !

— Sœur de ton grand-père... mère de ta femme... Oui , c'est vrai, dit lentement madame Lechmere d une voix qui trahissait le désordre de ses idées.

— Parlez-moi de ma mère, si vous connaissez les liens du sang; dites-moi quelle a été sa destinée.

— Elle est dans la tombe... Ses charmes si vantés sont devenus la proie des vers... Que voulez-vous de plus? Faul-il la réveiller dans son linctul?

— iJis la vérité! s'écria Ralph : avoue qu'elle a été indignement calomniée, et que lu es complice de ce crime !

— Qui me parle? dit madame Lcclimcre en tremblant , et comme si elle eût été frappée d'un vague souvenir : j'ai déjà -entendu celte voix !

— Me voici, reprit Ralph, regarde-moi : tes yeux ont encore assez de force, fixe-les sur moi , Priscilla Lechmere; c'est moi qui t'adresse la parole.

— Que veu\-tu ? la mère de Lionel est morte! tu viens trop tard , et il y a longtemps que tu aurais dû m'inlerroger.

— La vérité , la vérité ! poursuivit le vieillard : la sainte et inaltérable vérité !

Cette allocution singulière ranima un moment les forces éteintes de la mourante, qui parut rassembler toute son énergie pour résister à ce cri de ITime ; elle essaya de se relever, et s'écna ;

— Qui dit que je vais mourir? .le n'ai que soi\aiile-dix ans , et hier encore j'étaisjenne, jeune et innocente !... Il ment, le dncleur ment !... Je n'ai point de lésiiuis'intcrnes... Je suis forte, et j'aurai encore le temps de me repentir.

— La vérité, la vérité ! répéta le vieillard.

— Levez-moi et exposeî.-uioi aux rayons du soleil , ajouta la moribonde. Oii êes-voiis ? Cécile, Lionel , mes enfants, allez-vous m'abandonner? Pourquoi cette chambre est-vllu dans 1 obscurité ? oppoi"

tez de la lumière ! beaucoup de lumièrel Au nom du ciel, ne me laissez pas au milieu de ces elTniy;ibles ténèbres.

L'aspect de la vieille feniine était devenu tellement hideux , que Ralph n'osa troubler ]iar ses questions les douleurs de ses derniers instants et qu'il la livra au délire de l'agonie.

— Pourquoi me parlez-vous de la mort ? ma vie a été trop courte... Accordez-moi des jours, des heures, des minutes !... Cécile, Agnes, Abigaïl , 011 ètes-vous? secourez-moi ou je succombe!

Par un cITort désespéré , elle se leva et chercha devant elle un appui. Rencontrant la main de Lionel, elle la saisit avec énergie , et la fausse sécurité que lui donna ce secours accidentel lui arracha un faible sourire; puis elle se renversa en arrière, ses memlires furent saisis d'un frémissement général, auquel succéda le repos éternel.

Quand les cris de madame Lechmere eurent cessé, un funèbre silence régna dans la chambre. On n'entendait que les soupirs du vent qui silllait sur les toits, et on pouvait les prendre, dans un pareil moment, pour les gémissements des esprits qui déploraient une aussi triste fin.

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