‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 222 sur 253 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La bonne ville de Manhattan a subi depuis quelque temps de notables aoiéliorations dans sou architecture.

On n'a jamais mis en question son accroissement en superficie , mais ses prétentions au perfectionnement ont été vivement contestées, parce que l'utilité et le développement des choses peu apparentes satisfont rarement le goût et le jugement.

Une ville dont les maisons sont construites en briques rouges , bordées de marbre et garnies de vertes jalousies , ne peut jamais avoir , au point de vue artiste, qu'une apparence vulgaire et monotone. Mais ce défaut radical tend tous les jours à disparaître des rues de Manhattan ; et ceux qui font construire , de nos jours, comprennent que l'architecture , comme la statuaire , ne saurait admettre la variété des couleurs.

Horace ^^ alpole parle d'un certain lord Pembroke, qui s'était amusé à peindre en noir les yeux des dieux et des déesses de la célèbre galerie de Wilton , et qui était fier de son œuvre , comme s'il se fût appelé Phidias ou Apelles. Nous avons eu des milliers de

Sarah Wilmeter et Michel Millington.

lords Pembroke , qui ont contribué à la formation des rues de presque toutes nos villes américaines; mais les voyages, les livres, les exemples opèrent progressivement unchangement favorable, et l'on peut contempler aujourd'hui, sans déplaisir, des squares entiers bien construits , et dont les maisons s'harmonisent dans un ensemble de teintes sobres et uniformes. Nous marquons ce progrès comme le premier pas fait par la ville dei^lanhattandansla voie du bon goût et de la noble simplicité, remplaçanll'absence totale de goût qui a caractérisé ses premières années.

Dans les pages qui vont suivre , nous parlerons de cette grande ville , bigarrée par sa population de différentes couleurs, émigrée de tous les coins de cette vaste république , et de ses représentants européens , que l'on compte par milliers.

IN'ous nous appesantirons plus volontiers, néanmoins, sur les phénomènes moraux que sur les accidents physiques de sa population , et nous nous efforcerons de dérouler sous les yeux du lecteur des tableaux de mœurs qui sont, nous le disons à regret, plus caractéristiques que neufs,

Page 1