‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 232 sur 253 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Ce sont les mœurs du pays, a dit madame Gott dans l'une de ses remarques provenant de la conversation relatée au précédent chapitre. D'autres usages affectent aussi d'autres graves intérêts , et c'est ce que nous allons démontrer.

Le docteur Mac Brain et madame Updyke étaient sur le point de s'unir par les liens du mariage. Jusqu'à présent nous n'avons rien dit encore de la fiancée , mais les incidents de notre histoire nous obligent à ne plus tarder de la présenter à nos lecteurs et d'entrer dans quelques détails sur son origine et sa famille.

Anna VVade était fille unique de parents respectables et riches. A dix-neuf ans, elle avait épousé un procureur assez âgé, qui lui avait donné le nom de madame Updyke. Cette union dura huit ans; madame Updype devint veuve à celte époque, avec deux enfants : un fils et une fille. Avec le temps, ces enfants grandirent sous les soins assidus de leur mère, qui s'était dévouée corps et âme à leur éducation et à leur bien-être. Dans tout cela , il n'y avait rien que de trèsordinaire, et l'on eût trouvé bon nombre de veuves, qui, comme elle, consacrassent leur temps et leurs soins à l'éducation de leurs enfants avec un dévouement qui les rendit comparables à des anges descendus du ciel. Franck Updyke venait de terminer son éducation; on attendait son retour d'un voyage en Europe, qui durait depuis trois ans. Anna, qui portait le prénom de sa mère, venait d'atteindre l'âge heureux de dix-neuf ans , et formait un contraste avec ce (ju'avait été sa mère à cette même époque de sa vie. La future n'était pas dépourvue de charmes, quoiqu'elle ffit entrée dans sa quarante-cinquième année. Aux yeux du docteur Mac Brain , elle était charmante, et ce qu'on appelle une brune agréable et bien conservée.

Il était étrange peut-être qu'après avoir échappé aux séductions d'un veuvage de vingt ans, cette dame pensât à se marier à une époque de '.d vie oii la plupart des femmes abandonnent la perspective de clK.ni'er leur condition ; mais madame Updyke avait encore le cœur jeune et plein de feu , elle prévoyait le jour oit elle resterait seule au monde. Son fils, enclin aux voyages, parlait dans ses lettres d'absences indéfiniment prolongées. Anna, courtisée par les jeunes cens qui fréquentaient sa famille, jeune et jolie, sensible, ne pouvait manquer de se marier de bonne heure. Ces raisons concluantes justifiaient en quelque sorte le parti qu'elle venait d'adopter. Mais il y en avait d'autres plus concluantes encore. Madame Updyke s'était éprise d'une véritable passion pour le docteur Mac Brain, qui la payait de retour.

Tom Dunscomb n'y comprenait rien. Il avait vu son ami trois fois amoureux, et trois fois il avait été choisi pour garçon d'honneur ou représentant intime. Personne ne pouvait affirmer que l'avocat eût lui-même complètement échappé aux traits du petit dieu , tant il avait habilement dissimulé aux regards curieux cette partie de sa vie. Que le fait fût ou non vrai , il n'en soumettait pas moins ceux qui cédaient à la passion de l'amour au feu roulant de ses éternelles plaisanteries.

Les enfants envisagent d'ordinaire avec étonnement, sinon avec déplaisir, ces tardives inclinations de leurs parents. Anna Updyke fut surprise, en effet, lorsqu'une vénérable grand'tante lui apprit que sa mère allait se remarier ; mais elle n'en fut nullement contrariée. Son futur beau-père, qu'elle connaissait, lui inspirait beaucoup de respect , et elle trouvait l'amour la chose la plus naturelle du monde. Depuis son entrée dans le monde, la jeune fille avait été entourée d'adorateurs et de postulants à sa main. Anna avait refusé , aussi poliment que possible , six demandes directes ; elle avait jeté de l'eau froide sur le double de petites flammes qui commençaient à brûler, et le feu du foyer avait dévoré quinze ou seize déclarations anonymes , tant en vers qu'en prose , provenant de passions spontanées, issues de rencontres à l'Opéra ou dans la rue, el dont les auteurs n'avaient pas trouvé de meilleurs moyens d'introduction. Un petit sonnet , dans lequel l'auteur célébrait son admirable chevelure, ;.v.iit élé excepté de l'aulo-da-fé. Un fluide électro-magnétique seniblait s'être échappé du pli satiné pour lui souiller le nom de John V\ ilmeter, qu'elle comptait parmi ses admirateurs comme l'auteur du sonnet. Les deux jeunes gens avaient échangé entre eux des témoignages de galanterie , vues d'un bon œil et tolérées par la mère et p^r le docteur Mac Brain ; mais ils n'avaient pas eu le temps encore île se rendre compte de la nature des sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre , lorsque Marie Monson apparut sur la scène d'une ma-

LlvS MOEUllS DU JOUR.

nii-re si l'irange ft inalleiiiluc , alliranl .lack dans l'orlii- du merveilleiii ot du inyslère dont elle étail entouroe. 1,'intiniiU' qui existait entre Sarah \\ ilmeter et Anna Updjke et leurs frc'quentes entrevues devaient nécessairement amener entre elles la conversation sur l'étrange caprice qui s'était emparé du jeune homme pour la prisonnière, l.e dialogue que nous allons rapporter ici avait lieu dans la cUambre d'Anna , le matin même qui précédait le jour du mariage.

— Si ma mère vivait encore, et qu'elle di'il se marier, dit Sarah \\ ilmeter, je m'estimerais heureuse d'avoir pour l)eau-père un homme comme le docteur iMac lirain. Je le connais depuis que je suis au monde. 11 est depuis si longtemps l'ami intime de mon oncle Thomas, que je le considère comme un parent.

— Moi aussi , je le connais d'aussi loin que je puis me souvenir, dit Anna , et j'éprouve pour lui un grand fonds de respect et d'affection. Si je me mariais jamais, je n'aurais pas, je crois, autant d'affection pour le père de mon mari que j'en ressens déjà pour le futur époux de ma mère.

Sir Dunscomb.

— Pourquoi pensez-vous qu'il y aurait un beau-père dans celte occurrence ? John n'a plus son père.

— John! répliqua Anna d'une voix faible... Que peut avoir John de commun avec moi ?

— Merci bien, ma chère!... Il a en tout cas quelque chose de commun avec mai!

— Certainement... un frère... c'est tout naturel... mais Jack n'est pas mon frère ; vous le savez fort bien.

— Sarah adressa un coup d'oeil interrogateur à son amie , dont les yeu\ étaient baissés sur le tapis, tandis que ses joues se coloraient d'un rouge incarnat. Son amie reconnut qu'en effet Jack n'était pas plus son cousin que son frère en ce moment.

— Je veux dire que Jack est en train de se rendre ridicule, continua Sarah, qui suivait plutôt le fil de ses pensées , sans répondre directement à son amie.

Anna leva les yeux , ses lèvres tremblèrent un peu , les couleurs désertèrent ses joues, mais elle s'abstint de répondre. Les deux amies se comprirent, et Sarah continua ses observations sans attendre d'autre réponse que cette expression muette d'anxiété.

— Michel jMillington nous apporte de singuliers récits sur la conduite de Jack a liiberiy. 11 ne fait plus rien, il ne pense plus à rien, il ne parle plus de rien qui ne se rattache ii la fâcheuse situation dans laquelle se trouve celte Marie Monson.

— Il y a, en effet, de quoi attendrir un cœur de rocher, dit Anna a voix liasse.... une jeune fille, et de haute condition , accusée de deux crimes épouvantables.

— Comment savez-vous cela ? demanda Sarah.

— M. Dunscomb en a parlé devant moi , répondit Anna en rougissant.

—■Vous a-t-il donné quelques détails sur celte Marie Monson, et sur 1 étrange conihiite de Jack :'

— Il .1 parlé de sa cliente comme d'une personne cxtraordinairement belle et résolue. En somme, il ne sait trop que penser d'elle.

— Et... que vous a-t-il dit sur Jack ?... Vous n'avez pas besoin de me rien cacher, Anna : je suis sa sœur.

— Je le sais , ma chère Sarah... mais je ne crois pas qu'il ait été fait mention du nom de Jack... cette fois-là du moins... et dans cette môme conversation.

— Mais une autre fois , et dans une autre conversation?

— Il a dit une fois, je crois, que votre frère s'occupait très-attentivement des intérêts de celte personne , qu'il appelle sa cliente du comté du Dicke... Voilà tout , je vous assure. Il est , sans doute , du devoir des jeunes avocats de soigner les intérêts de leurs clientes.

— Assurément... et surtout lorsque cette cliente est jeune , de bonne condition , et qu'elle possède beaucoup d'argent. Mais Jack est au-dessus de cette dernière considération, et il a les moyens de se conduire convenablement à toute heure et en toutes occasions. Je voudrais qu'il n'eût jamais vu cette créature.

Anna Updyke demeura quelques instants silencieuse sur sa chaise, jouant avec l'ourlet de son mouchoir. Puis elle dit , avec une certaine hésitation , et comme redoutant la réponse qu'elle provoquait :

— Marie Moulin ne sait-elle pas quelque chose sur son compte?

— Elle sait beaucoup; si seulement elle voulait parler... Mais Marie, depuis qu'elle a vu cette sirène, est passée dans le camp ennemi. Je lui ai écrit trois lettres , sans avoir pu obtenir d'elle d'autre réponse que celle-ci : » Je connais mademoiselle , et je ne puis croire qu'elle soit coupable. ■>

^ — Qu'elle ne soit pas coupable, voilà l'essentiel... et dans ce cas , combien elle doit souffrir du cruel traitement auquel elle est exposée ! Il n'est donc pas étonnant que votre frère lui ait témoigné tant d'intérêt. Il est ardent et généreux , Sarah , et il est juste qu'il consacre son temps et ses services à la défense de l'opprimée.

Ce fut au tour de Sarah de ne pas répondre , et de rester plongée dans ses réflexions ; car elle comprenait qu'un sentiment tout différent de celui que lui attribuait son amie inlluenrait la conduite de son frère.

Nous avons rapporté cette conversation , comme le plus court moyen d'initier le lecteur au véritable état des choses dans la maison de Huitième rue, occupée par madame Updyke.

Le lendemain , dès six heures du matin, les deux époux se trouvèrent réunis à la porte de l'église , escortés par leurs parents et amis des deux côtés. Anna soupira lorsque sa mère passa devant elle pour donner la main à son futur époux , et la mariée elle-même se sentit émue. Quant au docteur Mac Brain, son ami Dunscomb raconta, dans un diner de garçons, comment il avait traversé ce nouveau passage dans la vie conjugale.

— Il a affronté le feu en vrai vétéran , dit-il. On n'effraye pas aisément un gaillard qui a gagné trois fois la partie de bague. Souvenez-vous que Ned avait déjà enterré deux femmes , sans compter tous les malades qui sont passés de vie à trépas sous ses auspices. Et je suis sûr que son assurance était plus grande, parce qu'il sait mieux que tout autre que nous sommes tous mortels... les femmes mariées autant que les autres.

Néanmoins , les plaisanteries de Tom Dunscomb n'eurent aucune fâcheuse influence sur le bonheur de son ami. Cette union commençait sous d'heureux auspices , à cause même de l'âge raisonnable des deux conjoints. La mariée avait eu le bon goût de s'habiller avec la plus grande simplicité, et d'éviter ainsi le ridicule qu'un déploiement exagéré de toilette n'eût pas manqué d'attirer sur elle. Madame Updyke passa donc de l'état de veuve à celui de madame Mac Brain, au grand contentement du docteur , qui s'empressa , à la sortie de l'église , de faire monter sa femme dans sa voiture , et de l'emmener avec lui dans la petite maison de campagne qu'il avait fait préparer à Timbully.

Anna Updyke alla passer huit jours chez son amie Sarah AVilmeter, à liattletrap, nom que Dunscomb avait donné à une petite villa qu'il possédait sur les bords de l'IIudson , dans l'ile de Manhattan , où il avait accumulé ses fantaisies de garçon. Ou y voyait des modèles de charrues et d'instruments aratoires , tous les engins de pêche et la plus belle pano])lie d'armes de chasse, bien qu'il n'eût jamais tenu en main une ligne ou un simple fusil à piston. Jack Wilmeter demandant un jour à son oncle , quel plaisir il trouvait à rassembler tant d'objets coûteux et parfaitement inutiles , qui n'avaient aucun rapport avec sa profession, il lui répondit en ces termes :

— Vous avez tort de croire, Jack, que tous ces objets me sont inutiles. Un avocat doit posséder une foule de connaissances qu'il ne saurait trouver dans les livres de droit. S'il veut devenir un bon défenseur dans toutes les causes qui se iirésentent à lui, il est indispensable qu'il possède les premiers éléments de toutes les sciences pratiques; car leur a]iplication lui sera nécessaire là où Blackstone et Kent ne lui seront plus d'aucune utilité.

Jack Wilmeter avait quitté Biberry pour assister au mariage , et il élait revenu à la villa pour y accompagner sa soeur et Anna Updyke au milieu des cérémonies du mariage et de la diversion qu'elles donnaient au\ esprits. I.' rencontre entre les deux jeunes gens n'avait pas été aussi embarrassante qu'elle eût pu l'être dans toute autre cii^ constance. La ]iâleur et les traits abattus d' \nna s'eNpli(|uaient naturcllcmcul par la situation exceptionnelle dans laquelle le mariage

LES MOEURS DU JOUR

de sa mère la plaçait. A l'ëglise , il n'y avait pas eu occasion pour échanger beaucoup de paroles; et lorsque la cérémonie fut terminée, Sarah emmena son amie avec elle dans la direction de Rallletrap , situé à une petite distance de la ville , Dunscomb et son neveu les précédant dans une légère voiture appartenant à ce dernier. Michel Millington les réjoignit plus lard , amenant avec lui Timms pour dîner , et pour entretenir son confrère de divers sujets relatifs au procès.

Il n'y avait jamais eu entre John Wilmeler et Anna Updyke qu'une aftection toute fraternelle ; Jack était le frère de Sarah , c'est pourquoi Anna l'aimait plus afl'ectueusement que les autres jeunes gens. — Anna est l'amie intime de Sarah , pensait John, voilà l'unique raison de mon amitié pour elle. Sans ma sœur Sarah , Anna ne

Madame Updyke et sa Qlle Anna.

serait pour moi qu'une jeune et jolie personne, comme j'en rencontre tous les jours dans la société de New-York. Plus tard , lorsque la beauté d'Anna s'épanouit dans toute la splendeur de l'âge nubile, les deux jeunes gens étant accoutumés l'un à l'autre, il ne leur était pas survenu d'autres pensées. 11 fallait qu'une circonstance extraordinaire vînt rompre la monotonie de leurs relations pour les mettre en état de juger de la force et de l'étendue de leurs sentiments respectifs.

Nous avons suivi John Wilmeter dans les diverses phases de ses rapports avec la prisonnière de Biberry. Pendant tout le temps qu'il fut admis à visiter la recluse, John ne pénétra pas une seule fois dans l'intérieur de la galerie. La bonne madame Gott ne lui eût , sans doute , pas refusé cette faveur, mais Marie Monson le lui avait expressément défendu. Timms était venu plusieurs fois en consultation pour les renseignements qu'elle pouvait lui procurer , afin de combiner ses moyens de défense; elle l'avait reçu à l'entrée de sa cellule, afin de conférer plus longuement avec lui sur certains détails auxquels elle paraissait prendre un vif intérêt à mesure qu'elle se rapprochait du jour du jugement. Mais John Wilmeter n'avait pas été plus loin que la grille, à travers laquelle elle lui avait parlé, comme l'eût fait une novice dans un couvent régulier. Cette réserve n'avait fait qu'alimenter la flamme qui s'était allumée dans le cœur du jeune homme à la première vue de l'étrangère.

Tel était l'état des choses dans ce petit cercle d'intimes le jour oii, après avoir assisté au mariage, John Wilmeter accompagnait sa famille à la villa. Jamais Uatlletrap n'avait vu dans ses murs une société silencieuse comme celle qui se trouvait en ce moment rassemblée autour de la table , malgré les efforts de Dunscomb pour égayer le dîner. John songeait à Biberry et à Marie Monson ; l'imagination de Sarah volait au-devant de Michel Millington , qui n'était pas encore revenu de la ville , et Anna avait failli vingt fois éclater en sanglots au souvenir du mariage de sa mère , et en présence du changement qui s'était opéré dans les manières de John à son égard.

— Qui diable peut ainsi empêcher Michel Millington et Tinims d'être revenus pour le dîner ? dit le maître de la maison au moment

où l'on apportait le dessert. Tous deux m'avaient promis d'être exacts... et le diner était indiqué pour quatre heures.

— L'un retient l'autre, sans doute, répondit John ; car ils devaient revenir ensemble.

— C'est vrai... Et IMillington est assez ponctuel... surtout dans ses visites à Raltletrap. — Sarah rougit un peu, mais sans trop de confusion , car ses fiançailles étaient annoncées publiquement. — Michel doit nous accompagner à Dicke la semaine prochaine , miss Wilmeter... Le cas est trop grave pour que nous négligions de réunir toutes nos forces.

— Jack doit-il aussi jouer un rùle dans ce procès, mon oncle ? demanda la nièce avec intérêt.

— Jack aussi... tout le monde enfin. Lorsque la vie d'une jeune et jolie femme est en cause , on ne saurait mettre trop d'empressement à la défendre. Jamais je n'ai eu de cause qui engageât aussi profondément ma sensibilité... non, jamais.

— Les avocats n'embrassent- ils donc pas toujours du fond du cœur les intérêts de leurs clients , et ne devienent - ils pas , comme vous avez coutume de le dire au barreau, parties intégrantes de leurs sentiments?

Cette question, posée par Sarah, attira l'attention de son amie, qui espérait que la réponse viendrait justifier à ses yeux l'empressement de John à s'occuper de l'accusée.

— Autant qu'il est possible, et selon l'importance des affaires; mais mon intérêt pour la loi et pour tout ce qui s'y rattache va s'affaiblissant tous les jours.

— Pourquoi cela , mon oncle ?... Je vous ai entendu qualifier de fanatique pour votre profession.

— C'est parce que je ne suis pas marié. Un célibataire est presque sûr d'attraper quelque sobriquet de l'un et de l'autre ; mais s'il se marie deux ou trois fois , comme Ned Mac Brain... Pardon , Nanny , si je parle aussi peu respectueusement de votre papa... Qu'un homme , dis-je , épouse sa troisième femme... c'est un excellent avocat de familli- , un excellent médecin de fainiUc , ou un très-pieux... Non , ils ne sont pas sanctifiés comme les pasteurs... mais ce sont des hommes de famille.

Le docteur Mac Brain.

— Vous avez une dent contre le mariage, mon oncle.

— C'est possible ; mais elle me reste comme un mal de famille. Vous en êtes déjà exemptée , ma chère enfant , et j'ai tout lieu de penser qu'avant une année Jack aussi sera marié... Mais voici enfin les retardataires.

Quoique l'oncle n'eût fait aucune allusion à la personne que son neveu devait épouser , tout le monde , excepté lui , songea à Marie Mouson. Anna devint pâle comme une morte, Sarah parut triste et pensive , et John rougit jusqu'aux oreilles. Mais l'entrée de Michel Millington et de Timms vint changer le cours de la conversation.

— Nous vous avons attendus pour le dîner, messieurs, dit sèchement Dunscomb passant la bouteille à ses hôtes.

— Les affaires avant le dîner, maître Dunscomb, voilà ma maxime,

LES MOIÎUKS DU JOUU.

répliqua 'rimms. Nous avons clé occupi'S à l'cluUe , M. Miilington el moi, ili'piiis le iiioiiuMit oii le ilocleur iMac Biaiii et sa dame...

— Dites sa l'emme, Timiu», s'il vous plail , ou madame Mac Hraiii, si vous le pri^féie/..

— Je me suis servi du terme par politesse pour les dames ici présentes, monsieur; elles aimeiil, je crois, que nous les lioiiorions dans notre lanii.ige el dans nos expressions lorsque nous parlons d'elles.

— Bah! bah ! Timms, suivez mes conseils, laissez de côte ces subtilités, l'arlez en bon anglais, franchement et briiivement , et vous vous tirerez ]>assablement d'.itVinre.

— le vous reconnais pour le meilleur conseiller lorsqu'il s'agit de lois ou de morale ; mais lorsqu'il est question de dames et de mariage , je ne crois pas que vous en sachiez plus que moi. .l'ai l'intention lie me marier l'un de ces jours, el c'est plus que l'on ne pourrait dire de vous, je l'imagine.

— Vous avez raison sur ce point, ïimms. Je me suis toujours efforcé d'échapper aux embûches du mariage, mais cela n'empêche pas d'éludier le se\e par cela même (|u'on cherche i« se préserver de ses séductions; et je suis convaincu que Ihorame qui a pu échapper ii deui ou trois pièges de ce genre en sait ]>lus long sur les femmes que celui qui en a successivement épousé trois... (^lu'en pensez-vous, Miilington p

— Je pense, monsieur, que je n'ai rien à craindre des séductions des femmes en général , lorsque mon choix est heureux et libre.

— Et vous , Jack?

— Quoi! répondit le neveu tressaillant comme s'il sortait d'un songe , c'est à moi que vous parliez , mon oncle?

— Ce garçou-là ne nous sera d'aucune utilité la semaine prochaine , dit l'avocat versant paisiblement du madère frappé dans son verre et dans celui de son voisin. Ces questions capitales exigent la vigilance la plus active , surtout lorsque les préjugés populaires sont coulre nous.

— Si le jury déclarait Marie Monson coupable, quelle serait la sentence de la cour? demanda Sarah. i\'est-ce pas ainsi que vous vous exprimiez, Michel... la cour... les sentences... le jury... le verdict? Si je me trompe, je vous en rends responsable.

— Je redoute de parler des lois ou de la constitution devant votre oncle depuis la semonce qu'il nous a faite à Jack el à moi à propos du ?(iasf, répliqua le fiancé de Sarah en riant.

— A propos , Jack , dit vivement l'oncle , ce banquet a-t-il eu lieu? J'ai cherché votre dicours dans les journaux, et je n'ai rien trouvé de la sorte.

— Vous n'auriez pas trouvé le mien, dans aucun cas, mon oncle car je suis parti le même jour pour Biberry, et je n'ai quitté le village qu'hier au soir. — Anna pàlil comme un lis penché sur sa tige. — Je crois toutefois que le projet en a été abandonné, attendu que personne ne parait savoir aujourd'hui distinguer les vrais amis de la liberié. Aujourd'hui c'est le peuple , demain c'est le pape , un prince quelconque le jour suivant, et ii la fin de la semaine nous aurons un Masaniello ou un Robespierre. Les éléments semblent déchaînés el le monde renversé dans ce moment.

— C'est cet infernal code, Timms, qui suffirait à révolutionner le monde entier, s'écria Dunsoomb avec une ardeur qui fit rire les jeunes gens, Anna exceptée. Depuis qu'il a été introduit parmi nous, je ne sais plus distinguer quand une alïaire doit être entendue, jugée, ou quels sont les principes qui doivent prévaloir dans la décision des juges. Enfin nous devons chercher a en tirer quelques avantages pour notre affaire capitale, si nous le pouvons.

— Le moment approche, maître, et j'ai à vous communiquer à ce sujet quelques observations qui ont rapport aux nouveaux textes de celte loi.

— Finissons cette bouteille; avec l'aide des jeunes gens, il en reste un verre pour chacun.

— Je ne pense pas que le squire soit jamais porté aux élections par les partisans de la tempérance , dit Timms, qui remplit son verre jusqu'aux bords, car il ne buvait pas souvent d'aussi bon vin.

— Kl vous vous imaginez qu'ils vous y porteront , n'est-ce pas cela, mon fin renard? J'en ai appris de belles sur votre compte, maître l'imms! Il paraît que vous portez votre vue aussi haut que le sénat de l'Union. ICnfin on pourrait trouver mieux sans doute, mais on y a envoyé des représentants moins dignes que vous. Maintenant entrons dans le cabinet que j'ai surnommé l'étude de Rattletrap.

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