‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 234 sur 253 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Tandis que Dunscomb et Timms étaient sérieusement engagés dans leurs travaux, les jeunes gens avaient cherché des sujets de distraction plus en harmonie avec leurs goûts. John ^\ ilmeler avait été invité d'assister à la consultation ; mais son ancienne affection pour Anna semblait s'être réveillée, et il préféra demeurer auprès d'elle. Sa sœur et son ami, déjà fiancés ensemble, s'étaient échappés de la maison pour parcouiir ensemble les sentiers et les bosquets de l'iattletrap , en formant pour l'avenir des projets de bonheur. Jack et Anna resièrent donc seuls en présence, lui pensif et silencieux, elle timide et inquiète. Le silence leur fut bientôt à charge, et comme il n'eût pas été convenable de se séparer, ils mirent fin à l'embarras de leur position en se dirigeant spontanément vers le bois par un des sentiers les plus larres elles plus fréquentés.

John attribuait naturellement aux événements de la matinée la tristesse de sa compagne. Il lui en parla avec une bonté et une délicatesse qui faillirent plus d'une fois amener les larmes aux yeux de la jeune fille. Après avoir épuisé tout ce qu'il pouvait lui dire sur ce sujet, John , suivant naturellement le courant de ses pensées, revint sans s'en douter à parler de la jeune fille qu'il avait laissée dans la prison de Biberry.

— Sa position esl des plus extraordinaires, continua John. Elle a excité nos plus vives sympathies, je veux dire les sympathies des plus intelligents; car les préjugés du vulgaire sont soulevés contre elle. Sarah et vous-même, Anna, ne sauriez être plus coupables que ne l'est à mes yeux cette Marie Monson ; pourtant elle est inculpée et sur le point de passer en jugement pour crime d'incendie et de meurtre. Il me paraît monstrueux d'accuser une personne comme elle de crimes aussi odieux.

Anna demeura quelques instants silencieuse, réfléchissant que les apparences dépourvues de faits qui leur donnent un corps ne .sauraient former une opinion de culpabilité ou d'innocence. Comme Jack paraissait attendre une réponse, elle fit un effort pour parler.

— N'a-t-elie rien dit de ses amis, de sa famille, ni manifesté le désir qu'ils fussent informés de sa situation.

— Pas un mot. \ ous comprenez que je n'ai pu lui parler librement sur ce sujet.

— Pourquoi cela? demanda vivement Anna.

— Pourquoi ! ^ ousn'avez pas d'idée, Anna, des bizarreries de cette jeune fille; on ne peut lui adresser la parole comme à une autre personne. Dans sa détresse même , on craint de lui causer de nouveaux chagrins.

— Je comprends bien cela, répliqua la généreuseenfant, et je pense que vous avez eu raison de ménager sa sensibilité. Mais il est si naturel d'appeler à soi ses amis dans une circonstance g rave et imprévue, que je m'étonne que votre cliente...

— Ne l'appelez pas ainsi, Anna, je vous en prie, je déteste ce mot appliqué à cette personne; je lui rends service à tilre d'ami, pas autrement. Mon oncle éprouve pour elle le même sentiment; car il a refusé d'elle la moindre gratification, bien qu'elle se montrât libérale jusqu'à la prodigalité. Timms se'il s'enrichit par son entremise.

— Est-il donc d'usage parmi vous, messieurs du barreau, de rendre gratuitement service à des clients qui ont les moyens de payer ?

— Bien au contraire , répliqua Jack en riant , nous courons après les grandes affaires, comme autant de courtiers ou de marchands; et nous ouvrons rarement la bouche sans fermer notre cœur. Mais cette cause est hors ligne, et M. Dunscomb travaille par amour du prochain, et non pour de l'argent.

Moins innocente et plus libre de cœur, Anna eût lancé quelque trait satirique , en classant le dévouement du neveu dans la même catégorie que celui de l'oncle. Elle répondit simplement , après un moment de silence :

— Vous avez dit, je crois, que M. Timms ne se montrait pas aussi désintéressé.

LKti MOKUHS DU .lOUH.

— Il a <l<'jii rpcii «le miss IMonson mille dollars de son propre aveu, qu'il a eu assez peu de délicatesse pour accepter. Il se moque de moi lorsque je lui reproche ses extorsions. Tinims ne manque pas de qnalilés, mais la délicatesse n'en fait pas partie. Il soutient qu'une femme n'est jamais sans amis lorsqu'elle est jolie et qu'elle a de l'or plein ses poches.

— Vous ne pouvez appeler sans amis une femme qui lient tant d'argent à sa disposition. Mille dollars me semblent une forte somme.

— C'est beaucoup, en efl'et ; mais on donne quelquefois plus encore. Miss Monson eût sans doutedonné pareille somme à mon oncle, s'il eût accepté, l'imnis m'a dit qu'elle lui avait manifesté cette intention, mais qu'il l'engagea à attendre l'issue du procès.

— D'oii lui vient tout cela! le savez-vous, John?

— Je l'ignore complètement, ,1e ne suis pas le moins du mon<le dans la confidence de miss Monson , surtout au sujet de ses affaires pécuniaires. Elle me fait l'honneur de me consulter quelquefois sur son procès; mais elle ne m'a jamais parlé de ses ressources, eicepté pour lui changer de fortes sommes en billets. Je ne vois rien d'eilraordinaire à ce qu'une fille de qualité soit riche. Vous-même, en votre qualité d'héritière, devriez ne pas vous en étonner.

— Je n'ai pas comme cela mille dollars à ma disposition ! c'est tout au plus si le chiffre total de mon revenu s'élève à ce que cette femme a dépensé.

— Ne l'appelez pas femme, Anna; vous me faites de la peine de vous entendre parler d'elle en termes si méprisables.

— Je lui demande bien pardon , Jack , et à vous aussi , mais je ne l'appelais pas ainsi en signe de mépris. Nous sommes toutes femmes.

— Je sais qu'il est ridicule de se montrer susceptible à ce point, mais je ne puis m'en empêcher. Les mots prison, accusation, procès' font naître des idées de crime et de grossièreté que l'on suppose rencontrer chez tous les inculpés comme appartenant à la classe la plus vile de la société. Mais je vous assure que miss ÎVlonson possède des manières distinguées et un fonds d'éducation que ni Sarah ni vous, ma chère miss Anna, ne sauriez surpasser. Je ne connais pas de jeune femme plus...

— Vous voyez bien , Jack , que vous l'appelez femme vous-même interrompit Anna un peu malicieusement.

— On se sert de l'expression jeune femme sans qu'il y ait rien de vulgaire dans cette acception. Mais je ne sais pourquoi la manière dont vous vous êtes servie de ce mot m'a été désagréable. Je crois, au reste, que les veilles m'ont un peu irrité le système nerveux; je ne me sens pas dans mon état normal.

Anna soupira faiblement; puis, continuant sur le même sujet :

— Quel âge peut donc avoir cette étrange jeune dame? demandat-ellc d'une voix faible.

— Comment le saurais-je? Elle parait très-jeune; mais le fait d'avoir tant d'argent en sa possession prouverait qu'elle a déjà la libre disposition de sa fortune, et qu'elle est p.r conséquent majeure puisque cette seule circonstance lui permet d'administrer elle-même ses biens, même sous puissance de mari.

— N'est-ce pas, à votre avis, montrer un respect convenable pour les droits de notre sexe ?

— Je m'en inquiète fort peu. Mon oncle dit que c'est un des produits de notre nouveau code civil.

— M. Dunscomb, comme tous les hommes d'âge, a peu de goût pour le changement.

— Ce n'est pas cela. Je pense que la loi nouvelle placera la femme au-dessus de son époux et créera deux intérêts distincts dans la famille lorsqu'il ne devrait y en avoir qu'un seul.

— Oui, je lui ai entendu soutenir cette opinion lorsqu'il est venu apporter chez ma mère les titres de possession ; j'ai même retenu une de ses observations que j'ai trouvée très-juste.

— Et que vous voulez bien me rapporter.

— Certainement, John, si vous désirez l'entendre. M. Dunscomb disait que les discussions dans les familles étaient presque toujours causées par des questions d'argent; qu'il trouvait donc impolitique de placer entre l'homme et la femme un sujet perpétuel de discorde, et que la communauté d'intérêts s'allie parfaitement avec la communaulé d'existence qui ressort du mariage.

— Il ne parviendra jias à convaincre les parents riches et les tuteurs vigilants, qui ont à su rveiller les intérêts de leurs pupilles, de souscrire a ses objections. Ils trouvent qu'il vaut mieux assurer la femme contre les malheurs et l'imprudence en plaçant sa fortune sur sa propre tête.

— Je ne trouve pas mal cette réserve contre les mauvais jours, pourvu qu'elle soit faite franchement et honnêtement. iMais le revenu doit être la propriété commune, et passer, comme tout ce (pii tient a la famille, sous le contrôle du chef.

— Cette iicnsée est Irès-généreiise de votre p^rt, Anna.

— l'dle est conforme à ce qu'une femme raisonnable doit désirer du fond du cœur. Pour ma part, je ne consentirais jamais à épouser un hoiume que je ne pourrais pas respecter et aimer. Et certes, en lui doiiii.int mon ccpiir et ma main, je lui abandonnerais tout contrôlesur ma fortune. Je rrois qu'il serait (.rudeiit de se garder contre les chances delavorables de l'avenir en sauvegardant une partie du capital ; mais, à

part cette réserve , j'éprouverais le plus grand bonheur ii laisser à mon époux la direction de tout ce qui m'appartiendrait en propre.

— Supposons que votre époux soit prodigue, et qu'il dissipe votre fortune i'

— Il ne pourrait attaquer que le revenu ; et je préférerais partager avec lui les conséquences de ses prodigalités que de vivre à part dans une égoïste jouissance de bien-être qu'il ne pourrait pas partager.

Ces paroles résonnaient agréablement aux oreilles de John, qui connaissait assez Anna pour croire à la sincérité de ses paroles. Il se demandait quelle serait la manière de voir de Marie Monson sur cette question.

— Un époux peut, néanmoins, partager la fortune de sa femme sans avoir le droit d'en disposer, reprit-il afin de connaître l'opinion tout entière d'Anna.

— Comment! le mettre dans la dépendance des libéralités de sa femme? Une femme qui se respecte ne consentirait jamais à dégrader ainsi son époux et le placer dans cette fausse position. La femme doit dépendre de l'homme, et non l'homme de la femme. Je suis de l'avis de M. Dunscomb lorsqu'il dit que les nœuds de l'hyménée sont trop délicatement tissés pour être mis à la merci des dollars. Le ménage dont le chef est obligé de demander à sa femme l'argent nécessaire pour son entretien ne peut pas longtemps marcher d'accord. C'est renverser l'ordre hiérarchique de la famille.

— Savez-vous , Anna , qu'avec de telles opinions vous feriez une excellente femme ?

Anna rougit, se repentant presque de sa généreuse ardeur; mais comme elle était sincire , elle ne chercha pas à nier ses sentiments.

— C'est ainsi, je crois, que doivent penser toutes les femmes, répondit-elle.

— Les femmes, malheureusement, ne vous ressemblent pas toutes, Anna. L'orgueil de certaines d'entre elles rend leurs époux malheureux, même lorsqu'elles affectent de remplir consciencieusement leurs devoirs. L'une sera fière de sa famille, et saisira toutes les occasions de donner à entendre à son époux qu'elle est d'une origine plus élevée que lui. Une autre est pédante et s'imagine être plus habile en toutes choses que son époux, exigeant qu'en toutes occasions il ne se dirige que par ses conseils. Une troisième, parce qu'elle aura apporté un peu plus de fortune dans la communauté , se complaira à dire partout que l'argent de sa poche soutient seul la maison,

— Je ne savais pas, John , que vous réfléchissiez tant sur toutes ces choses, dit Anna en riant; mais je crois que vous avez raison dans votre opinion. Et lequel de ces trois maux que vous signalez ici est, à votre avis, Je pire ?

— Le second. Je supporterais encore l'orgeuil de famille, bien que pitoyable et ridicule, et la question d'argent en faveur de l'argent même, pourvu que les cordons de la bourse fussent entre mes mains; mais je ne pourrais pas vivre avec une femme qui se croirait supérieure à moi en toutes choses.

— Mais, en bien des choses, les femmes sont plus instruites que vous.

— En accomplissements, causeries, dans l'art de faire des conserves, de la danse, de la poésie et de la religion, je ne dis pas non. Mais dans les affaires d'intérêt, dans la politique ou dans la loi , dans tout ce qu'exige l'éducation masculine , je ne pourrais souffrir une femme qui prétendît en savoir plus que moi.

— Il n'y a pas beaucoup de femmes qui songent à importuner leurs époux de leurs opinions concernant les lois.

— Je ne sais pas trop. A ous ne vous figurez pas, Anna , jusqu'à quel degré de suffisance l'orgueil peut conduire une femme. J'en ai vu qui, non contentes de développer leurs attraits comme elles l'entendaient, prétendaient aussi nous montrer à nous habiller, à renverser un col de chemise ou à relever des manchettes.

— Ceci n'est plus de la suffisance, mais du bon goût, John, s'écria Anna riant cette fois de bon cœur et en toute liberté ; c'ist tout simplement le tact féminin donnant une leçon de goût à la gaucherie de l'homme. Mais une femme, quel que fût son amour de la domination , ne chercherait pas à loger dans son cerveau les textes de nos lois.

— Je n'en répondrais pas. La seule chose que j'ai remarquée dans Marie Monson est justement une étrange prédilection pour la loi. Timms lui-même l'a observée et commentée.

— Pauvre femme !

— Ne faites pas usage de celle expression , Anna , je vous prie, en parlant d'elle.

— Pauvre dame! si vous aimez mieux.

— Non , dites jeune dame, ou miss Alonson, ou I\Iarie, c'est le nom le plus ap.réable de tous.

— N'ai-je pas entendu dire par vous et tous les autres qu'elle n'était pas inculpée sous son véritable nom ?

— Cela est vrai; mais qu'importe? appelez-la par le nom qu'elle s'est donné, mais n'y ajoutez pas cette épithète de pinirre qu'elle ne mérite pas.

— Je n'ai pas eu de mauvaise iuluntion, je vous assure, John, mais

LES MOEURS DU JOUR

il est néanmoins étonnant qu'une personne dans sa situation trouve quelque intérêt à discuter sur les lois.

— Ce n'est pas cette sorte d'intérêt que je veux dire. Il m'a semblé une ou deux fois qu'elle paraissait prendre plaisir à affronter les difficultés de sa situation pour les discuter avec une habileté toute professionnelle. Timms ne veut pas me dire tout ce qu'il sait de ses secrets, et je n'en suis pas fâché si tous ne peuvent supporter le grand jour; mais il m'a déclaré que les réflexions de miss Monson étaient admirables.

— Peut-être a-t-elle été...

Anna s'arrêta par un remords de conscience qui lui fit craindre de manquer de générosité.

— Peut-être quoi ? Achevez votre sentence , je vous prie. Anna secoua négativement la tête.

— \ ous vouliez dire que miss Monson, ayant été précédemment en contact avec la loi , avait acquis son expérience par la pratique, n'estce pas cela?

Anna refusa de répondre, mais elle fit en rougissant un signe afmatif.

— Je m'en doutais, et je suis assez franc pour vous avouer que Timms pense comme vous; mais c'est impossible, et vous seriez de mon avis si vous la connaissiez. Il y aurait plus que de l'absurdité , il y aurait cruauté à penser ainsi sur son compte lorsqu'on la connaît. A propos, hier, avant de partir en ville pour assister au mariage, une circonstance m'a frappé. Vous connaissez Marie Moulin?

— Assurément je la connais !

— Eh bien ! en répondant à une question que lui adressait sa maîtresse, elle a dit : Oui, maJctme.

— Et qu'auriez-vous donc désiré qu'elle lui répondit? Nun, madame ?

— Pourquoi dire madame, et non mademoi selle?

— 11 Serait très-ordinaire dans la langue anglaise de dire mademuiselle.

— C'est possible; mais en français, c'est tout différent. On peut dire, on doit dire mademoiselle à une jeune fille non mariée. Madame s'adresse à une femme mariée ou à une demoiselle centenaire.

— 11 est singulier, en effet, que Marie Moulin, qui connaît si bien les usages de son monde à elle , ait dit madame a une demoiselle.

— La première fois qu'elle fut introduite auprès d'elle, ne m'avez-vous pas dit qu'elle l'avait appelée mademoiselle? Cela prouverait qu'il ne faut pas attacher trop d'importance aux paroles de Marie Moulin.

— .le ne sais pas trop. Marie est depuis trois ans dans ce pays : il ne serait pas extraordinaire que, dans cet intervalle, la jeune personne se fût mariée; que Marie, ignorant ce fait à la première entrevue avec elle, l'eût appelée par ancienne habitude mademoiselle, et que depuis quelques explications eussent suffi pour lui faire donner à sa maîtresse son véritable nom. Néanmoins, elle est assez silencieuse d'ordinaire , et je ne l'ai entendue que deux fois l'appeler ainsi. Je confesse que je commence à croire que...

— Que quoi , John ?

— Que notre miss Monson ne soit en réalité qu'une femme mariée.

— N'est-elle pas bien jeune, trop jeune pour une femme mariée?

— Pas le moins du monde. Qu'appelez-vous trop jeune? Elle est entre vingt, vingt-deux ou vingt-trois ans. Elle pourrait même en avoir vingt-cinq ou vingt-six.

Anna soupira intérieurement, car ces âges se rapprochaient de celui de son jeune hôte. Ils en restèrent là de leur entretien.

Un des effets les plus singuliers de l'amour est sans contredit celui qui éveille dans le cœur un sentiment de sympathie pour un rival heureux. C'est ce qu'il advint à Anna Updyke en faveur de Marie Monson, dont la position critique lui inspira le plus vif intérêt, et en même temps le désir de voir cette femme que John trouvait si accomplie , lui qui avait su préalablement apprécier ce qu'elle valait elle-même. Elle conclut de tout ce qu'elle avait appris par John et par sa sœur que les relations du premier avec son intéressante cliente avaient été des plus réservées, démontrant de la part de la prisonnière une discrétion et un respect des convenances qui rendaient justice à son éducation et à la délicatesse de ses sentiments. Comme tout le monde, elle se perdait en conjectures sur les causes mystérieuses qui l'avaient jetée dans cette cruelle situation; mais la franchise et la noblesse de son âme rejetaient bien loin toute pensée de crime, et elle se sentjît attirée secrètement, par une sorte d'attraction magnétique, vers cette jeune femme, qu'après réflexion elle ne pouvait accuser d'avoir volontairement séduit John Wiluieter, puisque, de son propre aveu, elle ne lui avait jamais donné le moindre sujet d'encouragement.

Le silence inconcevable de Marie Moulin ne faisait qu'accroître le mystère et redoubler l'intérêt. Cette femme, qui était partie pour Biberry en promettant à Sarah de lui révéler ce qu'elle pourrait apprendre sur le compte de l'accusée, avait éludé toute espèce de confidence depuis qu'elle était enfermée avec sa nouvelle maîtresse. En laissant retomber sur elle la porte de la prison, Marie Moulin semblait s'être enterrée dans un couvent oii toute communication avec le

monde extérieur était formellement interdite. John lui avait remis, à travers la grille, trois lettres de Sarah sans avoir pu en obtenir une seule réponse. La prisonnière éludait habilement toutes les tentatives faites par lui d'échanger quelques paroles avec la Suissesse; et Sarah, trop fière pour insister davantage auprès d'une servante, avait abandonné toute nouvelle sollicitation. Les sentiments d'Anna étaient diflérenls. Sans se préoccuper du manque de respect et de parole de Marie Moulin, elle ne songeait qu'au désespoir de Marie Monson, et au jour prochain de ce ténébreux procès.

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