CHAPITRE XX
Dans la demi-heure prédite par Dunscomb, la cloche du palais de justice se fit entendre ; et la foule se précipita vers le bâtiment pour envahir les bancs, les bords des fenêtres et tous les recoins de la salle, afin d'assister au procès. Tout ce que nous avons raconté au précédent chapitre s'était passé entre six et neuf heures du matin. L'une des maurs du jour ilans la voie du perfectionnement étant de pousser l'administralion de la justice à la vitesse d'un chemin de fer, bon nombre de jiM;es modernes siègent depuis huit heures du matin' et espédienl des affaires jusqu'à neuf et dix heures du soir, illustrant laj^istice du pays par le moyen d'asstsseurs à moitié endormis et abrutis par la fatigue.
Le quart au moins de l'auditoire rassemblé dans la salle des assises était composé de femmes accourues pour assister au jugement d'une femme accusée d'avoir assassiné une créature de son sexe. Un grand nombre avait été appelé pour témoigner dans la cause.
Enfin un silence général succéda à l'agitation de l'entrée et des discussions de la foule pour obtenir des places; et tous les yeux se tournèrent du colé de la porte, afin d'apercevoir l'accusée. Pour- (|iioi le spectacle du malheur de nos semblables a-t-il donc tant d'attraits pour la foule? La nature nous a pourtant do'iés de sentiments charitables envers l'infortune et du désir de la soulager; mais lorsque nous n'avons pas d'autre rùle à jouer que celui dé simple spectateurs, nous accourons en foule pour nous repaître de la vue des loTUires morales d'un accusé et pour assister ii son supplice. Des (Vînmes accouraient dans cette salle pour épier les contractions de la conscience sur le visage d'une créature de leur sexe, ou les rayons d'espérance qui leur succéderaient.
— Gif' st pour aujourd'hui que l'on a indiqué l'appel de l'affaire du ministère public contre Marie Monson, commença le président : monsieur le procureur général est-il prêt ? ' ■
— Nous sommes prêt, je crois. S'il plaît à la cour, nous nous adjoindrons dans cette alVaire M. William et M. Wrigt; ne voulant pas jirtndre sur nous toute la responsabilité de l'accusation.
— La COUT l'a ainsi entendu. Quels sont les défenseurs de l'accusée ?
Dunscomb se leva , et avec le calme et la dignité d'un homme habitué il parler devant des juges il répondit :
.r~^^ ""^ chargé de la défense de Marie Monson , et j'ai maitre l'imms pour assistant.
— Etesvous prêts , messieurs ?
— Je le crois, monsieur le président , quoique la prisonnière n'ait pas encore été régulièrement citée.
— l\Ionsie\ir le luocureur du district, appelez la cause.
Le shérif lut chargé en personne d'aller chercher la prisonnière pour l'amener devant la cour. Celte solennité inattendue poussa la
curiosité au jilus haut degré. La porte s'ouvrit ar. milieu du plus profond silence; et M. (iott entra, suivi par Marie Monson, Anna , Sara, Marie Moulin et les deux jeunes gens. La brave femme du shérif, madame Gott, était déjà dans la salle, oii elle avait fait réserver des sièges pour les personnes qui assistaient l'accusée. Les nouveaux arrivants prirent place sur ces sié(;ea réservés, à l'exception de Marie Moulin, qui alU s'asseoir sur le banc des accusés, à côté de sa maîtresse.
Dunscomb, qui épiait l'effet que produirait l'accusée sur l'auditoire, eut lieu d'être satisfait. Son air imposant et ses manières diitinguées occasionnèrent dans la foule un murmure approbateur qui pouvait détruire une partie des manœuvres des Davis et de Williams. Le président surtout, homme de cœur et de jugement sain, fut pris l>ar surprise. Il appartenait à l'une des plus vieilles familles de INew- \ork par la naissance, et il possédait un tact exquis à discerner les gens de sa caste. Au premier coup d'œil il reconnut que la prisonnière avait les manières , l'attitude et la finesse d'une personne habituée dès l'enfance à la bonne société. Il ariêta du geste le shérif, qui conduisait l'accusée dans l'espèce de loge destinée aux criminels.
— Donnez à l'accusée une chaise au banc de la défense, dit-il... Mousieur le shérif, faites faire place afin qu'elle soit auprès de son conseil... Lorsqu'elle sera un peu remise de son émotion vous prendrez la parole, mousieur le procureur.
Ces préliminaires achevés , l'accusation posée par le procureur, l'accusée objecta par l'organe de son conseil sa non culpabilité. Il fut ensuite procédé au tirage du jury.
Un des véritables perfectionnements du jour est de faire prêter une seule fois serment aux membres du jury pour toutes les affaires de la session ; c'est une économie de temps , et nous nous plaisons à constater les innovations lorsqu'elles ont un but réel d'utilité ou d'amélioration.
Le greffier appela le nom du premier juré sorti de l'urne : Jonas Wattles. Cet homme était une assez respectable machine, d'un esprit assez borné, mais honnête et voulant le bien. Timms regarda son collègue d'un air qui signifiait : On peut le prendre. En conséquence, Jonas Wattles alla prendre sa place au banc des jurés : heureux d'assister en cette qualité à une affaire capitale.
— Ira ïrueman , cria de nouveau le greffier.
Une pause significative succéda à l'appel de ce nom. Trueman était un homme qm exerçait une influence locale assez considérable dans le pays , et son opinion serait d'un grand poids sur des hommes moins instruits et moins fortunés que lui. Timms et \\ illiam étaient embarrassés de savoir s'ils devaient accepter ou récuser ce juré, sur lequel leurs agents respectifs avaient essaye leur pouvoir sans avoir pu découvrir avec quel degré de succès. Les deux gladiateurs restaient donc dans l'indécision, l'un attendant que l'autre se fût prononcé pour émettre sou opinion. Le président s'impatienta de ce délai, et demanda si le juré était accepté.
— Je voudrais connaître l'objection de mon confrère à l'admission de ce juré, fit observer Timms. Je ne crois pas que sa récusation soit péremptoire.
— Je ne récuse pas le moins du monde le juré , répliqua William; j'ai compris, au contraire, ([ue la récusation devait venir du côté de la défense.
— ^ oilà qui est étrange. L'honorable avocat regarde en méfiance le juré, puis il déclare qu'il ne récuse pas.
— Pu garde... Si les regards portaient défi l'Etat pourrait tout aussi bien laisser impunis ces épouvantables crimes, car le visage de mon adversaire est gros de récusations.
— Je rappellerai aux défenseurs la gravité de la cause qu'ils sont appelés à discuter, et -qu'ils doivent la conduire avec le décorum dont on ne devrait jamais se départir devant un tribunal. S'il n'y a pas de sujet de récusation d'une ou d'autre part , le juré peut aller prendre place sur le banc.
— Je voudrais au préalable adresser une question ou deux au juré, objecta TSmms s'expriniant avec mesure et comme s'il redoutait de heurter les sentimenls de l'homme soumis à l'appréciation des conseils, ou d'indisposer contre sa cliente le seul homme peut-être capable de la sauver.
— ^ ous avez été à Biberry , monsieur le juré, depuis l'ouverture de l'enquête :' continua-t-il.
Trueman fil un signe d'assentiment.
— Vous avez sans doute entendu parler de l'affaire qui nous rassemble aujourd'hui .'
^ouveau signe confirmatif.
— Pomcz-vous nous dire si ([uelque chose de remarquable a élé dit en votre présence '
Tnicmnn eut l'air île cherclier dans sa mémoire, puis, levant la tête, il ré|iondil d'un air délibéré il avec clarté :
— Je sortais de la taverne pour me rendre au palais, lorsque je rencontrai David Johnson...
— Peu imporlenl ces détails, monsieur Trueman, interrompit Timms apprenant que le juré avait causé avec l'un de s^s agents les plus dévoués, la cour désire savoir seulement si l'on vous a rapporlé quelque circonstance qui fût dvfiii'aiiihle à Marie Monson.
iES MOEURS DU JUI'R.
— Ou qui lui fût favorable, dil William d'un air railleur.
— Dites-nous , monsieur le juré , dit le juge l'interrompant , ditesnous si quelqu'un vous a parlé pour ou contre les m(-rilt'S de cette aiTaire ?
— Les mérites , répéta Trueman , qui parut réfléchir de nouveau , non , monsieur le président, je ne saurais l'affirmer.
Cette déclaration était de toute fausseté, mais Trueman réconcilia la réponse avec sa conscience en songeant que la conversation qu'il avait entendue avait roulé sur les démérites de l'accusée.
— Je ne vois pas alors, messieurs, que vous ayez l'un ou l'autre matière à récusation , à moins que vous n'ayez d'autres motifs.
— Peut-être, répondit William... Vous disiez, monsieur Trueman, que vous aviez rencontré David Johnson comme vous sortiez de l'auberge pour vous rendre au tribunal : ai-je bien compris ?
— Exactement. Je venais d'avoir une longue conversation avec Pierre Titus (l'un des agents confidentiels de ^\ illiam ), lorsque je rencontrai Johnson. Johnson me dit ; Une belle journée , monsieur Trueman. Je suis content de vous voir, car les visages d'anciens amis deviennent rares.
— Je ne vois pas d'objection à ce que l'on admette le juré , dit négligemment William satisfait de ce que Titus n'avait pas négligé de remplir son devoir dans cette longue conversation.
— Je le crois un des meilleurs jurés du comté, rétorqua Timms parfaitement sûr que Johnson avait mis à profit l'avantage de dire le dernier mot. Trueman fut admis sur le banc comme le second des douze jurés.
On considérait comme un véritable progrès de faire passer deux jurés sur leur banc dan? l'espace d'une demi-heure. Le président, (fui s'était résigné à un travail de vingt-quatre heures pour le tirage de tout le jury , fut grandement satisfait d'en voir deux admis en moins d'un quart d'heure.
Les deux avocats, voulant faire assaut d'indépendance, et de bonne volonté dans les choix qui se succédèrent, en laissèrent passer six sans observation. Deux furent successivement récusés par l'un et par l'autre.
Une heure s'écoula dans cette première partie de l'installation du tribunal, pendant laquelle Marie Monson gardait une attitude calme, noble et résignée. Les curieux étaient divisés d'opinon sur son crime ou son innocence. Les uns voyaient dans son maintien et dans l'intérêt qu'elle apportait à suivre les procédés de la cour la preuve d'une conscience endurcie et d'une espérience consommée dans 'des scènes de même nature ; ne songeant pas seulement que l'âge même de l'accusée donnait un démenti à leurs suiipositions.
— Allons, messieurs, le temps est chose précieuse, continuons.
Le neuvième juré qui sortit de l'urne était un marchand de campagne nommé Hatfield , réputé pour exercer une influence considérable sur les gens de sa classe, el jouissant d'une réputation de bon sens, sinon de principes.
— Ils pourraient tout aussi bien renvoyer les onze autres chez eux et laisser Ilatfield prononcer le verdict, dit tout bas un avocat à son confrère; il n'y a pas d'homme sur tout le banc capable de résister à sa logique.
— S'il en est ainsi , cet homme lient suspendue à sa parole l'existence de la jeune femme.
— C'est il peu près cela. La glorieuse institution du jury produit souvent de semblables résultats.
— "Vous oublie/, que le président a le droit de dire le dernier mot.
— Dieu soit loué! autrement notre position serait insoutenable. La loi de Lynch serait préférable, je crois, à des lois administrées par des jurés qui se croient tous- des jurisconsultes.
— C'est égal, je n'aimerais pas avoir ce Lynch contre moi. William semblait partager celte opinion, car il s'agitait sur son
banc, marmottant entre ses dents des paroles inintelligibles, cherchant un moyen d'empêcher cet homme d'entrer au banc des jurés. Il avait récemment poursuivi liaUield pour dettes, et avec assez de vigueur pour craindre de sa part quelque ressentiment. Mais comme i'iiostililé envers un avocat n'est pas un cas légal de récusation , William se vit dans la nécessité de chercher un autre prétexte.
— Je désire que le juré prête serment sur les réponses aux questions que nous voudrions lui adresser, dit-il.
Timms dressa les oreilles; car il pensa judicieusement que, s'il était important pour William de s'opposer à l'admission de cet liomme, il devait y avoir intérêt pour l'accusée à le maintenir: il se tint donc prêt à répondre à toutes les objections.
— ^ ous habitez la ville voisine , je crois , monsieur Hatfield , Blacston, n'est-ce pss cela? demanda William.
— Vous l'avez dit !
— Vous exercez sans doute quelque profession libérale ? Hatfield avait reçu vingt fois son interrogateur dans son magasin,
ce dernier ne pouvait donc ignorer ce qu'il faisait ; mais il répondit avec autant de candeur apparente que la demande lui fut adressée.
— Je suis commerçant.
Vous tenez un magasin, une boutique, probablement, monsieur
Hatfield ?
— Oui, monsieur, et j'ai même eu l'honneur de vous y voir souvent et de vous vendre des marchandises.
Cette sortie fit sourire l'auditoire; et Timms leva le nez en l'air comme s'il flairait une piste.
— C'est possible, je paye partout oii je vais, el je n'embarrasse pas ma mémoire de ces sortes de transactions.
— Monsieur William, interrompit le juge , le temps de la cour est précieux.
— La dignité outragée des lois est également précieuse , monsieur le président; mais nous serons bref... Votre boutique est fréquentée par beaucoup de monde ?
— Autant qu'il est d'usage, selon le nombre de la population.
— Dix ou quinze parfois, dans certaines occasions?
— Cela se peut.
— Le meurtre de Pierre Goodwin a-t-il été discuté par vos pratiques, en votre présence?
— Je n'en sais rien, c'est très-possible; mais nous entendons tant de choses autour de nous, que je ne puis rien affirmer.
— Vous êtes- vous quelquefois mêlé à de semblables discussions?
— Il est possible que oui, comme il est possible que non.
— Je vous demande de me répondre catégoriquement si vous n'avez pas eu une discussion de celte nature le ïC mai dernier entre onze heures et midi.
Le Ion sec avec lequel celle question fut posée, la minutie des détails, et la particularité de la question, confondirent le juré, qui répondit :
— C'est possible, mais je ne m'en souviens pas.
— JonasWhite a-t-il l'habitude de fréquenter votre boutique ?
— Assez souvent; c'est un peu le rendez-vous de tous les laboureurs.
— Et Stephen Hook?
— Il y vient souvent.
— Veuillez bien rassembler vos souvenirs. N'avez-vous pas tenu une conversation, Wbite el Hook présents, entre onze heures et midi, le 20 mai dernier?
Hatfield était embarrassé. Désirant sincèrement dire la vérité , il n'avait aucun souvenir qu'une telle conversation eût eu lieu chez lui au jour indiqué.
— Il est possible qu'une conversation ait eu lieu ce jour même, mais je ne m'en souviens pas.
— Cela est très-possible. N'avez-vous pas dans celte conversation manifesté l'opinion que vous ne croyiez pas, que vous ne pouviez pas croire qu'une dame de la condition de l'accusée, ici présente, fût capable de commettre le crime dont elle est accusée?
llalfield se troublait de plus en plus sous l'air froid et assuré avec lequel William lui posait ses questions. Dans cette situation d'esprit, il laissa échapper celte réponse :
— J'aurais pu émettre celte opinion, elle est assez naturelle.
— Je pense qu'après cet aveu, monsieur le président, vous ne laisserez pas ce témoin sur le banc des jurés.
— Pas si vite , s'il vous plait, frère William , objecta Timms , qui comprit que son tour était venu de prendre la parole, et qui compulsait rapidement les feuillets de son calepin. Si j'ai bien compris, vous allirmez que celte discussion eut lieu dans la boutique du juré?
— Je l'aflirme; un endroit très-convenable pour ces sortes de conversations : Hook et Wbite s'y rencontrent très-souvent.
— C'est probable, très-probable... r>Ionsieur Hatfield, avez-vous riiabilude d'ouvrir votre boulique le dimanche?
Jamais, monsieur! je ne fais jamais infraction aux lois de
l'Eglise.
— Vous êtes orthodoxe sans doute, monsieur?
— Je le suis.
— Je ferai observer à la cour que le 2(; mai étant un dimanche , mon confrère William a été complètement induit en erreur au sujet de celle conversation.
Timms reprit son siège d'un air triomphant, et les murmures de l'auditoire convainquirent William qu'il venait de perdre autant de terrain que son adversaire en avait gagné.
— Enfin, messieurs, le temps s'écoule, s'écria le président. Le juré doit-il entrer sur le banc , oui ou non?
— Une erreur de date ne détruit pas le fait de la conversation, répondit William cherchant à reprendre l'avantage; ce fut probablement le 25 ou le iT.
— Vous rappelez-vous ce fait, juré?
— Actuellement que l'on a tant causé sur ce sujet, répondit Hatfield avec fermeté, je me rappelle que je n'étais pas chez moi du 20 au 21 mai dernier, et que, par conséquent, je n'ai pas pu dire les paroles qu'on me prête; et je ne pense pas plus aujourd'hui que Marie Monson est innocente ou coupable.
— Mes renseignements étaient faux, la cour peut admettre le juré.
— Kous nous y opposons, dit Timms décidant dans son esprit que puisque William se montrait si facile à changer d'avis il devait avoir de bonnes raisons pour le faire. Hetireî-vous, juré.
— Pierre Bailey ! appela le greflier.
Les jurés suivants passèrent sans objection, et les juges se félicitèrent de ce prompt succès.
LES MOEURS DU JOUR
— Hoborl Uobinson! oiia le greflier appelant le dernier nom qui devait compléter le nombre du jury.
lin homme d'apparence respectable se présenta à la barre ; se disposant H prendre place sur le banc, sans s'inquiéter s'il était oui ou non le bienvenu. Il était très-convenablement vêtu, ganté, et portant chaîne de montre, lorgnon et autre objets de luie qn'on ne voit pas souvent sur les gens de la campagne ; ayant plus l'air d'un homme du monde que tous les jurés présents. William ni Timms ne paraissaient connaître cet homme, et témoignaient le plus naif élonncment, indécis sur la conduite (lu'ils devaient tenir dans cette circonstance.
— .le suppose que l'inscription est régulii?re , dit négligemment \ illiam ; le juré réside dans la circonscription ?
Un torrent de larmes s'échappa des yeux de cet être extraordinaire.
— Certainement, monsieur, répliqua le juré.
— Tenancier libre, ayant droit d'élection'
Un léger sourire ellleura les lèvres du juié, et il se retourna d'un air méprisant pour regarder l'interlocuteur qui se permettait de faire cette remarque.
— Je suis le docteur Robinson ! dit-il avec une certaine emphase. William était complètement dérouté , jamais il n'avait entendu
prononcer ce nom dans le pays; Timms semblait être sous le coup d'une semblable mystification, lorsqu'un membre du barreau se pencha à l'oreille de Dunscomb et lui ditii voix basse que le juré était un célèbre empirique qui fabriquait des pilules pour guérir toutes les maladies et qui , ayant amassé une grande fortune , avait récemment acheté une propriété dans le pays.
— l.e juré peut se retirer, dit Dunscomb se levant et assumant un air grave. S'il jdail à la cour, nous le récusons péremptoirement.
Timms parut surpris et même contrarié de cette décision de son collègue.
— ( !el homme est un charlatan, dit Uunscomb, et nous avons assez df charlatanisme dans ce système de jury, sans appeler à notre aide des ]iraticiens avérés.
— Je crains bien que c'eût été justement l'homme qui nous convenait. Je réussis assez volontiers avec ces sortes d'individus. Un peu de charlatanisme ne gâte pas une cause.
— Ira Kingland! appela de nouveau le greflier.
l.e dernier juré parut ; c'était un cultivateur d'apparence respectable et franche , un de ces hommes simples et de sens droit et juste trop rares dans tous les pays du monde.
A uciine objection n'ayant été soulevée contre l'admission de ce juré, le banc fut déclaré com|dct. Le président lit l'allocution d'usage sur il- danger de causer pendant les débats et congédia la cour , déclarant l'audience suspeniUie pour l'heure du diner.