CHAPITRE XXI
Dunscomb se retira dans son hôtel en compagnie de Millington, qu'il semblait avoir pris tout .'i coup en afl'ection suivant la remarque <|ii'cn lit .lolin Wiliueler. Ils eurent ensemble une longue conférence,
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à la suite de laquelle Millington monta à cheval et partit ventre à terre du côté de la ville.
— Eh bien! mon oncle, comment marchons-nous? demanda John \\ ilmeter se jetant sur une chaise en entrant chez Dunscomb après le départ de son ami. J'espère que nos affaires marchent a votre gré?
— Nous avons un jury, Jack, c'est tout ce que l'on peut en dire, répliqua l'oncle continuant à parcourir quelques papiers. C'est ce que j'appelle bien marcher, lorsque dans une cause capitale on obtient un jury dans la première journée.
— Le verdict sera rendu d'ici à demain à la même heure, je le crains. — Comment, vous le craignez, mon garçon !... Pourquoi cela? Plus
tôt la pauvre femme sera acquittée , mieux cela vaudra pour t'Ile.
— Oui, si elle est acquittée; mais tout me semble obscur dans cette cause.
— Est-ce bien vous qui parlez ainsi, lorsqu'il n'y a pas plus de huit jours vous preniez l'accusée pour un ange de lumière ?
— Elle est certainement une séduisante créature lorsque cela lui plaît, dit John, mais il ne lui plaît pas toujours de paraître ainsi.
— C'est , en effet , une créature bien séduisante, répéta l'oncle mais sur un ton différent de celui de son neveu. John était surexcité , irritable et nerveux, au point de ressentir et de dire des choses désagréables. Mécontent de lui-même , il n'était guère disposé à se montrer satisfait des autres. Un grand changement s'était opéré en lui depuis huit jours ; l'image de la tendre Anna commençait à reprendre la place qu'avait occupée un moment Marie Monson. Anna s'était montrée si sincère, si tendrement féminine, chaque fois que le jeune homme s'était présenté à la grille pour causer avec sa rivale, qu'il eût fallu que John possédât un cœur de pierre pour rester insensible à ses excellentes qualités Dunscomb , qui avait observé la conduite de son neveu dans toute celle affaire, crut le moment favorable pour lui dire quelques mots sur ce sujet.
— Ces caprices des femmes, conlinua-t-il après quelques instants de réflexion , sont peu à désirer dans le mariage. Quoi que vous fassiez , mon garçon , épousez une femme douce et constante : croyezmoi , il n'y a pas de vrai bonheur avec d'autres.
Un vieil homme à l'air idiot et hébété s'avanta au milieu de la salle.
— Toutes les femmes ont , comme nous , mon oncle , leurs goûts et leurs caprices , et elles aiment y donner cours.
— Tout cela est vrai , peut-être ; mais évitez ce que nous appelons une femme indépendante : c'est généralement un diable incarné. Si l'on ajoute à son indépendance morale celle de la fortune, sa tyrannie n'a plus de bornes et peut surpasser celle de Néron. Un tyran femelle est pire qu'un tyran màlc , parce qu'elle est capricieuse. Elle souillera en même temps le chaud et le froid : donnant .lujourd'hui , reprenant demain; femme dévouée et obéissante un jour, un autre jour impérieuse et volontaire. Epousez une femme vraiment femme, Jack, c'est-à-dire une créature tendre, affectueuse , réfléchie, dont le cœur vous appartiendra et sera^plein de votre image , au point de ne plus trouver de place pour elle-même. Epousez une fille comme Anna Upilyke , si vous pouvez l'obtenir.
is, ni.' lie V iii|;iiaid, Mi.
LES MOEURS DU JOUR
— Je vous remercie, mon oncle, répondit John, qui changea de couleur ; j'écoute vos conseils, et je les enregistre dans mon esprit. Que penseriez-vous de Marie Monson pour femme ?
— Marie Monson est une femme mariée , je crois, et de la pire espèce, répliqua le conseiller : si elle est ce que je crois, son histoire est des plus lamentables. Vous êtes le lils de ma sœur, Jolin , et mon héritier. Vous êtes plus près de mes affections que tout autre homme ; ce qui ne m'empêche pas d'aimer Sarah tout autant, et peut-être un peu mieux que vous : ce sont d'étranges chaînes que les sentiments qui se rattachent à notre nature. J'ai aimé votre mère avec la tendresse d'un père pour son enfant ; elle me rendait bien mon affection pour elle, et nous espérâmes lorijtemps vivre vieux garçon et vieille fille, et suivre ensemble le cours de la vie sans nous marier ; mais votre père a dérangé tout cela ; ma sœur m'a quitté à trente-quatre ans. Ce fut un cruel moment, et je sentis se briser en moi les libres du cœur, qu'une plus ancienne affection avait déjà distendues.
La voix de Dunscomb était voilée et raiique en prononçant ces dernières paroles; il était pâle, et un tressaillement convulsif agitait tout son être.
— Voilà donc , pensait John Wilmeler, cet insensible célibataire que l'on croit vivre dans l'égoïsme et pour lui seul. Combien le monde est ignorant des scènes dramatiques qui se passent derrière les coulisses du grand théâtre , et des sombres pensées qui grimacent derrière le masque trompeur du galbe civilisé !
Uunscomb ne tarda pas à reprendre l'empire qu'il eierçait sur lui-même. Il prit dans les siennes les mains de son neveu, et lui dit affectueusement:
— Vous ne me voyez pas souvent dans cet état, John.
C'est une réminiscence de temps éloignés qui m'a un moment démoralisé. Mon histoire vous est inconnue ; quelques mots suthront pour vous apprendre tout ce qu'il est nécessaire que vous sachiez. J'avais à peu près votre âge lorsque je devins amoureux de Marie Millington , la grand'tante de Michel ; je lui fis la cour, et nous fûmes fiancés, Ignoriez-vous cela ?
— Pas entièrement , mon oncle ; Sarah m'a raconté quelque chose d'approchant.
Les filles recueillent plus aisément que nous les anecdotes de famille.
— Elle vous aura dit alors que je fus cruellement, lâchement abandonné pour un hamiue plus riche. Marie fut mariée, et laissa une fille, qui épousa de bonne heure son propre cousin , Frank ftliliinglon , le cousin du père de ÎMicliel. Vous comprenez dès lors pourquoi j'ai toujours témoigné un vif intérêt à votre futur beau-frère.
— C'est lin excellent garçon , sans une goutte de sang infidèle dans les veilles. Mais savcz-vous ce qu'est deveuue cette madame Frank Millinglon ? je ne me rappelle pas jamais eu avoir entendu parler.
— Comme sa mère, elle mourut jeune, laiss^int pour hériter de son nom et de sa grande fortune, une fille unique, tii vous n'avez pas connu M. Frank Millinglon, c'est, qu'il se rendit de bonne heure en France pour surveiller l'éducation de sa fille; et lorsqu'il mourut, Mildred Millington hérita d'une fortune de vingt mille dollars de revenu. Des amis officieux entreprirent de lui faire épouser un Français de bonne famille, mais pauvre, et la dernière révolution les a conduits dans ce pays , oii , d'après ce que j'ai entendu dire, elle a voulu prendre en main les rênes du gouvernement domestique, et il s'en est suivi, comme conséquence, une sorte de séparation,
— Mais, mon oncle, ce récit ressemble étonnamment à celui qui m'a été fait ce matin sur iVlarie Monson ! s'écria Jack, qui se dressa sur ses pieds, dans la plus vive agitation.
— Je crois que c'est la même personne. Une certaine ressemblance avec sa mère et sa graud'mère, son éducation, ses manières, son
langage, sa fortune, Marie Moulin, et les initiales de son nom d'emprunt sont autant de preuves qui surgissent à l'appui de cette croyance. Les mots : Mademoiselle, puis madame de la servante suisse, s'expliquent tout naturellement; enfin, si nous soupçonnons que cette Marie Monson n'est autre que madame de Larocheforte, nous trouvons l'explication de tout ce qui nous a paru obscur dans ses antécédents.
— Comment expliquer qu'une femme possédant un revenu annuel de vingt mille dollars soit venue s'installer dans la chaumière de Pierre Goodwiii ?
— Par cela même qu'elle possède cette fortune. M. de Larocheforte, ayant reconnu que cette nouvelle loi donnait à sa femme un contrôle absolu sur sa fortune, a voulu jouer dans sa famille autre chose qn'un rôle de Carlin ou de Fidèle. La dame tient à sfs dollars plus qu'à son époux; une querelle en est la conséquence, et elle juge convenable de fuir la protection de son époux et de se cacher pour
un temps chez les époux Goodwin, afin d'éviter les poursuites. Les femmes capricieuses et folles font une foule de choses bigarres, et sont soutenues dans leurs actions par d'insensés bavards,
— C'est rendre , je crois , bien faibles et bien futiles les nœuds du mariage,
— C'est traiter avec mépris l'institution même, et porter un défi aux lois divinesetbumaines. Ilt'aiicou)) de femmes s'imaginent que pourvu qu'elles s'abstiennent de l'ii fidélité conjugale, le catalogue de tous les méfaits est a leur diposition.
— Il ne s'étend jias jusqu'au meurtre et à l'incendie, il faut es[;érer! Dans quel but celte femme se serailelle rendue coupable de ces crimes?
— Le sait-on toujours ?
Nous sommes étrangement constitués au moral comme au physique. La plus belle enveloppe renferme souvent l'âme la plus perverse. Mais je suis à peu près assuré qu'il y a dans cette branche des Millington un grain héréditaire de folie. Il serait donc possible que madame de Larocheforte fût plus à plaindre qu'à blâmer.
— A ous ne la croyez pss coupable , mou oncle ! s'icria John.
— Je suis assez disposé h croire , du moins je crains très-fort, Jack, qu'elle n'ait
accompli ces forfaits. Il y a contre elle une série de preuves qui s'enchainent pour l'accuser. C'est une triste alternative ; mais je ne vois pas d'autre moyen de la sauver qu'en invoquant la folie.
— Nous n'avons aucun témoinnage pour appuyer cette croyance?
— Non sans doute; mais Michel Millington est parti à la ville pour faire demander, par le télégraphe, les plus proches parents de madame de Larocl'.efoite , qui demeurent dans le voisinage de Philadelphie. L'époux est lui-même quelque part du côté de l'Hudson. Michel doit chercher à le découvrir. J'obtiendrai du président qu'il abrège ce soir la séance. Il est jeune et iiiilulgent. Il est imbu de notions assez ridicules sur l'économie du temps , mais il n'est pas assez solide sur son siège pour se montrer rétif.
Dans ce moment, Timms s'élança dans la chambre, en proie à une vive iigilation , s'écriant aussitôt qu'il ne craignit plus les oreilles indiscrètes :
— Notre cause est perdue. Tous les Barton déposent contre nous, et rien ne pourra nous sauver , pas même le.i nouvelles sociétés philanliiropiqûes. C'est cette infernale aristocratie qui nous accable. William s'en sert comme d'une aime offensive. Voyez quel rapport magnanime notre savant procureur général vient d'adresser à l'assemblée législative , au sujet de l'aristocratie. Comme il frappe admirablement sur les rois et les duchesses !
— Bah ! s'écria Dunscomb courbant sa lèvre en un sourire de
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LES MOEUHS UU JOUR
ini-|)ri.4 ; pas un sur mille, ot lui it:ins lo nombre, ne connaît la si,i;iHruMtion du mol. I.e riipporl est celui d'un genlilliornmc nilViuc s'^idresji.int il ses égaux. t^>ueU sont les privilèges exclusifs de iNlarie Monson? Ce Uaro sur l'aristocratie sociale est tout ce qu'il y a de plus misérable dans un couvernenient oii le serviteur quille sou niiiilre au beau milieu d'un iliner, sans qu'il soit possible de le punir. Il existe en Amérique des aristocrates, ce sont les gueux. Laissez donc \a tout ce verbiage , et à l'avenir ])arlf7. sensément,
— Vous m'élonnez, monsieur Dunscomb. Je vous considère comme une sorte d'aristocrate.
— Moi!... Et que voyez-vous donc en moi pour vous entretenir <l:ii:s cette opinion ?
— Mais, vous ne ressemblez à aucun de nous; votre démarche, vutie langage, votre costume, vos habitudes, vos opinions dilïèrent e-s: ntjellement du l)arreau de Duckc. Or, à mon avis, c'est ce que j'appelle se singulariser, et tout ce qui est exclusif et singulier, c'est de l'aristocratie.
Uiinscomb et son neveu ne purent retenir leur gaieté à celte naïve révélation, et pour quel([ues instants Marie Monson fut oubliée.
— J'espère, toutefois, que mon aristocrîrtie ne fera pas de tort ii ma cliente, reprit enfin le premier.
— Non , il n'y a pas de danger ; mais c'est la démocratie des liiiton qui l'accablera. Johnson m'a appris qu'ils font partout prévaloir leur opinion, et j'ai tout lieu de croire que William est sûr de leurs témoignages. A propos de ^Viliiam , il m'a donné à entendre que son marché de cinq mille dollars pour lui abandonner Jd partie tiiiil toujours.
— J'engage ce M. William et vous-même, ïimms, à vous montrer jilus réservés sur ces sortes de moyens, si vous ne voulez pas encourir le. rigueurs de la loi. Suivez mes conseils, et ne vous mèloz plus dans ces sortes d'affaires.
La cloche du dîner mit fin ii la discussion. Timms disparut comme u!i fantôme ; mais Dunscomb, dont les habitudes étaient plus recherchées, et qui savait que madame Horton lui avait réservé une place, descendit paisiblement, et entra dans la salle à manger quand Timms avait déjà a moitié dîné.
Un diner dans une taverne d'Amérique, pendant. la session des assises, mériterait un chapitre particulier si les limites de ce récit nous le permettaient. La loi, comme la misère, met l'homme en contact avec d'étranges camarades de lit. Juges, avocats, témoins, shérifs, greffiers, constables , et quelquefois les accusés, dînent en commun à grande vitesse. Le cliquetis des couteaux , des fourchettes , lies cuillers, dos verres, des assiettes; les élans des garçons, de l'hôte, lie rhôtes?e, des filles de chambre, sommeliers et palefreniers com- )r,is, forment une confusion qui ferait honneur à la simplicité la l'ius républicaine. Tout se rapproche de l'état de nature, à l'exception lies viandes, qui sont invariablement trop cuites ou brûlées. Depuis le jour néfaste oii un Yankee inventa un four de cuisine, les bons dîners ont disparu des tables américaines. Toutes les viandes sont réduites en cendres par ce procédé de fours économiques.
Les convives d'un dîner de session s'embarrassent peu du nom et lie la qualité des mets , et ils auraient de la peine à nommer au sortir de table ce qu'ils ont mangé. Ce fut à un dîner de cette sorte que Dunscomb vint prendre place au moment oii la moitié des convives, ayant dé^à fini, allumaient leurs cigares, et mêlaient la fumée de laiiac au fumet des viandes. Nonobstant tous ces inconvénients , Dunscomb et son neveu achevèrent tant bien que mal leur repas. Au moment oii ils s'apprêtaient à sortir de table, Mac Brain entra. Le docteur, qui n'avait pas voulu exposer sa femme à la confusion produite par une aussi nombreuse réunion, s'était fait servir dans un petit salon particulier.
— Kous serions assez bien, dit-il, si nous n'avions dans la salle voisine de la nôtre un individu qui doit être ivre ou fou. Madame Horton nous a placés dans le corps de bâtiment que vous habitez; vous devez l'entendre vous-mèiue quelquefois.
— On m'a dit que cet homme était constamment ivre, et il est en elïel quelquefois assez bruyant ; mais en somme je ne m'en ressens pas beaucoup. Je prendrai la liberté de diner demain avec vous, iNed ; ces dîners ii table d'hôte ne conviennent pas à ma constitution.
— Demain?... J'espérais que mon interrogatoire serait fini cette .•i|)rès-midi, et que nous pourrions rentrer en ville demain malin. \ oiis savez que mes patients m'attendent.
— Vous aurez le temps de prendre patience, et vous pourrez vous estimer heureux si vous en êtes quitte dans huit jours.
— C'est une singulii'ie alT.iire. Je trouve toute la faculté locale disposée il jurer contre elle. Alon opinion est arrêtée , mais que peut l'opinion d'un seul homme contre le nombre ?
— Aous jioserons la question à madame Horton, qui viint nous demander comment nous avons dîné... ^Lrci, notre lirave hôtesse, merci, nous nous sommes assez bien tirés d'afi'aîre en'raison des circonstances.
Madame Horton fut ravie que le grand avocat d'York lui adressât des éloges. Madame Horton était une excellente hôtesse américaine, iné|)risaiil les petits ex)iédicnts des aulieri;e8 de bas étage, et traitant lai!;cuunl et aboiulamiuiMit ses convives Se» seul'; dé'auls saillanl:i
étaient un amour féroce pour les cancans, qu'elle dissimulait sous le voile de l'insouciance et de la modestie ; une curiosité inquisitoriale et une volonti^ absolue de connaître toutes choses concernant ceux qui séjournaient sous son toit. Cette dernière disposition lui avait attiré déjà, sans la corriger, d'assez graves désagréments pour divers rapports calomnieux dont la source s'était arrêtée k elle. Madame Horion était, en outre, une grande causeuse. M. Dunscomb ne pouvait donc lui échapper dans un moment oii tous les convives étaient partis, à l'exception de la société présenle.
— Je suis bien aise de causer un peu tranquillement avec vous, maître Dunscomb, commeni;a-t-elle, car on peut ajouter foi au moins à vos paroles. A-t-on rinteiilion de pendre Marie Monson '
— N otre question est tant soit peu prématurée, madame Horion ! Le jurv est nommé, voilà oii nous en sommes quant à présent.
— Ksl-il bon? (Quelques-uns de nos juiés du comté n'ont rien de tiop dans ce genre, m'a-t-on dit.
— Il serait meilleur s'il était composé d'une classe plus élevée de citoyens.
— Pourquoi ne pas les élire ? demanda l'hôtesse, qui s'occupait de politique selon l'usage assez fréquent dans ce pays.
— Dieu nous en préserve, ma bonne madame Horton ! Nous avons déjà des juges éligibles , c'est assez pour le moment. Je préfère le système actuel du tirage au sort.
— Avez-vous seulement un quaker parmi eux ?... Dans ce cas, vous seriez sauvé. Pour ma part, je voudrais iju'on supprimât désorm.iis toute pendaison ; je ne vois pas quel bien cela peut faire aux ho.umes. Comptez sur une chose, maître Dunscomb, et vous tous, messieurs : Marie Monson ne sera pas pendue.
L'intention que rbôtesse mit dans ces dernières paroles réveilla l'intérêt que Dunscomb paraissait vouloir abandonner. Il étudia attentivement les traits mobiles de la femme.
— II est de mon devoir, madame Horton, reprit-il, de vous croire, l't de convaincre les autres comme je le suis moi-même.
— \ ous le pouvez ; essayez seulement. D'abord, je crois aux rêves, et j'ai rêvé il y a huit jours que Marie Monson serait acquittée. Ce serait contraire à lous nos sentiments que de pendre une aussi jolie personne.
— Kos goûts pourraient s'en offusquer, et le goût exerce encore chez nous une sorte d'influence. Mais n'avez-vous pas d'autre raison que votre rêve, ma bonne madame Horton, pour penser que Marie Monson sera acquittée?
La femme se donna un air raaliu, et fit un signe affirmatif. En même 1. mps , elle jeta lin coup d'oeil sur les compagnons de Dunscomb , 1 iimme pour laisser entendre à ce dernier que leur présence l'empêchait d'être plus explicite.
y — Ned , faites-moi donc le plaisir d'aller prévenir votre épouse qiie j'irai tout à l'heure lui dire un petit bonjour. Et vous, Jack, lUles à Sarah que je l'attendrai dans le salon de madame Mac Brain ]iuiir lui donner le baiser du matin.
Le docteur et John sortirent, laissant Dunscomb seul avec celte f rame.
— Je vous répéterai ma question, ma bonne dame; pourquoi pen- ; rz-vous que Marie Monson sera acquittée ?
Madame Horton parut inquiète, et luttant contre quelque pouvoir secret qui la retînt. L'une de ses mains jouait dans sa poche avec le piquet de clefs et de pinces placé dans sa poche. Dunscomb tira machinalement cette main, il en sortit un assez grand nombre d'aigles. La femme baissa les yeux, rentra l'or dans la poche de son tablier, et se frottant le front, elle parut déterminée à garder de nouveau le silence.
— J'espère que vous vous trouvez bien dans votre chambre, maître ? s'écria-t-elle comme moyen de changer la conversation. C'est la meilleure. \ ous avez bien près de vous un voisin assez désagréable ; mais il ne restera pas longtemps, et je fais tout mon possible pour le riduire au silence.
— C'est donc un maniaque? dit le docteur s'apercevant qu'il ne pourrait rien tirer d'elle dans le moment ; ou n'est-il seulement que li iDsun état d'ivresse ? Je l'entends gémir, puis jurer tour à tour, sans pouvoir comprendre ce qu'il dit.
— Il a été envoyé ici par ses amis, et l'aile que vous habitez est le Mul endroit oii ncus l'ayons pu mettre. Quand on est bien rétribué, i' faut bien faire les choses. Les aubergistes ont des gratifications aussi bien que ces messieurs du barreau. C'est étonnant comme Timms fait bien ses affaires, monsieur Dunscomb.
— Je crois que le nombre de ses clients est considérablement aui^inciilé. On dit que son étude est presque aussi avantageuse que celle de William. Je regrette d'être obligé devons quitter, madame Horion; mais la suspension doit être eu ce moment levée.
Dunscomb lit un signe d'adieu à l'hôtesse, et partit avec le sang- Iroid qui le caractérisait. Le plus remarquable de celte délibéralion fut qu'il n'ajouta aucune foi a la vertu des rêves de mavlame Hurtoii.