‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 247 sur 253 · CHAPITRE XXllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXllI

Le corps de bâtiment de l'auberge d'Horion oii était située la chambre de Dunscomb contenait une douzaine de chambres , dont la plus belle , ayant deus fenêtres sur la rue, avait été appropriée pour le conseiller. Le docteur et sa famille avaient été mis en possession d'un petit salon et de deux chambres à coucher, séparées de celle de l'avocat par la chambre qu'occupait le bruyant locataire que l'on disait aliéné. Le bâtiment se terminait par deux petits salons, oii les habitués se retiraient pour boire, fumer et jouer.

Dans le salon de madame Mac Brain , alias veuve Updyke, comme l'appelait Dunscomb, autour d'une petite table dressée au milieu, Dunscomb, le docteur, sa nouvelle femme et Sarah étaient assis à une •partie de whist; la porte restée entr'ouverte attestait le désintéressement du jeu; la petite réunion conservait l'impression de tristesse et d'inquiétude que leur causaient la marche et l'issue du procès.

A vingt pas de là , dans les deux petits salons que nous avons décrits, une société dift'érente, composée de la plupart des slcoograpbes et des huissiers de la cour, plusieurs solliciteurs, quatre ou cinq médecins de campagne, cités comme témoins , étaient aussi rassemblés autour de diverses tables de jeu , et présentaient un contraste frappant avec le cercle paisible du docteur et de sa famille , auprès duquel nous nous arrêterons un moment.

— .le ne trouve pas que l'accusation ait eu aujourd'hui l'avantage qu'elle espérait obtenir des témoignages , dit Mac Krain en jetant une carte... Voici l'as d'atout, miss Sarah; si vous avez le roi, nous gagnons le trick.

— Je n'ai rien du tout, répondit Sarah jetant ses cartes sur la table. Il me semble que c'est manquer de cœur de jouer au whist lorsqu'une personne de notre connaissance est sur le point d'être jugée.

— Je ne me souciais pas de jouer, dit la paisible madame Mac Brain; mais M. Dunscomb paraissait tant désirer faire un rob, que je n'ai pas cru devoir lui refuser.

— C'est vrai cela , Toni, c'est votre faute ; et si nous sommes coupables, vous en assumerez la responsabilité.

— Vous avez raison, Ned , dit le docteur posant ses cartes sur la table, l'accusation n'a pas été aussi virulente que je le craignais. Je redoutais surtout le témoignage de cette madame Pope , qui n'a rien conclu de dangereux.

— Je commence à croire que celte malheureuse jeune femme pourrait bien êlre innocente, dit le docteur.

— Innocente! s'écria Sarah; sincèrement, oncle Ned , vous n'en avez jamais douté.

Mac Brain et Dunscomb échangèrent un coup d'oeil significatif ; le dernier était prêta répondre, lorsque, levant les yeux, il aperçut une forme étrange se glisser clandestinement dans la chambre, et se réfugier dans le coin le plus obscur. C'était un homme d'apparence vigoureuse, portant sur ses traits des marques d'imbécillité ou d'aliénation mentale. Il semblait chercher à se cacher , et il y parvint en partie en se glissant derrière un châle de Sarah , suspendu derrière sa chaise, n'ayant été aperçu que par Dunscomb. Celui-ci pensa au maniaque dont madame Horion lui avait parlé, bien qu'elle se fût gardée d'entrer dans aucun détail sur l'origine ou la cause de sa folie.

Un léger cri échappé à Sarah, qui arracha son cbàle d'un air épouvanté , mit à découvert l'idiot ou le fou, et la jeune fillo .se réfugia derrière la chaise de son oncle.

— Vous vous êtes trompé de chambre , mon ami, dit Dunscomb avec douceur. Celle-ci, comme vous pouvez le voir, est retenue pour une partie de cartes. Vous ne jouez probablement pas.

Le regard rusé et défiant que le malheureux dirigea autour de lui ne laissait aucun doute sur le dérangement de son esprit. Il se jeta sur les caries, poussant un sauvage éclat de rire , puis se retira en marmottant entre ses dents :

— Elle n'a jamais voulu me laisser jouer.., jamais... jamais.

— Quelle est la personne que vous entendez désigner par ce mot elle? Est-ce quelqu'un de la maison, madame Horion par exemple?

Le maniaque fit un signe négatif de la têle.

— Etes vous le grand avocat d'York, squire Dunscomb? demandal-il d'un air inqniet.

— Dunscomb est en effet mon nom , quoique je n'aie pas le plaisir de connaître le vôtre.

— Je n'ai pas de nom. On peut me le demander depuis le matin jusqu'au soir, je ne le dirai pas , elle me l'a défendu!

— Vous voulez dire madame Horion, sans doute ?

— Non ; madame Horion est bonne femme , elle me donne à boire et à manger.

— Dites-moi donc alors quelle personne vous entendez désigner.

— Vous ne le répéterez pas ?

— Non , à moins qu'il n'y ait danger à garder le secret. Qui est cette... Elle?

— Elle, bien sûr!

— Qui , elle ?

— Marie Monson. Si vous êtes le grand avocat de New-York , vous devez savoir tout ce qu'il en est de Marie Monson.

— Voilà qui est bien extraordinaire , s'écria Dunscomb observant cette étrange créature avec la plus grande attention. Je connais un peu Marie Monson , mais je ne sais pas tout. Avez-vous quelque chose à me dire sur son compte?

L'homme sortit un peu de son coin, parut écouler comme s'il craignait d'être surpris , puis il mit un doigt sur sa bouche, invitant au silence.

— Prenez garde qu'elle vous entende , elle est sorcière !

— Pauvre homme ! il me semble en effet qu'elle vous a ensorcelé , comme beaucoup d'autres peut-être.

— Oui, oui, beaucoup d'autres. Je voudrais bien savoir si vous êtes réellement le grand avocat d'York.

— Posez vos questions , mon ami , je lâcherai d'y répoudre.

— Qui a mis le feu à la maison , pouvez-vous me dire cela?

— C'est un secrel qui reste encore à découvrir. Connaîtriez-vous le coupable ?

— Si je le connais , je crois bien. Demandez à Marie Monson, elle vous le dira.

Cette srène était tellement étrange que toule la famille se regardait dans un muet étonnement. Mac Brain plongeait ses regards dans ceux de l'étranger pour chercher à découvrir la nature et les symptômes de la folie dont il semblait atteint. La maladie présentait à certains moments le caractère de l'idiotisme , mais dans d'autres les Irails se contractaient en véritables accès de folie furieuse.

— Vous croyez donc que Marie Monson sait qui a mis le feu à la maison ?

— Elle le sait !... moi aussi , mais je ne veux pas le dire. On me pendrait, et Marie Monson aussi, si je le disais. Je ne veux pas êlre pendu, du loul , du lout.

Sarah tressaillit eu entendant accentuer ces paroles avec exallalion. Madame Mac ISrain se leva pour envoyer sur-le-champ chercher sa fille, qui consolait d;:ns la juisou la malheureuse abandonnée , selon l'iirliiue convicliou d'Anna. Un mot du docteur l'invita à se rasseoir, cl à prendre paliçnce J!is([u'a ce que l'on eût obtenu des données plus précises.

— Marie Monson donne de bons conseils de prudence , reprit Dunscomb.

— Oui , mais elle n'est pas le grand conseiller d'York. C'est vous, m'a-t-ou dit.

— Qui vous a dit cela?

— Nancy Horion, et aussi Marie Monson. Nancy m'a dit que si je faisais tant de bruit, je dérangerais le grand conseiller d'York, et qu'il me ferait pendre. Je chantais des psaumes. On dit que c'est bon de chanter des psaumes quand on est dans la peine. Si vous êtes le grand conseiller d'York , dites-moi une chose. Savez-vous qui s'est emparé de l'or qui était dans le bas?

— Savez-vous donc quelque chose concernant le bas et l'or qu'il contenait ?

— Si je sais... Il regarda par-dessus son épaule, puis autour de lui avec inquiétude , hésitant à continuer. Me pendra-t-on si je le dis ?

— Je ne le pense pas , sans pouvoir l'affirmer toutefois. Ne répondez pas si vous craignez que cela ne vous fasse du tort.

— Je voudrais dire... tout; mais j'ai peur. Je ne veux pas être pendu.

— Parlez hardiment. Je vous promets que vous ne serez pas pendu. Qui s'est emparé de l'or que renfermait le bas ?

— fllarie Monson. C'est comme cela qu'elle possède tant d'or.

— Je ne veux pas laisser Aniia une minute de plus dans la société de cette femme, s'écria la mère effrayée; allez la chercher, Mac Brain , et rainenez-la de gré ou de force.

— Vous vous pressez trop, objecta froidement Duascomb. Cet homme est faii)le d'esprit, il ne faut pas attacher tant d'importance à ses paroles. Ecoulons ce qu'il peut encore .avoir à nous apprendre.

Il était trop lard. Les pas de madame Horton s'étaient fa'l entendre dans le corridor, et cet être bizarre avait aussitôt furtivement disparu comme il était entré.

— 'Que penser de tout cela ? dit Mac Brain après quelques moments de silence.

— Absolument rien, Ned. Je ne m'inquiéterais pas que William ; eût entendu cet homme, dont le témoignage n'a aucune v.dcur. Vous

avez tort d'y attacher autant d'importance. Pensez-vous que cet . homme soit à l'état d'idiotisme ou de folie ?

LES MOhUllS DU JOIJU.

— Il ne uie semble pas exactemeiil l'un ou l'autre; il y a en lui quelque cliose d'ilianoe que je diisire rtudier sérieusement. Nous avons fini de jouer aux caries , je pense. Irai-je chcrclier Anna '

Aladame Mac lirain s'empressa de répondre aftirmalivemenl, <l son t'poux i)arlil, tandis que Uunscomli se retirait dans sa chambre. En passant devant la porte de son voisin, il s'arrùla pour écouter. I.ifou proférait tout seul des injures et des menaces.

Oepemlant les deu\ petits salons situés à l'exttémité de ce corps d..bâtiment s'étaient emplis peu à peu de ce que l'on peut appeler sans crainte la lie et le rebut du barreau, et des inlimes de la profession d'bommes de loi et du journalisme. Tous ces hommes chiquaient, fumaient, buvaient, jouaient grossièrement, salement. Ils avaient fermé les ]>arles pour mieux se livrer sans contrainte » leurs ébats bachiques, jurant et sacrant lorsque la chance leur était défavorable , et soupçonnant réciproquement kur mauvaise foi et leurs tricheries au jeu.

\Yilliam et Timms faisaient partie de celte réunion, conforme à leurs (joùts et à leurs habitudes licencieuses.

— Uiles donc, Timms , vociféra un procureur du nom de Crooks, vous avez joué atout, n'est-ce pas :' C'est bien, marche en avant! Parfait, bien joué! Vous allez donc sauver le cou de Mario Monson? J'ai cru en venant ici trouver une afi'jire curieuse, mais tout cela est misérable.

— Qu'en pensez-vous , AVilliam ? demanda le partner de Crooks , qui fumait , jouait et jurait tout à la fois. Je coupe, si vous voulez bien le permettre... Qu'en dites vous , William ?

— Je dis que nous ne sommes pas ici au palais , et qu'il y a dans celte cause de quoi contenter un homme raisonnable.

— Il a peur de montrer son jeu , dit un autre étalant ses cartes sur la table. Moi , je mets lout à découvert ; mais William a toujours en réserve un atout ou deux pour le tirer d'embarras.

— Sans doute William a des atouts; en voici un qui me fait gagner le trick répliqua froidement l'impudent avocat. J'attaquerai Timms demain par le même procédé.

— Il faudra pour cela vous montrer plus fort que vous ne l'avez fait aujourd'hui, maître William. Cette madame Pope est peut-être un atout , mais ce n'est pas l'as. Je n'ai jamais vu un témoin s'annihiler plus complètement.

— iXous trouverons moyen de la relever... Ce valet est à vous , Green , je le prends avec ma dame , à peu près comme je vous battrai demain , Timms. Je garde toujours mon meilleur atout pour le dernier coup, vous savez?

— Allons, allons , William , dit le plus âgé des membres du b;ureau , homme dont l'âge avait calmé les passions, et qui se montrait un peu plus raisonnable que ses compagnons, il est inconvenant de plaisanter sur un procès qui comporte la peine capitale.

— Je ne vois pas de juré parmi nous , monsieur Marvin , c'est tout ce que la loi exige de nous.

— Si la loi tolère cette licence , la morale la réprouve. L'accusée est une belle jeune femme, et pour ma part, sans aucune intention d'influencer les opinions, je trouve que l'on n'a rien dit encore qui justifiât l'accusation et moins encore la culpabilité.

William quitta la table de jeu , bâilla , étendit les bras , puis prenant Timms sous le bras, il l'entraîna hors du salon sous prétexte d'aller respirer l'air.

— Il vaut toujours mieux conter ses secrets au dehors qu'en dedans d'une maison, dit-il à son confrère dès qu'ils furent hors de la portée des voix, il n'est pas trop tard encore , Timms. La moitié des jurés dormira cette nuit avec la croyance que nous avons maltraité Marie Monson.

— Ils penseront ainsi demain soir, et ainsi de suite jusqu'à la fin du mois.

— Ne croyez cela que lorsque vous aurez conclu un compromis. Nous avons des témoins en nombre suffisant pour vous faire pendre.

— Montrez-nous, dans ce cas, votre liste de témoins, que nous puissions juger par nous-mêmes de leur importance.

— ('ela ne ferait pas notre com])te. ^ous pourriez les acheter pour la moitié de la somme que nous demandons pour nous retirer de la lice. Cinq raille dollars ne sont rien, en vérité, pour cette femme et ses amis.

— Quels sont les amis que vous lui supposez, William? Si vous les connaissez, vous me feriez plaisir de me les nommer, car dans ce cas vous êtes mieux renseigné que ses défenseurs.

— Assurément, et c'est encore un fait qui tournera contre vous. V'itre cliente est mal conseillée , Timms, ou elle s'obstine maladroitu -lient. Elle possède des amis, quoi<iue vous ne les connaissiez pas, et des amis qui s'empresseront de lui venir en aide si elle veut seulement prendre la peine de les appeler. Je soupçonne même qu'elle-a assez d'ari;cnt en sa possession jioiir jiarfaire la somme que nous lui deni dons.

— • in(| mille dollars ! c'est là une somme r|u'on ne trouve pas aisément dans la prison de Biberry. Mais si Marie Monson a tant d'amis, nommez-les-moi , je me charge de réclamer leur assistance.

— locoutcz moi, Timms, vous n'ignorez pas assez les choses de ce monde pour qu'il soit nécessaire de vous en apprendre l'a b c d. Vous

savez qu'il existe dans le nouveau monde, comme dans l'uncien , de vastes as.socialions d'escrocs...

— Qu'a cela de commun avec l'affaire de Marie Monson?

— Un rapport direct. Cette femme a été envoyée ici pour s'emparer de l'or de la pauvre vieille. Voulez-vous, oui ou non, engager votre cliente à payer cette somme?

— Uépondez franchement à une ou deux questions que je veut vous adresser , et je ferai ce que vous désirez. Nous sommes de vieux amis, William, et nous n'avons ]ias encore eu ensemble de dilliculté sérieuse depuis ipie nous sommes au barreau.

— Oh! assurément, répliqua William, dont un sourire ironique éclaira les traits, et que, tort heureusement pour l'issue de la négociation, l'obscurité empêcha Timms d'apercevoir; d'excellenis amis, Timms , depuis le commencemeut , et nous resterons amis, je l'espère, jus(]u'à la fin de nos jours. Des hommes qui se connaissent comme nous nous connaissons devraient toujours rester dans de bons termes. Quant à moi , je n'ai jamais eu de rancune contre qui que ce fût cinq minutes après avoir quitté le palais.

— Comment, vous prenez Marie Monson pour la complice d'une bande de voleurs d'York?

— Pourquoi pas? Ces fripons se soutiennent plus sérieu.semcnt que la loi ne protège les individus, et l'on trouvera les cinq cents dollars s'ils sont demandés. J'ajouterai, pour vous encourager dans voire demande , que demain nous dresserons contre elle une série formidable de faits qui suffiraient pour faire pendre un gouverneur.

— Je crois que vous avez commis tout le mal que vous pouviez faire. Pourquoi ne voulez-vous pas me faire connaître les noms dovos témoins ?

— Vous en savez la raison. Nous ne voulons pas que cette somuie soit dispersée dans Dicke. Je vous jure sur mon honneur, Tirams, que nous avons ce témoignage tn réserve.

— Dans ce cas, le procureur général mandera lui-même les témoins à la barre et nous n'aurons rien gagné à votre retraite.

— Le procureur général m'a laissé la direction de cette alïaire J'ai préparé son réquisitoire en ayant soin de me conserver les moyens de virer de bord. Si je me retire, Marie Monson est acquittée; si je reste, elle est pendue : choisissez. Il se fait tard, Timms

— Ne vous montrez pas hostile dans cette afifaire ; je vous avouerai que j'ai sur ma cliente, si elle est acquittée et si elle conserve sa réputation...

— Des vues ultérieures; n'ai -je pas deviné? Il y a longtemps déjà que je me doute de vos disposiiions à cet égard. Mais, qu'entendez-vous par sa réputation ? Marie Monson aura toujours été accusée de meurtre et d'incendie. Croyez-vous sincèrement , Timms , que votre cœur est assez tendre pour conserver un sentiment que la justice aura consacré ?

— Si je croyais, comme vous, que ma cliente est ou a été eu rapport avec des voleurs, des escrocs et des faussaires, je ne songerais pas un seul instant à la prendre pour femme; mais il existe une grande difl'érence entre une personne qui cède à une tentation passagère et une autre endurcie dans le crime. Moi-même, il m'arrive quelquefois de malfaire... Oui, je conviens au moins de cela.

— C'est tout à fait iuiiliie , dit sèchement ^^ illiam. Je comprciids que vous épouserez Marie Monson , coupable ou non coupable , pourvu qu'elle veuille bien ac -epter l'olTre de votre main, et pourvu surtout qu'elle ne soit pas pendue. Mais la nuit s'avance; et demain, une fois entrés à l'audience, il sera trop tard. 11 faut que cette alïaire se termine sur-le-champ, et en termes précis et clairs.

— Je voudrais seulement savoir ce que vous avez recueilli louchant les premières années de la vie de Marie Monson, fil Timms comme un homme agité par le doute.

— Vous avez entendu aussi bien que moi les bruits qui courent sur elle. Les uns disent qu'elle est mariée, d'autres la croient une riche veuve. Mon opinion, vous la connaissez déjà; je crois qu'elle est la complice d'une bande de voleurs de York, et qu'elle ne vaut pas mieux que les autres.

C'était uu langage assez clair à adresser à un amoureux, et W illiam le faisait avec intention. Il avait pour Timms celte sorte de considération qui nait des rapports journaliers et prali(|ues d'une même profession, et il regrettait sincèrement que son confrère épousât une femme suspecte et flétrie par une accusation capitale.

On ne saurait juger sur les apparences ces messieurs du barreau, habitués qu'ils sont de faire échange d'injures et de menaces dans une afifaire, et de marcher parfaitement <le concert dans la suivante. Celait cette sorte d'amitié ou d'intérêt simple que \\ illiam éprouvait pour son confrère.

— .l'essayerai, William, dit le premier se dirigeant vers la prison, oui, je tenterai encore une nouvelle épreuve.

— Je vous le conseille, mon brave; et retenez bien ceci, Timms : que vous n'épouserez jamais une femme qui aura été pendue.

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