‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 251 sur 253 · CHAPITRE XXVll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVll

1,0 (irocureur du district avait compris l'imporlance du devoir qu'il av-iit à remplir. IN'ous rencontrons chaque jour, loiit autour de nous, des preuves do la vérité de celle remarque de hacon, « qu'un liouime ne s'élève pas à une haute i)Osition dans le monde sans posséder un mélanije de grandes qualités et de petits défauts. « Ce favori du peuplé avait de la douceur et de l'humanité ; contrairement à l'attente générale et au grand désappoinlemenl de W illi^im, il entreprit de répliquer.

Résumant tous les points essentiels de l'accusation, il les compara avec la faiblesse de la défense , qui n'avait \>u procéder que par insinuation, sans pouvoir démontrer la fausseté d'une seule allégation. Les preuves claieut-elles suli'isanles pour justifier un verdict alVirmatif de culpabilité? Le jury seul eu déciderait selon son bon sens, sa conscience. Sans le secours qui lui survint .i propos, ÎMarie Slonson aurait péri ! dit-on. Mais le secours avait élé prévu et pouvait fort l)ien avoir été prémédité, puisque deux hommes, deux étrangers, s'étaient trouvés si à propos sur le lieu du sinistre pour lui rendre ce service; ils étaient restes jusqu'à ce que tout fût fini, et s'élaient ensuite évanouis sans que personne put dire d'où ils venaient, qui ils étaient, ni par où ils étaient partis.

ITne autre question tout aussi importante se présentait au jury. Qui donc avait pu commettre le crime, si ce n'était "Marie Monson? On avait suggéré que le feu s'était peut-èlre communiqué par accident , et que le soc de charrue fiit la véritable cause de la mort de ses propriétaires. Si cela était , qu'avait de commun l'instrument aratoire avec la disparition de l'argent et le passage de la pièce d'or entaillée dans la poche de Marie Monson?

En général , le réquisitoire fut calme et modéré, quoiqu'il conclût contre l'accusée dans toutes ses périodes. 11 n'y fui pas question d'aristocratie , de harpe ou de toutes autres choses qui n'eussent pas un rapport direct avec les faits de la cause; mais il produisit néanmoins une vive impression sur l'auditoire.

Le résumé des débats fut fait par le président avec une égale modération. 11 reprit un à un les faits de la cause, sans omettre l'opinion de Mac Brain et de ses confrères, que le jury aurait à prendre en considération. Les hommes de la science paraissaient unanimement croire que les deux cadavres appartenaient au sexe féminiu , et la servante allemande ne se retrouvait plus. Qu'était-elle devenue? La disparition de cette femme lui semblait très-importante; elle avait pu commettre les crimes et s'enfuir, ou l'un des cadavres être le sien. H était prouvé que Pierre Goodwin et sa femme ne vivaient pas toujours dans le meilleur accord ; u'étail-il pas possible qu'il se fût emparé de l'argent pour ensuite se sauver. On ne l'avait pas revu depuis le feu. Le jury devait prendre tous ces faits en considération et prononcer selon sa conscience. L'esprit d'humanité et de compassion i)Our l'accusée se trahissait dans sou discours; et lorsqu'il eut terminé son allocution à MM. les jurés, l'impression générale fut que l'accusée serait acquittée.

Comme on supposait que la gravité de la question retiendrait longtemps le jury dans sa délibération, la cour permit à l'accusée de se retirer. Elle sortit de l'audience, escortée par ses deux jeunes amies, el fut momentanément réintégrée dans sa prison, oii madame Gott lui avait préparé quelques rafraichissemenls, qu'elle accepta avec un empressement inaccoutumé.

— ,1e n'achèterai pas mon triomphe avec de l'argent, mes chères amies, dit -elle tandis qu'elles étaient à la table, non pas avec de longues plaidoiries , mais par le témoignage de la vérité. Je n'ai pas commis les crimes que l'on m'impute, et le jury le déclarera sur le seul témoignage de l'Etat. Ma réputation ne conservera pas la moindre souillure, et je pourrai sans rougir revoir mes amis avec ma robe d'innocence. Ce moment est précieux pour moi, et je ne voudrais pas le manquer i)Our tous les honneurs dus au rang et à la fortune.

— IN'est-il pas monstrueux, ma chère Monson , dit Anna l'embrassant avec tendresse, que vous soyez accusée de crimes épouvantables pour vous procurer un peu d'argent, vous si riche ' et tout ce (|ue possédait la pauvre madame Goodwin a si peu d'iin])ortance pour vous!

— Eloignez Marie Moulin sous quelque prétexte , et je dirai à vous et à Sarah ce que je pense de cet incendie el des meurtres pour lesquels je suis accusée.

Anna obéit; el la belle prisonnière, regardant autour d'elle avec précaution , afin de s'assurer que nulle oreille étrangère ne l'écoutait, s'exprima ainsi :

D'abord, je n'éprouve pas de doute sur l'opinion du docteur Mac Rrain que les cadavres sont ceux de deux femmes. L'Allemande ëlait devenue très-intime avec madame (iooilwin; et comme celle-ci se querellait fréquemment avec son époux, je crois très-|irol>able qu'elle pril celle femme avec elle dans son lil , où elles ]iérireiil loules deux il la fois, .le serais portée à attribuer l'incendie à un simple accident, ai le bas n'avait disparu.

— C'est juste ce que le procureur du district a dit , s'écria innocemment Anna. Qui donc alors est coupable d'avoir incendié la maison ?

Marie Monson prononça à voix basse quelques paroles inintelligibles , comme si quelque singulière fantaisie se fùl glissée dans son cerveau; mais elle n'en dit rien el continua :

— Oui , ce bas qui manque donne loute probabilité à l'incendie. La seule question est : Qui a commis le crime de moi ou de madame liurton ?

— Madame Rurton! s'écrièrent d'une même voix les deux jeunes filles; mais elle possède une excellente réputation , jiersonne n'a osé la soupçonner ! Vous ne parlez pas sérieusement en l'accusant de ce crime ?

— C'est elle ou moi : laquelle des deux ? je vous en laisse juge. Je savais que la pièce était marquée , car j'étais sur le point de donner l'autre pièce à madame Goodwin; mais je réfléchis qu'il valait mieux la garder moi-même comme spécimen. La pièce marquée ou entaillée a dû rester dans le bas poslérieureinenl au sinistre , et elle a élé changée par quelqu'un peiulaul que l'on examinait ma bourse.

— El vous supposez que c'est madame Burton qui a commis ce crime ?

— J'avoue que mes soupçons se portent de préférence sur elle. J'ai révélé ces soupçons à M. Dunscomb, qui a fait porter sur ce point son examen coutradictoirc , bien qu'il n'en résultât rien de concluant. Après mon acquittement, on reprendra l'enquête pour pousser plus avant les investigations.

Marie Monson discuta pendant une heure sur les questions qui lui furent posées piir la curiosité des deux jeunes filles. Le shérif vint interrompre leur conversation et informer l'accusée que le jury venait de rentrer dans la salle d'audience, cl qu'il avait ordre de la conduire de nouveau à son banc.

Jamais peut-être Marie Monson n'avait paru ax'cc plus d'avantages que dans ce moment. Sa toilette était simple, mais extrêmement soignée; l'excitation, l'espérance faisaient briller ses yeux d'un éclat inaccoutumé, et tous ses traits exprimaient un sentiment île triomphe assuré. Depuis le résumé du président, l'opinion générale penchait en faveur de l'acquittement; l'accusée fut en conséquence accueillie par des regards de sympathie dans tout l'auditoire. L'appel des jurés se fit aussitôt qu'elle eut repris sa place sur son banc, et un profond silence d'atleute el d'anxiété régna dans toute la foule.

— Marie Monson , leviz-vous pour entendre le verdict de messieurs les jurés ! dit le greffier non sans un léger tremblement dans la voix... Messieurs les jurés, quelle est votre réponse ' l'accusée est-elle coupable ou non coupable ?

Le chef du jiiry se leva écartant de son front quelques rares cheveux blancs, et prononça d'une voix presque inaudible : Elle csl cmipable ! Dne bombe éclatant au milieu de la cour n'eût pas produit un effet plus terrifiant et plus de consternation que ce verdict inattendu. Anna Dpdyke s'élança vers le banc de l'accusée, et la pressant dans ses bras :

— Kon! non! s'écria-t-elle sans comprendre l'inconvenance de son action ; non , elle n'est pas coupable ! Vous ne la connaissez pas comme je la connais ! Elle est femme de qualité, et incapable des crimes dont on l'accuse. Non, non, messieurs, vous reviendrez sur votre décision : elle ne peut être qu'une erreur, vous avez voulu dire : Elle n'i'sl pa^ coupable.

— Quelle est celte jeune personne ? demanda le juge d'une voix émue ; elle est parente de l'accusée ?

— Non , monsieur, répliqua la jeune fille exaltée , elle n'est pas ma parente, mais mon intime amie. Elle fut jadis mon institutrice, el je sais qu'elle est incapable de voler, d'assassiner et de mettre le feu aux maisons. Pensez à cela , messieurs, et changez au plus lot votre verdict.

— Sait-on comment se nomme cette jeune fille , et à qui elle appartient? demanda le juge d'une voix de plus en plus tremblante.

— Je me nomme Anna lîpdyke , la fille du docteur Mac Brain aujourd'hui , el la nièce d'oncle Tom , répondit-elle, sachant à peine ce qu'elle disait. ISon , Marie Monson n'esl pas un assassin. Renvoyez ces messieurs dans leur chambre de délibération , el recommandezleur de se montrer plus raisonnables.

— Faites retirer celte jeune fille, dit le juge, qui fut obli.é de cacher son visage et d'essuyer ses yeux , priez quelques dames dans l'audiloirc de l'enlever et de la consoler.

Marie Moulin, Sarah W ilmeler et madame lioll s'empressèrent de conduire Anna hors de l'audience sous les soins el la tendre sollicitude de Dunscomb.

Si le barreau et les spectateurs en général avaient été surpris du calme extérieur observé par l'accusée avant le verdict , leur élonnement s'accrut sensiblement par son altitude après que le mol coiip'ihle 1 eut élé prononcé par le jury. L'exaltation de son esprit semblait grandir à mesure que la justice menaçait son existence. Elle n'eût pas l'air de se préoccuper du jury ; son œil restait fixé sur le président, qui s'efl'orçail de rassembler son courage pour prononcer la sentence.

— Maître Dunscomb , avant le prononcé du jugement, dit ce dernier, si vous avez quelques observations à faire, la cour vous écou-

LES MOEURS DU JOUR

tera volontiers; ou la condamnée elle-même, si elle dësire parler pour en appeler devant la haute cour.

— le SUIS tellement pris par surprise en entendant prononcer ce verdict, qui repose sur des témoignages équivoques, que je ne sais quel parti prendre. Toutefois, comme nous aurons le temps d'adresser nos pétitions à l'autorité d'Albany , je m'abstiens de toute objection quant à présent ; ii vaut mieux peut-être en finir.

— Accusée, reprit le président, vous avez entendu la décision du jury. Mon pénible devoir m'impose de prononcer contre vous la sentence de la loi. Si vous avez quelque chose à dire , la cour est prête à vous entendre.

Au milieu d'un silence surnaturel , la voix mélodieuse de Marie Monson se fit entendre, douce d'abord, et presque inintelligible, mais augmentant de volutue à mesure qu'elle parlait, jusqu'il eu qu'elle devint claire , distincte et argentine. Kien ne possède uu charme irrésistible comme la voiï ; l'accusée possédait à cet égard un organe qui joignait à la douceur féminine les intonations riches et mélodieuses de la puissance du chant.

— Je crois vous comprendre, monsieur! commença-t-elie ; je viens d'être reconnue coupable d'avoir assassiné Pierre et Dorothée Goodwin après les avoir volés, et d'avoir ensuite mis le feu à la maison...

— Vous n'avez été jugée que jiour le meurtre de Pierre Good^in seulement; les chefs d'acciisatiou pour le second meurtre et pour l'incendie n'ont pas encore été introduits. Li cour s'est vue dans l'obligation de séparer Its diîTérents points, afi.i que l'effet de la loi ne fut pas éludé sur de simples définitions, i e verdict rend iuntile la continuation du procès et les investigations ultérieures de la justice.

— Je vous remercie, monsieur, pour l'indulgence que vous me témoignez dans la communication de ces faits, et pour toutes les prévenances que vous avez eues pour moi pendant le cours de ce procès. Dieu, qui nous entend, s'en souviendra, et vous récompensera pour moi.

La cour est prête à vous entendre, Marie Monson, si vous avez quelque chose à dire avant que la sentence soit prononcée.

— Je pourrais dire beaucoup de choses qni altérassent votre déci sion, monsieur, mais j'en éprouverais peu de salisfaolioii , mou unique désir était de me voir acquittée sur le témoignage de l'Etat. J'espéraique le jury ne trouverait dans les dépositions qui ont été faites contre moi aucune preuve de culpabilité, et j'avoue que je me soucie peu d'être acquittée sous une autre forme. Si je comprends bien la position dans laquelle je suis pincée, si j'étais acquittée sur l'accusation du meurtre de Pierre Goodvin , j'aurais encore à subir l'accusitiou d'avoir assassiné sa femme, et enfin d'avoir incendié sa maison.

— \ ous n'êtes pas acquittée du meurtre de Pierre Goodwin, objecta doucement le président ; la cour a prononcé un jugement tout à fait opposé.

— Je sais cela, monsieur. L'Amérique a de nombreux ennemis. J'ai habité des piys étrangers, et je sais cela par espérience. Il y a au pouvoir des hommes qui se plaisent a rabaisser par l'étalage de nos propres vices les grands exemples de paix, d'ordre et de prospérité que ce pays a jusqu'à présent donnés au monde. 11 ne m'est plus pos sible d'estimer la justice de mon pays, comme j'y étais autrefi is disposée. Je vois clairement aujourd'hui que ses représentants ne sont plus à la hauteur de leur mission. La justice n'est pas seulement aveugle par sa propre imparlialiié, mais aussi par son ignorance. Pourquoi suis-je accusée de ce crime? sur quels témoignages? ou même sur quelle probabilité? Toute 1 évidence repose sur cette pièce d'or. Madame Burtou a certifié que madame Goodwin lui avait avoué tenir cette pièce de moi, comme je l'ai affirmé moi-iiième au juge d'instruction , qui n'a pas voulu me croire. Ces messieurs se sont-il> demandé dans quel but j'aurais commis ce crime ? Pour de l'argent . J'en possède plus qu'il ne me serait nécessaire pour mes propres besoins, trop peut-être pour l'usfge que je puis eu faire...

— Pourquoi ces faits n'ont-ils pas été convenablement exposés, et en temps opportun, devant le jury? demanda le président. Ils ont une valeur matérielle , et auraient pu , peut-être, modifier le verdict.

Le jury était congédié , mais aucun de ses membres n'aviiit encore quitté sou banc. Plusieurs d'entre eus se levèrent , trahissant sur leurs visages le doute et l'indécision de leur conscience. Influencés pour l\ plupart par un agent secret de ^Viliiam , qui avait entraîné les caractères indécis , leur jugement avait été perverti par le poison des calomnies, et il avait j>i!;é sur des apparences que ne corroborait aucun fait réel. Ils ignoraient eux-mêmes avoir subi celte morbide iniluence, car ils n'étaient pas corrompus ; mais ils n'étaient pas qualifiés par la nature ou l'éducation pour prononcer eu toute liberté d'esprit sur la vie d'un de leurs semblables.

— Je ne sache pas, reprit Marie Monson, qu'en Amérique on soit dans l'obligation, pour éviter la potence, de montrer ses livres de dépenses , et de présenter le bilan de sa fortune. J'avais entendu dire qu'un crime doit être prouvé jusqu'à la dernière évidence pour causer la prononciation d'un verdict de culpabilité. Quelqu'un est-il venu dans cette cause donner une preuve réelle, palpable? On n'a pas même établi qu'un homme ait été réellement tué. De fort respectables témoins ont déclaré que ces restes iléplorables de corps jadis

humains avaient appartenu à des femmes. On n'a pas même constaté s'ils ont été assassinés. Le feu peut avoir été mis accidentellement, et les morts n'être qu'une simple conséquence du feu, sans qu'il y ait un seul coupable...

— Vous oubliez , .Marie Alonson, objecta le président, que le vol et la pièce d'or trouvée dans votre bourse justifient la supposition du crime, et que ces faits ont mollvé le verdict de culpabilité.

— Oui , reprit Marie Monson d'un air solennel , je suis convaincue du crime le plus révoltant de l'Iiumauité. Toutes mes espérances sont détruites; et pourtant, messieurs, je suis innocente du crime dont on m'accuse. Je ne fus pas longtemps dans la maison des époux Goodwin sans m'apercevoir qu'ils n'étaient pas eu bonne intelligence. Ils se querellaient souvent et d'une manière déplor.ible. La femme était volontaire et d'une sordide avarice , tandis que l'homme employait tout l'argent qu'il pouvait se procurer à acheter des liqueurs fortes. Son esprit se ressentait de ses constants excès, et il divaguait souvent. Il vint plusieurs fois me trouver pour cl.erchcr auprès de moi conseils et consolations...

J'éprouvais de la pitié pour cet homme , et je lui voulais du bien. Je lui donnai le conseil de q.iitter la maison et de vivre quelque temps séparé de sa femme; il y consentit si je voulais lui en procurer les moyens. Je le lui promis et , afin de l'empêcher de se livrer à sou penchant pour la boisson , je chargeai deux domestiques à moi, le malin même de l'inceuiiie, de le transporter dans un lieu sur, jurqu'à ce que sa femme se repentit des mauvais traitements qu'elle lui faisait subir. Cette heureuse idée me sauva la vie, car ces mêmes hommes se trouvèrent à propos sur le lieu du sinistre pour m'arrucher aux flammes. Mais , hélas ! je n'ai pas été acquittée comme je le désirais etmon nom sera pour toujours couvert d'une tache indélébile...

Pour la première fois, un doute traversa l'esprit du président sur l'étal mental de l'accusée. Son langage était clair, précis, sans incohérence , mais il y avait quelque chose d'étrange et d'exalté dans son regard et dans le feu qui animait ses joues.

— Pensez-vous, monsieur le piooureur, qu'il y ait inconvénient à ajourner le prononcé du jugement ? demanda le président.

— Comme Votre Honneur le jugera convenable. L'Etat ne cherche pas à en presser l'esécutiori.

— Quel est votre avis , maîlre Dunscomb?

— Puisque la scuteuce duil êtie prononcée, nous pensons qu'il vaut mieux en finir; le jury a décidé, ii ne nous reste actuellement qu'un recours eu giàce auprès du chef de l'Etat.

— Marie Monson, continua le juge , vous avez été jugée, alleinle et convaincue d'nomicide volontaire sur la personne de Pierre Goodwin...

— C'est faux! interrompit l'accusée d'une voix sourde; ces hommes se sont laissé influencer par les bruits que l'on a répandus à leurs oreilles, ils n'étaient pas aptes à méjuger.

— Mon devoir m'ordonne de prononcer la sentence de la loi. Vous avez été reconnue coupable par un jury que nous avons tout liiu de croire impartial; en conséquence, Marie Monson, vous allt/ <lre reconduite à votre prison, où vous resterez gardée à vue jusqu'au vendredi sixième jour de septembre prochain, pour, ledit jour, eutre la douzième heure du jour et la seconde de relevée, être conduite sur le lieu d'exécution, et pendue par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive... Que Dieu ait pitié de votre âme !

Un frisson d'horreur parcourut l'auditoire en entendant cette condamnation passer sur cette belle jeune femme aux manières nobles et distinguées, à la physionomie intelligente et douce. Ce sentiment de pitié se fût manifesté peut-être d'une manière plus démonstrative si l'attention n'eût été détournée par l'entrée de madame Horion , qui , forçant la foule , vint se placer à la barre du tribunal. La brave femme, habituée à se faire entendre par ses hôtes, ne se fit pas scrupule de faire connaitre sa présence à la cour en s'écriant :

— On vient de me dire, \ otre Honneur, que Marie Monson avait été reconnue coupable du meurtre de Pierre Goodwin ?

— On vous a dit vrai, ma bonne femme ; mais l'affaire est terminée... Monsieur le shérif, emmenez votre prisonnière : les insianls de la cour sont précieux.

— C'est viai , Votre Honneur, et aussi l'éternité. Mais Marie Monson n'est pas plus coupable que moi d'avoir ôté la vie à Pierre Goodwin. J'ai toujours prédit qu'un jour ou l'autre nos jurés tomberaient en disgrâce, aujourd'hui ma prophétie se réalise. Le comté de Dicke est déshonoré. Constable, faites venir ce pauvre homme devant la cour.

La pauvre et misérable créature qui s'était introduite dans la chambre de Mac Brain s'avança en trébuchant, et aussitôt vingt voix parties des différents coins de l'audience prononcèrent le nom de Pierre Goodwin! Pierre Goodwin! Tout ce qu'avait alïiriné Marie Monson était parfaitement véridique.

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