I()iM:L LINCOLN
Le rliarrelicr prrssa ses hœiifs de riii|;iiilUin. U.iljili, «nii l'iuit r<'s!r (IcrrièiT 1.1 liaii' , lil m' ffeslt' d'adioii , cl ses vôlonieiils se confondirent liienliit avec lu brume, comme les values conloiirs d'un spectre (jui (ls|Kiriiit.
Oi'IKiuliinl les sold.its qui chercliaient le ni.ijor cnur.iienl rà cl l;i, tant sur la route que dans les elianips. I.e luiilleiir parti ii ]>ren(lre ^lait de j;arder le silence et de se blottir au milieu des hottes de foin. Ces pri'eaulions étaient d autant plus nécessaires qu'on avait ii traverser le villa(;e d'oii ils s'étaient si réeeniuient évadés. (^)u5nd le cliarrelier y arriva, au lieu de suivre direetinii ni la route, comme son ardeur (atriolique aurait pu le faire espérer, il se détourna pour s'arrêter a lu porte de l'aul erge où Cécile avait été détenue. Son arrivée attira l'attention des groupes de buveurs qui stationnaient devant la maison . et le couple inquiet fut obligé d'entendre la conversation suivante :
— lié! vieux père de la liberté, rafraieliissez-vous ! dit un homme en prési ntant un pot de bière au cliarretier.
— .le SUIS père et je m'en vante, répomlit le charretier avec orgueil, j'ai quatre enfaiils et sept pctils-lils au camp : Us uns ont des fusils, les autres des carnassières, et le plus petit porte un |iistolel d'arçon !...
— Aucun d'eux ne sera inutile ce matin, car nous nous ])réparons a froHer les Anglais... Mais à propos d'Anglais, n'avez-vous pas vu deux hommes et une femme qui se sauvaient?
— Ilein? reprit le charretier, j'ai l'oreille un peu dure. L'homme réitéra ta question.
— Une fimme! dit le charretier; les ministres du roi ne savent donc qu'invtnter qu'ils envoient des femmes chez, nous pour nous séduiieP... Deux hommes!... êtes-vous bien sûr qu'ils étaient deux?
— Oui, ils se sauvaient de la ville, comme si le diable eijt couru après eux.
— Je n'ai pas rencontré deux hommes; je n'ai vu personne s'enfuir, ce qui prouve toujours qu'on est coupable... Etaient-ils bien deux?
— Tailes avancer celte charrette, s'écria un officier qui arrivait au galop dans la rue; et le vieux fermier, souliaitant une bonne nuit aux Imvcurs, pressa ses boeufs de l'aiguil on. Cependant il avait conçu des soupçons, et pour les éclaireir il monta sur sa meule de foin 1 1 s'il.stalla auprès des voyageurs. Lionel affectait la plus complète indifférence; Cécile, accablée pur la fatigue, avait hni par s'endormir , et somineilhiit paisiblement. Convaincu que ses coir.])agiions n'étaient pas ceux que l'on poursuivait, il était redescendu auprès de ses bœufs, lorsciu'iine voix cria :
— Desceiidtz !
C'était celle rie Ralph,
Le major réx'eilla Cécile, et tous deux furent bientôt à terre.
— .le \'0U5 dois plus que vous ne croj'ez, dit Lionel au charretier, voici cinq guinéis.
— l'ourq oi? jour vous avoir reçu sur une charge de foin pendant queli|Ucs milles? Kon , non, l'humanité n'est pas assez rare dans la baie pour eue payée; mais, mon camarade, vous avez bien de l'argent, eu égard à la misère des temps?
— Mille rcmerciments et adieu! je n'ai pas le temps de m'arrèter. A ces mots, obéissant à un geste d'impdtience de Ralph, il prit le
bras de Cécile et partit.
— Ilolii! s'écria le digne fermier, vous n'étiez pas trois quand je vous al fait monter!
Les fugitifs, s.insr s'inquiéter de ce que pourrait supposer le brave paysan, se dirigèrent par un sentier vers la plage. Ils trouvèrent dans les herlxs un c.mot que Lionel reconnut pour être celui de Job Pray. Ils y enlièrent, et, favorisés par la marée, ils ramèrent avec . rdeur vers les tours lointaines de Boston. Les ombres de la nuit commençaient à se dissiper, mais l'horizon était éclairé par les jets de flimme des batteries qui tiraient sans ri lâche sur les hauteurs de Dorci ester. Les vaisseaux avaient également ouvert leur feu, et Lionel voyait se préparer une nouvelle bataille de Bunker-Hill. Au milieu du tumulte du combat, on ne remarqua point la frêle embarcation. Avant que les brouillards du matin se fussent levés, elle glissa le long des quais de Boston ; et entrant dans le bassin de la ville, elle s'arrêta près du vieux magasin, à l'endroit oii son pauvre maître l'avait si souvent amarrée.